Monastère de la Source Claire — 850 après JC
Les murs de calcaire blanc de l'abbaye semblaient retenir toute la fraîcheur d’une nuit de printemps finissante, mais à l’intérieur de la cellule d’Amanda, l’air était lourd. Depuis que Rebecca l’avait arrachée à la mort dans les rues boueuses et pestiférées d’Orléans, l’ancienne voleuse avait fait du chemin. De la bête traquée et rebelle, elle s’était muée en une disciple insaisissable, dont le vernis d'insolence cachait de plus en plus mal une intelligence redoutable et une admiration farouche pour celle qui l'avait façonnée.
La tentative de vol par la jeune femme des fragments de la Pierre de Mathusalem – où Rebecca avait désarmé sa colère par sa seule patience – avait marqué un tournant. Amanda s'était assagie, ou du moins, elle avait appris à canaliser ses incendies. Les larcins de cellier s’étaient raréfiés, remplacés par de longues heures d'étude studieuse, de maniement d'armes et de duels d'entrainement dans la pénombre du cloître. Pourtant, derrière les portes closes, la jeune immortelle n’avait rien perdu de sa sensualité naturelle. Rebecca, avec la lucidité impitoyable que confèrent les siècles, n'avait pas manqué de remarquer la facilité avec laquelle elle attirait les regards, charmait les hommes de passage ou jouait de ses atouts avec une désinvolture bien rodée.
Ce soir-là, le monastère dormait d'un sommeil de pierre. Rebecca poussa doucement la porte en bois. Amanda était assise sur le bord de son lit, vêtue d’une simple chemise de lin ample. En voyant l'abbesse franchir le seuil, elle esquissa un sourire en coin, habituée à ces incursions nocturnes où la rigueur monastique laissait place à des joutes verbales affûtées.
— Si c'est pour me reprocher la disparition des derniers flacons de vin doux, prévint Amanda d'une voix basse, je t'arrête tout de suite : le saint zèle de Bertille a purifié mes intentions.
Rebecca laissa échapper un léger soupir amusé. Elle s’avança sans hâte puis s’assit à côté d'elle sur le matelas de paille et de laine.
— Je ne venais pas pour le vin, Amanda, répondit l'abbesse de sa voix calme.
Elle tourna la tête pour la fixer, son regard soutenant sans ciller la provocation mutine de la jeune femme.
— Je repensais à ce colporteur, l'hiver dernier, ou à ce jeune chevalier franc qui s'est attardé un peu trop longtemps dans la basse-cour avant d'être pris de panique par ton aplomb. Tu as une manière bien à toi d’observer les hommes. Tu sais exactement comment les désarmer, comment leur faire perdre la tête en un regard.
Amanda haussa un sourcil, surprise par cette incursion dans son jardin secret, mais l'ombre d'un sourire étira ses lèvres.
— Les hommes sont si prévisibles, Rebecca. Il suffit de leur donner l'illusion qu'ils mènent la danse pour les faire obéir au doigt et à l'œil. C'est un art de survie... et un divertissement fort tolérable.
— Un art, oui, reprit Rebecca, sa voix devenant plus intime. Mais tu te limites à un seul versant du monde. Tu as exploré la surface de ton propre désir en suivant des chemins balisés par d'autres.
— Que veux-tu dire ?
Rebecca se rapprocha d'un pouce, l'espace entre elles se réduisant à néant. Ses yeux parcouraient le visage d'Amanda avec l'attention d'une sculptrice examinant son œuvre, s'attardant sur la courbe de ses lèvres entrouvertes.
— Je veux dire que tu n’as connu que la moitié des plaisirs de ce monde. Tu sais ce qu'un homme peut t'offrir, mais tu ignores la lenteur, la patience et la dévotion qu'une femme peut porter à une autre. Tu es une élève brillante dans bien des domaines, mais ton éducation souffre d'une lacune majeure.
— Et... c'est une leçon que tu proposes de me donner ? murmura la jeune immortelle, sa voix perdant un peu de son assurance habituelle.
Rebecca marqua un temps de pause, voulant s'assurer de chaque consentement, lisant dans les pupilles de son élève l'écho de son propre désir. Elle posa lentement une main ferme et chaude sur sa nuque, ses doigts effleurant délicatement les mèches brunes rebelles.
— Seulement si tu acceptes de jouer le jeu, souffla-t-elle à quelques millimètres de ses lèvres, dans un murmure qui sonnait comme une promesse et un défi. Si tu as le courage d'abandonner tes certitudes et d'apprendre à te laisser guider.
Amanda retint son souffle, prisonnière volontaire de cette main et de ce regard. L'orgueil et l'audace qui la caractérisaient prirent le dessus, chassant la dernière hésitation. Un frisson d'impatience courut sous sa peau.
— Je n'ai jamais eu peur d'apprendre, rétorqua-t-elle avec un souffle de défi. Montre-moi donc ce que je rate.
Sans un mot de plus, scellant cet accord tacite, Rebecca pencha la tête et pressa ses lèvres contre les siennes. Le baiser fut comme une carresse, presque une simple question posée sur les lèvres. Mais sous la pression douce et ferme de son ainée, la surprise d'Amanda se mua en un soupir. La main de Rebecca, ancrée dans sa nuque, ne la lâchait pas, maintenant un équilibre parfait entre l'autorité de la mentore et la réceptivité consentante de l'élève.
Lorsque Rebecca rompit enfin le contact, leurs souffles se mêlèrent dans la pénombre. Les yeux sombres de l’abbesse sondèrent ceux d'Amanda, s'assurant que l'insolence n'avait pas cédé la place au doute.
— Respires-tu encore, Amanda ? demanda Rebecca, sa voix teintée d’une ironie tendre. Ou dois-je t'apprendre à nouveau la base de toute survie ?
— Je respire, murmura-t-elle, la voix un peu voilée, les pupilles dilatées par le frisson de l'inconnu. Mais je crains que tes leçons ne soient beaucoup plus redoutables que tes coups d'épée.
— C'est tout l'objet de la discipline, rétorqua Rebecca avec un sourire.
D'un geste maitrisé, elle commença alors à dénouer les liens de la chemise en lin d'Amanda. Ses doigts effleuraient la peau à chaque centimètre de tissu conquis. L'élève ne bougea pas, se laissant dépouiller avec une docilité inhabituelle, son cœur battant à un rythme qu'elle ne cherchait même plus à dissimuler. Quand la chemise s'écarta pour laisser la poitrine nue, Rebecca s'arrêta un instant, les yeux brûlants d'une faim contenue.
— Tu es magnifique, chuchota-t-elle comme une sentence prononcée par une juge conquise. Voyons si ton corps sait répondre avec autant d'audace que ta langue.
Rebecca pencha la tête, et ses lèvres vinrent effleurer le creux de l'épaule avant de remonter vers le cou. Amanda laissa échapper un léger soupir, ses mains venant se crisper machinalement sur les draps.
— Dis-moi, murmura Rebecca contre sa peau, sa voix se faisant basse, veux-tu que je continue à t'apprendre ce que les hommes ignorent de toi ?
— Oui... souffla Amanda, les yeux clos, abandonnant toute velléité de contrôle. Continue... Je veux savoir.
Satisfaite de cet aveu arraché à l'orgueil de son élève, Rebecca glissa ses mains le long de ses flancs, caressant la taille, les hanches, traçant des chemins de feu sur une peau frissonnante. Elle l’allongea doucement sur le matelas de paille, se plaçant à demi au-dessus d’elle, l'enveloppant de sa présence.
Sa bouche descendit lentement sur la poitrine de la jeune femme, avant de se refermer sur un premier téton durci par l'excitation du moment. Amanda sursauta, un gémissement court s'échappant de ses lèvres. La succion était mesurée, alternant la chaleur humide de la langue et le mordillement léger qui faisait vibrer toute la cage thoracique de la jeune immortelle.
— Regarde-moi, Amanda, exigea doucement Rebecca en relevant un instant le visage, le menton taché de la salive de ce baiser charnel. Ne ferme pas les yeux. Je veux voir chaque frisson que je t'offre. Dis-moi ce que tu ressens.
— C'est... c'est tout autre chose que les serments des chevaliers...
— C'est la vérité des femmes, reprit la mentore avec douceur. Il n'y a pas d'artifice ici, seulement ce que tu acceptes de me donner.
La main de Rebecca quitta ses hanches pour glisser entre ses cuisses, mais sans chercher la pénétration. Ses doigts s'établirent d'abord sur la cuisse, avant de remonter paresseusement effleurer le mont de Vénus à travers le dernier voile de tissu, puis de l'écarter. Elle posa la paume bien à plat, pesant juste ce qu'il fallait pour faire cambrer Amanda, puis ses doigts se firent plus précis, caressant les plis humides et le clitoris, alternant pression ferme et cercles infimes.
Amanda se cambra brusquement, les jambes tremblant sous l'effet de cette onde électrique qui irradiait tout son bassin. Chaque centimètre de sa peau semblait s'être éveillé à une vie nouvelle, saturée d'une jouissance pure. Ses mains glissèrent sur le dos de Rebecca, cherchant à l'attirer plus près encore.
— Tu m'apprends la patience de la pire des manières, Rebecca... haleta Amanda, les dents serrées pour retenir un cri de plaisir. Tu me laisses mourir d'envie.
L'abbesse soutint le rythme, un sourire victorieux et tendre étirant ses lèvres alors qu'elle observait le visage rougi de son élève, savourant la vue de cette insoumise totalement rendue à son toucher.
— La patience est la vertu des grandes dames, Amanda, murmura-t-elle en ralentissant à peine son va-et-vient, gardant sa main en coupe sur cette intimité palpitante. Tu apprends vite. Mais c'est une chose d'être une élève accomplie... c'en est une autre de savoir si tu as l'étoffe de la maîtresse.
Amanda soutint le regard de son aînée, un éclat de défi brillant au milieu de la brume du désir.
— Ne t'y trompe pas, souffla-t-elle. J'ai passé assez de temps à observer les autres pour savoir qu'on ne retient vraiment une leçon qu'en passant de l'autre côté du lit. Laisse-moi faire. Je veux voir si ton calme légendaire résiste à un peu de pratique.
Rebecca marqua un temps d'arrêt, surprise par l'audace de la proposition. Son regard parcourut le corps frémissant de la jeune femme, devinant la tension encore inassouvie de sa chair.
— Tu n'as pas encore connu l'emportement suprême de la vague, Amanda, fit remarquer l'abbesse avec une pointe de perplexité amusée. Vouloir enseigner avant d'avoir reçu la pleine mesure du plaisir ressemble fort à de l'impatience.
— Le plaisir n'est pas une créance qu'on encaisse en silence, répliqua la jeune immortelle avec un murmure provocant. Te donner de quoi frémir, te faire perdre cette belle assurance... voilà qui m'excite infiniment plus que de me contenter de recevoir. Ne sous-estime pas tes élèves, Rebecca. J'ai le sens de la démonstration.
Vaincue par la pertinence de cette insolence et l'intensité du désir partagé, Rebecca laissa échapper un rire bas.
— Soit, céda-t-elle. Prouve-moi que ton art est à la hauteur de ton verbe.
Avant de se plier à cette position, Rebecca porta ses mains aux fermoirs de sa robe et commença à écarter le tissu. Amanda s'approcha, glissant ses doigts à son tour pour l'aider à se défaire de ses vêtements avec sensualité. Tandis que le tissu glissait sur les épaules de l'abbesse, Amanda y déposa des baisers ardents, descendant le long du cou pour goûter la peau chaude de son aînée, savourant le privilège de mettre à nu celle qui dictait habituellement les lois de l'abbaye.
D'un mouvement souple, guidé par une complicité nouvelle, Rebecca pivota et se repositionna le long du corps d'Amanda. S'allongeant à l'inverse, sa tête glissa le long des cuisses ouvertes de la jeune immortelle tandis que le bassin d'Amanda se trouva, par un jeu de bascule naturel, exactement au niveau du visage de Rebecca. Dans ce parfait miroir charnel, leurs corps se superposèrent tête-bêche, unissant la terre et le ciel de leur intimité dans une étreinte partagée où l'élève et la mentore n'étaient plus que des bouches et des mains vouées à l'adoration mutuelle.
— Montre-moi... murmura Amanda en glissant ses mains sur les fesses de Rebecca pour l'attirer plus fermement contre son visage, l'invitant à prendre ce qu'elle offrait. Apprends-moi encore.
Rebecca, de sa langue experte et patiente, traça un cercle brûlant autour du clitoris d'Amanda, provoquant chez la jeune femme un sursaut violent. Suivant l'exemple qui lui était donné, Amanda abaissa à son tour ses lèvres sur l'intimité de sa mentore. Leur contact fit frissonner l'abbesse. Pourtant habituée aux secrets du corps, elle laissa échapper un soupir rauque, appréciant la précision et l'audace de ce baiser qu'on lui offrait avec une dévotion farouche. Amanda découvrait les gestes, tâtonnant d'abord avant de trouver le rythme, alternant les pressions et les caresses maladroites mais ferventes qui firent vaciller la rigueur monastique de son aînée.
— C'est cela... murmura Rebecca entre deux soupirs, sa voix entrecoupée par le plaisir, la langue toujours active sur le corps d'Amanda. C'est exactement le genre de leçons... que j'attendais de toi...
Leurs mouvements s'ajustèrent peu à peu dans cet échange d'apprentissage, un balai minutieux où chacune découvrait le tempo de l'autre. Les respirations haletantes et profondes saturaient l'air de la cellule. La tension montait, lourde, palpable, frôlant la rupture imminente à chaque seconde, mais aucune d'elles ne chercha à précipiter la chute. Elles savouraient l'immensité de ce vertige partagé, suspendues au bord de l'abîme, maîtresses absolues de leur propre feu.