La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 46 : Le nid

Par Zihume

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La nuit était tombée depuis longtemps.


Le feu n'était plus qu'un cercle de cendres sombres. Plus loin, Ah-Un dormait près des arbres, ses deux têtes repliées dans une immobilité paisible.


Rin s'était blottie entre deux racines épaisses, les genoux ramenés contre elle, enveloppée dans son vêtement encore un peu humide.


À quelques pas de là, Mayoiga demeurait adossée au tronc large d'un arbre. Les yeux fermés. Droite, même dans le repos qu'elle semblait s'être accordé.


Jaken, lui, ne dormait pas.


Assis près du feu éteint, le Nintōjō serré contre lui, il fixait la daiyōkai-louve avec une méfiance obstinée.


Rin ouvrit un œil.


Elle l'observa quelques secondes.


- Vous ne dormez pas, Jaken-sama ?


Jaken sursauta presque, puis se redressa aussitôt, vexé d'avoir été surpris.


- Bien sûr que non. Un serviteur de Sesshōmaru-sama ne dort pas quand le danger rôde à quelques pas.


Il baissa la voix.


- Je n'ai jamais fait confiance à cette yōkai-louve. Et encore moins depuis qu'elle est devenue... cela.


Il jeta un nouveau regard vers la silhouette immobile adossée à l'arbre.


Rin fronça légèrement les sourcils.


- Cela ?


Jaken eut un mouvement agacé de la main.


- Tu sais bien. Une chose de Naraku.


Il serra un peu plus fort son bâton.


Rin resta silencieuse un instant.


- Vous la connaissiez avant ?


Jaken leva le menton.


- Je l'ai croisée une fois. Elle avait déjà de mauvaises manières.


Rin le regarda, attentive.


Jaken poursuivit, plus bas :


- Sesshōmaru-sama l'avait vue auprès d'un humain.


Rin cligna des yeux.


- Comme moi ?


Jaken ouvrit la bouche.


Aucun son n'en sortit.


Il resta ainsi quelques secondes, figé dans une indignation qui ne trouvait soudain plus où se poser.


- Ce n'est pas... enfin... cela n'a rien à voir !


- Pourquoi ?


- Parce que !


Rin attendit.


Jaken se ratatina légèrement et détourna les yeux vers les cendres. Il poussa un long soupir, plus fatigué qu'il ne l'aurait admis.


- Je n'y comprends plus rien. À quoi peut donc penser Sesshōmaru-sama... D'abord une humaine. Maintenant cette yōkai provocante.


Il lança un regard noir vers Mayoiga.


- Cette chose-


- Mayoiga.


La voix tomba sèchement dans la nuit.


Jaken se figea.


Rin tourna aussitôt la tête.


Mayoiga n'avait pas bougé. Ses yeux venaient seulement de s'ouvrir, verts et nets dans l'obscurité.


Jaken cligna des yeux.


- Q-quoi ?


- Mon nom.


Un silence passa.


Jaken serra le Nintōjō contre lui.


- Vous ne dormiez pas !


- Non.


Jaken releva le menton, mais ses yeux glissèrent malgré lui vers les arbres, comme s'il vérifiait que Sesshōmaru n'était pas assez près pour entendre.


- Hmph ! Je n’ai pas peur de le redire ! Tu n’as rien à faire auprès de Sesshōmaru-sama !


Mayoiga resta silencieuse quelques secondes.


Puis elle referma lentement les yeux.


- Tu as raison de te méfier.


Jaken resta pris de court.


Rin aussi.


Mayoiga ajouta, sans rouvrir les yeux :


- Je suis moins patiente que lui avec les petites vermines bruyantes.


Jaken se redressa d'un coup.


- Je ne suis pas une vermine !


Rin leva aussitôt la tête.


- Mais vous êtes petit, Jaken-sama.


Le petit yōkai se tourna vers elle, scandalisé.


- Comment oses-tu, Rin ?!


Elle le regarda avec un sérieux désarmant.


- C'est vrai. Même moi, je suis plus grande que vous.


Jaken resta figé d'horreur.


Mayoiga ne bougea pas.


Rin poursuivit, plus doucement :


- Et parfois... votre cœur devient petit aussi.


Cette fois, Jaken ouvrit la bouche sans trouver la moindre réponse.


Puis il pointa un doigt tremblant vers elle.


- Dors, Rin !


- D'accord.


Rin se recoucha docilement entre les racines.


Le silence revint.


Jaken demeura assis près des cendres, raide de dignité blessée, son bâton serré contre lui.


Après un moment, Rin murmura :


- Bonne nuit, Mayoiga-sama.


Mayoiga ne répondit pas.


Jaken inspira comme pour protester.


Puis il se ravisa.


- Hmph.


Ce fut tout.


---


Rin finit par se rendormir.


Jaken résista plus longtemps, la tête inclinée contre son bâton, les paupières lourdes d'obstination. Puis, malgré lui, il céda à son tour.


Le silence reprit lentement sa place autour du camp.


Mayoiga resta adossée au tronc, immobile dans l'obscurité.


Puis un bourdonnement lui parvint.


Ses yeux s'ouvrirent.


Un saimyōshō glissait entre les arbres.


Une lueur bleue naquit au bout de ses doigts.


L'insecte éclata en fragments sombres qui retombèrent dans l'herbe.


Jaken remua faiblement dans son sommeil.


- Sesshōmaru-sama... naturellement... je veille...


Puis il se rendormit.


Le bourdonnement revint. Plus loin.


Mayoiga se leva sans bruit.


Elle traversa le camp, laissant derrière elle Rin endormie entre les racines, Ah-Un immobile près des arbres, et Jaken roulé sur lui-même avec son bâton contre la poitrine.


Le bruit venait de plus profond dans la forêt.


Elle s'enfonça sous les branches.


Puis elle les vit.


Une nuée entière de saimyōshō tournait entre les troncs. Leurs ailes vibraient toutes ensemble dans un vrombissement dense.


Mayoiga s'arrêta.


Ses doigts se courbèrent lentement, et une lumière bleue glissa le long de ses griffes.


Le premier insecte fondit vers elle.


Elle le trancha d'un geste sec.


Puis elle entra dans la nuée.


Ses griffes bleues ouvrirent l'obscurité à chaque mouvement. Les corps éclataient en fragments, les ailes se brisaient dans l'air, mais d'autres saimyōshō surgissaient aussitôt entre les troncs.


Une traînée verte traversa soudain la forêt.


Le fouet de Sesshōmaru balaya la nuée dans un sifflement violent. Plusieurs insectes furent tranchés net avant de tomber dans les herbes.


Mayoiga tourna légèrement la tête.


Sesshōmaru venait d'apparaître entre les arbres.


Le vent soulevait à peine ses cheveux blancs. Son regard passa sur les saimyōshō restants, sans la moindre tension visible.


Un insecte fondit vers lui.


Le fouet l'intercepta aussitôt.


- Leur nid doit se trouver près d'ici, dit-il.


Mayoiga observa les trajectoires des insectes.


Chacun finissait par revenir vers la même zone, plus loin sous les arbres.


Sesshōmaru avança déjà.


Elle le suivit sans un mot.


Ils s'enfoncèrent plus profondément dans la forêt.


Puis Sesshōmaru s'arrêta.


Sous plusieurs branches épaisses pendaient des nids sphériques, agglutinés les uns contre les autres. Leur surface brunâtre semblait faite de cire, de fibres mortes et de boue séchée. Au centre de chaque sphère s'ouvrait un trou noir par lequel les saimyōshō entraient et ressortaient sans cesse.


Sesshōmaru tira Tōkijin.


L'éclair bleu de la lame traversa l'obscurité.


L'attaque percuta l'arbre.


Le tronc explosa dans une déflagration monstrueuse. Le bois éclata en milliers de fragments brûlés ; les nids et les insectes furent pulvérisés dans une pluie noire et fumante.


Le silence retomba brutalement.


Quelques morceaux d'ailes carbonisées dérivèrent encore dans l'air avant de disparaître.


Mayoiga regarda les restes calcinés.


Une légère moue passa sur son visage.


- Tu aurais pu me les laisser.


Sesshōmaru rengaina Tōkijin.


- Tu as été trop lente.


Mayoiga tourna les yeux vers lui.


- Lente ?


Mayoiga plissa légèrement les yeux.

Il ne répondit pas davantage.


Le vent passa entre les branches détruites.


Elle parut renoncer à l’offense, non par indulgence, mais parce qu’une autre absurdité lui revenait soudain.


- Je peux te poser une question ?


- Parle.


Sa voix retomba, plus sèche :


- Rin, je peux essayer de comprendre...


Sesshōmaru tourna légèrement les yeux vers elle.


- Mais Jaken...


Elle eut un mouvement de tête, presque incrédule.


- Comment peux-tu le supporter ?


Un silence passa.


Sesshōmaru ne répondit pas.


Mayoiga ajouta :


- Un jour, je finirai par le jeter dans une rivière.


- Il en ressortira.


La réponse tomba sans délai.


Mayoiga resta immobile.


- Alors ce ne sera pas une rivière.


Le coin de la bouche de Sesshōmaru bougea presque.

À peine.

L'ébauche d'un sourire aussitôt contenue.


Mayoiga le vit.


Le silence revint entre eux.


Elle s'approcha lentement.


Elle était près de lui maintenant.


Trop près pour que cela reste une provocation ordinaire.


Le vent glissa entre les arbres, portant avec lui l'odeur des nids brûlés.


Mayoiga leva la main.


Ses doigts effleurèrent une mèche blanche près de sa joue.


Sesshōmaru ne bougea pas.


Son regard resta posé sur elle.


Calme.


Fixe.


Dangereux.


Mais il ne recula pas.


Mayoiga sentit son souffle se resserrer.


Quelque chose brûlait encore en elle : la colère, la peur, le soulagement, toute la tension accumulée ces derniers jours.


Cette fois, elle ne voulut plus l’étouffer.


Elle l'embrassa.


Pendant une seconde, Sesshōmaru demeura immobile.


Puis il répondit.


Mayoiga sentit l’arbre derrière elle avant de comprendre qu’elle avait reculé. L’écorce heurta son dos.


Sesshōmaru s’était brusquement avancé avec elle jusqu’au tronc.


Le baiser devint plus profond. Plus impatient.


Mayoiga se tendit une fraction de seconde.


Puis ses doigts s’agrippèrent à l’armure noire.


Leurs bouches se séparèrent.


Les yeux dorés de Sesshōmaru ne la quittaient pas.


La main de Mayoiga glissa contre son armure et trouva les attaches.






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