Manoir des Valicourt - 1996
La fête battait son plein dans le salon principal du vieux château, illuminé par des centaines de bougies. Depuis trois siècles, Gina et Robert De Valicourt célébraient ainsi leur union, renouvelant leurs vœux de siècle en siècle. Pourtant, après trois cents ans d'amour, de querelles homériques et de réconciliations flamboyantes, l'effervescence de ce troisième centenaire s'était ombrée d'une fatigue palpable, de celles qui s'accumulent au fil des âges.
À l'écart des invités, Methos savourait une coupe de champagne en observant le couple. L'immortel aux cinq millénaires affichait ce sourire en coin de celui qui a tout vu, tout traversé, et qui se moque éperdument des conventions mondaines. Il s'était un temps laissé aller à l'idée absurde de leur offrir la péniche de Duncan — une plaisanterie qu'il avait finalement remisée, jugeant le vieux bateau de son ami trop exigu et bien trop encombré de souvenirs écossais pour ces deux esthètes du drame conjugal.
Il s'avança vers eux au milieu de l'animation pour s'immiscer entre Robert, ajustant nonchalamment son nœud papillon avec ce flegme de gentleman décontracté qu'il affectionnait, et Gina, dont la beauté souveraine, à la fois rigide et douce, n'avait pas pris une seule ride en trois siècles.
— J'ai bien conscience que vous offrir un vase Ming ou des couverts en argent serait insultant pour des gens qui collectionnent les siècles et les drames, lança-t-il d'une voix posée et l'œil brillant.
— Alors, poursuivit-il en se penchant imperceptiblement vers eux, j'ai pensé à un divertissement sur mesure. Une petite pièce en trois actes, sans filet, pour pimenter votre première nuit de ce nouveau siècle.
Le silence s'étira, chargé de sous-entendus. La routine, suggéra son regard plus que ses mots, était le pire ennemi de l'immortalité, et pour un couple aussi volcanique que le leur, un simple lit conjugal après le banquet manquait cruellement d'envergure. Gina le dévisagea, un frisson d'excitation chassant soudain la rigidité de ses traits, tandis que Robert, loin de s'offusquer, laissa échapper un rire complice, visiblement séduit par l'audace de la proposition. Les regards se croisèrent, et les règles du jeu furent acceptées sans qu'un mot de plus ne soit prononcé.
La nuit était bien avancée lorsque les trois immortels se retrouvèrent dans l'immensité poussiéreuse du vieux bâtiment industriel désaffecté. Les poutres métalliques et les hauteurs sombres de l'entrepôt renvoyaient l'écho de leurs pas, le même décor où quelques jours plus tôt s'était jouée la farce grotesque initiée par Duncan pour rabibocher le couple qui battait de l'aile. Mais cette fois, point de spectateur écossais pour orchestrer la mascarade.
— Ne me dites pas que vous avez encore l'estomac pour de pareilles simagrées, murmura Robert en tirant sa lame avec un sourire en coin, ajustant sa chemise de cérémonie avec son inséparable flegme de gentleman.
— Disons que je n'ai pas l'intention de laisser gâcher une si belle nuit de noces par un simple manque d'imagination, répliqua Methos. Allons-y, jouons notre partition.
Leurs épées s'entchoquèrent dans un vacarme calculé, les étincelles jaillissant dans la pénombre pour attirer Gina, postée en retrait. La chorégraphie était rodée, mais l'énergie, elle, était bien réelle. D'une feinte sèche et implacable, Methos écarta la lame de Robert, le projeta brutalement contre un large pilier en métal, et cala la garde de son épée directement sous la gorge de son adversaire, simulant l'exécutant prêt à trancher.
C'est à cet instant précis que Gina surgit de l'obscurité, poussant un cri perçant exactement comme lors de leur première confrontation, s'élançant pour sauver son époux. Mais au lieu du combat attendu, Methos l'arrêta net d'un regard noir et d'un geste de la main libre qui la figea sur place.
— Un seul pas de plus, ma belle, et je prend sa tête ici et maintenant, gronda-t-il d'une voix menaçante, les yeux rivés sur elle pour allumer l'étincelle de la jalousie. Ce n'est plus le moment de jouer les spectatrices passives. Tu vas regarder ce qui arrive à ceux qui perdent la partie.
Robert, plaqué contre le profilé métallique dont le froid mordait sa peau, n'esquissa pas le moindre geste pour se défendre, le frisson de la soumission totale faisant vibrer son regard. D'un geste vif, Methos abandonna son épée pour arracher la chemise de son adversaire, faisant éclater les boutons sous la pression avant de rabaisser son pantalon et ses sous-vêtements pour le mettre entièrement à nu, l'offrant sans défense sous le regard avide de la mariée. Saisissant une corde rêche, il l'attacha serrée aux structures du pilier, emprisonnant les poignets de Robert jusqu'à ce que la tension de la fibre marque sa chair.
— Voyons si ton cher mari sait crier pour autre chose que pour ses investissements, lâcha Methos en empoignant les hanches de son adversaire.
Il se cala contre ses reins, ouvrit son pantalon pour libérer son sexe en érection, cracha dans sa main et s'attarda un instant pour lubrifier la chair tendue avant de s'enfoncer d'un coup sec et profond.
La vue de son époux ainsi entravé et pénétré sous les yeux de l'intrus ne terrorisa pas Gina ; bien au contraire, une vague de chaleur soudaine embrasa ses veines, éveillant un appétit féroce. Loin de céder à la panique, elle afficha une soumission théâtrale, avant d'effectuer une feinte. D'un bond, elle ramassa l'épée que Methos avait abandonnée au sol et fondit sur lui, le surprenant dans son élan.
— Tu t'es trompé de proie, le doyen, siffla-t-elle avec une jubilation carnassière.
D'un coup de lame précis, elle trancha les liens de Robert, qui se dégagea dans un soupir d'aise avant de fondre immédiatement sur leur bourreau. Pris au dépourvu par ce retournement d'alliance, Methos fut balayé par la force conjointe du couple : en une fraction de seconde, il se retrouva plaqué à plat ventre au sol, immobilisé par le poids de Robert qui lui écrasait les poignets tandis que Gina s'agenouillait sur ses cuisses.
— Je vois que les siècles n'ont pas amolli votre sens du spectacle, mes enfants, grommela Methos, le visage pressé contre le béton, avec ce flegme caustique qui le caractérisait. Quoique j'ai connu des réceptions plus confortables.
— Ferme-la, Methos, répliqua Robert en lui maintenant fermement les bras dans le dos. Tu voulais pimenter la nuit, tu vas être servi.
Sans perdre une seconde, Gina défit la ceinture du pantalon de Methos et la tira énergiquement pour l'en débarrasser complètement. Elle le redressa ensuite d'autorité, l'obligeant à se placer face à elle, transformant l'ancien agresseur en serviteur zélé.
— Puisque tu as le goût de la mise en scène, voyons si ton talent d'acteur s'étend jusqu'à la dévotion, murmura-t-elle d'une voix impérieuse. À genoux.
Methos laissa échapper un rire étouffé, mais l'éclat de défi dans son regard trahissait l'excitation de se voir piégé à son propre jeu.
— Trois cents ans de vie commune et vous comptez sur moi pour faire office de domestique de boudoir ? railla-t-il. Crois-moi, ma belle, en matière de langue, j'ai une réputation à tenir qui...
— Ferme-la et obéis, trancha Robert en s'emparant de la ceinture en cuir abandonnée.
Voyant Methos marquer une pause trop caustique à son goût, il abattit la lanière dans un claquement sec et vibrant sur la fesse tendue du prisonnier.
— Moins de bavardages et un peu plus d'exécution, le recadra-t-il d'une voix sèche. Tu n'es plus là pour réciter ton texte.
La brûlure vive de la ceinture zébra la peau de l'immortel d'une traînée écarlate, réveillant instantanément ses sens. Ce contact brutal pulvérisa son habituelle arrogance, le plongeant dans une dépendance physique immédiate. Poussé par cette douleur, Methos s'exécuta enfin, glissant sur le sol pour venir s'agenouiller entre les jambes de Gina, vêtue de sa somptueuse robe de mariée qu'elle releva d'un geste délibéré pour dévoiler le haut de ses cuisses, se comportant en souveraine absolue.
D'une main ferme, elle vint se saisir de ses cheveux, lui maintenant la tête à sa hauteur.
— Tu voulais du piquant ? Eh bien, montre-moi si tes cinq millénaires t'ont vraiment tout appris, souffla-t-elle en le guidant sans ménagement vers son intimité, l'obligeant à l'ouvrir de ses lèvres.
Pris dans l'urgence de la sanction et l'autorité de ce regard souverain, Methos n'eut plus une seconde pour plaisanter. Sa langue s'enfonça sans plus attendre, s'attardant sur le clitoris de la mariée avec une application frénétique pour lui arracher un premier gémissement rauque.
Chaque coup de ceinture pleuvait désormais à intervalles réguliers dans un claquement sonore, rythmant ses assauts buccaux, brisant ses velléités de reprendre le contrôle et le réduisant à l'état de jouet totalement docile entre leurs mains.
L'expertise appliquée de Methos à l'œuvre et le claquement régulier de la ceinture de Robert avaient poussé l'excitation à son paroxysme, mais les rôles figés commençaient à s'effacer au profit d'un désir plus vaste. S'arrachant à l'emprise, Gina repoussa doucement Methos d'une main ferme sur l'épaule, tandis que Robert s'immobilisait, la ceinture de cuir à la main. Le temps de la correction et de la soumission unilatérale était révolu ; l'égalité s'imposait d'elle-même dans un vertige partagé.
— Assez joué les geôliers, murmura Gina, le souffle court.
Sans attendre, les deux hommes l'entourèrent, leurs gestes se faisant soudain plus lents, plus attentifs aux frémissements de sa chair. Leurs mains s'unirent pour s'attaquer aux lacets et aux agrafes de sa robe de mariée, transformant le déshabillage en un rituel de possession commune. Les doigts experts de Robert glissaient le long de ses côtes pendant que ceux de Methos écartaient les lourds tissus écarlates, dévoilant centimètre par centimètre la peau de Gina. Leurs paumes se frottaient, se frôlaient sur son buste et ses hanches dans un accord tacite, s'échangeant le contact de sa chaleur sans qu'aucun ne cherche à prendre le pas sur l'autre.
Quand la lourde étoffe fut enfin abandonnée en tas à leurs pieds, Gina se retrouva entièrement nue au milieu de l'immensité de l'entrepôt. Les dernières barrières avaient volé en éclats. Robert l'attira contre lui pour un baiser vorace, tandis que la main de Methos glissait le long de sa cuisse, remontant lentement vers son bassin.
— Tu vois, Methos, chuchota Robert entre deux baisers en lorgnant son complice, on forme une équipe redoutable quand tu arrêtes de jouer les tragédiens.
— Ne t'avise pas de gâcher l'ambiance avec de l'esprit de conciliation, répliqua ce dernier avec un sourire en venant coller son torse contre le dos de Gina, ses mains encadrant ses hanches pour l'amener à basculer d'un corps à l'autre. Disons plutôt que je sais reconnaître quand il est temps de partager le butin.
Dans cette transe partagée, le pouvoir glissait sans cesse d'une main à l'autre au rythme de leurs souffles. Leurs corps s'entremêlèrent sans distinction de rôle ou de hiérarchie, pris dans un tourbillon de peaux glissantes, d'urgences et d'abandons. Les trois immortels se laissèrent submerger par une vague de plaisir brut, une déflagration violente et synchrone qui arracha à Gina un cri étouffé et fit basculer les deux hommes dans un même spasme de délivrance absolue.
Affalés au milieu de la pénombre, Robert tendit une main pour ramasser sa chemise froissée, un sourire lumineux étirant ses lèvres malgré la lourdeur de la fatigue. Il tourna la tête vers Methos, qui reprenait son souffle, avant de poser un regard intensément attendri et complice sur son épouse.
— Eh bien, lâcha-t-il d'une voix encore voilée par l'effort en passant un bras protecteur autour des épaules de Gina, je dois bien l'admettre... pour un cadeau de mariage, c'est de loin le meilleur de ces trois derniers siècles.