Altruisme

Chapitre 2 : Le poids de l'attente

2335 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 06/05/2026 17:49

Danny déglutit, essayant d'absorber tout ce que le médecin venait de lui expliquer. Il s’efforça de rester concentré tandis que le docteur Sheridan, de sa voix calme et professionnelle, détaillait le protocole pour les prélèvements.


« Sachez, M. Williams, qu’il faudra au moins vingt-quatre heures pour obtenir les résultats définitifs. Nous devons attendre que chaque échantillon soit analysé en détail. Les examens seront croisés par plusieurs équipes pour valider la compatibilité avant de prendre des décisions.»


Danny hocha la tête, prenant conscience du poids de chaque minute d’attente. Même s'il savait que les examens devaient être scrupuleusement précis, cette journée à venir s’annonçait interminable. Dans ses pensées, il ne cessait de revoir les dernières heures, de leur arrivée en urgence jusqu’à ce moment crucial. Steve luttait, il le savait, et Danny n’avait jamais ressenti une telle impuissance.


Le médecin posa une main rassurante sur l’épaule de Danny. « Vous avez fait tout ce qu’il fallait. Je sais que l’attente est difficile, mais il est entre de bonnes mains. Si vous voulez voir votre ami, je vous autorise une courte visite en soins intensifs. »


Danny le remercia d’un murmure, incapable de trouver les mots. L’idée de voir Steve si vulnérable le remplissait de peur et de tristesse, mais il ne pouvait pas rester sans rien faire. Il suivit les couloirs de l’hôpital, baignés dans le silence pesant de la nuit. À cette heure avancée, les néons apportaient une lueur bleutée, presque fantomatique, aux murs blancs et aseptisés. À chaque pas, l’appréhension grandissait dans sa poitrine, alourdissant son souffle.


Arrivé devant la porte de la chambre des soins intensifs, il s'arrêta, sa main tremblante sur la poignée. Derrière cette porte, son ami se battait pour sa vie. Steve, le guerrier infatigable, l’homme qui l’avait sauvé tant de fois, se retrouvait aujourd’hui à la merci de machines et de médicaments.


Le médecin Sheridan le rejoignit. « Vous pouvez rester dix minutes, M. Williams. Steve est encore aux soins intensifs pour une surveillance étroite. Nous voulons nous assurer que la machine hépatique fonctionne bien pour alléger le travail de son foie, le temps que son organisme reprenne des forces. Dès que son état sera stabilisé, il sera transféré dans une chambre. »


Danny acquiesça, le cœur serré. Il savait que cette machine qui soutenait le foie de Steve n’était pas un simple détail médical, mais un pilier fragile qui maintenait son ami entre la vie et la mort.

Il prit une profonde inspiration et entra dans la pièce. L'air y était lourd, chargé de l’odeur omniprésente des désinfectants et de l'antiseptique. La lumière blanche, presque crue, illuminait les lits alignés dans un silence étouffant, où le seul bruit semblait provenir des appareils de soins intensifs. Un murmure mécanique continu, un ballet de bips et de cliquetis en sourdine, résonnait dans l'air comme une musique froide et distante.


Au fond de la salle, il aperçut Steve, allongé, comme un corps figé dans le temps, entouré de machines et de tubes. Le cœur de Danny se serra à cette vision, chaque pas vers lui devenant une lutte contre sa propre peur. Steve, d’ordinaire si robuste et actif, semblait presque méconnaissable sous les bandages, les électrodes et les tubes qui le maintenaient.


Il se rapprocha, absorbant chaque détail. Steve était soutenu par un respirateur, un tube inséré dans sa trachée qui l’aidait à respirer. Danny se rappela des explications du médecin : Steve n'était pas plongé dans un coma. Le respirateur avait été mis en place temporairement pour alléger le travail de ses poumons, encore trop faibles pour fournir l'effort nécessaire après le traumatisme et l'accumulation des sédatifs utilisés pour calmer ses douleurs. Cette aide respiratoire lui serait retirée dès que ses constantes seraient stabilisées, permettant à ses poumons de reprendre leur fonction naturelle sans risques d’insuffisance.

Le médecin avait expliqué que chaque respiration aidée par le respirateur lui permettait de récupérer, de réduire la charge de son organisme pour qu’il puisse se concentrer sur la guérison. Pourtant, pour Danny, ce tube dans la gorge de Steve semblait si éloigné de l’image de son ami invincible. Il savait que cette machine symbolisait la fragilité de la situation, mais il ne pouvait s’empêcher de ressentir un pincement de révolte face à l’injustice de le voir ainsi.


Son regard dériva ensuite vers le thorax de Steve, couvert de bandages épais là où la balle l’avait traversé. Le pansement, bien que soigné, laissait deviner la profondeur de la blessure. Danny repensa aux mots du médecin : la plaie était sévère, mais elle avait été stabilisée pour éviter une hémorragie interne. 

Des électrodes fixées à son torse transmettaient les battements de son cœur, chaque bourdonnement régulier marquant la force vitale que Steve luttait pour maintenir.


Autour de lui, les machines semblaient prendre vie, émettant un rythme constant. La machine hépatique en particulier émettait un son sourd, régulier, comme un cœur mécanique qui pompait et filtrait le sang de Steve, allégeant ainsi la charge de son foie affaibli. Danny savait que sans cette assistance, Steve n'aurait pas la force de survivre aux prochaines heures, mais même avec ce soutien, son état demeurait précaire.


Son regard s’arrêta ensuite sur le visage de Steve. Habituellement expressif, marqué par une détermination indéfectible, il semblait désormais presque fantomatique. Sa peau, pâle et tendue, montrait les signes de l’épuisement. Ses lèvres, légèrement craquelées, étaient reliées à des poches de fluides qui alimentaient son corps en nutriments et en médicaments. Son visage, autrefois si familier, avait perdu de sa vitalité. La coupe de ses cheveux, d'ordinaire impeccable, était en désordre, accentuant la fragilité de cet instant.

Danny s’approcha encore, posant une main sur le bord du lit, son regard fixé sur les moindres détails du visage de Steve. Sa peau froide sous ses doigts, sa respiration rythmée par le respirateur… Tout cela paraissait si irréel. Il ferma un instant les yeux, tentant de contenir les émotions qui le submergeaient.


« Steve, je suis là… Tu entends ? Je suis là, mon pote, » murmura-t-il, d'une voix tremblante, presque inaudible.


Il n’y eut aucune réponse. Steve était figé dans cet état de vulnérabilité, son corps maintenu par les sédatifs et la technologie. Il semblait plongé dans un sommeil artificiel, une léthargie imposée pour réduire au maximum les douleurs et les risques. Ses paupières restaient closes, agitées parfois par les effets des médicaments, mais le reste de son corps demeurait immobile.


Le respirateur continuait à insuffler de l'air dans ses poumons, chaque mouvement mécanique marquant le rythme de sa vie suspendue. Danny savait qu'une fois que les constantes de Steve seraient stabilisées, cette assistance pourrait être retirée. Mais jusqu'à ce moment crucial, il n'avait d'autre choix que de patienter.


Danny respira profondément, cherchant à apaiser la panique qui montait en lui. Ses doigts se crispèrent légèrement sur la peau de Steve, là où elle n’était pas couverte de pansements ou de bandages. Le contact, aussi léger soit-il, lui rappelait qu’il n’était pas seul. Il se tenait ici, avec lui, refusant de l’abandonner, refusant de céder à l'inquiétude.


Il se pencha un peu plus, approchant son visage de celui de Steve, murmurant des mots presque inaudibles, comme une promesse. « Tu vas t'en sortir, Steve… Je le sais. Tu as survécu à tant de choses, tu surmonteras ça aussi. T’es plus fort que tout ça. Je te le jure. »


/


Les minutes passèrent, chaque seconde s’écoulant comme une éternité. Danny restait là, le regard perdu dans ses pensées, entre la peur et la détermination. Il savait que le chemin serait encore long, que les résultats des tests prendraient du temps. Au fond de lui, il se battait contre cette sensation d’impuissance, la terrible angoisse qui venait avec l’incertitude. Tout se passait trop vite, et pourtant, tout semblait à l’arrêt. Il se força à respirer profondément, tentant de calmer l’anxiété qui battait dans ses tempes, alors qu’il observait Steve, les machines bourdonnant autour de lui dans un rythme presque hypnotique.


Chaque son, chaque bip semblait se répercuter dans son esprit. L’intensité de la situation, la fragilité de Steve, tout cela semblait peser sur ses épaules. Il avait l’impression que tout ce qu’il pouvait faire était attendre, attendre que le destin décide de la suite. Et l’attente, aussi longue soit-elle, était ce qu’il redoutait le plus.


Il fallait rester fort, pour Steve, pour l’Ohana. Danny ferma les yeux une seconde, se ressaisissant. Quand il les rouvrit, il fixait de nouveau son ami, la volonté de le voir se réveiller intacte, pleine de vie, se renforçant.


Au loin, il entendit des pas dans le couloir. Il tourna la tête, voyant le médecin Sheridan revenir. Il s'approcha lentement, ses chaussures résonnant sur le sol en carrelage lisse. Le regard du médecin était toujours aussi sérieux, mais il n’y avait plus cette touche de précipitation dans ses gestes. C’était un signe, un petit signe que l’espoir était peut-être toujours là, bien que fragile.


"Les résultats devraient arriver d'ici 24 heures. Nous avons pris toutes les précautions nécessaires pour tester la compatibilité, et ces tests sont actuellement croisés avec les spécialistes de différents services. Il faudra être patient." Le médecin s'arrêta un instant, laissant à Danny le temps d'assimiler ces informations.


"Mais... il va s'en sortir ?" demanda Danny d'une voix presque éteinte, noyée par l’incertitude.


"Nous faisons tout ce que nous pouvons. Pour l’instant, Steve est stable. Il n'est pas dans le coma. Le respirateur est là pour soulager la pression sur ses poumons. C’est une mesure temporaire, mais tant que son état ne se stabilise pas suffisamment, il ne peut pas être débranché." Le médecin marqua une courte pause, observant Danny, comme s'il voulait peser chaque mot. "La priorité maintenant est de veiller à ce que son foie tienne le coup."


Danny hocha la tête, luttant contre l’envie de s’effondrer. L’idée de ne pas pouvoir aider Steve, de ne pas être capable de réparer ce qui avait été brisé, le rongeait. Mais il savait que, pour l’instant, il n’y avait rien de plus qu’il puisse faire que d’attendre et espérer.


Le médecin jeta un coup d’œil sur Steve, et en se retournant vers Danny, il poursuivit : "Une fois que son état sera plus stable, nous pourrons le transférer dans une chambre et commencer à lui retirer progressivement le respirateur. Il pourra alors respirer de manière autonome."


Danny se leva en entendant la fin de la phrase, un sentiment de soulagement mêlé à une nouvelle inquiétude. Il savait que le chemin était encore long. Cela n’aurait rien d’une récupération rapide, et si Steve avait déjà survécu à des blessures incroyablement graves par le passé, ce n’était pas la même chose cette fois. Ce n’était pas juste une blessure qu’il avait subie, mais plusieurs blessures graves qui affectaient les organes vitaux. La machine soutenant son foie était là pour compenser des défaillances, mais cela ne garantirait pas une guérison immédiate, et la chirurgie sur son thorax laisserait des séquelles.


Danny s’approcha de Steve, effleurant du bout des doigts son bras bandé. Ses paupières restaient closes, la respiration régulière du respirateur déformant légèrement ses traits. Danny savait que rien ne serait jamais comme avant. Il se mit à penser à tout ce qu’ils avaient traversé ensemble, aux moments de joie, de colère, aux épreuves, aux victoires. Ils avaient survécu à tant de choses, Steve et lui, mais là, tout semblait différent. Steve était en danger, et cela, il ne l’avait jamais ressenti aussi profondément.


"Tu vas t’en sortir, Steve. Je le sais." murmura Danny, ses yeux fixant intensément les traits calmes de son ami. "Je ne vais pas te laisser tomber. Je te le promets."


Le silence pesait lourdement, comme si l’air autour d’eux s’était alourdi d’une charge invisible. Danny se leva une nouvelle fois, sentant qu’il ne pouvait pas rester là éternellement, que sa place était auprès de son équipe, auprès des autres membres de l’Ohana qui devaient aussi être inquiets. Mais avant de tourner les talons, il se pencha encore une fois sur Steve, ses doigts effleurant une nouvelle fois la peau froide de son bras. Le contact, même furtif, le rassurait, lui rappelait qu’il n’était pas seul, que Steve n’était pas seul.


"Je vais revenir. On va se battre ensemble." ajouta Danny, avant de se redresser et de s'éloigner doucement du lit.


Il avait pris une grande inspiration avant de quitter la pièce, cette sensation d’impuissance toujours présente. Chaque pas qu’il faisait l’éloignait de son ami, mais chaque instant passé loin de lui renforçait sa détermination. Il ne pouvait pas se permettre de perdre espoir. Pas maintenant. Pas alors que Steve avait encore une chance.


Une chance. C'était tout ce qu'il leur restait.


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