Sparte - 40 avant Jésus-Christ
La chaleur de la cité lacédémonienne s’accrochait aux étoffes des tuniques bien après le coucher du soleil, alourdissant l’atmosphère du péristyle de Lysandre. Pour les mortels qui s’y pressaient, ce banquet n’était qu’une démonstration de plus de puissance et de faste, un rassemblement où l’on venait s’acoquiner avec les puissants, mendier une faveur ou simplement se repaître de vin et de rhetorique creuse.
Methos, quant à lui, jouait les caméléons avec une habitude millénaire. Sous les traits d’un marchand itinérant enrichi par le commerce des épices et des étoffes orientales, discret mais suffisamment introduit pour obtenir une invitation de marque, il s’était posté dans l’ombre d’une colonne de marbre blanc. Il observait le ballet des courtisans, l’air faussement détaché, presque ennuyé par le vacarme ambiant. Pourtant, rien de ce qui se tramait dans la cour de Lysandre ne lui échappait.
Soudain, au milieu de la cohue, l’air s’était densifié. Une vibration, familière et lancinante au creux de son crâne, lui avait rappelé qu’il n’était pas le seul de son espèce sous les portiques de la villa.
Methos avait redressé la tête, ses yeux balayant la foule avec une lenteur méthodique avant de se figer. L’immortel en question était un inconnu. Grand, d’une stature élégante qui tranchait avec la carrure trapue des notables spartiates, il arborait une chevelure blonde qui accrochait la lueur des flammes, des traits d’une finesse sculpturale et des yeux clairs qui semblaient déjà tout dévorer sur leur passage. Une prestance naturelle, presque arrogante, l’enveloppait comme une seconde peau. Il était entouré, courtisé, admiré par une assemblée de femmes et d’hommes fascinés, et pourtant, il semblait déjà s'en détacher.
Leurs regards s'étaient croisés une première fois. Une fraction de seconde. Juste assez pour que Methos sente une curiosité inattendue s'allumer au fond de sa poitrine. Ce n’était pas la menace habituelle, ni la prudence glaciale qu’il réservait à ses semblables. C'était un attrait physique brut, immédiat, tapi sous une couche d’indifférence feinte. Il l'avait observé à la dérobée, analysant la façon dont cet inconnu remettait une mèche en place, le port de sa tête, la ligne altière de sa mâchoire. Il y avait chez cet homme une théâtralité assumée qui l'agaçait autant qu'elle l'hypnotisait.
Pour ne pas trahir l'intensité de son attention, Methos avait détourné les yeux, reportant son verre de vin à ses lèvres, feignant l'indifférence la plus totale. Mais le mal était fait. Partout où l’homme blond se déplaçait, le sillage de sa présence tiraillait les sens de l'immortel.
Au fil des heures, l’étouffement de la foule et la persistance de cette tension invisible finirent par devenir trop lourds. L’agitation du banquet atteignait son paroxysme, entre rires trop forts et libations excessives. Sentant le besoin urgent de reprendre ses esprits, de s'isoler pour calmer le pouls étrangement erratique de son cœur, Methos s'était glissé hors de la grande salle.
Il avait traversé les couloirs frais pour déboucher dans le jardin intérieur, baigné par la lune et le doux murmure d'une fontaine centrale. L’air nocturne, chargé du parfum des lauriers et de la terre arrosée, lui avait enfin permis de souffler. Il s’était approché de la margelle de pierre, fermant un instant les yeux pour chasser l’image de ce regard clair qui le hantait depuis des heures.
— Fuyons-nous la foule des mortels ou simplement la médiocrité de nos hôtes ? lança une voix basse, veloutée, teintée d'un amusement souverain qui s’égrena dans le silence du jardin.
Methos pivota d’un mouvement sec. Debout à l’entrée de l’allée, les mains dans les plis de sa chlamyde, l'inconnu souriait. Il s'était approché sans bruit, porté par cette même certitude silencieuse qui trahissait leur nature commune. Sous la lumière claire de la lune, la reconnaissance avait été immédiate.
Methos plissa légèrement les yeux, un masque d'indifférence polie recouvrant aussitôt sa surprise.
— Si la compagnie de Lysandre vous pèse à ce point, cher ami, rien ne vous obligeait à quitter le festin, rétorqua-t-il d'un ton sec, feignant le détachement.
L'inconnu s'avança de quelques pas, rompant la distance avec assurance. Ses yeux clairs brillaient dans la pénombre, rivés sur Methos avec une intensité qui rendait l'air soudainement plus lourd.
— Disons que j'ai horreur d'étouffer, répliqua-t-il, un sourire en coin étirant ses lèvres. Surtout lorsque ma chère épouse a décidé de transformer la soirée en une partie d'échecs conjugale. Elle passe son temps à surveiller mes moindres faits et gestes, persuadée que le moindre regard de travers est une déclaration de guerre. J'avais besoin de respirer un air un peu moins hypocrite.
Methos laissa échapper un rire bref tout en pivotant pour lui faire face.
— Un mariage de convenance, devina-t-il. Les joies de l'aristocratie et de ses alliances politiques. On ne s'en lasse jamais à travers les siècles.
L'immortel blond marqua un temps d'arrêt, visiblement surpris par la répartie, avant que ses traits ne se détendent en une expression de pure fascination.
— Des siècles, murmura-t-il en penchant la tête sur le côté, savourant le mot comme un mets rare. Ainsi, vous n'êtes pas seulement un marchand d'orient égaré dans cette satrape grecque. Je me doutais bien qu'un simple mortel n'aurait pas ce regard-là, planté contre une colonne à observer le monde comme s'il s'apprêtait à l'enterrer.
— Je vous renvoie le compliment, répliqua Methos, croisant les bras sur sa poitrine, sentant la tension monter d'un cran. On ne se cache pas facilement quand on brille autant sous les flambeaux, Flavius, n'est-ce pas ?
L'inconnu haussa un sourcil, amusé d'entendre son propre nom prononcé avec cette familiarité instantanée.
— Flavius, oui. Et vous... disons que je n'ai pas eu le loisir de surprendre le votre au milieu des éloges hypocrites de nos hôtes.
— Appelons cela une discrétion nécessaire. À notre époque, la curiosité des hommes est un fardeau dont on se passe volontiers.
Ils se rapprochèrent de la fontaine, le bruit de l'eau claire offrant une barrière intime au milieu de la nuit spartiate. L'espace entre eux se réduisait naturellement, aimanté par une force qui n'avait plus rien à voir avec la simple reconnaissance d'un pair. Methos pouvait sentir le parfum de cèdre qui émanait de son interlocuteur, une fragrance subtile qui lui brouillait les sens.
Flavius s'accouda à son tour sur la margelle de marbre, tournant légèrement la tête pour capturer le profil de Methos.
— Je me demande, murmura-t-il, sa voix se faisant plus intime, qu'est-ce qui vous retient réellement dans ce genre de mascarade, si vous méprisez autant l'agitation du monde ?
Methos tourna lentement la tête. Il pouvait lire dans les prunelles claires de Flavius un désir brut, décomplexé, une promesse de brûlure qu'il n'avait pas cherchée mais qu'il reconnaissait trop bien.
— Disons que j’ai un goût prononcé pour les curiosités de ce monde, répondit Methos, la voix troublée malgré lui par la proximité. Et parfois, on fait de très étonnantes rencontres.
— Étonnantes, en effet.
Flavius rompit la distance d'un mouvement mesuré. Sa main se posa sur l'avant-bras de Methos, un contact chaud et délibéré. Methos se laissa faire, mais un agacement piquant se réveilla aussitôt en lui — non pas de la faiblesse, lui qui traversait les siècles avec une vigilance de fer face au danger, mais une irritation froide envers lui-même. D'habitude, il verrouillait ses distances en un instant. S'il tolérait cette main posée sur sa peau, c'était précisément parce qu'il sentait que cette fois, c'était différent, que cet inconnu bousculait ses mécanismes habituels sans qu'il ne cherche à l'en empêcher. Flavius rapprocha son visage, réduisant l'espace entre eux jusqu'à ce que leurs respirations se mêlent, lourdes de promesses. Quand leurs lèvres se frôlèrent enfin, ce fut un baiser suspendu, une reconnaissance mutuelle avant que la passion ne prenne le dessus et n'emporte leurs dernières défenses.
Autour d'eux, la nuit spartiate enveloppait le jardin de ses ombres protectrices. Se cacher dans les recoins d'une villa en pleine réception, loin des regards inquisiteurs de l'épouse jalouse et des invités de Lysandre, conférait à l'instant un délicieux parfum de transgression. Le risque d'être surpris au milieu de ce monde d'apparences électrisait l'air. Leurs mains glissèrent sous les étoffes lourdes des tuniques pour chercher la chaleur nue de la peau, pressant les corps l'un contre l'autre dans un frottement brut.
— Tu aimes ça ? murmura Flavius contre sa bouche, sa main s'attardant sur sa hanche avant de remonter explorer son torse.
— Ne fais pas comme si tu savais déjà tout de moi, rétorqua Methos dans un souffle, un sourire provocateur aux lèvres alors qu'il encerclait à son tour la nuque de l'inconnu.
Leurs corps se cherchaient dans une découverte mutuelle, un apprentissage immédiat des désirs de l'autre. Flavius glissa ses doigts le long des cuisses de Methos, remontant l'ourlet de la chlamyde, savourant les frémissements et les légers soupirs arrachés à ce corps qu'il découvrait à peine.
— C'est bien ce que je pensais... tu réponds vite, murmura-t-il, savourant le contrôle qu'il exerçait tout en guettant chaque réaction dans le regard de Methos.
— Ne t'arrête pas en si bon chemin, répliqua ce dernier, les prunelles sombres de défi, ses mains agrippant fermement les épaules de Flavius pour l'ancrer un peu plus contre lui. Voyons si tes actes sont à la hauteur de ton assurance.
Flavius laissa échapper un rire bas, un souffle brûlant qui vint s'écraser contre le cou de l'immortel avant de descendre le long de son torse. Sans un mot de plus, il s'agenouilla sur les dalles fraîches du jardin, se glissant sous les plis de la chlamyde. Methos retint son souffle, les muscles de son bas-ventre se contractant violemment sous l'effet de cette transition abrupte.
La main de Flavius vint enlacer sa cuisse, traçant une caresse experte tandis que ses lèvres se refermaient sur son sexe durci. Le contraste entre la fraîcheur de la nuit spartiate et la chaleur humide de sa bouche arracha à Methos un premier gémissement.
— Dis-moi... est-ce que c'est ce que tu attendais ? murmura Flavius contre sa peau, rompant un instant le rythme pour guetter son visage, un sourire étirant ses lèvres humides.
— Tu poses trop de questions pour quelqu'un qui a la bouche occupée, riposta Methos. Continue...
Flavius obéit, reprenant ses assauts avec régularité, alternant les pressions profondes et les caresses légères du bout de la langue, explorant chaque réaction de ce corps qu'il découvrait avec une faim insatiable. Porté par cette ivresse, il se redressa lentement, abandonnant sa position pour venir effleurer l'oreille de l'immortel avant de murmurer :
— À mon tour de prendre ce qui m'est dû.
D'un mouvement souple, il fit pivoter Methos et le pressa contre la margelle de pierre. Il se laissa faire, abandonnant le contrôle sans résistance. Flavius glissa ses mains sur ses hanches, s’enfonçant en lui avec une autorité implacable. Leurs corps s'accordèrent dans une frénésie virile et sans concession.
— Tu prends ton pied ? murmura l'immortel contre sa nuque, sa respiration brûlante s’écrasant sur sa peau tandis que ses reins accéléraient la cadence.
— Ne parle pas tant... Occupe-toi plutôt de moi... exigea Methos, les doigts crispés sur la pierre alors que chaque coup le consumait de l'intérieur.
Flavius ne se fit pas prier. Sans ralentir le rythme de ses assauts profonds, il glissa sa main libre entre les cuisses de Methos, enveloppant son sexe pour le masturber en rythme avec leurs allées et venues.
— C'est ça... abandonne-toi, grogna Flavius, totalement grisé par la ferveur et la soumission consentie de son partenaire, devinant la tension extrême qui tendait chaque muscle de son dos.
Sous la double stimulation, l'esprit de Methos chavira. La friction implacable de la main de Flavius couplée aux va-et-vient profonds fit voler en éclats ses dernières défenses. Il poussa un cri sourd en lâchant prise, sa jouissance se déversant directement dans la main qui le tenait prisonnier. Sentir le corps de l'homme se libérer de la sorte amplifia l'excitation de Flavius au-delà du raisonnable ; galvanisé par ce flot chaud, il redoubla d'ardeur avant d'atteindre à son tour sa propre plénitude, s'abattant contre le dos de son amant d'un soir dans un long soupir.
Le silence retomba peu à peu sur le péristyle, troublé seulement par le murmure de la fontaine et leurs respirations hachées. Flavius enfouit un instant son visage dans le creux de la nuque de Methos, reprenant ses esprits avant de remonter ses mains le long de son torse.
— Tu m'as laissé m'emparer de tout, murmura-t-il d'une voix encore brisée par le plaisir, et pourtant, je ne sais toujours pas comment appeler celui qui me laisse un goût si inoubliable sur les lèvres.
Methos laissa échapper un sourire imperceptible, sentant la chaleur de ce corps étranger coller encore au sien. Il tourna légèrement la tête pour croiser le regard clair qui le fixait avec une intensité dévorante.
— Methos, finit-il par souffler, brisant le silence de la nuit spartiate pour offrir son nom en guise de sceau.