Au loin, un tumulte de pas lourds et de voix familières s'élève soudain des décombres fumants. Une silhouette massive flanquée d’un appendice capillaire proéminent en forme de banane progresse vers eux, flanquée d'une femme à la tenue pour le moins vaporeuse, suivis de près par le binôme iconique de la colonie de Sendai. Ye-ji repère immédiatement le groupe hétéroclite qui converge à travers les ruines ensoleillées.
— … Attendez une seconde, plisse les yeux Yuji en se protégeant le front de la main. C’est tout le casting secondaire du tournoi qui débarque ou quoi ?
Ryu Ishigori s'avance le premier, son éternel sourire de carnassier aux lèvres, flanqué de Takako Uro qui flotte à quelques centimètres du sol, enveloppée dans ses distorsions spatiales en guise de vêtements. Kinji Hakari ferme la marche, les cheveux hirsutes, les mains enfoncées profondément dans ses poches comme s'il s'extrayait tranquillement d'un tripot clandestin, tandis que Kirara pousse un long soupir las à la vue de l'escouade traumatisée.
— LE DLC ET LES PERSONNAGES BONUS DU JEU SONT ENFIN DISPONIBLES EN BOUTIQUE !!!, hurle Takaba en faisant une roue arrière.
— J’avais presque oublié à quel point ce tournoi infernal avait attiré des profils excentriques et ingérables, note Maki, la main sur le pommeau de son arme.
Ryu se campe fièrement devant Yuta, visiblement ravi d'être encore de ce monde après les affrontements dantesques de Sendai.
— Okkotsu ! Alors, les rumeurs disent vrai ? T'as véritablement tranché la gorge de ce foutu moine à cerveau sans nous attendre ?
— … Oui, c'est fait. C'est bel et bien terminé, confirme Yuta, un peu modeste et intimidé par la carrure d'Ishigori.
L'homme à la banane éclate d'un rire tonitruant qui fait sursauter les quelques corbeaux rescapés.
— MAGNIFIQUE ! LE DESSERT ÉTAIT À LA HAUTEUR DU MENU !
Uro, quant à elle, inspecte les environs avec une méfiance viscérale et millénaire. Ses yeux oscillant nerveusement entre la présence écrasante de Satoru Gojo et la grimace muette de Sukuna qui s'agite toujours sur la joue d'Itadori. Un long silence lourd s'étire dans la rue.
— … Qu’est-ce qui s’est passé ici au juste pendant notre absence ?, demande la chasseresse du ciel d'une voix méfiante. Le flux d'énergie maudite de la ville est complètement sens dessus dessous.
Hakari rejoint le cercle à son tour, inspectant méthodiquement les ruines de la colonie : le Roi des Fléaux réduit à un mème muet sur un adolescent, Gojo couvert de poussière mais parfaitement intact, et Megumi toujours fermement lié à Ye-ji par les mains. Il souffle bruyamment par le nez, dépité :
— … J’ai raté UNE seule heure de jeu. Une seule.
— Apparemment, les gamins ont bouclé l’apocalypse et sauvé le monde sans nous, résume Kirara d'un ton blasé en ajustant ses mèches.
Le parieur remarque enfin Kashimo, assis un peu plus loin sur un bloc de béton, la tête basse dans une détresse existentielle des plus totales.
— … Attendez. Pourquoi le vieux Dieu de la Foudre a-t-il l’air d’avoir perdu un combat à mort contre une boîte de nuit des années 80 ?
Takaba s'effondre littéralement au sol, frappant le bitume, terrassé par son propre fou rire :
— LES ROLLERS DISCO !!! LA PUISSANCE DU FUNK A FRAPPÉ SANS PRÉVENIR !!!
Kashimo crache une ultime étincelle de fureur électrique vers l'humoriste, tandis que sur la joue de Yuji, Sukuna semble juger la médiocrité absolue de la situation et de ses contemporains dans un silence lourd de dégoût. 😡
— Tu as vu, Hakari ?, glisse Ye-ji avec un sourire en coin. Sensei a autant de muscles que toi maintenant. Le mimétisme est frappant.
Le boss du club de combat clandestin fixe Gojo pendant trois secondes interminables, les yeux plissés pour analyser la carrure du professeur, avant de lâcher un rire si puissant et viscéral qu'il en perd presque l'équilibre, manquant de trébucher sur un débris de carrelage.
— MAIS OUI ! C'EST TOTALEMENT ÇA ! Sensei, t’as suivi une cure de bodybuilding intensive et un régime hyperprotéiné en cellule d'isolement dans ta boîte magique ou quoi ?!
Gojo se redresse fièrement, feignant une dignité profondément bafouée par ses propres élèves.
— C’est ce qu’on appelle, dans le milieu de l'élite, une évolution esthétique et morphologique rigoureuse. C'est le raffinement moderne.
— Non, pas du tout, coupe Ye-ji avec un air profondément blasé.
— Non plus, n'insiste pas Satoru, c'est raté, appuie Kirara en l'observant de haut en bas en grimaçant.
— SANS RIRE, ON DIRAIT COMPLÈTEMENT QU’IL A FUSIONNÉ AVEC TOJI FUSHIGURO !, s'esclaffe Yuji, plié en deux.
Un silence de plomb, soudain et glacial, s'abat instantanément sur l'assemblée, coupant net les rires. Megumi pivote lentement le visage vers son ami, l'œil noir et les traits figés par une menace à peine voilée :
— Itadori. Je vais te demander, pour le bien de notre amitié, de ne plus jamais prononcer cette phrase ou ce nom de toute ta vie.
Gojo lui-même accuse un léger arrêt système, le sourire figé à l'évocation de son ancien bourreau de jeunesse.
— … Je déteste du plus profond de mon âme la pertinence visuelle de cette analogie, murmure le possesseur des Six Yeux.
— LE TWINK REPRÉSENTANT DES SÉRIES SHÔNEN EST DEVENU UN DARON BODYBUILDÉ DE SALLE DE SPORT !!!, improvise Takaba en simulant des poses de culturisme.
Kashimo, toujours assis sur son bloc de béton, passe son regard fatigué de Gojo à Hakari, le visage très sérieux.
— … C’est vrai qu’ils partagent désormais exactement le même physique de bagarreur stupide et de videur de boîte de nuit.
Hakari bombe fièrement le torse, absolument ravi de ce qu'il prend pour un compliment de la plus haute valeur.
— OOOOH, SENSEI ! ON EST OFFICIELLEMENT FRÈRES DE GYM ET PARTENAIRES DE SQUAT !
— Enfin quelqu’un dans cette nouvelle génération qui sait respecter à sa juste valeur la discipline athlétique et le travail des deltoïdes, savoure Gojo, ravi d'avoir trouvé un allié.
— Je vais sincèrement vomir sur ce bitume si cette discussion continue, tranche Maki, parfaitement blasée.
Yuta se penche alors discrètement et glisse à l'oreille de Ye-ji, d'un ton feutré et un brin inquiet :
— … Je crois que l’absence totale de supervision adulte pendant ces dernières semaines a définitivement et irrémédiablement oblitéré la santé mentale résiduelle de cette équipe.
Le constat d'Okkotsu s'avère d'une justesse implacable, alors que la bouche de Sukuna tire une énième moue de dégoût muet sur la joue de Yuji, visiblement outrée de partager la peau d'un adolescent entouré de spécimens aussi excentriques.
— Todo est quand même beaucoup plus imposant dans le genre, glisse Ye-ji sur un ton provocateur en observant les musclés.
Hakari se retourne vers elle, feignant un air profondément offensé, la main sur le cœur, avant de soupirer en relâchant ses épaules :
— … Bon. C’est vrai. On ne boxe pas dans la même catégorie de poids.
Yuji approuve avec un sérieux olympique, hochant vigoureusement la tête :
— Todo ne relève plus du tout du culturisme à ce stade de l'évolution. C’est carrément une anomalie géologique humaine !
— CE TYPE A DES MUSCLES QUI ONT LEURS PROPRES MUSCLES ET LEURS PROPRES COMPTES BANCAIRES !, renchérit Takaba.
— Il est vrai que Todo Aoi évolue historiquement dans une catégorie anatomique et psychologique singulière, admet Gojo, les bras croisés, nullement vexé.
— J’ai sincèrement cru qu’il recourait à une technique de renforcement maudit de type permanent la première fois que mes yeux se sont posés sur lui, grogne Kashimo, s'enfonçant sur son bloc de béton.
— Non, pas du tout, rectifie Maki. Il est simplement bâti naturellement comme une arme de siège médiévale.
Yuji se lance aussitôt, sans crier gare, dans une imitation vibrante et survoltée de son aîné, les bras grands ouverts vers le ciel et la voix poussée dans les aigus :
— MON FRÈÈÈÈÈRE !!!
Choso pivote instantanément la tête vers lui, l'œil hagard et le cœur battant, prêt à bondir.
— … Tu m’appelais, mon précieux petit frère ?
— NON, PAS TOI ! L’AUTRE FRÈRE DE L'ÉCOLE DE KYOTO !, panique Itadori en agitant les mains pour calmer ses ardeurs.
L'escouade éclate de rire, Megumi lui-même cédant enfin à l'hilarité ambiante qui balaye la noirceur des derniers jours. Gojo s'accorde un sourire pincé, jetant un regard amusé à la Coréenne :
— Franchement… Entre Todo, Hakari et moi… Vous entretenez un sérieux problème psychologique avec les hommes à la musculature absurde et démesurée dans cette équipe.
— Et pourtant, Toji reste bien pire que vous trois réunis, balance froidement Maki.
Le silence de plomb retombe instantanément sur la chaussée. Megumi lève une main lasse, les yeux fermés :
— … Je demande officiellement et pour la dernière fois qu’on cesse définitivement de corréler notre entourage à cet individu.
— MY BESTO FRIENNDOOO !!!, retentit alors un hurlement d'anthologie qui déchire l'air matinal.
Aoi Todo déboule en trombe de derrière un pan de mur écroulé, sa présence physique saturant immédiatement l'espace.
— Quand on parle du loup…, sourit Ye-ji avant de dévisager le nouveau venu avec attention. Tu arrives à gérer la situation avec une main en moins, Aoi ?
Le titan de Kyoto se tourne vers la jeune fille avec une intensité dramatique confinant au sublime artistique. Il avait rallié la zone de combat sans que personne, pas même les Six Yeux de Gojo, ne remarque sa progression au milieu du chaos architectural de Shinjuku. Sa carrure est toujours aussi monumentale, ses pectoraux massifs bombés, mais ses bras croisés révèlent sa manche gauche coupée et désespérément vide.
— TODO-SENPAI ?!, s'exclame Yuji, les larmes aux yeux.
Todo plaque sa seule main valide sur son pectoral gauche avec une noblesse toute chevaleresque, ignorant les ruines.
— MON FRÈRE ! LA DESTINÉE NOUS RASSEMBLE À NOUVEAU !
Choso affiche instantanément une moue de profonde déception fraternelle, jaloux de ce nouveau rival.
— … Un frère imaginaire...
Le colosse adresse un sourire radieux et étincelant à la Coréenne :
— Une seule main s'avère amplement suffisante pour terrasser le destin… lorsque l’âme et l'amour pour Takada-chan demeurent parfaitement intègres !
— OOOOOOH, IL S’EXPRIME COMME UN MOINE SHAOLIN CULTURISTE ET PHILOSOPHE !, s'eustasie Takaba, totalement conquis par le personnage.
— Il a toujours tenu ce genre de discours complètement perchés, soupire Maki en haussant les épaules.
Todo lève son unique paume vers le ciel bleu de Tokyo :
— Certes… Boogie Woogie a subi des altérations irréversibles après mon combat contre Mahito. Un court silence solennel s'installe. Mais je demeure à jamais Aoi Todo. Rien ne peut briser mon rythme !
Yuji en a presque les larmes aux yeux. Au fond, Todo incarne cette rare catégorie d'exorcistes dont la valeur et la volonté ne sont jamais dictées par les pertes matérielles ou physiques, avançant toujours avec une assurance inébranlable. Le colosse pointe alors son index massif vers son cadet.
— Et toi, mon frère. Je vois à ton aura que tu as encore grandi dans l'adversité !
Sur la joue de Yuji, la bouche de Sukuna se dessine subitement, affichant sa moue habituelle de dédain absolu. Elle s'agite frénétiquement en silence, incapable de proférer la moindre insulte envers ce spécimen. 😒
Todo s'arrête net et la scrute de longues secondes avec un sourcil levé.
— … Dites-moi. …Pourquoi le démon ressemble-t-il désormais à une réaction d’application de messagerie ?
La réplique achève définitivement les derniers bastions de sérieux du groupe de survivants. Rester de marbre face à une description aussi cruellement exacte relève désormais de l'impossible, et les rires fusent de plus belle au milieu du champ de bataille libéré.
Puis Ye-ji éclate d’un rire franc, une occurrence si rare et si précieuse chez elle que le temps semble suspendre son vol. Le gloussement se fait de plus en plus sonore, cristallin, balayant les derniers vestiges de la poussière de Shinjuku. L'assistance s'immobilise une fraction de seconde, presque surprise. Au vu des épreuves indicibles qu'ils ont traversées ; les sacrifices, la peur constante, les barrières étouffantes du jeu… , l'entendre rire ainsi, de bon cœur, revêt un caractère hautement thérapeutique.
Megumi tourne immédiatement ses yeux sombres vers elle, ses propres traits rigides se détendant à vue d'œil. Ce n'est pas un changement spectaculaire ou théâtral, juste cette expression d'une douceur infinie qu'il s'efforce toujours de dissimuler aux yeux du monde, mais qui transparaît dès qu'il la regarde. Sa main, toujours verrouillée dans la sienne, resserre imperceptiblement sa prise.
Yuji repère le manège au quart de tour, un sourire en coin résolument taquin aux lèvres. Il hausse les sourcils de haut en bas avec une insistance flagrante.
— Oooooh. Regardez-moi ça. Il y en a un qui ne perd pas de temps pour retrouver le sourire.
— Ne commence pas, Itadori, ou je t'assure que je t'envoie mon chien pour de vrai, le coupe immédiatement Fushiguro, fidèle à lui-même, bien qu'une légère pointe de rose sur ses pommettes trahisse son embarras.
Maki sourit à son tour, adossée à un pan de mur, observant le jeune couple avec une bienveillance rare. L'atmosphère s'est définitivement dépouillée du poids de la survie brute, de la terreur du sang versé, pour enfin recouvrer une dimension purement humaine, imparfaite et chaleureuse. Todo bombe le torse face à cette réaction, les yeux brillants, fier du chaos joyeux qu'il vient de provoquer.
— EXCELLENT ! LE RIRE DE CETTE JEUNE FILLE EST LA PREUVE INDISCUTABLE D'UNE ÂME QUI REFUSE DE SE BRISER FACE À L'ADVERSITÉ ! C'EST ÇA, L'ESSENCE DES EXORCISTES !
— ATTENDEZ UNE SECONDE ! IL M’A LITTÉRALEMENT VOLÉ MA RÉPLIQUE DE PERSONNAGE SECONDAIRE PROFOND ET CHARISMATIQUE ! C'EST DU PLAGIAT ÉDITORIAL !, se lamente Takaba, feignant de s'effondrer de désespoir théâtral.
— Je déteste profondément le fait que, malgré l'emphase ridicule, cela sonne étonnamment juste d'un point de vue psychologique, concède Higuruma d'une voix traînante.
Yuji cède à nouveau à l'hilarité générale, flanqué du sourire fier et discret de Yuta et du rictus carnassier de Hakari, qui passe un bras lourd autour des épaules de Kirara. Même Kashimo, toujours assis sur son débris de béton, expire un coup sec par le nez, vaincu à son tour par l'absurdité totale de la scène et renonçant définitivement à sa fureur millénaire.
Sur la joue de Yuji, la bouche de Sukuna tire sa moue la plus noire, s'agitant une dernière fois dans un mutisme total, ignorée de tous, tel un mème obsolète au fond d'un écran. 😒
Durant quelques instants magiques, au milieu des ruines fumantes de la capitale, des pertes accumulées qui pèseront plus tard et du dénouement d'une guerre insensée, ils cessent d'être des armes de guerre, des outils du destin ou des monstres de puissance. Ils redeviennent, simplement et magnifiquement, des vivants.
— Sensei…, intervient Ye-ji en avisant l'assemblée hétéroclite et grandissante. Vous pouvez nous déposer directement à Tokyo Jujutsu Tech ? On commence à être beaucoup trop nombreux et visibles ici, au milieu de la chaussée.
Gojo passe lentement le groupe en revue. Ses Six Yeux s'attardent successivement sur Yuji, Choso, Todo, Maki, Yuta, Hakari, Kirara, Kashimo, Takaba, Higuruma, Uro, Ryu, Megumi, la jeune Coréenne, sans oublier la silhouette titanesque de Rika qui s'affaire toujours à soulever des dalles de béton de plusieurs tonnes en arrière-plan. Un long silence dramatique s'étire.
— … Vous êtes effectivement beaucoup trop nombreux. On dirait un début de manifestation syndicale.
— NOUS SOMMES UNE ASSOCIATION À BUT NON LUCRATIF DE TRAUMATISÉS MORALEMENT ARMÉS !, lève fièrement la main l'humoriste.
— C'est juridiquement la pire description légale imaginable pour notre sécurité, grince le juriste en se pinçant l'arête du nez.
Gojo pousse un soupir théâtral et fait craquer ses vertèbres cervicales d'un coup sec. Instantanément, une quantité astronomique d'énergie maudite se met à saturer l'espace environnant dans une vibration sourde et caractéristique. Le groupe comprend immédiatement la manœuvre : voir le plus fort du monde s'improviser chauffeur de bus pour une quinzaine de personnes a de quoi susciter une légitime appréhension.
— Sensei, attendez une seconde…, se tend Yuji, reculant d'un pas. Vous n'allez tout de même pas nous téléporter tous en même temps ?! C'est hyper dangereux !
Gojo affiche un sourire étincelant, beaucoup trop large et confiant pour être honnête.
— Pourquoi pas ? Après tout, plus on est de fous, plus l'espace-temps est malléable !
— Cette phrase précise précède systématiquement un désastre logistique ou une nausée carabinée, grimace Maki en ancrant ses pieds dans le sol.
Le mentor joint ses mains en un sceau fluide. Aussitôt, les contours de la réalité se mettent à onduler et à se tordre autour des exorcistes comme un mirage de chaleur. Kashimo observe le processus avec une méfiance viscérale, tandis que Todo s'exclame, les muscles saillants :
— MAGNIFIQUE ! LE TRANSPORT PAR DISTORSION SPATIALE DE CLASSE SATORU GOJO EST UNE EXPÉRIENCE INTENSE ET PURGATIVE !
— Je ne saisis même plus le sens grammatical de tes phrases depuis qu'on est sortis des colonies, soupire Hakari en haussant les épaules.
Gojo jette un regard circulaire amusé sur sa troupe de marginaux, s'arrêtant pile sur le comédien.
— Accrochez-vous bien à vos ceintures imaginaires. Et Takaba…
L'humoriste redresse la tête, l'œil vif.
— Oui, Sensei ? À vos ordres !
— Tu n’imagines absolument RIEN de drôle ou de loufoque durant la phase de transfert. Compris ?
Un silence de plomb et une gravité absolue retombent sur les épaules de l'humoriste.
— … C’est beaucoup trop de pression psychologique et de censure artistique pour un seul homme, couine-t-il, les yeux larmoyants.
C'est précisément à cet instant de tension extrême, juste avant que l'infini ne se replie, que la veste d'uniforme de Megumi, que Takaba avait empruntée pour couvrir sa nudité théâtrale ; glisse mollement de ses épaules. Dans un bruissement de tissu, le vêtement s'effondre au sol, révélant à nouveau le comédien à moitié à poil au milieu du Conseil de guerre, vêtu de son unique et asymétrique costume qui ne cache qu'un flanc de son anatomie.
— AH ! LE RETOUR DU DESIGN ORIGINAL !, s'égosille Takaba, absolument ravi de retrouver sa liberté de mouvement.
— MAIS REMETS TES FRINGUES !, hurle Yuji en se cachant les yeux à moitié.
— Mes yeux…, grince Higuruma, détournant le regard vers les décombres avec une profonde lassitude professionnelle.
— Quel spectacle affligeant pour clore une guerre, soupire Maki en frappant le sol du manche de sa lance.
Megumi, quant à lui, fixe sa propre veste souillée sur le bitume avec une lueur de pure léthargie criminelle dans les yeux :
— Je vais te tuer, Takaba. C'est une promesse.
Gojo éclate d'un rire dément et, dans un flash aveuglant de lumière azurée, l'espace se courbe brutalement sous l'effet de l'Aka et de l'Ao combinés. Le groupe entier disparaît des ruines de Shinjuku dans un sifflement strident, scellant la fin définitive du Culling Game pour réintégrer, dans un grand fracas de corps qui s'entrechoquent, les terres protectrices et boisées de Tokyo Jujutsu Tech.
A suivre...