La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 5 : Rupture

Par Zihume

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


L'aube se levait à peine sur la forêt.


Perchée dans les hauteurs d'un vieux pin, Mayoiga observait le sentier qui serpentait au pied de la colline.


Deux silhouettes s'y dessinaient.


La première avançait avec une lenteur mesurée, vêtue de blanc et de rouge.


Même à distance, sa puissance spirituelle ne laissait aucun doute : la prêtresse Kikyō portait en elle une pureté qui semblait repousser naturellement les ombres alentour.


Mayoiga la suivit du regard un instant, attentive.


Puis son attention se déporta vers celui qui marchait quelques pas derrière elle.


Un jeune homme aux cheveux argentés, aux gestes brusques, presque contrariés. Il avançait d'un pas nerveux, les bras croisés derrière la tête, comme incapable de contenir son agitation. Ses oreilles de chien perçaient nettement entre ses mèches claires.


Elle le reconnut aussitôt.


Le fils d'Inu no Taishō.


Inuyasha.


Un bref silence passa dans les hauteurs du pin tandis qu'elle observait sa démarche, la tension dans ses épaules, l'irritation visible dans chacun de ses mouvements.


- Sérieusement... grogna-t-il. Un bandit humain.


Il donna un coup de pied dans un caillou, qui roula plus bas sur le sentier.


- Un simple humain qui ose t'attaquer... j'arrive toujours pas à comprendre ce qui lui est passé par la tête.


La prêtresse ne répondit pas immédiatement. Son regard restait posé sur la forêt, attentif, comme s’il cherchait une trace invisible.


- Tu ne l’as pas poursuivi, j’espère.


Inuyasha haussa les épaules, un peu trop vite.


- Il s’est enfui.


Kikyō tourna enfin les yeux vers lui.


- Tu ne lui as pas fait de mal ?


Le demi-démon détourna brièvement le regard, agacé.


- J’ai juste fait en sorte qu’il comprenne.


Il croisa les bras derrière la tête, reprenant son air nonchalant.


- Il reviendra pas.


Kikyō l’observa encore un instant, sans insister davantage.


- Les humains sont capables de bien des choses lorsqu'ils convoitent le pouvoir, dit-elle finalement.


Inuyasha fronça les sourcils.


- Ouais, peut-être... mais quand même. Il aurait dû savoir qu'il n'avait aucune chance.


Il lui jeta un regard en biais.


- Et puis pourquoi t'attaquer tout seul ? Les bandits sont toujours trop lâches pour attaquer sans une armée derrière eux.


Depuis sa branche, Mayoiga observa encore la prêtresse.


Ainsi, Rasetsu avait déjà tenté sa chance.


Elle se redressa légèrement.


Son regard glissa une dernière fois vers le demi-démon, toujours en mouvement derrière la jeune femme, comme un animal incapable de rester en place.


Puis elle se laissa glisser silencieusement du pin.


Sans un bruit, elle s'enfonça dans la forêt.


Le soleil commençait à peine à dissiper la brume lorsque qu'une odeur âcre lui parvint.


Elle s'arrêta.


Un craquement sec retentit derrière elle.


Une ombre passa entre les cimes.


Puis quelque chose se posa lourdement sur une branche épaisse.


La créature ressemblait à un corbeau. Mais ses proportions étaient déformées, presque grotesques. Son cou était trop long, son bec trop large.


La tête du démon pivota lentement.


- Hm. Je me demandais qui rodais autour de la prêtresse.


Sa voix grinçait comme du bois sec.


Il y eut un court silence.


Le démon pencha la tête.


- Moi, Karasu-dōji... je surveille cette forêt depuis des jours.


Ses serres raclèrent l'écorce.


- Et je n'ai aucune intention de partager la Perle avec qui que-


Il n’eut pas le temps d’en dire davantage.


Mayoiga leva la main.


Kokuen surgit.


La lame noire vibra aussitôt dans sa paume. Ses veines sombres s’animèrent d’une pulsation brève, presque vivante.


Le démon plongea.


Elle ne recula pas.


Un seul mouvement suffit.


La lame ouvrit son flanc dans un trait net, et l’énergie de Kokuen s’y enfonça plus profondément que la blessure elle-même.


Le yōkai poussa un cri étranglé, heurta un tronc, puis retomba lourdement dans les feuilles mortes.


Il se tordit encore, battant l’air de ses ailes brisées.


Mayoiga abaissa les yeux sur lui.


Avant qu’elle n’achève son geste, une traînée verte fendit l’air.


La tête du démon roula dans l’herbe.


Mayoiga ne se retourna pas tout de suite.


À l’orée des arbres, Sesshōmaru se tenait déjà là.


Sa main retomba lentement le long de son corps. Il ne regardait plus la créature.


Jaken surgit derrière lui, le bâton serré contre lui.


— Comme on pouvait s’y attendre de Sesshōmaru-sama ! Cette vermine n’était même pas digne de mourir de votre main !


Un bref silence suivit.


Les yeux de Sesshōmaru descendirent une seconde vers la dague encore hors de son fourreau.


Il ne s’y attarda pas, mais Mayoiga sut qu’il l’avait vue.


Elle referma les doigts sur la garde, puis rengaina Kokuen.


— Que veux-tu, Sesshōmaru ?


— Je t’ai vue avec un humain.


Mayoiga ne répondit pas.


— Un brigand.


Derrière lui, Jaken releva vivement la tête.


— Un humain ? Hmph ! Quelle fréquentation indigne…


Sesshōmaru ne lui accorda pas un regard.


— Tu le suis.


— Je l’observe.


— Non.


Un silence passa.


— Tu t’attardes.


Mayoiga soutint son regard.


— Cela ne te concerne pas.


— En effet.


Un frémissement troubla l’herbe à leurs pieds.


La tête du démon remua encore. Ses serres se crispèrent dans la terre, et sa gueule béante se souleva brusquement vers Sesshōmaru.


Un éclair vert fendit l’air.


La tête fut tranchée en deux avant même d’avoir quitté le sol.


Sesshōmaru abaissa lentement la main.


Jaken recula d’un bond, puis frappa le sol de son bâton pour se redonner contenance.


— Quelle créature tenace !


Sesshōmaru ne répondit pas.


Son regard revint sur Mayoiga.


— Un brigand humain ne mérite pas l’attention d’une daiyōkai.


Mayoiga resta immobile.


— Tu ignores ce qu’il est.


— Je sais ce qu’il n’est pas.


La phrase tomba sans éclat.


Puis son regard glissa une dernière fois vers Kokuen, à sa taille.


— Tu t’abaisses inutilement.


Il se détourna.


Jaken se hâta de le suivre, serrant son bâton contre lui.


— Sesshōmaru-sama n’a pas à perdre son temps avec les égarements d’une yōkai qui se compromet auprès des humains !


La silhouette blanche de Sesshōmaru s’éloigna entre les arbres.


Mayoiga resta seule près du cadavre du démon.


Le vent passa entre les pins.


Elle aurait pu prendre une autre route.


Pourtant, sa pensée revint vers d’Onigumo.


---


La nuit commençait à tomber sur la ville.


À l'intérieur du ryokan, les lanternes de papier diffusaient une lumière chaude qui se reflétait sur les panneaux de bois verni. L'odeur du saké, de l'encens et du bois chauffé emplissait l'air.


Les hommes d'Onigumo occupaient plusieurs pièces aux étages inférieurs. De temps à autre montaient jusqu'au couloir les éclats de rire, les chants ivres et le bruit des coupes qu'on entrechoquait.


Mais l'étage supérieur était plus calme.


Dans une chambre décorée d'estampes, Onigumo était assis devant une petite table basse.


Trois jeunes femmes l'entouraient.


Leurs kimonos colorés bruissaient doucement lorsqu'elles se penchaient pour lui servir du saké. La lumière de la lanterne faisait briller leurs cheveux noirs et leurs visages maquillés avec soin.


Onigumo prit la coupe qu'on lui tendait.


L'alcool lui réchauffa la gorge.


L'une des femmes s'approcha davantage pour la remplir à nouveau. Elle releva timidement les yeux vers lui.


Onigumo soutint son regard, la lueur de la lanterne soulignant les lignes régulières de son visage.


La jeune femme rougit, visiblement séduite. Un léger sourire passa sur les lèvres d'Onigumo.


Pourtant, malgré la beauté de la femme devant lui, son esprit glissa ailleurs.


Vers un autre visage. Celui de Mayoiga.


Le souvenir de leur nuit revint brièvement.


Sa peau pâle sous ses mains, la tension de son corps lorsqu'il l'avait maintenue sous lui.


La pensée éveilla une chaleur plus vive que le saké.


Son regard resta un instant posé sur la jeune femme devant lui, mais l'image ne s'imposait plus vraiment. Le souvenir de Mayoiga éclipsait tout le reste.


Un cri soudain déchira le silence du bâtiment.


Des pas précipités. Des objets renversés.


Puis une voix furieuse retentit dans le couloir.


- OÙ EST ONIGUMO ?!


Les femmes sursautèrent. La porte coulissante s'ouvrit violemment.


Rasetsu entra en titubant dans la pièce. Son état était méconnaissable.


Un bandage grossier couvrait l'un de ses yeux, trempé de sang. Dans une main, il brandissait une torche enflammée.


Sa respiration était lourde.


- JE NE TE LAISSERAI PAS PARTIR !


Les femmes poussèrent des cris et reculèrent dans la pièce.


Onigumo, lui, resta assis.


Un sourire amusé étira ses lèvres.


- Eh bien...


Il posa lentement sa coupe.


- Ce demi-démon ne t'a donc pas achevé ?


Le visage de Rasetsu se déforma de rage.


- COMMENT OSES-TU ME DÉFIER AINSI ?!


Il arracha de sa ceinture un boulet attaché à une chaîne.


Les femmes hurlèrent.


Rasetsu fit tournoyer l'arme et la lança.


Onigumo l'esquiva.


Le projectile fracassa un grand vase contre le mur dans un éclat de céramique. Rasetsu sortit alors une bombe enveloppée dans un tissu huilé.


Il y approcha la torche.


La mèche s'enflamma.


- Meurs ordure !


Avant qu'Onigumo ne puisse réagir, Rasetsu bondit vers la fenêtre.


Une corde attachée à sa ceinture se déroula lorsqu'il se jeta dans le vide.


L'instant suivant, l'explosion déchira la pièce.


Une vague de feu et de bois brisé traversa l'air. La table vola en éclats.


La chaleur frappa Onigumo comme un coup de massue et le projeta contre le mur.


Les estampes s'embrasèrent immédiatement. Les panneaux de bois éclatèrent sous la pression.


Le souffle lui arracha l'air des poumons.


Il tenta de se redresser.


Mais la pièce tournait déjà autour de lui.


Les flammes grimpaient le long des murs.


Puis l'obscurité l'engloutit.


Et Onigumo perdit connaissance.






Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés