Le camion entra dans Ratisbonne à la fin de la matinée. Un petit village tout à fait charmant. Le camion le traversa et continua sa route.
Quelques kilomètres plus loin il s’engagea sur un chemin de terre menant à un château caché par les bois. Il s’arrêta devant l’entrée. Immédiatement, des soldats nazis vinrent décharger les caisses pour les emmener à l’intérieur du château. Quand tout fut apporté, ils partirent.
C’est alors que le haut de l’une des caisses se souleva et qu’une tête avec un chapeau en émergea.
- La voie est libre, venez père.
Indy et Henry quittèrent la caisse sans regrets après ce long voyage très inconfortable.
- Où sommes nous ? Demanda Henry.
- D’après la décoration et l’architecture, je dirais que nous sommes dans un château.
- Un château ? Voilà qui n’annonce rien de bon.
- Pourquoi dites vous cela ?
- Tu ne te rappelle pas Brunwäld ?
- Si, et alors ? Nous en sommes sortis vivants.
- Peut être mais pas tranquillement.
Indy soupira et alla ouvrir la porte lentement pour regarder dans le couloir.
Il n’y avait personne.
- Venez père.
Une moquette rouge ornait le sol du couloir ainsi que des portraits sur le mur.
- Regarde, ce sont des Habsbourg, dit Henry.
- Pas le temps de s’attarder là-dessus père, venez.
Ils arrivèrent à l’angle, un garde faisait sa ronde de l’autre côté du couloir, il tournait le dos à Indy et Henry.
- Allez.
Ils traversèrent le couloir pour aller se réfugier dans la salle d’en face, une salle d’armes. Indy verrouilla la porte et regarda la pièce. Il remarqua deux autres portes de chaque côté.
- Les salles communiquent entre elles.
Il ouvrit la porte de gauche, elle donnait sur une pièce vide avec une cheminée éteinte. Il s’apprêta à refermer la porte lorsqu’il sentit un courant d’air froid émaner d’en face. Il entra dans la pièce et observa attentivement la cheminée. Des arabesques l’ornait et deux statues d’anges en pilier la soutenait sur les côtés. Il remarqua un défaut sur l’ange de gauche : son front était sensiblement plus plat que son homologue de droite. Indy appuya dessus. Un mécanisme se déclencha, faisant pivoter la cheminée et révélant une salle secrète.
A l’intérieur, il n’y avait ni vitrine ni piédestal, juste un monticule de caisses frappées du sceau nazi.
- Tu a trouvé quelque chose on dirait, dit Henry.
- Je suis sur que la lance est ici, il faut la trouver.
Ils ouvrirent les caisses une à une, découvrant des tableaux, des livres, des chandeliers et…
- Je l’ai ! S’exclama Henry.
Il sortit un fer de lance de couleur grise taché de trois gouttes de sang. Le sang du Christ.
- La lance de Saint-Maurice.
- Mais s’agit t’il de la véritable lance, ou de la copie ?
- Elle semble si réelle.
- Elle l’est père.
- C’est étrange, tout cela me semble trop rapide.
- Que voulez-vous dire ?
- Pour le Grâal nous avons dû traverser trois pays différents et affronter de terribles dangers, jusqu’à en mourir, et là, nous trouvons la lance du destin, aussi simplement.
- Tant mieux, nous serons rentrés plus rapidement.
- Elle est magnifique.
- Allons père, ce n’est peut être qu’un bout de ferraille !
- C’est ce qu’on va voir.
Henry sortit l’autre fer de lance de sa veste.
- Je n’ai pas enlevé la feuille d’or, c’est le moment de le faire.
Il retira le fin papier, révélant une seconde feuille, en argent, sur laquelle il était inscrit : « CLAVDVS + HEINRICUS D.. GR.A TERCIVS ROMANO… IMPERATOR AVG….. HOC ARGENTUM IVSSTT FABRICARI AD CONFIRMATIONE CLAVI LANCEE SANCTI MAVRIC II + SANCTUS MAVRICVS »
- « Clou + Henri par la grâce de Dieu troisième Empereur des Romains Auguste a ordonné que soit faite cette bande d’argent pour attacher solidement le clou et la lance de Saint Maurice + Saint Maurice. »
- Comment pouvez-vous savoir qu’il s’agit de cela, il manque des lettres.
- J’ai étudié cette inscription, dans les chroniques de Saint Simon de Rome.
- Attendez, cette inscription mentionne deux lances.
- Saint Maurice + Saint Maurice. La vraie et sa copie.
- La lance de Nuremberg est identique à celle-ci, sauf au niveau de la pointe qui est abîmée sur le fer de lance d’ici.
- Et la lumière, sur le fer de lance de Nuremberg, il semble y avoir un reflet plus lumineux que sur celui-ci.
Henry passa son index sur le bout du fer de lance de Ratisbonne. Il trouva une sorte de cavité.
- C’est étrange. On dirait un trou.
- Quoi ?
- Il y a quelque chose là-dedans.
- Vous êtes sûr ?
- Si je te le dis, passe-moi quelque chose de pointu.
Indy donna son canif de poche. Henry l’enfonça dans la cavité et fit pression.
Le fer de lance se scinda alors en deux parties, libérant un fragment plat et lisse.
- Mais qu’est ce que ça veut dire ? Dit Henry.
Indy prit le fragment.
- Cela veut dire qu’il n’y a pas de vraie ou de fausse lance, mais des fragments.
Indy regarda le second fer de lance.
- Il y a aussi une cavité, en dessous.
Il reprit son canif et l’enfonça dans la cavité.
Même phénomène : le fer de lance se scinda en deux, mais cette fois, aucun fragment caché, seulement un parchemin jauni par le temps portant une gravure particulière.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Montre-moi, dit Henry.
Henry regarda la gravure, et sourit.
- C’est la chapelle palatine de Charlemagne, à Aix, la ville dont je t’ai parlé à Nuremberg, tu te souviens ?
- Oui mais pourquoi ce truc était là-dedans ?
- C’est pourtant clair non ? Il y a un second fragment là-bas.
- Alors il faut y aller sans tarder.
- Il faudrait d’abord trouver un moyen de sortir d’ici.
- Ce ne sera pas difficile.
Indy regarda par la fenêtre, la majeure partie des soldats y était regroupée.
- Il faudra créer une diversion.
- Quel genre de diversion ?
- Contentez-vous de garder ce fragment précieusement.
- Bon, très bien.
- Vous aviez raison père, c’était trop facile pour être vrai.
Ils revinrent à la salle d’armes et entrèrent dans la salle de droite. C’était une reserve avec de nombreuses caisses et des barils.
- Aucune issue par là, dit Indy en voyant qu’il n’y avait aucune fenêtre.
Il se retourna vers son père.
- Tu sais ce que tu veux faire au moins ?
Indy vit quelque chose par dessus l’épaule gauche de son père. Un monticule de barils sur lesquels il était inscrit en allemand : « Dangereux - Explosifs ».
Il ouvrit celui au sommet de la pile, il était rempli à ras bord de poudre.
- Père, j’ai trouvé la diversion.
- Tu ne va quand même pas tout faire sauter ?
- C’est l’unique solution père.
- Oh seigneur !
Indy retourna dans la salle d’armes et déchira l’un des grand rideaux écarlate aux fenêtres, il le roula en mèche et disposa une extrémité dans le baril de poudre qu’il avait ouvert, laissant traîner le reste sur le sol. Il sortit ensuite son briquet et l’alluma.
- Nous avons environ cinq minutes.
- Bien. Parfait.
Il alluma l’extrémité de la mèche opposée à celle dans le baril. Une grande flamme se mit à ronger lentement le rideau.
- Venez père, mieux vaut ne pas traîner ici !
Ils revinrent dans la salle d’armes et ouvrirent la porte du couloir. Le garde venait juste de passer devant la porte, il leur tournait le dos et continuait à marcher tranquillement devant lui.
Indy s’avança alors au milieu du couloir et prit son fouet en main.
- Que va tu faire encore ?
- Restez ici, père.
Indy avança lentement vers le garde, dès qu’il fut à portée, il lança son fouet sur lui. La lanière s’enroula autour de sa taille. Indy le tira alors contre lui et l’assomma d’un coup de poing en plein visage.
- Maintenant vous pouvez venir père, la voie est libre.
Henry avança et vit le garde par terre.
- On ne peut pas dire que tu fais dans la dentelle.
- Pourquoi le ferais-je ?
- Je me demande bien ou tu a appris à te battre comme ça ?
- J’ai appris père.
- Où ça, tu es censé être un professeur d’université.
- Un professeur a toujours des heures de libre entre ses cours.
- D’accord.
- Maintenant venez, le temps est contre nous.
- Oui, Tempus fugit !
Ils traversèrent le grand couloir et arrivèrent à un escalier. Ils entendirent alors des voix venant de l’étage en dessous, le rez-de-chaussée. Indy vit des nazis monter.
- Ils rappliquent, surtout ne faites rien père. Contentez-vous de baisser la tête.
Les nazis montèrent, leur chef dit à Indy en Allemand :
- Bon Dieu que se passe t’il ici ? Nous avons vu de la fumée dans l’une des pièces située à cet étage.
- Rien de grave, la chaudière a encore dû faire des siennes.
- Quelle chaudière ? Il n’y en a pas ici !
- Non. Mais ce n’était rien du tout. Et vous ça va ?
- Vous êtes sûr de ne rien me cacher ?
- …Maintenant que vous me le demandez, je me rappelle avoir entendu parler d’une probable fuite de gaz.
- Une fuite de gaz ?
- Oui une fuite de gaz, très dangereuse, si l’un de vous fait une étincelle nous sautons tous.
- Bon Dieu mais pourquoi ne réparez vous pas cette fuite ?
- Je ne suis pas qualifié pour faire ça moi.
- Scheizen ! Où-est-ce ?
- Vous tournez à l’angle et c’est la seconde porte à gauche.
- On y va, vous restez ici, je m’occuperai de vous après.
Ils s’en allèrent.
- Ces crétins vont être à deux salles de l’explosion, ils la sentiront passer, dit Indy.
Ils descendirent l’escalier et se retrouvèrent dehors, dans la cour intérieure.
Indy vit plusieurs camions garés sous un abri. Il se dirigea vers eux et regarda l’intérieur de chacun d’eux.
- Pas de clé, ces types sont moins bêtes que je ne le pensais.
Mais par chance l’un des hommes arriva et monta dans l’un des camions, il démarra. Indy se précipita à sa rencontre.
- Eh ! Qu’est-ce que tu fous ? T’a le feu à l’arrière !
- Feuer ?
L’homme descendit, Indy l’assomma d’un coup de poing dans l’estomac suivi d’un coup de pied. Il cacha le corps derrière un tas de bidons d’essence.
Le regard d’Indy croisa alors celui d’un groupe de soldats.
- Merde.
- ALARM !!!
- Père ! Montez !!
L’alarme se déclencha. Indy monta dans le camion et appuya à fond sur l’accélérateur. Le camion avança à toute allure. Les coups de feu résonnèrent tout autour.
Un groupe de soldats bloquait la sortie. Indy ne fut pas intimidé et accéléra encore. Les soldats s’écartèrent pour ne pas finir écrasés. Le camion éclata la barrière de bois du poste de surveillance et partit au loin.
- Nous en voilà sortis père !
- Ne dis pas cela, nous sommes encore en Allemagne.
Une immense déflagration éclata alors derrière eux. Le château explosa dans un bruit assourdissant et un grand panache de fumée s’éleva.