Les humains ont toujours utilisé toutes les ressources à leur disposition pour mener leurs conflits à bien. Parmi les machines de guerre qu’ils utilisaient, les animaux de toutes les tailles ne se dégageaient de la masse que par les hurlements qu’ils poussaient à leur anéantissement. Dès le IIIème siècle avant notre ère, la légende dit que l’armée d’Hannibal aurait traversé les Alpes pour rejoindre Rome, accompagnée d’éléphants de guerre. Des archers mongols conquérant la moitié du Monde à la cavalerie de Sédan s’écrasant contre l’artillerie prussienne, les chevaux périrent aux côtés de leurs cavaliers dans la boue des champs de bataille. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis avaient développé des bombes au napalm que les soldats accrochaient à des pattes de chauves-souris. En se réfugiant dans les greniers des maisons japonaises, elles provoquaient des incendies qui pouvaient emporter un village entier en une seule nuit. Beaucoup de personnes s’offusquent de ce sacrifice d’animaux innocents sur l’autel de conflits aussi vains, oubliant du même coup le nom de l’animal le plus sacrifié au cours de ces mêmes guerres.
Shizuka : I-Il y en a beaucoup trop ! C’est impossible d’avancer à l’intérieur de la nuée…
Pris au milieu de dizaines de battements d’ailes et de coups de becs, Shizuka avait du mal à prononcer la moindre phrase. Des milliers de minuscules entailles lacérant sa chair occupaient toute la force de régénération de ses ronces. Dans cet espace clos, les oiseaux de différentes tailles tournoyaient comme les bourrasques d’une tornade.
Job : Mettez-vous derrière moi, Check the Rythm va nous protéger des attaques !
Check the Rythm : CRESCEN-DO-DO-DO-DO-DO-DO-DO-DO-DO
À coups de poing, le génie bleu se dégagea un chemin parmi les volatiles qui surgissaient, de plus en plus nombreux, des cavum perçant le sol. Shizuka et Maneater profitèrent de cette protection temporaire pour avancer en ignorant les attaques qui leur lacéraient les flancs. La fillette, légèrement en arrière par rapport à ses deux camarades, ne sentit soudainement plus le sol sous ses pieds. L’instant suivant, elle était au milieu du ciel, sortant tout juste d’un immense nuage. Le vent d’altitude fouettait son visage, le manque d’oxygène et de pression brûlait ses poumons, le froid griffait sa peau et la lumière incandescente l’aveuglait. 2000 mètres de vide s’étendait entre elle et la ville qui ne ressemblait plus qu’à un jeu de construction miniature. Un étrange soulagement mêlé de malaise traversa son corps libéré de l’emprise de son propre poids en amorçant sa chute inexorable vers le sol. Une main enserra son bras et la hissa vers les profondeurs des égouts.
Maneater : Petite humaine, tu vas bien ?! Fais attention où tu marches ! Ces trous sont trop petits pour nous deux mais, toi, tu as juste la place pour tomber dedans !
Shizuka regarda sa main couverte de givre sans comprendre ce qui s’était passé en l’espace d’une demi-seconde.
Shizuka : J-je crois que ça va…
Job : Dépêchons-nous, la nuée commence à nous rattraper et d’autres oiseaux risquent d’émerger de ces ouvertures-là également ! Il faut les semer dans les galeries ! Signorina, vous pouvez nous rendre à nouveau invisibles, s’il-vous-plaît ?
Pour retrouver ses esprits, elle secoua la tête, évacuant du même mouvement les derniers froids morceaux de nuage sur ses cheveux. Achtung Baby fit tomber le rideau d’invisibilité devant les trois acteurs pour les laisser se déplacer librement dans les coulisses de la ville. Adoptant la même technique que celle qui leur avait permis de fuir à la surface, ils se suivirent de près en empruntant le dédale de tunnels dégoûtants pour s’éloigner du cœur du cyclone d’ailes. Plus la distance augmentait entre eux et l’épicentre du typhon, plus la taille des oiseaux diminuait pour ne plus laisser que de petits passereaux. Après quelques centaines de mètres de course, les poumons de Shizuka faiblirent et, les caquètements se faisant moins audibles, et ils se réfugièrent dans une petite alcôve de pierre qui semblait plus ancienne que le reste du réseau.
Shizuka : Encore merci, Manny…Je ne m’attendais pas à tomber dans l’un de ses trous…j’aurais fini en bouillie si tu ne m’avais pas rattrapé…
Job : Alors, ces brèches sont vraiment reliées au ciel…Ces oiseaux peuvent nous poursuivre partout où nous voudrions nous réfugier. Ironiquement, les endroits clos sont probablement les plus dangereux…
Shizuka : Mais quelque chose cloche..S’il peut siphonner le ciel autant qu’il veut, pourquoi il ne nous amène pas directement les plus gros oiseaux ? Pourquoi s’embêter à nous amener des rouges-gorges ? La faiblesse de son Stand est forcément là !
Le requin, barbotant à l'intérieur de son Stand, eut un éclair de lucidité au moment où la petite fille lâcha ses mots. Maneater n’avait pas une connaissance très fine des émotions humaines mais il connaissait bien leurs créations et, au sommet d’entre elles, trônait fièrement la reine de toutes les sciences.
Maneater : Ce sont des bosons…
Shizuka : Manny, tu as dit quelque chose ?
Maneater : Oui, c’est bien sûr ! Écoutez bien la sagesse du règne animal, misérables humains ! Bon, euh, comment dire…les particules, pour interagir entre elles, s’échangent des sortes de “messagers”. On…enfin, vous appelez ça des “bosons”. Ces particules naissent du vide et n’existent que pour un court instant. La distance que le boson peut parcourir - et donc la portée de son action - dépend de sa durée de vie. Et cette durée de vie dérive directement de sa masse. La taille et la distance de ces “portails” doivent fonctionner de la même manière.
Shizuka : Autrement dit, tu veux dire que plus la masse des oiseaux que l’on rencontre est importante…
Job : Plus on se rapproche du manieur. Avec cette clé en main, cela ne devrait plus être très compliqué de déterminer la localisation du manieur. Une fois qu’on s’en sera débarrassé, on pourra se focaliser sur le Boss de la Passione.
Shizuka : Mais cela veut dire que son Stand sera de plus en plus puissant, on ne peut pas s’approcher sans avoir de stratégie.
Maneater : Même si ça me ravit pas de rester dans ce genre d’endroit crasseux, c’est peut-être le meilleur moyen de s’approcher sans attirer l’attention des autres humains dehors ! Et dans ce labyrinthe, c’est plus simple de se cacher de ces maudits emplumés !
Dans ces méandres humides, le cuir chevelu de la petite fille s’était habitué à être régulièrement percuté par des gouttes d’eau croupie tombant du plafond. Cependant, une pression - un peu plus lourde qu’une goutte - se posa sur son crâne avant de sauter sur le dos de sa main. Depuis son perchoir, un colibri inoffensif toisait son âme d’un regard assassin. Le petit oiseau ouvrit son bec et poussa un cri strident en direction du visage de Shizuka. L’instant suivant, tout autour d’eux, le béton se perfora de centaines de petites ouvertures pour une armée de petits oiseaux-mouches, se transformant rapidement en nuée, cherchant à leur crever les yeux.
Job : On est repérés ! Le vent commence à se lever ! Il faut vite qu’on bouge d’ici, Signorina !
Shizuka : Sauf que cette fois, on va foncer droit dans le cœur du cyclone !
Bravant la bourrasque, les trois manieurs avancèrent à contre-courant en chassant les oiseaux du plat de la main de leurs Stands, ponctués par leurs cris de guerre respectifs. À intervalles réguliers, la fillette tirait une balle d’invisibilité dans la masse d’animaux les amenant, désorientés, à s’entrechoquer et tomber lourdement - du moins autant que leur petite masse leur permettait - au sol. À chaque fois qu’une telle collision se produisait, les ronces entourant les bras de Shizuka se crispaient, sentant que l’énergie vitale quittait le petit corps des oiseaux abattus en plein vol.
Shizuka : Pourvu qu’on ait pas à faire ça beaucoup plus longtemps…
Achtung Baby : WAN !
Le dernier coup de poing asséné, ils arrivèrent enfin à revenir sur leur pas. Le puits de lumière descendait de la surface pour les irradier de la tendresse solaire que l’humidité du lieu leur avait cruellement arrachée. Maneater frissonna sous le bombardement des photons et ferma les yeux pour profiter de ce moment.
Job : En toute logique, ce couloir devrait nous rapprocher de notre ennemi. Cependant, si on le sait, cela veut forcément dire que lui aussi est au courant. On risque de faire face aux plus gros spécimens de son arsenal.
Maneater : Le grand humain, donne-moi vite tes meilleurs sashimi au saumon, j’ai besoin d’un poisson gras bourré d’énergie !
Job s’exécuta et lui lança une dizaine de tranches de saumon qui devait représenter une quantité immense de calories pour un être de cette taille. La roussette les avala en léchant ses dents acérées pour n’en laisser échapper pas la moindre molécule de lipide. Pendant qu’il se régalait, des nouveaux cavum percèrent le sol du couloir, bien plus grands que les précédents.
Job : C’étaient mes derniers, t’as plutôt intérêt à ce que ta technique fonctionne…
Des trous nouvellement formés, de longues pattes privées de plumes apparurent, précédées de cris agaçants. Agitant leurs grandes ailes, des volatiles roses sautèrent avec grâce sur le sol et fixèrent de leurs yeux orgueilleux le petit attroupement. La connexion entre les tréfonds humide et l’air libre d’un marécage apportait des échantillons de monde extérieur, baignant le tunnel de lumière étouffante.
Shizuka : Des flamants roses… Je déteste ces oiseaux-là. Apparemment, ils sont particulièrement hargneux…
Grâce à leurs grandes jambes élancées, les oiseaux montés sur échasses se propulsèrent en direction des trois silhouettes éclairées. Malgré l’espace restreint qui leur était dévolu, les oiseaux réussissaient à battre des ailes élégamment sans se gêner. Leurs battements et leurs cris provoquaient un vacarme assourdissant tout au long de leur envolée. Les flamants se rapprochaient dangereusement, seconde par seconde.
Shizuka : Tu es sûr de toi, Manny ? Tu penses que ton plan va fonctionner ?!
Maneater : Restez bien derrière moi et fermez-les yeux ! Here Comes the Sun !
Le Stand doré scintilla de mille feux, éclairant la pièce de toute la lumière accumulée. Cependant, contrairement aux mouettes, l’énergie lumineuse convergea en un seul rayon brillant comme dix soleils. Les cornées, habituées à l’obscurité, furent irradiées par le flash mortel. Les animaux aveuglés se débattèrent et se percutèrent, créant une véritable débâcle dans le couloir.
Job : Alors, ton plan génial, c’était la même chose qu’avec les mouettes ? Les aveugler ? Il va se contenter de nous en envoyer de nouveaux d’ici quelques secondes…
Maneater : Je sais que vous vous considérez comme l’espèce dominante…mais vous ne savez pas à quel point nous, les sauvages…on peut vous égaler en imagination…même dans la cruauté avec vos semblables…là où vous excellez…
Maneater souriait de toutes ses dents en faisant des pauses pour économiser son énergie restante. Shizuka remarqua un phénomène étrange se produire : la graisse du corps de son squale préféré fondait à vue d'œil et, sous sa chair, se dessinait de plus en plus les contours de son squelette cartilagineux.
Shizuka : Manny, tout va bien ?!
Maneater : Ca m’a consommé un sacré paquet de calories…mais j’ai réussi mon coup…je me suis demandé avec les mouettes…pourquoi le manieur ne s’était pas contenté d’en envoyer d’autres qui n’avaient pas été éblouies…la réalité, c’est…
Job : Qu’il voit à travers les yeux des oiseaux…donc il avait été aussi ébloui.
Maneater : Exactement…et avec la quantité de lumière que je lui ai balancée, je lui ai brûlé la cornée…Il doit être au moins aveugle à 80 % ! Il a plus de moyen de nous repérer…je vais pouvoir me re…me reposer…
Comme face à Guns, The Second Law tomba à genoux et se liquéfia pour laisser choir son manieur. Check The Rhythm le rattrapa dans le creux de ses bras.
Job : Avec cette quantité d’eau, il devrait tenir quelques minutes à l’air libre mais il faut se dépêcher !
Du bout du couloir, volant au-dessus des corps inanimés des flamants roses, une silhouette noire fonça vers le Stand de Job pour lui asséner un coup de bec violent. Achtung Baby, par réflexe, frappa dans sa direction mais le manqua de justesse.
Job : D’où il sort celui-là ? Je croyais que le poisson avait neutralisé le Stand !
L’oiseau se posa à quelques mètres d’eux en accrochant ses serres à la peau de ses congénères allongés au sol. Il toisait les trois proies avec son regard froid de prédateur dans lequel on semblait identifier un mépris et une invitation au défi tout à fait humains.
Shizuka : Il a conservé un peu de sa vision grâce à lui. Les aigles…ce sont les seuls animaux qui peuvent regarder le Soleil en face.