Toute l’équipe était réunie près du hangar des garde-côtes. Steve raccrocha son téléphone et se tourna vers ses coéquipiers.
_ Comment comptez-vous faire Commandant ? demanda le 1er maître des garde-côtes. Le bateau est dans les eaux internationales, ils nous verront arriver.
_ Pas si on arrive par en dessous ! répliqua Steve.
_ Heu… je sais que tu l’as déjà fait, mais là on parle de plusieurs dizaines de kilomètres de nage ! le reprit Danny. Et aucun de nous ne peut te suivre !
_ Le 1er maître va nous rapprocher au maximum. Et à 6 km de l’objectif nous utiliserons le Nemo. Le capitaine Harris est en train de l’emmener.
_ Le Nemo ? répéta Lou. Ce module ne peut transporter que 2 personnes. Et il faut avoir reçu un entraînement pour aller dedans. Je sais que le SWAT de Los Angeles est allé à Coronado pour s’entraîner avec ! Ce n’est pas évident !
Steve opina, c’était le seul point noir de son plan. Il aurait aimé un véhicule de livraison SEAL de type Mark 8, pouvant transporter 4 plongeurs, mais personne à part lui n’aurait été en mesure de monter à bord et, de plus, ils n’auraient pas pu le lancer depuis le bateau des garde-côtes.
_ Je serai à bord du Nemo, je monterai à bord et trouverai Kelley. Une fois cela fait, je compte sur vous pour venir nous sortir de là avec les garde-côtes.
_ Tu ne vas pas embarquer seul à bord du Nemo ! lui rétorqua Lou.
Steve ouvrit la bouche pour répondre, mais Elena lui coupa la parole.
_ Non, il ne va pas y aller seul ! Je te rappelle que j’ai fait des entraînements avec des militaires ! Je suis déjà montée à bord de modules. Je viens avec toi !
Steve regarda sa sœur, incertain. Quelques secondes de silence s’écoulèrent. Et finalement Steve hocha la tête, bien conscient que sa sœur ne changerait pas d’avis : c’était une McGarrett après tout, il ne servait à rien de vouloir lui faire entendre raison. Et de plus, il avait besoin d’aide.
_ Kono, tu seras dans l’hélicoptère des garde-côtes, j’ai besoin de savoir que nous serons couverts ! Il ne nous reste plus beaucoup de temps, dès que le capitaine Harris arrive nous partons. Jerry est prêt à envoyer le dossier que Jack a fait ?
Elena hocha la tête.
_ Alors tout le monde en tenue ! dit Steve en faisant un signe à Elena pour qu’ils aillent enfiler une tenue de plongée.
Kelley avait été attachée solidement à un tuyau, dans la salle d’où elle s’était échappée. Elle était à même le sol, encore sonnée par l’affrontement et la douleur qui lui vrillait le corps. Le chef avait laissé un homme armé dans la pièce, et était ressorti avec les autres.
Son geôlier lui lançait régulièrement des regards mauvais, sûrement liés à la mort de l’autre homme.
La porte s’ouvrit et un autre homme entra, avec une trousse dans la main. Kelley se crispa, se redressant légèrement. Elle avait tenté le tout pour le tout en essayant de s’enfuir, et elle s’attendait tout à fait à en payer le prix à présent.
L’homme posa la trousse dans un bruit de cliquetis, et entreprit de dévoiler la blessure à l’épaule de Kelley. Cette dernière retenait presque son souffle, se demandant s’il était là pour la soigner ou la torturer.
À son soulagement, il sortit du matériel de premier soin de la trousse et commença à désinfecter la plaie, avec une délicatesse surprenante au vu de la situation.
Kelley avait serré les dents pendant que l’homme lui avait fait des points de suture de fortune. Il avait eu l’air assez fier de lui, et lui avait parlé avec gentillesse, toujours sous le regard désapprobateur et furibond de celui à la porte.
Kelley décomptait le temps qui passait dans sa tête, elle savait que ce n’était plus qu’une question de minutes avant que l’ultimatum qu’ils avaient donné à son père ne se termine. Et elle savait aussi que Jo n’aurait pas ce qu’ils voulaient. Elle lâcha un soupir, empreint de colère et de lassitude : si elle avait su que l’espion qu’elle avait aidé à arrêter au sein de la CIA l’aurait mise dans une telle galère, elle s’en serait occupée elle-même !
Perdue dans ses réflexions, elle faillit sursauter quand la porte s’ouvrit, avec son grincement habituel. Elle fut d’autant plus surprise que personne ne l’avait entendue quand elle était sortie.
Le chef entra, suivi par trois autres hommes. Il s’arrêta devant elle et la scruta. Kelley ne parvenait pas à savoir ce qu’il avait en tête, s’il était contrarié ou, au contraire, amusé par la situation.
_ Je dois avouer que je ne pensais pas que vous réussiriez à tenir votre promesse ! finit par dire l’homme avec un sourire. Au moins vous aviez compris une possibilité : vous allez mourir !
Kelley n’eut pas la force de le contredire ou de discuter le sujet avec lui.
_ Vous voyez, nous avons une réponse du major White ! continua-t-il.
Elle leva des yeux intéressés vers lui.
_ Mais… je crois vraiment que nous ne sommes pas pris au sérieux, se plaignit l’homme. Il ne nous a pas envoyé le vrai dossier. Il doit sans doute manquer des éléments, ou être truffé de fausses informations…
L’homme fit un signe de tête et deux des hommes rangèrent leurs armes pour s’avancer vers elle et la mettre debout.
_ Il va falloir que nous soyons plus… persuasifs ! conclut l’homme, tandis que l’un des sous-fifres la détachait du tube.
Kelley avait toujours les mains liées, et les deux hommes la firent s’avancer vers la petite table, où se trouvaient quelques temps avant le verre et la carafe. Ils l’obligèrent, malgré son opposition, à poser les mains sur la table et un des deux hommes lui ouvrit la main de force, plaçant les doigts bien à plat.
_ Rien de mieux qu’un doigt, c’est facilement identifiable ! observa le chef avec un air satisfait, alors que le troisième homme, resté derrière, dévoila un sécateur.
La mâchoire de Kelley se crispa et elle lutta pour refermer la main, ou se libérer, sans résultat.
_ Attendez ! protesta-t-elle.
Le chef sourit, d’un air satisfait, mais inclina la tête.
_ Je n’aime pas plus que vous devoir faire appel à de la barbarie. Mais vous n’avez plus rien à m’apporter, hormis un moyen de pression dont il faut que je me serve ! Allez-y !
Le bourreau approcha le sécateur de la main de Kelley, qui tentait toujours de se débattre, fermement maintenue par les deux autres hommes.
_ Attendez ! protesta-t-elle de nouveau. Vous ne devriez pas faire ça !
Danny regardait l’avancée du Nemo depuis le bateau des garde-côtes. Ils s’étaient arrêtés au plus près des coordonnées envoyées par le code en morse. Et maintenant ils attendaient le signal envoyé par Steve. Danny releva la tête vers Chin et Lou qui étaient à ses côtés, prêts à agir. Il croisa le regard du lieutenant Kelly, tenant dans sa main son fusil à pompe habituel. Ils se donnèrent mutuellement du courage et de l’espoir. La situation était compliquée car ils ne savaient pas où ils mettaient les pieds, combien d’ennemis attendaient Steve et Elena, ni l’état dans lequel ils allaient trouver Kelley.
Danny reporta son attention sur l’écran : le Nemo était presque arrivé.