Les Enfants de la Seconde Phase par

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Univers Parallèle / Amitié / Surnaturel

0 Prologue

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« Ha...Ha...Ha...


– Rattrapez-le ! »


Il devait courir. Fuir. Vite. Plus vite !... Tout ce que les autres avaient tenté serait inutile s'ils arrivaient à le ramener là-bas. Il ne laisserait pas tous ces efforts rester vains.


« Hak ! »


Le garçon trébucha. Malgré son endurance et sa vitesse, de loin supérieures à celle de leurs machines, il ne pouvait pas concurrencer leurs performances, qui restaient constantes. Et sur le terrain accidenté dans lequel ils évoluaient, il était désavantagé. La forêt, aussi profonde qu'elle soit, le ralentissait plus qu'elle ne l'aidait à se cacher d'eux. Les branches qui lui fouettaient le visage et les racines sur lesquelles il ne pouvait éviter de trébucher étaient autant d'obstacles dont ses poursuivants n'avaient pas se préoccuper, contrairement à lui. Les nombreuses contusions et égratignures sur tout son corps en était la preuve. Néanmoins, l'obscurité de la nuit jouait en sa faveur : contrairement aux hommes qui le chassait, il n'avait pas besoin de lumière pour voir. On pouvait même dire qu'il se dirigeait mieux dans le noir qu'en plein soleil.


Cela ne les empêchait pas de tenter de le rattraper quoi qu'il leur en coûte. S'il fallait qu'ils rasent tous les arbres de l'endroit pour le retrouver, le garçon n'avait aucun doute qu'ils le feraient. Néanmoins, avant qu'ils n'arrivent à cette extrémité, ils pouvaient toujours le suivre et tenter de le neutraliser « sans dommages ». Ou, au moins, sans trop de dommages, pensa-t-il avec un rictus en jetant un coup d'œil aux multiples plaies qui couvrait sa peau. Si jamais il se faisait rattraper, il veillerait à ne pas leur faciliter le moins du monde la tâche.


Une flopée de cris et de menaces vinrent de derrière. Ils savaient qu'il les entendait, malgré la distance et les bruits parasites. Après tout, ils savaient tout – ou presque – de ses aptitudes. Il ne les écouta pas. L'enfant continua de courir, à toute vitesse, ne prenant même pas la peine de reprendre correctement son souffle. Les troncs se succédèrent aux autres. Il fouilla dans sa mémoire du mieux qu'il le put dans sa situation. Si ses souvenirs ne le trompaient pas, et qu'il avait bien calculé la distance, il devrait bientôt y être. Encore un petit effort et...


Là ! Il y était arrivé ! La forêt, quelques dizaines de mètres plus loin, s'arrêtait brusquement sur une falaise abrupte, qui dominait toute l'île. L'enfant chercha du regard ce qu'il avait voulu atteindre. Quelques mètres sur sa gauche. Il bifurqua dans cette direction et se retrouva un instant plus tard au bord d'une cascade, qui dévalait la paroi verticale en plusieurs cataractes, pour finir une bonne quinzaine de mètres plus bas dans un bassin creusé dans la roche au fil du temps. Derrière lui, le garçon entendit les hommes se réjouir. Ils pensaient sans doute qu'il était coincé. Ils se trompaient. L'enfant avait appris un dicton bien connu qui semblait parfaitement adapté pour ce qu'il allait faire. La fin justifie les moyens.


Sans une once d'hésitation, le garçon sauta dans le vide.


Il savait que son corps le supporterait. Après tout, une chute de ce type n'était rien comparée à ce qu'on lui avait déjà fait subir. Néanmoins, la collision avec la source et la différence de température le fit grimacer. Il resta un instant à flotter dans l'étendue liquide, dont le seul trouble venait du nuage de bulles qui l'entourait ; dans ce monde fait de silence, empli de paix, si différent de celui qu'il venait de quitter. La tentation d'y rester fut grande, mais il l'ignora, bien à regret. Il se dépêcha de remonter vers le haut et inspira une grande goulée d'air une fois qu'il eut percé la surface de l'eau. Il entendit ses poursuivants jurer et lui, qui donna des ordres en vociférant. Sa gorge se serra. Son avance n'était que temporaire, il ne le savait que trop bien. Il se dépêcha donc de rejoindre la rive et de monter sur le bord du bassin. Ses vêtements risquaient de le ralentir avec l'eau qu'ils avaient absorbée ; mais il ne s'en soucia guère.


Son problème était maintenant la direction à suivre : vers l'Est se trouvait le Port, où une navette amenait et emmenait deux fois par jour tous les visiteurs extérieurs à l'île. Mais pour s'y rendre, il lui faudrait traverser la Plaine Venteuse, qui comme son nom l'indiquait était un champ, rempli de fleurs, avec quelques rochers éparts et une poignée de buissons. Cependant, sous cet aspect enchanteur pour beaucoup, se trouvait une partie du complexe utilisé pour « l'entraînement » - ce qui voulait dire plus de renforts pour ses poursuivants. Il serait trop exposé sur ce terrain, sans compter qu'il n'était pas sûr que la navette serait présente et que son conducteur accepterait de l'emmener ailleurs que cet endroit maudit. En revanche, s'il allait au Sud, puis à l'Ouest, il pourrait trouver le "repos du Gardien" comme lui et les autres l'avaient appelé. Il savait qu'il pourrait s'y cacher un temps, mais cette voie le rapprocherait aussi de...


Son cœur rata un battement. La deuxième solution était la meilleure, malgré son défaut.


Sans plus attendre, le garçon partit en courant vers le Sud, s'enfonçant une fois de plus dans la forêt. Derrière lui, il pouvait entendre les tintements métalliques des cordes d'acier et les bruits sourds produits par la rencontre entre la pierre de la falaise et les pieds de ses poursuivants, qui descendaient sans doute en rappel la paroi extrêmement raide. Il serra les dents. Il n'avait pas beaucoup de temps devant lui s'il voulait mettre le plus de distance entre lui et eux. Il continua à courir, poussant ses capacités à leur maximum avec le peu d'énergie qui lui restait. Les arbres filaient à toute allure dans son champ de vision tant il allait vite, le vent lui-même semblant faire la course avec lui. Il compta sur ses réflexes pour ne pas se prendre toutes les branches de la frondaison dans la tête. Malheureusement, ils parvinrent à rattraper leur retard, grâce sans doute à leur meilleure connaissance du terrain et des potentiels raccourcis de l'île.


À sa droite, il entendit le crissement caractéristique des projectiles à impulsion électrique. En réponse, il ralentit pour se mettre à zigzaguer de façon aléatoire entre le Sud et l'Ouest. De cette manière, ils le toucheraient beaucoup moins facilement. Le sifflement aigu des tirs manqués lui emplit les oreilles et il dut se retenir de les couvrir avec ses mains. Même sans le toucher, ils lui faisaient mal. Cela ne l'empêcha pas de continuer sa route.


Néanmoins, alors qu'il apercevait d'antiques constructions de pierre en ruine entre les arbres, signe qu'il approchait de son but, il fut touché à l'épaule droite. Aussitôt, l'énergie contenue dans le projectile se libéra dans tout son corps, le paralysant efficacement pendant plusieurs secondes. La douleur irradia son système nerveux, et il ne put empêcher le cri qui monta de ses cordes vocales de sortir à l'air libre. La course folle du garçon s'arrêta brusquement, et il fut projeté à terre par la décélération subite. Malgré le brouillard que la douleur cumulée par l'électricité et toutes les blessures plus ou moins graves qui lui avaient été infligées par sa fuite et ses poursuivants faisait peser sur son esprit, l'enfant se força à se relever rapidement et à se remettre à courir. Mais à peine debout, il chancela. Pas bon !... Il avait utilisé trop d'énergie... S'appuyant sur le tronc le plus proche, tenant son épaule endolorie, il fit quelques pas vacillants en direction des ruines toutes proches. S'il parvenait à les atteindre, il pourrait reprendre des forces en attendant qu'il puisse aller plus loin et rejoindre une cachette plus fiable.


Le bruit des moteurs se rapprocha drastiquement. Zut ! Juste encore un peu... Une racine invisible aux yeux voilés du garçon le fit tomber par terre. Des points noirs dansèrent devant sa vision quand il tenta de se mettre sur ses genoux, et il retomba sur le sol. Ses membres étaient trop faibles. Il était trop fatigué. Il ne pouvait pas bouger. Dans une ultime tentative de résistance face à eux, il roula sur son dos, de manière à pouvoir les voir quand ils s'approcheraient, comme un animal blessé, traqué, qui ferait un dernier acte de défense avant sa mise à mort à la fin de la chasse. En vérité, le sort qu'ils lui réservaient, surtout après cette tentative d'évasion, serait pire que la mort, il le savait. À lui, et aussi aux autres.


Il se força à garder les yeux ouverts. S'il perdait conscience, tout serait terminé. Au bord de sa vision, il vit les étranges statues de pierre qui parsemait les ruines. Une en particulier, placée sur une sorte de piédestal fait du même matériau devant un arbre dont l'âge devait bien atteindre deux ou trois siècles, était particulièrement distinguable. Peut-être parce que les gravures sur sa surface, représentant grossièrement un visage et des tatouages tribaux, luisaient doucement à la lumière de la Lune. Le garçon entendit alors, comme un chant apaisant porté par le vent, une voix douce et amicale. Il la reconnut. Leur ami... Le Gardien.


"Ne t'inquiète pas. Je vais te donner l'aide dont tu as besoin."


L'enfant porta son regard sur les arbres, les rares bouts de ciel que la frondaison laissait apercevoir, les pierres millénaires. Il voulait tout retenir, tout imprimer sur sa rétine et marquer ces images au fer rouge dans sa mémoire. S'ils l'attrapaient, ce qui n'allait pas tarder à arriver – quoi qu'en dise et fasse son ami – il s'écoulerait bien du temps avant qu'il ne puisse même espérer sortir à nouveau. Si jamais il sortait un jour. Une fois qu'il fut sûr qu'il avait bien tout retenu, le garçon ferma les yeux. Il pouvait entendre les machines se rapprocher, plus lentement que précédemment. Ils étaient certains de leur réussite.


« Hé, est-ce que ça va ? »


Il rouvrit brusquement les yeux. L'homme qui avait parlé se tenait à une distance respectable, dos aux ruines, et le regardait avec surprise et autant d'inquiétude que sa voix en contenait. L'enfant ne répondit pas. Il n'avait pas assez de force pour cela. Il se contenta de le fixer de ses grands yeux ouverts. L'adulte se rapprocha et s'agenouilla à côté de lui. Il voulut reculer, mais son corps ne réagit pas. Seuls ses yeux, ses oreilles, son nez et ses organes internes semblaient encore fonctionner et lui obéir. Son ouïe lui rapporta qu'ils étaient proches, bien trop proches désormais. Pas assez pour être vus dans l'obscurité, mais suffisamment pour que même l'homme puisse les entendre. Effectivement ; celui-ci se retourna vers la source du bruit.


Le vent, encore une fois, souffla.


"Cette personne, ainsi que d'autres, est venu ici pour découvrir la vérité. Ils vont te sortir de l'île. Ils ne te feront pas de mal. Ne t'inquiète pas, ils s'occuperont de toi."


La voix s'interrompit un instant. Contemplant peut-être le changement que cette action initierait.


"Tu peux lui faire confiance."


L'instant suivant, l'étranger – car il lui était bien étranger – soulevait le garçon dans ses bras, le premier sous ses genoux, le second derrière sa nuque. Ce dernier tenta de se débattre et de se dégager, mais ne put que produire un faible gémissement de protestation. L'homme, qui s'était relevé tout en gardant son attention sur l'origine des sons mécaniques indiquant leur arrivée, reporta son regard teinté d'inquiétude sincère sur lui. Et, alors que l'inconnu ouvrait la bouche, sans doute pour demander s'il allait bien, sa voix résonna dans la forêt, amplifiée par le mégaphone qu'il emportait toujours.


« Montre-toi, Pégase. Tu sais que tu ne peux pas t'échapper. Tout acte de rébellion supplémentaire ne fera qu'alourdir ta sanction. »


Sans doute que la colère que le garçon pouvait voir dans les yeux de l'inconnu était dûe à la peur et à la détresse que ce dernier avait pu lire dans ses propres prunelles, apparues suite à la menace. Et comme il n'y répondit pas, ils s'approchèrent encore. Mais l'adulte commença également à se déplacer vers les ruines, le plus silencieusement qu'il le put. Non pas en direction de la statue du Gardien, mais dans celle du vieux moulin un peu plus loin. Son but originel. Sous le bâtiment abandonné depuis des lustres s'étendaient des galeries souterraines suffisamment spacieuses pour que tout un groupe de plusieurs dizaines de personnes puisse s'y cacher. C'était probablement l'endroit où l'homme voulait les emmener. Malheureusement, ils les trouvèrent bien avant qu'ils n'aient dépassé l'orée de la forêt. Il les entendit les sommer de rester immobile, et l'inconnu maudire tout bas en réponse, pour se placer de telle sorte que leurs poursuivants ne puissent pas apercevoir le garçon dans ses bras, qui put entendre les hommes crier des directives : ils les avaient vus. L'homme se mit à courir. L'enfant savait que cela était vain, mais il ne pouvait rien faire à part regarder, impuissant, l'individu tenter de le sauver.


L'enfant savait ce qui arriverait à l'adulte s'ils étaient attrapés. Il savait également, par la franchise et la préoccupation qu'il avait vu dans son regard, que l'homme ne l'abandonnerait pas, quoi qu'il arrive. Il savait aussi qu'il devait tout faire pour empêcher leur capture.


Tu peux lui faire confiance.


Alors, le garçon appela chaque once d'énergie qui lui restait encore, et activa ses « capacités ». Sous l'effet de celles-ci, le vent se mit à souffler autour d'eux, traversant la forêt, agitant les branches des arbres. Surpris par les alizés soudains, l'homme s'arrêta, et leurs poursuivants en firent de même en criant ; ils savaient ce qu'il faisait, et ce dont il était capable. Mais c'était trop tard. Ils ne pouvaient pas – ne pouvaient plus – l'arrêter. Quand il eut accumulé suffisamment d'énergie, il relâcha tout ce qu'il avait réussi à réunir. Les machines furent soulevées, balayées, comme si un ouragan les avaient attirées dans le mur de vent qui le composait, sans toute fois que cela affecte la faune et la flore alentour, et que les brusques rafales d'air précédemment apparues y soient pour quelque chose. Ils hurlèrent, effrayés par le déchaînement de puissance. L'enfant veilla à ne pas leur faire de mal ; ce n'était pas son but. En revanche, il les envoya valser au loin, les dispersant dans la forêt le plus possible afin qu'ils ne puissent pas se réunir et les rejoindre à nouveau. Il s'assura qu'il soit le plus éloigné. Puis, le vent retomba, et la seule lueur qui persistait sous la frondaison s'éteignit avec lui. En effet, le blanc des yeux du garçon, à partir de l'instant où il avait commencé à user de ses dons, s'était illuminé d'une lumière dont la couleur oscillait entre le vert clair et l'or.


L'enfant sentait sa conscience partir. Cette fois, il n'essaya pas de lutter. Il regarda une dernière fois les ruines, avant que sa vue ne se trouble complètement, chargée de points noirs.


La statue du Gardien avait cessé de luire.


Il pouvait entendre l'homme lui dire quelque chose, mais il ne comprenait pas quoi. Il pouvait percevoir qu'ils se déplaçaient vite ; son sauveur avait dû recommencer à courir. Il pouvait sentir les odeurs de son environnement changer de la résine des arbres et de l'iode de la mer à la pierre humide et à l'eau pure des grottes. Il ne pouvait pas voir où ils allaient, ni le décor changer, ni l'apparence de l'homme être dévoilée par de la lumière artificielle. Cependant, avant que ses sens ne s'estompent complètement, il put entendre d'autres voix, inconnues et chargées de souci, ainsi que celle de son sauveur, dont l'urgence évidente aurait dû l'inquiéter. Mais il était trop fatigué pour cela.


L'enfant s'évanouit.

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