đ„Ł ScĂšne 31 - "T'as rĂȘvĂ© de ton prince, c'est ça ?"
La lumiÚre grise du matin filtre à travers les stores en plastique de la petite chambre. Alastor est allongé sur le ventre, une main sur son oreiller, l'autre pendante dans le vide. Ses cheveux en bataille, les draps tordus.
Un réveil clignote en rouge : 07:49.
Il grogne.
Il devrait dĂ©jĂ ĂȘtre debout.
Il s'en fout.
Ses yeux sont ouverts, fixés au plafond.
Et dans sa tĂȘte... y'a lui.
Lucifer.
Ses yeux embués.
Son corps tremblant dans ses bras.
Ses larmes.
Et surtout... ce putain de poignet.
Il serre les dents.
- « ALASTOOOOOOR ! »
Un poids s'écrase sur lui.
Il gémit. LÚve les yeux.
Isabelle. 8 ans. Boucles brunes, pyjama licorne, sourire jusqu'aux oreilles.
Elle saute sur son dos comme si c'était une tradition.
- « T'as rĂȘvĂ© de ta princesse, c'est ça ?! T'Ă©tais tout rouge quand j'suis rentrĂ©e ! »
- « C'est pas mon prince. »
- « C'est mĂȘme pas une princesse ? J'suis déçue. »
Alastor grogne en riant et l'éjecte doucement du lit. Elle retombe sur les coussins au sol.
Il s'assied enfin, frottant ses yeux.
Le poids revient.
Celui de la veille.
Du regard.
Du murmure : "Je veux rentrer."
Il souffle longuement et se lĂšve.
Il s'habille vite, enfile un hoodie noir, secoue ses cheveux devant le miroir fĂȘlĂ© de sa commode.
Il n'arrive pas Ă se regarder.
Dans la cuisine, une odeur de pain grillé et de café flotte dans l'air.
Sa mÚre, doux visage fatigué, blouse à fleurs, lui tend un bol :
- « J'allais monter. Tu dors encore ? T'Ă©tais pas censĂ© ĂȘtre dĂ©jĂ parti ? »
- « J'suis à la bourre. »
- « Tu veux que je t'excuse ? »
Il hausse les épaules.
Elle le fixe alors. Plus doucement.
- « T'Ă©tais oĂč, hier soir ? »
Alastor s'arrĂȘte net.
Il regarde son bol.
Puis sa mĂšre.
Elle n'a pas dit ça méchamment. Pas en colÚre. Juste inquiÚte.
- « J'ai... ramené quelqu'un chez lui. Il était pas bien. »
Elle fronce les sourcils.
- « Quelqu'un du lycée ? C'est un copain à toi ? »
Il hésite.
- « Ouais. Quelqu'un de... compliqué. »
Silence.
Elle pose une main sur son bras, légÚre.
- « Alors fais attention Ă toi aussi, mon cĆur. Tu ne peux pas sauver tout le monde. N'oublie pas. »
Il la regarde.
Puis baisse les yeux.
đ« ScĂšne 32 - "Il ne rĂ©pond pas."
Le lycée est bruyant. Les couloirs vibrent des voix, des casiers qui claquent, des baskets qui raclent le sol.
Mais dans la tĂȘte d'Alastor, c'est le silence.
Assis au fond de la classe, premiĂšre heure de maths.
Son stylo tourne entre ses doigts, page blanche devant lui.
Les chiffres au tableau se mélangent avec d'autres images.
Lucifer.
Ses larmes.
Ses mains qui tremblent.
Son poignet.
Ses silences.
- « Al ? T'as pigé l'exercice ? »
Husk lui donne un coup de coude, mais Alastor ne bouge pas.
Il fixe la table.
Angel à cÎté rigole, mùche bruyamment un chewing-gum.
-« Il plane le gars. Tu penses encore à la bombasse d'hier ? Laquelle, d'ailleurs ? La rousse ? Ou le mec efféminé chelou que t'as ramené sur ta moto ? »
Alastor lĂšve les yeux.
Un regard noir.
Le genre qui coupe les rires nets.
Angel se tait, surpris.
L'intercours sonne.
Alastor se lĂšve avant tout le monde. Il traverse le couloir en ignorant les appels d'Husk derriĂšre lui.
- « Wesh, tu vas oĂč ? »
Il répond pas.
Il descend un escalier, contourne la cour, longe les grandes baies vitrées.
Il les trouve prĂšs des distributeurs, Ă leur endroit habituel.
Charlie et Vaggie.
Charlie a son sac rose fluo en bandouliÚre, Vaggie en noir et jean déchiré, les cheveux tirés en chignon.
Elles discutent à voix basse. Charlie a l'air tracassée.
Alastor s'approche.
- « Vous l'avez vu ce matin ? »
Vaggie arque un sourcil. Charlie le fixe, un peu méfiante.
- « Qui ça ? »
Il les regarde. Sérieux. Tendu.
- « Lucifer. »
Les deux échangent un regard.
Charlie secoue la tĂȘte.
- « Non. Il est pas venu. »
- « Il répond pas non plus. J'ai envoyé au moins cinq messages. »
Vaggie croise les bras, le regard dur.
- « Il rĂ©pond Ă personne. MĂȘme pas Ă nous. Et on le connaĂźt, c'est pas son genre. »
Charlie ajoute, plus inquiĂšte :
- « On pense qu'il est restĂ© chez lui. Peut-ĂȘtre malade. Ou... Ă©puisĂ©. C'est bizarre. »
Alastor reste silencieux.
Il sait pourquoi il ne répond pas.
Il sait ce qu'il s'est passé.
Mais il ne dit rien.
Pas par honte.
Par respect.
Il hoche simplement la tĂȘte.
- « Merci. »
Il tourne les talons sans autre mot.
Il marche vite. Son cĆur bat plus fort.
Il sait trĂšs bien oĂč aller.
Et il n'est pas question de rester lĂ Ă rien faire.
đ” ScĂšne 33 - "Montre-moi ça."
Alastor longeait dĂ©jĂ le mur du lycĂ©e avant mĂȘme que la cloche sonne.
Il avait pris son sac et s'Ă©tait tirĂ© sans un mot, les mains dans les poches, le cĆur en feu.
Il connaissait le chemin.
Chaque coin. Chaque rebord du trottoir.
Et maintenant il était là , dans le quartier parfait, propre, froid, trop silencieux.
Ă l'arriĂšre du bĂątiment.
Devant la fenĂȘtre ouverte d'un certain deuxiĂšme Ă©tage.
Un souffle. Un saut.
Ses pieds atterrissent dans la chambre de Lucifer, sur la moquette moelleuse aux couleurs trop sobres.
- « Lucifer ? »
Personne.
Rideaux tirés. Silence.
Et soudain... une silhouette jaillit de derriĂšre le lit.
Lucifer.
Il lui saute dans les bras. Fort. Brutal. Inattendu.
Alastor se fige.
Il n'aime pas ça.
Les cùlins. Les gestes collés. Le contact prolongé.
Mais c'est Lucifer.
Et lĂ , il rit doucement. Il respire vite. Il est en vie.
- « T'es venu... Tu m'as trouvé... »
Alastor grogne, faussement agacé, mais un sourire lui échappe.
- « Oh merde, Lucifer... Pourquoi t'étais pas là aujourd'hui ? Je me suis inquiété avec tes potes ! »
Lucifer le serre encore plus fort.
- « Chut, chut... Faut pas que mes parents entendent que je parle avec quelqu'un. Ils m'ont déjà assez engueulé comme ça... »
Alastor fronce les sourcils.
- « De quoi tu parles, chéri ? »
Lucifer lui attrape la main et le traĂźne doucement vers le lit.
Ils s'asseyent.
- « Ce matin... ils m'ont vu. Ma gueule de bois. Mes fringues de la veille. C'était prévisible. Ils n'ont pas aimé... du tout. »
Il marque une pause.
Puis, sans un mot... il retire ses lunettes de soleil.
Et Alastor voit en écarquillant grand ses yeux.
Le bleu. ViolacĂ©. Net. Sous l'Ćil rouge, dĂ©jĂ gonflĂ©.
Il se fige. Son sang se glace.
- « Qui t'a fait ça ? »
Lucifer baisse les yeux. Il ne dit rien.
Alastor lui attrape doucement le menton, le regarde en face. Il n'espĂšre pas ĂȘtre en face d'un enfant martyrisĂ© lui aussi par son pĂšre.
- « C'est qui ? Lucifer, dis-moi que c'est pas ton pÚre. Je t'en prie, dis-moi que c'est pas... »
Lucifer ne répond pas.
Il ne nie pas non plus.
Alastor met deux doigts sur le bleu, tendrement, Lucifer dépose alors sa main sur la sienne. Le regard d'Alastor n'est plus amusé. Plus arrogant. Il est fendu.
- « J'vais pas laisser passer ça, Lucifer. »
Le danseur sourit, triste.
- « C'est mignon, t'as l'air sincÚrement vénÚre. »
Alastor serre les dents.
- « J'suis pas "vénÚre". J'suis furieux. »
Lucifer ferme les yeux et pose sa tĂȘte contre son Ă©paule.
- « T'es venu pour moi. »
- « Ăvidemment. »
đ ScĂšne 34 - "J'ai jamais embrassĂ© personne."
La chambre est calme.
Le silence flotte comme un drap tendu entre deux cĆurs qui battent trop fort.
Alastor n'a pas bougé.
Lucifer est toujours contre lui, la tĂȘte posĂ©e sur son Ă©paule, et lui, il garde sa main contre ce visage abĂźmĂ© qu'il voudrait protĂ©ger du monde entier.
La lumiĂšre du jour filtre entre les rideaux, teintant les murs d'un gris doux.
On n'entend que leur respiration, un peu irréguliÚre.
Puis, lentement... Lucifer relĂšve la tĂȘte.
Ses yeux sont rouges, encore un peu humides, mais ils brillent différemment.
Moins de tristesse. Plus d'envie. D'un truc qu'il comprend pas encore.
Leur regard se croise.
Et aucun des deux ne parle.
Pas besoin.
Lucifer s'approche un peu plus.
Leurs fronts se frĂŽlent.
Et lĂ , Alastor sent quelque chose changer.
Un souffle plus court.
Un frisson qu'il n'arrive pas Ă cacher.
Lucifer ferme les yeux une seconde.
Son front contre celui d'Alastor.
Ses doigts tremblent.
Il ouvre la bouche. Un souffle. Un murmure.
- « J'ai jamais... jamais embrassé quelqu'un. »
Alastor cligne des yeux.
Il sent son cĆur rater un battement.
Il comprend. Parfaitement.
Alors il ne rit pas.
Il ne fait pas de commentaire.
Il reste là . Calme. Sûr. Présent.
Sa main monte lentement, remonte le long du bras de Lucifer, jusqu'Ă effleurer sa nuque, doucement. Il penche un peu la tĂȘte, juste assez.
Et dans un souffle grave, bas, presque rauque, il murmure :
- « Tu veux... qu'on essaie ? »
Lucifer ne répond pas tout de suite. Il hésite. Il a peur. Mais il ne s'écarte pas.
- « Oui... mais... je... je sais pas comment faire. »
Alastor esquisse un sourire discret.
- « C'est pas grave. C'est pas un devoir, t'sais. C'est juste... toi et moi. Je te jugerai pas si t'y arrives ou non. »
Lucifer inspire lentement.
Ses paupiĂšres sont mi-closes.
Son souffle caresse déjà la lÚvre d'Alastor.
Et alors, dans un geste infiniment lent, Alastor comble les derniers centimĂštres.
Leurs lĂšvres se touchent.
C'est pas une explosion.
C'est pas un feu d'artifice.
C'est un frisson, chaud, désordonné, profondément humain.
Lucifer laisse échapper un petit son, comme un soupir qu'il n'a pas pu retenir.
Sa main s'agrippe au t-shirt d'Alastor.
Ses lĂšvres sont maladroites, un peu tremblantes, mais sincĂšres.
Alastor prend son temps.
Il l'aide sans diriger.
Il l'accueille.
Ils se détachent un instant.
Lucifer a les joues rouges.
Le souffle court.
Mais il sourit.
- « C'était... bizarre. Mais... bien bizarre. Je veux dire... J'aime bien. »
Alastor rit doucement.
- « Ăa va s'arranger si tu pratiques. »
Lucifer lÚve les yeux au ciel, faussement exaspéré.
Ils se sourient.
Et le silence revient. Mais cette fois... il est léger.
Plein de promesses.
â€ïžâđ©č ScĂšne 35 - "ColĂšre contenue"
Le silence venait à peine de se dissiper, alourdi par la proximité et le baiser échangé, quand Alastor s'était levé d'un geste sec.
Trop sec.
Comme s'il voulait arracher quelque chose de lui-mĂȘme.
Lucifer le regarda, surpris, encore assis sur le lit, les joues rouges.
- « Alastor ? »
- « J'vais les buter maintenant. »
Le ton Ă©tait froid, plat. Trop calme pour ĂȘtre honnĂȘte.
Il parlait de ses parents.
Ceux qui lui avaient mis ce bleu sous l'Ćil.
Lucifer se redressa un peu, nerveux.
- « Non... Tu vas rien faire. Tu peux pas débarquer comme ça chez moi et- »
Alastor se tourne, les yeux noirs d'une colÚre brûlante.
- « Pourquoi ? Tu crois que j'vais les laisser continuer ?! J'vais leur faire comprendre qu'on touche pas à un gamin, ok ? Jamais. Surtout pas toi. »
Lucifer blĂȘmit.
- « Non... Non, Alastor, s'il te plaĂźt ! Ăcoute moi ! »
- « Ah ouais, tu veux que je t'Ă©coute ? Tu crois qu'ils vont arrĂȘter si je fais rien ? T'attends quoi, une deuxiĂšme claque ? Un bras en moins ? »
Il est dĂ©jĂ prĂšs de la fenĂȘtre.
Lucifer panique.
- « Alastor, s'il te plaßt. Si tu m'aimes un tout petit peu, reste. Dis rien. C'est pas la solution. »
Alastor s'arrĂȘte net.
Son dos est tendu.
Il reste immobile un long moment.
Puis, dans un souffle presque cassé :
- « J'sais mĂȘme pas si t'es sĂ©rieux. J'sais pas pourquoi t'as fait ça. Le baiser. Et j'peux pas rester si j'ai pas de rĂ©ponse. »
Lucifer murmure, presque inaudible :
- « Parce que t'es la seule personne avec qui je me sens en sécurité. »
Lucifer baisse les yeux, sa mùchoire tremble. Il se lÚve à son tour, les mains légÚrement levées, comme pour approcher un animal blessé.
- « C'est pas la solution, Alastor... Si tu fais ça, ils vont devenir pires. Ils vont me couper les vivres. M'enfermer. M'envoyer dans un putain d'internat ou chez un psy. »
Mais Alastor n'écoute plus.
Il est dĂ©jĂ Ă deux pas de la fenĂȘtre, les mains tremblantes, la respiration saccadĂ©e.
- « J'te jure que si je redescends dans cette rue, j'monte les escaliers de cet appartement et je leur éclate la gueule. »
Lucifer panique. Il fait deux pas, rapides, et l'attrape par le bras.
- « ArrĂȘte. T'as pas Ă me sauver, Al. Pas comme ça. Pas avec la violence. »
Alastor pivote, violemment, prĂȘt Ă lui dire de le lĂącher - mais Lucifer tire plus fort.
Et d'un geste sec, tremblant lui aussi, il l'attire contre lui.
Leurs torses se touchent.
Leurs respirations s'entremĂȘlent.
Les deux battent à un rythme aussi rapide que désaccordé.
Lucifer murmure :
- « ArrĂȘte de bouger. Reste lĂ . Juste... reste lĂ . »
Alastor reste figé un instant, comme s'il ne savait plus respirer.
Ses bras tendus, durs, prĂȘts Ă cogner... se dĂ©tendent. Lentement.
Il ferme les yeux.
Le front contre l'épaule de Lucifer.
Un souffle. Un frisson.
Lucifer passe une main dans ses cheveux.
- « Tu me protÚges déjà ... Rien qu'en étant là . Pas besoin de cogner. »
Alastor soupire, brisé, fatigué, comme s'il rendait les armes.
Il murmure dans le creux de sa nuque :
- « J'te jure... si jamais ils recommencent, Lucifer... Je pourrais pas me contenir. S'ils reposent la main sur toi... Rien que cette idée me donne envie de vomir. »
Lucifer hoche doucement la tĂȘte contre lui.
- « Je sais. Mais là , maintenant... j'ai besoin que tu restes. »
Et ils restent.
Collés.
En silence.
Deux corps trop différents, deux vies opposées... mais pour une minute entiÚre, parfaitement alignés.
Alastor était resté là . Immobile.
Lucifer dans ses bras.
Le souffle contre son cou.
La chaleur de son corps collée au sien.
Et pendant quelques secondes, il aurait voulu que rien ne bouge.
Que personne ne frappe Ă la porte.
Que personne ne les voit.
Que ce moment reste lĂ , hors du monde.
Mais son cĆur battait trop vite.
Trop fort.
Et Lucifer leva les yeux vers lui.
Juste un peu.
Son menton posé contre sa poitrine.
Son regard ancré dans le sien.
Trop de douceur. Trop de vérité. Trop d'envie.
Lucifer entrouvrit les lĂšvres.
Juste un peu.
Son souffle effleura la bouche d'Alastor.
Et le monde sembla ralentir.
Alastor baissa les yeux vers lui.
Ses doigts tremblaient un peu sur le dos du blond.
Il aurait pu ĂȘtre tentĂ©. Il le voulait. Dieu, il le voulait tellement.
Mais il détourna le visage.
Ă la toute derniĂšre seconde.
Il ferma les yeux.
- « Pas encore. »
Lucifer le fixa, interdit.
- « Quoi ? »
- « Si j't'embrasse là , maintenant... J'saurai plus si c'est moi que tu veux... ou juste quelqu'un qui t'écoute enfin. »
Lucifer reste figé.
Touché.
Pas vexé. Mais surpris.
Il comprend.
Alors il hoche doucement la tĂȘte. Et murmure, dans un souffle sincĂšre :
- « Alors reste. Mais reste... pour moi. MĂȘme sans les baisers. »
Alastor esquisse un sourire.
- « T'as de la chance que je sois curieux. »
Lucifer se laisse aller à un petit rire, léger.
Et ils restent lĂ , front contre front, sans un mot de plus.
Les cĆurs battant trop fort pour oser briser le silence.
đ° ScĂšne 36 - "Visite imprĂ©vue"
Lucifer s'était détendu.
Enfin.
Alastor et lui étaient assis cÎte à cÎte sur le lit, les jambes qui se touchaient à peine.
Le silence Ă©tait revenu, ni pesant, ni gĂȘnant, juste... fragile. Suspendu.
Mais alors que Lucifer allait ouvrir la bouche pour dire quelque chose, une voix retentit en bas de l'escalier.
- « Lucifer ! C'est ta copine Charlie qui est là ! »
Lucifer se figea.
Alastor aussi.
Ils se regardent.
Une seconde de panique silencieuse.
Lucifer bondit du lit, attrape un sweat, le jette sur Alastor à moitié assis :
- « Mets ça. Cache ton visage. Non. Ton T-SHIRT ! D'abord ton t-shirt ! »
Alastor le regarde, blasé :
- « Calme-toi, chéri, j'ai pas tué quelqu'un. »
- « Non, juste brisé toute forme de logique sociale dans mon monde. »
Des bruits de pas.
Des talons.
Une voix féminine, enthousiaste :
- « Luluuuuuuu ! J'ai apporté les muffins au matcha que t'adoooores ! »
Lucifer grimace.
Il n'a pas le temps de réagir : la porte s'ouvre.
Et lĂ , dans l'embrasure, Charlie s'arrĂȘte net.
Elle tient une boĂźte rose pastel.
Elle porte une jupe plissée beige, un polo blanc impeccable.
Ses cheveux sont parfaitement coiffés.
Et devant elle : Alastor.
Debout. Dans la chambre de Lucifer.
Le sweat sur les épaules, l'air un peu défait, les cheveux en bataille.
Charlie cligne des yeux.
- « Euh... »
Lucifer se racle la gorge.
- « Salut, Charlie. Surprise. »
Charlie plisse les yeux.
- « Alastor ? Genre... Alastor Alastor ? Celui du 9e ? Le gars qui a traité mon sac de 'crapaud de luxe' en début d'année ? »
Alastor se gratte la nuque, un sourire en coin :
- « T'as fini par le changer, au moins. »
Charlie ne sait pas si elle doit rire ou frapper.
Lucifer intervient, les bras croisés :
- « Il était juste venu me... passer un message. De la part du lycée. Voilà . »
Charlie hausse un sourcil.
Elle entre, lentement, pose sa boĂźte.
- « Et le message, il dure combien de temps ? Une nuit complÚte et une matinée d'école ? »
Lucifer rougit violemment.
Alastor étouffe un rire derriÚre sa main.
- « C'est pas ce que tu crois. »
- « T'es sûr ? Parce que moi j'crois beaucoup de choses, Lucifer. »
Lucifer soupire. Il s'approche, lui prend doucement le bras.
- « Je t'explique. Mais... doucement. Et sans jugement. »
Charlie le regarde.
Puis son regard glisse vers Alastor.
Puis de nouveau vers Lucifer.
Et elle dit, doucement :
- « Est-ce que tu vas bien ? »
Lucifer cligne des yeux. Surprise.
Il hoche la tĂȘte.
- « Ouais... grùce à lui. »
Charlie se détend.
Puis elle sourit.
- « Bon. Alors je t'Ă©coute. Mais je garde les muffins. T'as pas intĂ©rĂȘt Ă me faire pleurer, sinon je les mange tous. »
Alastor s'allonge de nouveau sur le lit, les bras derriĂšre la tĂȘte.
- « J'veux bien en goûter un, moi. »
Charlie le regarde comme une bĂȘte curieuse.
- « Toi tu vas gagner ma tolérance millimÚtre par millimÚtre. »
- « J'aime bien les défis. »
Lucifer, lui, sourit.
Un peu amusé.
Un peu rassuré.
Et surtout...
plus seul du tout.
𫊠ScÚne 37 - "Rouge comme un diable"
Le téléphone d'Alastor vibra.
Il était posé sur le bureau. L'écran s'illumina : « M'man ».
Il fronça les sourcils, le décrocha aussitÎt.
- « AllÎ ?... Quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?... »
Lucifer et Charlie échangÚrent un regard inquiet.
Alastor reprit, d'un ton sec :
- « Elle s'est blessée ?! Mais comment ?... Ah. Juste une entorse ? Bon... J'y vais. J'en ai pour dix minutes. Merci. Je t'aime. à ce soir. »
Il raccrocha, l'air déjà en train de se lever.
- « Ma sĆur s'est blessĂ©e en sport. L'Ă©cole a appelĂ© ma mĂšre, mais elle est au taff jusqu'Ă tard. Faut que j'aille la chercher. »
- « Tu as une sĆur ? » demande Lucifer, Ă moitiĂ© inquiet et intriguĂ©.
- « Oui. Elle a 8 ans. Tu la rencontreras peut-ĂȘtre un jour si elle nous fait l'honneur de sortir de sa chambre de princesse licorne un jour. »
Lucifer s'Ă©tait levĂ© lui aussi. Il le raccompagna jusqu'Ă la fenĂȘtre.
Alastor enfilait son t-shirt Ă moitiĂ© quand il s'arrĂȘta, jeta un coup d'Ćil Ă son sweat restĂ© dans les mains de Lucifer.
- « Garde-le. Tu l'as mis, il est Ă toi maintenant. Je te le donne avec plaisir, t'auras mon odeur Ă portĂ©e de main si besoin. Ăa va aller ? »
Lucifer baissa les yeux sur le vĂȘtement, surpris. Un vĂȘtement large, qui sentait encore son parfum sucrĂ© mĂ©langĂ©e Ă l'odeur de ses quartiers.
- « Lucifer, j'suis sérieux, est-ce que ça ira si je pars ? Tu fais pas de conneries, hein ? » dit Alastor en repensant aux cicatrices sur ses poignets.
- « Oui, bien sĂ»r ! Tu m'envoies un message au 07. 13 .57 .37 .11, quand tu auras fini avec ta sĆur. Je voudrai bien savoir comment ça se sera passĂ©. D'accord ? »
- « Je le ferai, compte sur moi »
Lucifer releva les yeux pour rĂ©pondre, mais Alastor Ă©tait dĂ©jĂ sur le rebord de la fenĂȘtre.
- « On se voit demain, chéri. »
Et il disparut, sans attendre de réponse.
Charlie s'était tue jusque-là .
Mais dĂšs qu'Alastor fut hors de vue, elle croisa les bras et planta son regard dans celui de Lucifer.
- « Alors ? Tu comptes me dire pourquoi tu ressembles à une tomate dÚs qu'il t'adresse la parole ? »
Lucifer, qui portait toujours le sweat contre lui, releva la tĂȘte d'un air faussement innocent.
- « Hein ? Je sais pas de quoi tu parles. »
Charlie leva un sourcil. TrĂšs haut.
- « Bien sûr. Je ne suis pas née de la derniÚre pluie. Tu t'es regardé dans un miroir ? Tu fonds dÚs qu'il ouvre la bouche. C'est pas un crush, c'est une noyade. »
Lucifer recula légÚrement, le rouge aux joues :
- « C'est pas vrai... »
- « C'est un terminale, Lu. Toi t'es en seconde. C'est littéralement un homme face à un bébé canard nerveux. »
Lucifer tourna la tĂȘte, mal Ă l'aise.
Charlie pencha la tĂȘte, une moue moqueuse au coin des lĂšvres.
- « Aaaahhh... Attends. »
Elle plissa les yeux, se rapprocha.
- « T'es pas rouge parce qu'il te plaßt... t'es rouge parce que t'as FAIT un truc. »
Lucifer ouvrit la bouche.
Mais trop tard.
- « Je le savais ! TU L'AS EMBRASSĂ, AVOUE LE ! »
- « Charlie- »
- « Je suis ta meilleure amie, tu PEUX PAS me cacher ça ! »
Lucifer attrapa un coussin et se le mit sur la tĂȘte.
- « C'est toi qui me saoule là ... »
- « Dis-moi que c'était un vrai baiser. Genre... sur la bouche. Et pas juste un cùlin bizarre. »
- « Charlie ! »
- « Oh mon dieu C'ĂTAIT VRAI ! »
Elle explosa de rire, s'écroulant à moitié sur le lit.
Lucifer la repoussa doucement, le visage toujours écarlate.
Charlie se calma un peu, le souffle court, les yeux brillants.
- « Bon, sérieux maintenant... T'as l'air heureux. C'est nouveau, et ça te va bien. J'espÚre que ça se passera bien entre vous si vous sortez ensemble. »
Lucifer se figea.
Puis il esquissa un petit sourire.
- « J'sais pas encore ce que c'est. Mais... ouais. C'est différent. »
Charlie hocha doucement la tĂȘte.
- « Promets-moi juste que tu vas pas tout garder pour toi, comme d'habitude. Et que tu vas pas te faire mal dans l'histoire. »
Lucifer la regarda, sincÚrement touché.
- « Promis. »
đ ScĂšne 38 â âPetite sĆur, gros cĆurâ
Le casque vissĂ© sur la tĂȘte, Alastor slalomait entre les voitures.
Son sweat lui manquait dĂ©jĂ , sans quâil veuille vraiment lâadmettre.
Il repensait au regard de Lucifer, Ă sa voix quand il lui avait dit :
Tu lâas mis, il est Ă toi maintenant.
Un truc con. Mais il lâavait dit sans rĂ©flĂ©chir.
Et maintenant ? Bah il y pensait comme un débile amoureux.
Il freina net devant lâĂ©cole primaire.
Dans la cour, une surveillante lui indiqua lâentrĂ©e de lâinfirmerie, un peu surprise de voir un ado en casque et en dĂ©bardeur dĂ©barquer aussi vite.
â « Tu viens chercher Isabelle Turner ? »
â « Ouaip. Câest ma sĆur. »
â « Elle sâest foulĂ©e la cheville en sautant les escaliers. Encore. »
Alastor soupira en secouant la tĂȘte.
Il entre dans lâinfirmerie⊠et son regard sâadoucit immĂ©diatement.
Isabelle, 8 ans, cheveux bouclés et un pansement ridicule sur la cheville, était assise sur un petit lit, en train de manger un gùteau.
Elle leva les yeux et sâĂ©cria :
â « Al !!! »
â « Salut tornade. Tâas encore voulu faire du parkour dans la cour ou quoi ? »
Elle rit.
â « Jâavais pariĂ© avec Niffty que je pouvais sauter deux marches dâun coup. Jâai gagné⊠mais jâai perdu ma cheville. »
â « Logique. Allez, viens. Jâte ramĂšne. »
Il la prit dans ses bras, la portant comme une plume.
Isabelle passa ses bras autour de son cou, puis lui souffla Ă lâoreille :
â « Tâes bizarre aujourdâhui. »
Alastor arqua un sourcil en lâinstallant doucement Ă lâarriĂšre de sa moto, casquĂ©e comme une pro.
â « Quâest-ce que tâentends par âbizarreâ ? »
â « Je sais pas. On dirait que tu souris tout seul. Et tâas ce regard-là ⊠comme dans les films. Quand le hĂ©ros il pense Ă sa copine. »
Alastor haussa un sourcil, mi-blasé mi-touché.
â « Câest pas une copine. »
â « Câest un garçon ? »
Il roula des yeux.
â « Tâes trop futĂ©e pour ton Ăąge. »
â « Il est mignon ? »
Alastor soupira profondément.
Mais au fond, il souriait.
â « Trop, ouais. »
Elle hocha la tĂȘte, comme si elle approuvait le casting de son grand frĂšre.
â « Alors invite-le Ă manger une glace avec nous un jour. Je veux voir sâil est gentil. »
â « Un jour. Peut-ĂȘtre. »
Et sur ces mots, il démarra la moto.
Le vent dans les cheveux.
Sa sĆur dans le dos.
Et Lucifer dans la tĂȘte.
đ ScĂšne 39 â âEt il est beau, ton copain ?â
Lâappartement sentait le sucre et le linge propre.
En revenant à la maison, Alastor avait porté Isabelle jusque sur le canapé, puis dans son lit quand elle commença à piquer du nez devant un dessin animé.
Il la borda doucement, assise dans son petit lit Ă barreaux blanc dĂ©corĂ© de stickers mal collĂ©s et dâune guirlande lumineuse rose.
â « Tu veux que jâte laisse la porte entrouverte ? »
â « Non, reste encore un peu⊠»
Alastor soupira, mais il sâassit Ă cĂŽtĂ© dâelle.
Isabelle croisa les bras, le regarda fixement.
â « Tu lâaimes, hein ? »
â « Quoi ? »
â « Le garçon Ă qui tâas donnĂ© ton pull. C'est pas pour rien que t'es en dĂ©bardeur. T'aimes pas montrer les cicatrices que papa t'a faites d'habitude. »
Alastor leva les yeux au ciel.
â « Câest pas ce que tu crois. »
â « Mais tu lui as donnĂ© ton pull. Et tu pensais Ă lui en moto. Je tâai senti sourire. »
Il baissa la tĂȘte, gĂȘnĂ©.
â « Câest compliquĂ©. »
â « Il est gentil avec toi ? »
Cette question.
Simple. Douce. Tellement innocente.
Alastor ne répondit pas tout de suite.
Puis, Ă voix basse :
â « Ouais. Il me regarde comme si jâĂ©tais pas un ratĂ©. Câest... bizarre. »
Isabelle sourit, les yeux brillants.
â « Et il est beau ? »
Alastor la regarda, abasourdi.
â « Câest ça la question importante pour toi ? »
â « Bah ouais ! Si câest mon futur beau-frĂšre, faut quâil soit canon ! »
Il explosa de rire, Ă©touffĂ© pour ne pas rĂ©veiller tout lâimmeuble.
â « Dors maintenant. Tâas assez posĂ© de questions pour aujourdâhui. »
Elle hocha la tĂȘte, mais attrapa sa main avant de fermer les yeux.
â « Tâas le droit dâĂȘtre heureux, Al. MĂȘme si câest bizarre. »
Alastor resta là un instant, figé.
Puis il se pencha doucement pour lui embrasser le front.
â « Dors bien, microbe. »
Il sortit sur la pointe des pieds et referma la porte en silence.
Dans le couloir, il sâappuya un instant contre le mur, les yeux vers le plafond.
Son cĆur battait encore trop vite.
Il sortit son téléphone. Hésita.
Puis appuya sur le nom : Lucifer đđ„
Il colla lâappareil contre son oreille.
Une sonnerie. Deux. Trois.
Puis une voix familiÚre, un peu fatiguée, mais calme :
â « AllĂŽ ? »
Alastor sourit sans sâen rendre compte.
â « Câest moi. Comme promis. »
Un petit silence. Puis la réponse, presque timide :
â « Jâattendais ton appel. »
đ ScĂšne 40 â âAppel du soirâ
Lucifer était allongé sur son lit, les yeux fixés sur le plafond de sa chambre luxueuse, plongée dans une pénombre violette.
Les rideaux tirés laissaient passer quelques traßnées de lumiÚre du soir.
Il tenait son tĂ©lĂ©phone contre son oreille. Et dans son oreille, la voix dâAlastor.
â « Câest moi. Comme promis. »
Lucifer ferma un instant les yeux, rassuré.
â « Jâattendais ton appel. »
Un petit silence. Pas pesant. Juste... suspendu.
â « Elle va bien ? » demanda Lucifer doucement.
â « Ouais. Elle sâest foulĂ© la cheville. Rien de mĂ©chant. Elle a juste besoin de faire la princesse pendant trois jours. »
Lucifer esquissa un sourire.
â « On peut comprendre d'oĂč elle peut le tenir. »
â « Tâinsinues que jâsuis capricieux ? »
â « Non. Mais tâas le charisme dâun prince Disney quand tâarrives par une fenĂȘtre. »
Alastor Ă©clata dâun petit rire grave.
â « Jâvais le prendre comme un compliment. MĂȘme si jâsais toujours pas ce que jâfous dans ta tĂȘte. »
Lucifer serra le téléphone un peu plus fort.
â « Tu fais pas que âĂȘtre dans ma tĂȘteâ. »
Lâautre cĂŽtĂ© du fil resta silencieux quelques secondes.
Puis Alastor souffla :
â « Je pense quâĂ toi. Depuis hier. Depuis la moto. Depuis... bien avant, en fait. »
Lucifer sâassit sur son lit, les jambes croisĂ©es.
â « Jâsais pas si câest une bonne chose. Je suis compliquĂ©. »
â « Et moi jâsuis censĂ© ĂȘtre simple ? Jâai sĂ©chĂ© les cours pour te voir ce matin, chĂ©ri. Jâai pas fait ça depuis que jâsuis en premiĂšre. »
Lucifer sourit doucement.
â « Je sais mĂȘme pas ce quâon est. »
â « Moi non plus. Mais je mâen fous un peu. J'ai pas besoin d'Ă©tiquettes. »
Un silence. Puis Lucifer murmura :
â « Jâai toujours peur de tout gĂącher. »
â « Alors gĂąche rien. Sois juste lĂ . Et laisse-moi ĂȘtre lĂ aussi. »
Un instant passe.
Lucifer ferma les yeux et se laissa tomber en arriÚre sur le lit, toujours avec le téléphone contre son oreille.
â « Est-ce que tu vas tâendormir au tĂ©lĂ©phone avec moi comme dans les films ? »
Alastor rit doucement.
â « Si tâarrĂȘtes de poser des questions aussi niaises, peut-ĂȘtre. »
â « Tâas quâĂ raccrocher, dans ce cas. »
â « Non. Je veux tâentendre respirer encore un peu. »
Lucifer sentit sa gorge se serrer.
â « Bonne nuit, Alastor. »
â « Bonne nuit, chĂ©ri. »
Et aucun des deux ne raccrocha tout de suite.