En pleine nuit, une maison est soudainement ravagée par les flammes. À l'intérieur vit la famille : Hugo et Manon, ainsi que leurs deux enfants, John, dix-huit ans, et Betty, deux ans.
John se réveille en sursaut. Il hurle à travers le brasier pour avertir ses parents, mais leur chambre est déjà entièrement prise par le feu. N'écoutant que son instinct, il se précipite dans la chambre de sa petite sœur. La fillette dort paisiblement, le pouce dans la bouche et son doudou serré contre son visage. Il l’enveloppe précipitamment dans sa couverture et s'arrache du logement, poussé vers la sortie par les hurlements tragiques de ses parents bloqués dans les flammes.
Dehors, les sirènes hurlent. Les pompiers et les urgentistes arrivent en grand nombre sur les lieux.
« Occupez-vous de ma sœur, s’il vous plaît ! supplie le jeune homme en se précipitant vers l'équipe médicale. Elle a un problème au cœur ! »
Réveillée par le vacarme, la petite se laisse doucement porter dans les bras de l’urgentiste pour être auscultée. Pendant ce temps, les secours annoncent la terrible nouvelle à John : ses parents n'ont pas survécu. Les larmes aux yeux, le cœur brisé, il contemple la maison de son enfance partir en fumée, tandis que sa petite sœur, inconsciente du drame, rigole aux petites blagues du médecin dans le camion.
« Montez avec votre sœur, on va vous amener aux urgences, lui dit doucement une soignante. »
Dans l’ambulance qui file, toutes sirènes hurlantes, John se fait ausculter à son tour. Il ne souffre que d'une légère brûlure au bras, rien de grave. Les médecins le rassurent : sa petite sœur va très bien et son cœur a parfaitement tenu le coup.
Installés dans une chambre des urgences, John ne quitte pas sa petite sœur d'une semelle. La fillette le regarde de ses grands yeux innocents :
« Elle est où, maman ? Et papa ?
- Ils ne sont plus là, trésor... souffle John, la gorge nouée.
- Au ciel... comme mamie ?
- Oui, comme mamie.
- Et leur cœur, il est cassé aussi ?
- Oui... Ils ne pouvaient pas te le donner. »
Un médecin entre dans la pièce, accompagné d'une infirmière. Après un rapide examen, il leur annonce gentiment qu'une assistante sociale est en route pour venir les prendre en charge.
À peine les deux soignants ont-ils franchi la porte que John prend une décision radicale. Hors de question de laisser qui que ce soit lui enlever sa sœur. Il attrape le doudou, prend Betty dans ses bras et s'esquive discrètement des urgences.
Il s'enfonce dans la nuit et gagne un quartier particulièrement mal famé. Arrivé devant une porte délabrée, il frappe à plusieurs reprises. Un homme, une cigarette au bec, vient lui ouvrir. En voyant le bébé, l'homme fronce les sourcils :
« Le patron ne va pas être content que tu amènes ta sœur ici...
- La ferme, Jack, tranche John d'un ton sec.
Il avance d'un pas rapide dans un long couloir saturé par une épaisse fumée de cigarette et de drogue. Pour protéger la petite, John lui demande d'enfoncer son nez contre son ours en peluche.
« Je veux rentrer à la maison... J’ai peur, murmure Betty en se serrant contre lui.
- Ne t'inquiète pas, petite sœur. Je suis là. »
Il pousse la porte du bureau du chef : un homme grand, mince, au look complètement décoiffé.
« Il faut que je quitte le pays, Franck.
- Tu ne peux pas, réplique Franck avec un sourire froid. Tu sais très bien comment on quitte le milieu, ici. »
Il fait quelques pas et tend la main vers la fillette.
« Ne la touche pas ! recule John brutalement. Je ne veux pas quitter le réseau, juste changer de secteur. Mes parents sont morts dans l'incendie... Si on reste ici, les services sociaux vont nous séparer.
- D’accord... Je vais voir ce que je peux faire avec mes contacts, cède Franck après un silence.
- Il nous faut une nouvelle identité à tous les deux. Et vite. »
Le temps de fabriquer leurs nouveaux papiers d'identité ainsi que l'acte officiel faisant de lui le tuteur légal de sa sœur, Franck lui trouve un contact sur place pour qu'il puisse continuer à travailler dans le réseau. John accepte sans broncher : il sait très bien qu'on ne quitte pas ce milieu vivant, et il refuse de mourir en laissant sa petite sœur seule au monde.
« Je t’ai trouvé un contact, lui annonce Franck. Il t’attendra dès ton atterrissage à l’aéroport. Je lui transmettrai tes informations dès que tu auras les documents en main.
- On va où ? demande John.
- Honolulu. »