Kelley remonta, toujours furtivement, marchant silencieusement, collée au mur froid du bateau. Des bruits de voix et de pas venaient dans sa direction, elle se cacha, accroupie derrière une énorme caisse en bois, et elle serra les dents, alors que le mouvement avait de nouveau réveillé la douleur dans ses côtes.
Deux hommes passèrent, en parlant dans leur langue, et elle constata, au vu des bribes de conversations qu’elle entendit, qu’ils n’avaient pas encore remarqué son évasion. Elle reprit sa route, se dirigeant vers une autre partie du bateau, où elle espérait trouver les dortoirs ou une salle de radio. Après quelques recherches infructueuses et également quelques montées de stress, liées au passage d’autres hommes, Kelley finit par ouvrir une porte donnant sur une salle de radio. Elle posa le morceau de verre enveloppé sur le bureau qui se trouvait devant elle et commença à essayer de faire marcher le matériel qui se trouvait devant elle, mais apparemment il n’était plus en état de marche.
_ Ils doivent avoir une station VHF dans la passerelle du commandement.
Son regard parcourut la pièce, et un soupir de désespoir lui échappa. Se ressaisissant de ce bref moment où elle avait failli baisser les bras, elle entreprit de fouiller la pièce plus attentivement, il y avait sûrement quelque chose qui pouvait lui servir.
Kelley était repartie dans les couloirs du bateau, elle devait trouver le moyen de monter sur le pont sans être vue. Malgré son inspection, elle ne trouvait pour l’instant aucun accès au pont, hormis les escaliers devant lesquels elle était déjà passée. Elle se cacha à deux reprises en entendant des hommes marcher dans les couloirs, mais ces derniers ne semblaient pas la chercher.
Elle avait rebroussé chemin et se trouvait devant les escaliers menant à l’extérieur. Kelley hésita, elle serait à découvert le temps de monter les marches, et elle ne savait pas ce qui l’attendait en haut. Resserrant le morceau de verre qu’elle avait dans la main, elle inspira un grand coup et tenta le tout pour le tout.
Retenant son souffle, elle sortit de sa cachette et posa un pied sur la première marche. Au même moment, un bruit sourd claqua derrière elle et une voix grave tonna à la suite. Kelley ne se retourna pas, elle avait bien identifié la voix grave et colérique de l’homme qui avait tiré sur sa voiture. Sans même jeter un coup d’œil, elle savait qu’il se tenait à quelques mètres d’elle à sa droite, venant de sortir d’une des salles. Il devait être encore plus surpris qu’elle de la voir ici, et il fallait qu’elle se serve de cela à son avantage.
Cette réflexion prit moins d’une seconde et elle leva les mains, faisant mine de se rendre. L’homme s’approcha en grommelant dans sa langue des paroles pleines d’un mélange de rage et de satisfaction. Mais au moment où il fut assez proche, elle pivota sur elle-même pour lui envoyer un coup de pied qui l’atteignit dans le ventre, le faisant perdre l’équilibre en arrière. Kelley lui envoya un coup droit avec le morceau de verre comme arme blanche, mais l’homme parvint à l’éviter. Il vociféra de plus belle et répliqua. Kelley lâcha son arme de fortune suite à une frappe dans la main et se retrouva à mains nues.
Le corps à corps se poursuivit, mais chaque mouvement était douloureux pour Kelley, et l’homme était à la fois fort et bien entraîné. Il parvint à l’attraper à la gorge et serra ses doigts avec poigne, lui coupant la respiration. Kelley réagit vite et par réflexe, en levant les bras très haut, avant de les replier de toutes ses forces, en tentant de se recroqueviller sur elle-même pour augmenter l’effet de son action. Cela eut pour effet de faire fléchir les coudes de l’homme et desserrer sa prise. Elle en profita pour lui envoyer un coup sec de la paume de la main, droit dans le nez de l’homme, le lui brisant sous le choc.
Son adversaire se recula en gémissant, le nez ensanglanté, tandis que Kelley reprenait difficilement son souffle au sol. Elle se redressait à peine, quand l’homme, les yeux injectés de sang, exorbités par la douleur et la rage, sortit un couteau de l’une de ses poches.
D’après ses dires, toujours vociférés dans sa langue, il avait l’air de se moquer des ordres de son supérieur et voulait en finir une bonne fois avec elle.
Kelley ralentit son approche par quelques coups de pied, mais l’homme répliqua et un coup de poing en pleine côte lui coupa le souffle à nouveau. Une décharge de douleur lui traversa le corps et elle se plia sous le choc, ne pouvant momentanément plus esquisser le moindre geste. L’homme ricana, malgré sa propre douleur, de satisfaction, et attrapant l’épaule de Kelley, il la redressa légèrement et lui planta le couteau dans l’épaule.
Un cri étouffé de douleur échappa à Kelley, alors qu’elle croisa le regard fou et satisfait de l’homme. Il retira la lame avant de la pousser violemment au sol, un peu plus loin dans le couloir. Convaincu d’avoir gagné, il semblait vouloir savourer sa victoire. Il approcha lentement, faisant tourner sa main tenant le couteau, marmonnant à présent sur le plaisir que ce moment lui procurait.
Kelley sentait une douleur aiguë lui piquer le bras, et le sang coulait de la blessure. Elle avait l’impression que chaque parcelle de son corps était douloureuse. Elle voyait l’homme s’avancer doucement, tel un prédateur ayant acculé sa proie. La douleur était forte, mais la violente rage qui lui brûlait la gorge et le ventre lui permettait encore de bouger.
L’homme était juste devant Kelley, qui s’était recroquevillée sur elle-même, il sourit et se pencha lentement, en continuant sa litanie.
_ Hé ! le coupa Kelley avec difficulté, le souffle court. T’aurais vraiment pas dû tirer sur ma voiture !
Kelley se tourna sur le dos soudainement, et tenant à deux mains un petit mais épais pistolet rouge, elle tira sur l’homme.
Une fusée de détresse partit et projeta l’homme plusieurs mètres en arrière dans un sifflement sec. Il se fracassa contre un mur, alors que la fusée explosa, brûlant le torse de l’homme. Une odeur de viande et de plastique brûlé envahit le couloir, tout comme une épaisse fumée.
Des hommes descendirent des escaliers, armés, d’autres arrivèrent par le couloir à droite de Kelley, les voix fusèrent. Entre la douleur, le bruit et le crépitement de l’homme en train de brûler, elle ne parvenait pas à savoir ce qu’ils se disaient. Elle s’était à peine redressée contre le mur, exténuée par le combat.
Celui qui avait parlé avec elle finit par se rapprocher, apaisant les autres qui s’agitaient frénétiquement autour.
_ C’est bon, du calme. finit-elle par dire, d’une voix faible. Je vous avais dit que je le tuerais lui ! Je n’ai menacé personne d’autre.
L’homme la regarda incrédule, et jeta un coup d’œil au bout du couloir, où l’homme gisait à moitié carbonisé par la fusée de détresse.
_ Alors c’est fini ? demanda l’homme. Vous allez de nouveau être coopérative et conciliante ?
Kelley hocha la tête.
_ Bien sûr. Je crois même que je vais avoir besoin d’un peu de repos.
L’homme secoua la tête, puis se tourna vers ses hommes. Il leur ordonna de la ramener et apparemment de mieux l’attacher, et également de se débarrasser du corps carbonisé.
Installés dans le bureau des garde-côtes, Jerry et Elena continuaient de travailler sur les informations glanées par Doris. Le reste de l’équipe était réparti avec les garde-côtes pour visiter les bateaux à quai, sous de faux prétextes.
Steve et Danny rentrèrent avec le collègue du port, et Elena sut immédiatement à la tête de son frère qu’ils avaient encore fait chou blanc.
_ Ils nous reste moins de deux heures… marmonna Steve en jetant un coup d’œil à l’heure. Du nouveau de votre côté ?
Elena secoua la tête.
_ Jack est en train de faire le faux dossier, on l’aura à temps. Je n’ai pas de nouvelles de maman mais elle est à fond dessus !
Steve sourit, sans grand espoir. Elena fit glisser son regard sur Danny. Ils n’échangèrent pas un mot, mais leurs échanges visuels en disaient long. Danny s’inquiétait pour Steve et tentait aussi de rassurer et d’encourager Elena. C’était exactement ce dont elle avait besoin pour reporter son attention sur son écran et reprendre ses recherches.
_ Hey ! Les gars ! s’exclama la voix de Jerry.
Le trio se tourna immédiatement vers leur ami, dont le ton les avait interpellés.
_ Vous savez que nous sommes en train d’essayer d’intercepter toutes les communications venant des bateaux en mer ? continua Jerry, reposant comme souvent le contexte de ses trouvailles.
_ Jerry… le pressa Danny en faisant un geste de la main pour lui demander d’abréger.
_ J’ai un truc bizarre sur les ondes radio. Au début j’ai cru que c’était des interférences, mais c’est régulier et je n’arrive pas à trouver plus net.
Jerry ôta son casque et monta le volume. Ses trois collègues ainsi que le garde-côte s’étaient rapprochés. Un grésillement se faisait effectivement entendre, d’abord cela semblait être des parasites sur la ligne, puis ils constatèrent que le bruit était régulier comme l’avait dit Jerry.
_ C’est du morse. dit Steve.
_ Un SOS et… ajouta le garde-côte, avant de chercher à comprendre le reste du code.
Steve s’était déjà emparé d’un papier et commença à noter ce qu’il entendait.
_ Ce sont des coordonnées ! s’exclama Danny en voyant les notes de son ami.
_ Cela ne peut être que Kelley. répondit Steve dans un souffle plein d’espoir.
Elena était déjà retournée devant l’ordinateur des garde-côtes. Steve lui donna les coordonnées.
_ Maintenant il faut voir quel bateau est à cet endroit-là. observa Danny.
_ Vous êtes sûr qu’il s’agit de la personne que vous cherchez ? demanda le garde-côte.
Steve se tourna vers lui, ses yeux bleus le transperçant avec une assurance sans faille.
_ Oui, et on va aller la récupérer !