Province Auvergnate - XVIIe siècle
La fin du XVIIe siècle s'étirait dans une église de province baignée de pénombre et de silence. Près du fond de la nef, une petite file de fidèles patientait en silence, les mains jointes, attendant de confier leurs fautes.
Dans l'obscurité feutrée du confessionnal, adossé contre un pilier massif et protégé par un lourd rideau de velours sombre, Darius siégeait. Extérieurement, il incarnait le prêtre patient et serein, écoutant les murmures du pénitent agenouillé à ses côtés. Mais sous la régularité de sa respiration, une secousse familière le traversa soudain. Une vibration. Une onde légère, subtile, qui se répercuta au creux de son être. Il la reconnut instantanément.
Marie était là.
Un frémissement imperceptible parcourut sa nuque, et une vague de soulagement teinté d'une vive curiosité s'empara de lui. Cela faisait des mois qu'elle avait disparu sur les routes, laissant derrière elle le vide de ses absences. Pourtant, pas un muscle de son visage ne trahit son trouble. Il acheva d'écouter le fidèle, prononça les paroles d'apaisement coutumières, et le congédia avec la même douceur que d'habitude.
Les minutes s'écoulèrent, étirant son attente. Il enchaîna les confessions suivantes avec le même soin, mais son esprit n'y était plus tout à fait. Une tension sourde s'était nouée dans son bas-ventre, aiguisée par une impatience dévorante et le besoin viscéral de la revoir.
Peu à peu, les murmures et les prières se firent plus rares dans la nef, comme si l'église se vidait lentement. Puis le bois du confessionnal craqua légèrement. Une nouvelle silhouette venait de s'installer de l'autre côté de la cloison, soustraite aux regards indiscrets de la nef par l'épaisse tenture. Une voix s'éleva dans la pénombre. Un timbre qu'il aurait reconnu entre mille, nappé d'une ironie délicieuse et d'un défi à peine voilé :
— Pardonnez-moi, mon père, car j'ai péché...
Darius marqua une brève pause, le temps de reprendre son masque d'impassibilité. Il prit sa voix de confesseur, calme, posée, parfaitement neutre :
— Que le Seigneur accueille votre repentir, ma fille, répondit-il selon la formule consacrée. Depuis combien de temps n'avez-vous pas confessé vos fautes ?
De l'autre côté de la cloison, un léger soupir s'éleva, empreint d'une théâtralité manifeste.
— Oh, beaucoup trop longtemps, mon père, murmura Marie, sa voix tremblante d'un faux remords délicieux. J'ai bien peur de m'être laissée égarer par des chemins sinueux... et par des pensées tout à fait condamnables.
Darius esquissa un sourire imperceptible. Il sentait déjà la tension monter, cette électricité familière qui pétillait entre eux dès qu'elle décidait de le taquiner.
— Des pensées de quelle nature ? l'interrogea-t-il d'un ton mesuré, jouant le jeu avec une componction feinte. Le chemin de la vertu est parsemé d'embûches, mais la confession est le premier pas vers la rédemption.
— C'est bien cela le problème, reprit Marie. Ce ne sont pas de simples embûches. Ce sont des obsessions. J'ai eu... des pensées coupables, mon père. Des pensées d'une nature très impure. Je me suis surprise à imaginer des choses tout à fait inavouables pour une âme pieuse.
— Et sur qui se portaient ces égarements ? demanda Darius, sa voix un ton plus bas, trahissant un frémissement d'impatience qu'il ne parvint pas tout à fait à effacer.
Un silence passa, vibrant d'une complicité charnelle.
— C'est cela qui est terrible, murmura-t-elle avec une audace à peine contenue. Ces pensées ne se portaient pas sur un inconnu. Elles se portaient... sur un homme d'église. Quelqu'un de très sage, en principe. Quelqu'un qui passe ses journées à écouter les fautes des autres, sans se douter de ce qui se trame dans la tête de ses fidèles.
Le prêtre laissa échapper une expiration lente, sentant le sang affluer plus vivement dans ses veines. Derrière le masque de la rigueur ecclésiastique, l'homme savourait chaque seconde de ce piège délicieux.
— Un homme d'église, répéta-t-il, un pli amusé creusant le coin de ses lèvres. C'est un péché particulièrement lourd. Ce saint homme a-t-il au moins conscience du trouble qu'il inspire ?
— Je l'ignore, souffla Marie. Mais j'ai l'intime conviction qu'il apprécierait d'en connaître les détails.
— Dans ce cas, ma fille, l'informa Darius d'une voix grave et doucement impérieuse, si vous espérez trouver l'absolution, il va me falloir des précisions...
Un frémissement secoua le bois du meuble. Le tissu du lourd rideau de velours bougea, soulevé par un geste doux. Darius vit l'étoffe s'écarter, et Marie franchit la limite invisible qui les séparait pour se glisser, tout entière, dans l'étroite pénombre de sa stalle.
Sans un mot, elle se colla immédiatement contre lui, l'obligeant à se lever de son siège pour ne pas se laisser submerger par sa présence. Le corps de l'immortelle épousa le sien dans l'espace exigu, dégageant cette chaleur familière qui faisait vaciller toutes ses résolutions. D'un geste audacieux, elle glissa sa main le long de sa cuisse pour venir presser son entre-jambe par-dessus la lourde étoffe de son habit sacerdotal.
Darius retint de justesse un grognement. Sous sa paume, la caresse commença à éveiller en lui une tension qu'il cherchait pourtant à endiguer.
— Mon père... murmura-t-elle, sa voix reprenant le fil de sa fausse confession avec un aplomb délicieusement provocant, je crois que mes pensées prennent une tournure bien concrète... Et j'ai bien peur que le remède ne soit pire que le mal.
Malgré l'ardeur qui le gagnait, Darius tenta de reculer d'un demi-pas, mais se heurtant au mur de la stalle, il esquissa une résistance. Ses mains se posèrent un instant sur les épaules de Marie, pour marquer cette limite invisible que sa conscience tentait désespérément de maintenir. L'église était vide, certes, mais le poids de sa fonction, de ses vœux et des murs sacrés qui les entouraient pesait encore à l'arrière-plan de son esprit.
— Marie... souffla-t-il, un pli sérieux mais attendri tordant le coin de ses lèvres, tandis qu'il essayait de garder le contrôle. Nous sommes dans la maison du Seigneur... La pénitence a des règles, et je doute que les canons de l'Église prévoient de telles... dévotions.
— Vraiment ? répliqua-t-elle avec un regard faussement innocent, tout en exerçant une pression plus ferme, sentant sa chair commencer à réagir sous le tissu. Pourtant, vous avez l'air on ne peut plus disposé à écouter ma contrition.
— Si vous tenez tant à expier vos fautes, ma fille, murmura-t-il, reprenant le jeu malgré lui d'une voix plus rauque qu'il ne l'aurait souhaité, le confessionnal est vaste et les chemins de la rédemption sont longs... À vous de me prouver la sincérité de votre repentir.
— De la manière dont il vous plaira, mon père ? répliqua-t-elle avec un sourire en coin, devinant parfaitement le piège et l'ambiguïté de son invitation.
Elle retira lentement sa main et, dans un mouvement fluide, se laissa glisser vers le bas, s'agenouillant sur le sol poussiéreux de la stalle, là où les fidèles venaient habituellement supplier le pardon. En la voyant ainsi s'abaisser de son propre chef, Darius sentit le piège se refermer sur lui, sa volonté vacillant déjà face à l'audace de sa posture.
— Bien... murmura-t-il, l'air soudain moins sûr de sa propre autorité. Je vous écoute...
Mais elle ne prononça plus un mot. Sans lui laisser le temps d'esquisser une dernière objurgation ou un avertissement plus formel, elle écarta l'épaisse étoffe de sa soutane pour y glisser la tête, disparaissant entièrement dans l'ombre de ses vêtements.
Un souffle chaud se répandit contre sa peau lorsque les lèvres de Marie se refermèrent sur lui. Dans l'obscurité confinée sous les lourds plis de la soutane, ses mains vinrent presser ses hanches pour le maintenir tout contre elle, tandis que sa langue et sa bouche reprenaient leurs marques familières. Elle connaissait chaque réaction de son corps, savourant la façon dont il frémissait sous ses caresses. Elle commença par de lents mouvements de va-et-vient, effleurant la sensibilité du gland du bout de la langue avant d'alterner avec des aspirations plus profondes qui lui arrachèrent un premier soupir. Puis, jouant du rythme et de la pression, elle varia les approches, insistant avec une attention toute particulière sur les zones qu'elle savait le faire abdiquer à coup sûr. Elle explorait chaque centimètre de sa chair avec une application délicieuse, pour réveiller un plaisir à la fois brut et souverain.
Darius ferma les yeux, agrippant le bois sculpté du confessionnal pour ne pas perdre l'équilibre. Le contraste entre la sainteté du lieu et l'obscénité exquise de ce qui se tramait sous ses vêtements le faisait flancher. Il tenta de garder le contrôle, de retrouver la voix du prêtre, mais son corps avait déjà trahi ses vœux.
Marie sentit la crispation soudaine de ses cuisses, la dureté de son membre qui se raffermissait sous ses assauts, et comprit que le désir l'envahissait pleinement. Elle ralentit alors la cadence, juste assez pour le faire languir, puis glissa sa tête hors de l'étoffe pour le regarder. Ses yeux brillaient dans la pénombre, pleins d'une complicité insolente.
— Dois-je m'arrêter là, mon père ? murmura-t-elle de sa voix la plus innocente, simulant le doute.
Darius, tout entier livré à l'urgence du moment, ne put que murmurer un simple mot :
— Non...
Elle y retourna sans hésiter. Il replongea un instant dans l'ivresse du moment, mais à mesure que la tempête approchait, la réalité de l'endroit le rattrapa. N'étant pas dans l'intimité de ses appartements, l'idée qu'il puisse déverser sa semence ainsi, sans recours ni possibilité de s'en prémunir, le fit tressaillir. Sentant l'orgasme imminent poindre, il chercha à se ressaisir, posant une main pressante sur la tête de Marie à travers l'étoffe, lui faisant comprendre d'un geste tendu qu'ils allaient trop loin.
L'immortelle comprit le sous-entendu avec une clarté limpide, mais loin d'obtempérer, elle redoubla d'audace.
Darius céda dans un râle rauque, incapable de lutter plus longtemps. Son corps tout entier se cambra dans un spasme puissant lorsqu'il se libéra en elle. Et, transgressant toutes leurs habitudes, elle le prit tout entier, l'avalant avec une gourmandise qui acheva de le terrasser.
Quelques instants plus tard, elle émergea de l'ombre des vêtements, ses lèvres brillantes et son regard triomphant. Darius la regarda, les traits marqués par l'intensité de la secousse, mais un sourire attendri étirant sa bouche. Il glissa une main dans ses cheveux pour effleurer sa tempe.
— Je crois, ma fille, murmura-t-il d'une voix basse et un brin résignée, que vos péchés ne font désormais que s'accumuler.
Marie éclata d'un rire léger, se redressant pour venir coller son front contre le sien dans la pénombre protectrice du confessionnal.
— C'est bien pour cela que je reviens toujours vous voir, mon père...