Maintenant que l’équipe est certaine que l’un des parents adoptifs a prévenu Hervé pour l’hôpital, tout le monde les garde scrupuleusement à l’œil. De façon très intentionnelle, Lou laisse traîner son mobile sur le plan de travail de la cuisine, déverrouillé et sans aucun code d’accès. Un appât parfait.
Dans la nuit, la gamine se réveille, toujours au sommet de sa forme. Elle déboule dans le salon où Steve monte la garde.
« Elle est belle, ta maison, homme des cavernes !
- Merci.
- Je peux aller dans l’eau ?
- Il fait trop noir là... Mais dès que le soleil se lèvera, on ira.
- Super ! On a oublié les jouets...
- Ce n’est pas grave. Tu as faim ?
- Oui ! répond-elle en fonçant vers la cuisine. »
Steve l’observe, amusé. C'est une petite fille pleine de vie, conservant sa joie magique malgré le cauchemar qu'elle traverse.
« Je n’ai pas grand-chose à te donner, tu sais... dit-il en la suivant. »
Soudain, une vague de terreur l'envahit en la voyant manipuler l'appareil piégé.
« Qu’est-ce que tu fais avec ce téléphone ?!
- Tu peux me mettre des jeux ? demande-t-elle innocemment. »
Steve s'empare doucement du téléphone qu’elle lui tend. Un immense soulagement le traverse lorsqu'il constate qu’elle est simplement sur la page de l'App Store. Il repose le mobile exactement à sa place, prend la fillette dans ses bras et l’assied sur la table.
« Tu sais Cathie, quand on veut toucher à quelque chose qui ne nous appartient pas, on doit demander la permission avant. Hé... Ne pleure pas, souffle-t-il en la serrant fort contre lui alors qu'une moue triste envahit son visage. Ce n’est pas grave, tu ne savais pas. Bon... J’ai de la glace ! lance-t-il en ouvrant le congélateur.
- Oui ! J’en veux, s’il te plaît !
- D’accord, c’est parti. »
Depuis le couloir, Danny regarde son coéquipier prendre soin de la petite. Au fond de lui, Danny sait à quel point Steve ferait un père formidable et aimerait fonder sa propre famille, plutôt que de devoir jouer les pères d'emprunt pour des enfants en danger comme Cathie. Il les regarde s’amuser un instant, puis s'avance pour les rejoindre.
« Ah, moi aussi, je prendrais bien une glace, Steve !
- Tiens, lui dit Steve en lui tendant le pot entier.
- Merci, je vais me débrouiller pour la cuillère... râle gentiment Danny. »
Steve laisse la gamine dévorer sa glace. Il prend le mobile et l’essuie délicatement avec un chiffon humide pour effacer les empreintes de la petite.
« Pourquoi tu fais ça ? demande Cathie.
- Parce que tu vois l'homme là-bas ? Il surveille l’ogre, et si l’ogre touche à son téléphone, dit-il en la posant à terre, il va l’attraper et lui faire de grosses chatouilles ! »
La gamine part d'un fou rire incontrôlable sous les chatouilles de Steve. Danny les contemple avec une douce chaleur au cœur, sa cuillère de glace à la main.
Au petit matin, Steve tient sa promesse et amène Cathie au bord de l’eau. Elle y trempe ses pieds, hilare, amusée par les petites vagues qui claquent contre ses chevilles et au-dessus desquelles elle saute joyeusement.
« Tu vas me garder longtemps ? demande-t-elle soudain en s'arrêtant.
- Tant qu’il le faudra, oui.
- Alors j’espère pour toujours ! lance-t-elle en reprenant ses sauts. »
Steve marque une pause. Le cœur serré, il la prend par la main pour quitter le bord de l'eau et l’installe doucement sur l’un des transats.
« Cathie... Tes parents adoptifs ont fait une grosse faute avec toi. Je sais que tu leur en veux énormément, mais moi, je ne pourrai pas te garder. Ma mission me l'interdit.
- Je ne veux plus jamais les voir ! crie-t-elle, les larmes aux yeux, avant de s'enfuir en courant se réfugier dans la maison. »
Chin rejoint précipitamment Steve sur la terrasse. Son visage est décomposé : le téléphone de Lou laissé sur le comptoir a disparu. Hervé a été prévenu ou va l'être d'un instant à l'autre.
« Lequel des deux a pris le téléphone ? demande Steve, les yeux noirs.
- Je ne sais pas... »
Quand ils rentrent tous les deux dans la maison, le téléphone est déjà remis en place. En voyant la petite débarquer en pleurs quelques instants plus tôt, Chin et Kono ont relâché leur attention pendant une poignée de secondes... C'était amplement suffisant.