Un jeune serviteur, un exoletus à la peau si claire qu'elle semblait avoir été trempée dans le lait, s'avança vers le lit de Darius. Il portait une aiguière en argent, ses mouvements fluides trahissant des années d'un dressage rigoureux destiné à flatter l'oeil des puissants. Alors qu'il se penchait pour remplir la coupe de l'immortel, ce dernier referma brutalement sa main sur la nuque du jeune homme, le forçant à genoux. L'exoletus laissa échapper un souffle court, ses yeux s'agrandissant alors qu'il sentait la force du guerrier l'attirer à lui. Sous la soie de sa tunique, Darius sentait son sang battre avec une violence sourde. Il écarta les pans du tissu, exposant son sexe déjà dressé, une colonne de chair impérieuse contrastant avec la pâleur presque virginale du visage qui lui faisait face.
— Montre-moi ce que Rome t'a appris, murmura-t-il.
Le jeune homme obéit. Il connaissait sa valeur, et celle de l'homme qu'il s'apprêtait à servir. Ses mains, fines et expertes, vinrent encadrer les cuisses puissantes de l'immortel, dont les muscles frémirent sous le contact. Avec une lenteur calculée, il commença par explorer la virilité palpitante, ses pouces carressant la peau tendue, alternant entre des pressions fermes et des effleurement légers qui faisaient tressaillir les nerfs du guerrier. Il recueillit un peu de sa propre salive au creux de sa paume pour lubrifier la chair qui s'impatientait. Le glissement de ses mains devint plus fluide, plus rythmé, une carresse qui remontait jusqu'à la base du gland, redescendant jusqu'aux bourses, éprouvant la dureté de l'organe. Puis le serviteur s'inclina, ses lèvres s'ouvrant sur la pointe de la verge de Darius. Le contact d'une chaleur humide lui fit rejeter la tête en arrière, ses doigts s'enfonçant plus profondément dans la chevelure de l'éphèbe agenouillé à ses pieds pour guider sa cadence.
L'exoletus travaillait avec une dévotion technique, sa langue agile dessinant des cercles autour du gland, avant de s'enfoncer plus loin, cherchant la profondeur de la gorge. L'immortel observait la scène, les paupières mi-closes, dégustant le spectacle de cette bouche s'escrimant à lui donner du plaisir. Il voyait les muscles du cou du serviteur se tendre à chaque poussée, entendait le bruit rythmé et humide de l'aspiration qui résonnait entre les notes de flûte. Il sentit une marée brûlante s'accumuler au creux de ses reins. Il jaugeait l'envie sans lutter contre elle. L'orifice du jeune homme, d'une chaleur moite, lui semblait être un fourreau qui cherchait à aspirer jusqu'à son âme. Il gardait les yeux fixés sur son visage, notant le trouble qui gagnait son regard.
Le rythme s'accéléra, les saccades devenant plus impatientes, encouragées par la main de l'immortel qui guidait toujours les va-et-vient des lèvres avides sur son membre. Darius sentit le point de non-retour approcher dangereusement, une explosion de vie qu'il s'apprêtait à déverser comme un conquérant dans ce receptacle de luxe. Il était le centre du monde, le pivot de cette orgie, et cet éphèbe n'était que le premier territoire qu'il venait d'annexer par la seule volonté de sa chair.
L'immortel sentit la pression devenir insoutenable dans ses reins, une tension électrique proche de son paroxysme. Ses doigts se crispèrent un peu plus sur la chevelure, imposant une cadence effrénée alors que le bruit de plus en plus pressant des aspirations marquait chaque seconde avant la rupture. Puis le barrage céda. Il libéra sa semence avec la violence d'une charge de cavalerie, une onde chaude et épaisse qui jaillit au fond de la gorge de l'exoletus, observant avec satisfaction le visage se tendre sous l'effort pour recueillir chaque goutte de ce tribut impérial. Enfin, il relacha son étreinte dans les cheveux du serviteur, le laissant s'écarter, les lèvres encore luisantes de ses sucs.
Un calme momentané retomba sur le lectus medius, une parenthèse au milieu du tumulte ambiant. Le guerrier sentit son sang battre plus lentement, ses membres s'alourdir de cette satisfaction brute qui précède souvent le sommeil.
Mais la trêve fut de courte durée.
Une nouvelle présence s'imposa à lui, s'approchant avec l'assurance de celle qui sait que son corps est un empire. La meretrix qui s'assit sur le bord du lectus de Darius avait des courbes généreuses, des hanches larges, et la fine mousseline sur ses épaules ne cachait rien de ses seins lourds et de ses tétons sombres. Elle posa une main sur la cuisse de l'immortel, observant son membre assoupli par l'acte précédent, et un sourire de prédatrice étira ses lèvres peintes.
— Tu as pris ce que Rome offre de plus tendre, remarqua-t-elle, mais un vrai conquérant ne devrait-il pas explorer les territoires les plus secrets avant de crier victoire ?
Darius, piqué par la curiosité et l'aplomb de la courtisane, esquissa un signe d'assentiment, acceptant le défi. Il n'y avait aucune soumission dans son regard, seulement l'ouverture d'esprit d'un homme qui sait que la connaissance est une autre forme de pouvoir.
Elle l'incita à s'allonger davantage le dos contre les coussins. Ses mains écartèrent les pans de sa tunique de soie, libérant ses jambes et son torse jusqu'à le laisser presque nu, offert à ses mains expertes. Elle ne chercha pas immédiatement le contact du sexe. Avec une expertise née des nuits les plus sombres de Rome, elle entreprit de réveiller le corps du guerrier en explorant les zones frontalières de sa virilité. Elle versa une huile tiède et parfumée au creux de ses paumes, puis commença à masser les muscles de ses cuisses, ses mains pétrissant la chair avec dextérité, remontant jusqu'à l'aine sans jamais franchir la frontière qu'elle s'était fixée. Elle traça ensuite du bout des doigts des sillons légers sur son bas-ventre, provoquant des frissons qui forçaient le sang à refluer vers le bassin.
Ce travail methodique finit par porter ses fruits. Darius sentait une chaleur rampante s'installer à nouveau au creux de ses reins, une attente que la meretrix entretenait comme un art. Lorsqu'elle sentit les muscles de son bas-ventre se crisper, elle changea de stratégie. Elle recueillit ses bourses dans une paume, les soulevant avec une délicatesse ferme pour dégager le passage vers son intimité, tandis que de l'autre main, encore généreusement huilée, elle glissa un doigt vers l'antre de son anatomie, cherchant ce point de tension interne dont les courtisanes les plus raffinées gardaient le secret.
Darius laissa échapper un râle sourd, ses doigts se contractant sur le tissu du lectus. Il sentit d'abord la caresse de l'huile, glissante et tiède, avant que la pulpe du doigt ne vienne presser le seuil de son anus avec une insistance tranquille. Sous la poussée ferme et sans hésitation de la meretrix, le muscle finit par s'assouplir et s'ouvrir, laissant pénétrer cet intrus de chair à l'intérieur de lui. C'était une sensation inédite, une intrusion qu'il n'avait jamais autorisée jusqu'alors. Pour la première fois, il laissait une présence étrangère franchir cette frontière ultime, explorant une vulnérabilité qu'il n'avait jamais songé à sonder. Il s'ouvrit à l'expérience avec l'assurance tranquille de celui qui ne craint pas de perdre son autorité dans l'abandon. La pression exercée sur sa prostate provoqua une secousse électrique dans tout son corps, une onde de choc qui fit refluer le sang avec une violence inouïe vers son entrejambe. La meretrix ne lui laissa aucun répit. Tandis que son doigt maintenait cette tension interne, son autre main vint s'emparer de sa virilité. Elle fit rouler ses testicules au creux de sa paume avant de remonter d'un geste vif le long de son membre, alternant les pressions entre l'intérieur et l'extérieur. Il ne fallut que quelques instants pour que le corps de l'immortel ne réponde à cet assaut coordonné avec une intensité décuplée. L'excitation revint, plus exigeante encore que la première fois. Il sentit sa verge se gonfler, s'affermir, redevenir cette colonne de chair impérieuse prête à s'enfoncer à nouveau au coeur de la mêlée. Le plaisir était différent, plus profond, plus viscéral que tout ce qu'il avait ressenti auparavant.
Alors que cette vague de fond menaçait de submerger sa volonté, il retrouva son instinct de prédateur. Il posa une main sur l'épaule dénudée de la courtisane, une pression ferme et sans appel qui lui signifiait que le temps de la leçon était terminé. Comprenant le signal, la meretrix retira son doigt, laissant une ultime sensation de chaleur s'évanouir dans le sillage de sa main.
À nouveau de fer et libre de ses mouvements, Darius la saisit par les hanches et, d'un mouvement puissant, la bascula sous lui. Il écrasa la mollesse parfumée de la Romaine contre les coussins de soie, son corps de guerrier ne laissant aucune place à la négociation. Lorsqu'il entra en elle, ce fut sans la moindre concession, cherchant la profondeur. Un cri rauque s'échappa de la bouche de la femme, un son qui se perdit dans le tumulte des flûtes et les gémissements qui montaient des autres lits. Darius ne cherchait pas la tendresse, il cherchait l'annexion. Chaque coup de rein était une revendication, un pas de plus dans le territoire de l'autre. Le rythme devint celui d'une charge au galop, puissant, implacable, faisant claquer leurs corps l’un contre l’autre avec un bruit de peau humide qui se mêlait au tumulte bestial de la salle.
Il se focalisa sur cette sensation d'être intégralement contenu, de sentir le fourreau de chair de la femme se resserrer autour de lui. Il était pleinement conscient de sa présence, de son odeur de nard et de ses râles, mais il demeurait le maître du tempo, le chef d'orchestre de son propre plaisir. Par-dessus l'épaule de la courtisane, il voyait les ombres des autres convives s'entrelacer, les visages transfigurés par l'extase ou le vin. Il ne luttait plus contre la marée qui montait en lui, il l'accompagnait avec une autorité tranquille. Il finit par s'abandonner dans une dernière poussée dévastatrice, déversant son feu au plus profond des entrailles de la meretrix, marquant son triomphe définitif sur la luxure de Rome.
Quelques heures plus tard, l'air du triclinium était devenu irrespirable, saturé de l'odeur du vin renversé, des restes de nourriture et des humeurs corporelles. Les lampes à huile commençaient à faiblir, jetant des lueurs incertaines sur la scène de dévastation silencieuse.
Darius se redressa. Il était nu, sa peau encore luisante de sueur, mais ses yeux n'avaient rien perdu de leur clarté. Autour de lui, le spectacle était celui d'un champ de bataille après le carnage, mais sans le sang. Les fiers citoyens romains gisaient sur leurs lits ou sur le sol, terrassés par leurs propres excès, le visage boursouflé par l'ivresse, les membres emmêlés dans une promiscuité grotesque. Le préteur Terentius dormait, la bouche ouverte, une esclave assoupie en travers de sa poitrine.
Il inspira profondément pour s'imprégner une dernière fois de ces effluves de débauche. C’était pour lui le parfum d’une province conquise, l’odeur lourde et satisfaisante d'une ville mise à sac par les sens. Il avait tout goûté, tout exploré, tout possédé. Il n'était pas un de ces cadavres exquis qui jonchaient la pièce, il était l'unique survivant d'un assaut sensoriel qu'il avait su traverser en vainqueur.
Au loin, dans la pénombre, il devina la silhouette immobile d'Ahasuerus qui l'observait en silence. Darius traversa la pièce, enjambant les corps jusqu'à rejoindre son mentor, sa silhouette dominant les ruines du banquet. Il se sentait plus vivant que jamais. Il avait appris comment Rome mourait : dans le vin et le plaisir. Et lui, l'immortel, restait debout sur leurs cendres encore chaudes.