Lights in the Darkness I : The Witch par

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Continuation / Fantasy / Aventure

22 L'Empire de la Poussière d'Étoile (Sora)

Catégorie: G , 9201 mots
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Lorsque j'ai ouvert les yeux, je n'ai d’abord vu que le ciel. Il était d'un azur pur sans aucun nuage. Si beau qu'il me rappelait celui de mon Île. Pendant une seconde, j'ai eu l’impression d’être à la maison... Jusqu’à ce que : 

- Pourquoi est-ce qu'il faut à chaque fois que je m'évanouisse ?! 

C’était la voix de Thomas. Puis, j'ai entendu d’autres gémissements. Mes amis allaient bien ! Pourtant… Quelque chose clochait. J'ai tenté de me redresser mais tout mon corps me faisait mal. J'avais la sensation que la totalité de mes muscles étaient en feu. Non sans efforts, je suis parvenu à me mettre debout. J'ai regardé autour de moi. Et je me suis mis à sourire. À mes côtés, Yuki, Thomas, Lea et Dingo gisaient au sol. Amochés, mais bien vivants. J’étais sur le point de me tourner vers Riku pour lui dire que notre sort avait fonctionné lorsque je me suis me rendu compte de ce qui n'allait pas. Mon sang s'est glacé dans mes veines. 

- Où sont les autres ? a demandé Lea en regardant autour de lui.

C’était ça le problème. Les seules personnes que je voyais à cet instant étaient Lea, Yuki, Thomas et Dingo. Était-ce le plan de Maléfique depuis le début ? Thomas et Yuki ont paru prendre conscience de ce qu'il se passait. Thomas a donné un coup rageur au sol.

- C’est pas vrai ! Saleté de monstre !

Sa voix était pleine de colère, mais il y avait aussi – surtout – de la tristesse. Il avait de nouveau été séparé de ses amis. Je le comprenais. Dingo aussi n’avait pas l'air bien : il regardait le sol d'un air triste et ses oreilles étaient baissées. Ce qui était rare chez lui. Lea, quant à lui, ne semblait pas spécialement affecté. Peut-être était-ce parce que Roxas n’était pas loin. La personne dont l’état m’inquiétait le plus, c’était Yuki. Elle était figée, tremblant de tous ses membres. Ses yeux fixaient le vide, écarquillés. Le seul son qui sortait de sa bouche dans un murmure était : 

- Araen… Araen… Araen…

J'ai tenté de m'approcher d'elle mais Lea m'a lancé un regard d'avertissement. Malgré tout, j’ai continué à avancer. Lorsque je suis arrivé à quasiment un mètre d'elle, elle a brusquement tourné la tête vers moi et fait apparaître sa Keyblade en la pointant dans ma direction. Elle avait le regard rempli d'une colère noire, comme celui des animaux en danger. Aussitôt, Lea s'est placé devant moi, ses chakrams à la main. 

- N'y pense même pas, a-t-il averti. 

- C'est bon, Lea. 

J'ai écarté Lea et levé les bras, pour lui dire que j’étais inoffensif. Yuki n'a pas baissé son arme pour autant.

- Écoute, ai-je tenté tout en avançant doucement, je sais ce que tu ressens…

Ce n'est qu’après que j'ai compris que je n'aurais pas dû dire ça. Soudain, elle a sorti sa gourde de nulle part et a versé de l'eau sur sa Keyblade. Ensuite, elle m'a lancé l'eau. Dans les airs, cette dernière s’est congelé et a pris la forme de plusieurs pics de glace aiguisés. Chaîne Royale s'est matérialisée d’elle-même dans mes mains et j'ai été assez rapide pour tailler en pièces chacun des pics avant qu'ils ne touchent qui que ce soit. Ce n'est qu'une fois ces derniers détruits que j'ai remarqué le dôme de givre qui s’était formé tout autour de Lea, Dingo, Thomas et moi. J'ai ensuite tenté de le détruire d'un coup de Keyblade mais ça n'a pas suffi. 

Je suis loin d’avoir retrouvé la totalité de mes forces, ai-je pensé. 

J'ai regardé mes trois amis, tous blessés et fatigués. Aucun d’entre eux n'avait assez d’énergie pour un sort de soin. J’ai tendu le bras et l’Élixir est apparu.

- J'ai encore l'Élixir de Maxwell, ai-je déclaré. Il me reste plus qu’à savoir à qui…

- Pas la peine, m'a interrompu Lea.

- Essayons d'unir nos forces pour sortir d'ici, a renchéri Dingo.

- Puis on verra, a ajouté Thomas.

Je les ai regardés. J’étais sidéré de voir à quelle vitesse ils s’étaient ressaisis. J'ai hoché la tête.

- Alors, à mon signal, ai-je dit.

Lea a fait embraser ses chakrams et Dingo a brandi son bouclier. Thomas lui, a fermé les yeux quelques instants tandis qu'une énergie noire commençait à émaner de lui peu à peu et que son bras droit se transformait. Lentement, sa peau a noirci jusqu’à devenir aussi sombre que l’ébène pendant que son bras de craquelait et se durcissait, faisant penser à de la roche. Le symbole des Sans-Cœurs – un sigle qui faisait en penser à un cœur aux extrémités rouges et noir à l'intérieur – est apparu sur son bras. Lorsqu'il a ouvert les yeux, ceux-ci étaient devenus dorés et sa Keyblade était devenue complètement noire. Son regard a croisé le mien. 

- Quand tu veux, m'a-t-il dit.

J'ai hoché la tête avant de me tourner vers la glace : 

- Maintenant ! 

Le dôme a volé en éclats puis chacun a essayé de retrouver des forces. Je me suis tourné à nouveau vers Thomas. Son bras étrange avait disparu.

Pour être honnête, je m’inquiétais de cette « forme ». Thomas n’avait clairement pas l’air d’être lui-même quand il utilisait ce pouvoir. Le symbole des Sans-Cœurs, son bras transformé, sa Keyblade qui change carrément de couleurs mais surtout… Ces yeux d'or. Tout était étrange. D'où lui venait tout ça ? La seule personne (ou les seules personnes dans son cas) chez qui j'avais vu la plupart de ces signes, c’était Xehanort. Y avait-il un lien entre eux ? J’ai pensé à ce que le Roi nous avait dit à Riku et à moi avant notre départ… Et j'ai rapidement chassé cette pensée de mon esprit. 

Ce n’est pas le moment. Thomas va pouvoir gérer. Il ne se fera pas envahir par ce pouvoir. 

J’avais beau me dire ça, je dois avouer que j’ai été soulagé lorsque ses yeux ont retrouvé leur teinte bleu ciel. L’ennui, c’était qu'il avait l'air encore plus épuisé qu'avant. Ce n’était pas le seul. Dingo, Lea et moi-même avions de plus en plus de mal à nous tenir sur nos jambes. Nos forces nous quittaient de plus en plus. Je me suis forcé à rester stoïque et j'ai cherché Yuki du regard.

- On dirait qu'elle a filé, a dit Thomas après avoir jeté un œil autour de nous.

Il avait raison. Je ne la voyais nulle part. 

- Allons la chercher.

Dingo et Lea ont acquiescé avant de commencer à me rejoindre… Thomas, lui, est resté immobile. Je l'ai regardé. 

- Qu'est-ce qu'il y a ? lui ai-je demandé.

Il a pris un moment pour répondre. 

- Et si… On la laissait ? 

Il avait articulé chacun de ses mots lentement. Comme s'il avait du mal à croire lui-même ce qu'il était en train de dire. 

- Je veux dire, a-t-il ajouté. Vu comment Yuki se comporte, elle n'a pas l'air de vouloir rester avec nous. Sans compter qu'elle a quand même essayé de nous tuer, quoi.

Je me suis approché de lui.

- Thomas… Elle a dû être seule avec Araen durant des années. Et d'un coup, elle de retrouve avec des gens qu'elle vient juste de rencontrer et est séparée de lui. Ça doit être dur pour elle.

Je ne savais pas d'où me venait tout ça mais j'avais l'intuition que j'avais raison. Riku m'a souvent dit que j'avais un certain talent pour comprendre les gens. 

Thomas a paru réfléchir.

- N’empêche… Ce n’est pas une raison pour essayer d'assassiner des gens avec des pics de glace !

J'ai haussé les épaules. 

- Elle doit juste être un peu chamboulée. 

Il m'a regardé d'une façon étrange avant de soupirer.

- Tu ne changeras pas d'avis, hein ?

- Non ! lui ai-je dit en souriant. Allons-y. 

J'ai regardé autour de nous. Nous étions dans une vaste plaine sans aucun arbre, juste de la verdure sous nos pieds. De temps en temps, un oiseau d'or se posait devant nous, nous regardait avant de repartir à tire d’ailes avec une étrange traînée étincelante derrière lui. 

Nous marchions depuis un long moment déjà lorsque Dingo a pointé du doigt devant nous d'un air ravi.

- Civilisation en vue ! 

Effectivement, à quelques centaines de mètres de nous, on arrivait à distinguer quelques maisons en bois et des silhouettes humaines. 

- On va pouvoir récolter des informations sur ce monde, s'est enthousiasmé Lea. 

- Et peut-être trouver un moyen de partir d’ici, a ajouté Thomas. 

En nous approchant, j'ai cru distinguer un attroupement. 

- Ça commence à faire beaucoup d'oiseaux que l'on croise, a déclaré Lea.

De temps en temps, des oiseaux d'or continuaient à nous observer avant de s'envoler. Je trouvais ça assez bizarre, mais je n'y ai pas fait plus attention. Lorsque nous sommes arrivés à la ville, je me suis rendu compte que j’avais raison : beaucoup d'habitants se rassemblaient autour de quelque chose. Ils poussaient des cris horrifiés accompagnés de « Qui a donc pu faire ça ? » ou de « Nous allons avoir des ennuis. ». Curieux, je me suis frayé un chemin parmi eux pour finalement savoir ce qui les intéressait tous. Au milieu d'entre eux, il y avait un homme en armure équipé d’un trident d'or et d'un bouclier. Le problème, c’était que cet homme était congelé. 

- On sait qu'elle n'est pas loin maintenant, a dit Lea. 

Une des habitantes nous a remarqué. Il s'agissait d'une femme d’une quarantaine d’années environ aux cheveux bruns et aux yeux verts. Elle était accompagnée d’un petit garçon qui était indéniablement son fils à en juger par la ressemblance. En nous voyant, elle a regardé autour d’elle puis elle nous a fait signe de la suivre avant de s’éloigner du groupe. Un peu plus loin, elle nous a dit :

- Vous, vous n’êtes pas d'ici.

J’étais sur le point de répondre lorsqu'elle m'a arrêté d'un geste. 

- J'ai vu passer une fille en pleurs tout à l'heure. Un garde a essayé de l’arrêter mais…

- Laissez-moi deviner, a dit Thomas. Il s'est fait transformer en esquimau ? 

- Euh… Oui, a dit la femme avec un sourire au visage.

- Vous savez par où elle est allée ? lui ai-je demandé. 

Le petit garçon a montré du doigt une ruelle qui donnait vers l’orée d'une forêt.

- Elle n’est pas méchante, a-t-il dit. Elle est juste triste votre amie.

- « Amie » est un bien grand mot, a marmonné Thomas.

- Merci pour vos indications, ai-je dit. (Je me suis tourné vers le groupe.) Allons-y. 


Nous n’étions même pas sortis de la ruelle que nous parvenions déjà à entendre les sanglots. En avançant un peu, j'ai pu voir Yuki, assise contre un mur et la tête enfouie dans ces mains. La voir comme ça me faisait mal. Je ne savais pas à quel point elle souffrait, mais je voulais faire tout mon possible pour lui venir en aide. J'ai décidé de m'approcher.

- Yuki… 

- Vous là-bas ! 

Des hommes en armure comme celui qu’on avait vu un peu plus tôt ont commencé à nous encercler, trident d'or à la main. 

- Plus un geste !

- Qu'est-ce que vous nous voulez ? a demandé Lea. 

- Nous savons que l'un d’entre vous a attaqué un des nôtres en le gelant, a répondu un des hommes. D’après les habitants que nous avons interrogés, il s'agissait d'une étrangère. Et… (il a regardé chacun d’entre nous de la tête aux pieds) vous non plus vous n’êtes pas d'ici. 

- Vous devez sûrement connaître cette criminelle, a ajouté un autre en désignant Yuki de la tête. 

- Nous devons nous occuper de son cas, a dit un troisième. Mais vous, si vous repartez, il ne vous sera fait aucun mal. 

J'ai regardé Yuki. 

- Pas question, ai-je répondu. Nous repartirons avec elle. C’est notre amie. 

Sur ces mots, Chaîne Royale est apparue dans mes mains et je me suis mis en garde. Je n’étais pas en état de me battre à cent pour cent, mais il était hors de question d'abandonner Yuki. 

Lea s'est placé à mes côtés, un chakram dans chaque main. 

- Tu ne penses quand même pas que je vais te laisser te mettre dans les ennuis tout seul ? 

- Un pour tous et tous pour un, Sora ! Ahyuk ! a ajouté Dingo en brandissant son bouclier.

- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu ne changeras pas d'avis ? a soupiré Thomas en se mettant en garde lui aussi. 

J'ai souri. C’était bon de les avoir avec moi. D'accord, nous n’étions pas en pleine forme, mais face à nous, nos adversaires n'avaient aucune chance ! 

- Nous vous aurons prévenu, a dit un des hommes. En formation ! 

Honnêtement, je m’attendais à pire. Nos ennemis maniaient leur arme avec une certaine facilité, c'est vrai, mais leurs coups m'apparaissaient lent. Je n’ai pas eu de mal à les parer et à contre-attaquer. À mes côtés, Lea étaient une véritable furie. Il évitait chacun des assauts avec une vitesse incroyable avant d'attaquer à son tour avec ses chakrams embrasés. Personne n'aurait pu douter un seul instant qu'il n’était pas au meilleur de sa forme. Thomas, par contre, avait plus de mal. Il était confronté à trois de nos ennemis. Ces derniers ont eu l'air d'avoir compris qu'il était le moins expérimenté d'entre nous car ils l’attaquaient avec plus d'acharnement. Notre ami avait du mal à tous les gérer en même temps et son état s'aggravait. Lorsque les hommes l’attaquaient, il parait avec difficulté. Au bout d'un moment, il n'a pas eu assez de force et l'un des assauts l'a propulsé au sol. J’étais sur le point d'aller l'aider mais Dingo a été plus rapide. En un éclair, il s'est placé devant Thomas et l'a protégé avec son bouclier. Puis, il a tournoyé sur lui-même comme une toupie et a envoyé valser ces adversaires. 

- Bien joué, Dingo ! L’ai-je félicité.

- Sora ! m'a averti Lea.

Je me suis retourné juste à temps pour voir l'un de nos assaillants brandir son trident à quelques centimètres de ma poitrine. J'ai fermé les yeux… Mais je n'ai rien senti. Lorsque je les ai rouverts, j'ai vu que le garde devant moi était pris dans un bloc de glace.

- Ne te déconcentre pas, a dit une voix féminine.

À mes côtés, Yuki brandissait sa Keyblade d'un blanc glacier d'une main et sa gourde de l’autre. Elle avait encore les yeux rouges d’avoir pleuré mais s’efforçait de garder un visage impassible. Ça m'a fait plaisir de la voir se battre avec nous. 

- Content de te voir à nos côtés, lui ai-je dit en souriant. 

Yuki a réajusté ses lunettes.

- Ne vous méprenez pas, a-t-elle dit. Ce n’est que temporaire. 

- Ben voyons, a grommelé Thomas. 

Yuki lui a lancé un regard noir et l'a ignoré. Puis, elle s’est préparée à attaquer. Néanmoins, j'ai bien vu qu'elle n’était pas au meilleur de sa forme non plus. Elle haletait et transpirait. Pourtant, j'avais beau ne pas la connaître depuis longtemps, je pense qu'elle aurait préféré se rendre aux gardes plutôt qu'admettre qu'elle était épuisée. J'aurais fait pareil. 

Battre les hommes en armure ne fut pas quelque chose de très dur. Le problème était que nos forces diminuaient à mesure que les gardes affluaient. Bientôt, nous n’aurions plus aucune force. Même ma Keyblade commençait à peser lourd dans mes mains. Du coin de l’œil, j'ai aperçu de plus en plus d'oiseaux dorés volant au-dessus de nous. 

- Lea a raison, a dit Thomas. Il y a vraiment un truc avec ces oiseaux !

J'allais répondre lorsqu’un des gardes m'a attaqué. J'ai eu à peine le temps de m'en rendre compte et j'ai esquivé in extremis d'un bond sur le côté… Mais pas assez rapidement. Une des lames du trident d'or de mon adversaire m'a éraflé le bras. J'ai senti ma blessure me brûler et celle-ci avait une étrange couleur violette. La brûlure a commencé dans tout mon bras. Un peu comme si on avait fait couler de l'acier en fusion dans mes veines. 

- Ne vous faites pas toucher par lances, ai-je hurlé à Thomas, Lea, Yuki et Dingo. Elles sont ensorcelées avec Arsenic !

 Thomas a esquivé une attaque de justesse avant d'assener un coup de Keyblade sur le heaume de son adversaire, l’assommant sur le choc. 

- Avec quoi ? a-t-il demandé. 

- Du poison, a répondu Lea avant de mettre un autre adversaire à terre. 

Puis, il m'a lancé un coup d’œil : 

- Ne me dis pas que… 

Je n'ai même pas pu répondre. Mes jambes n'ont plus pu supporter mon poids et je suis tombé à genoux. J'ai regardé autour de moi et vu les gardes qui continuaient à affluer sans fin. Ils étaient à présent une bonne soixantaine autour de nous. 

- C'en est fini de vous, a raillé un des gardes. 

Ma vision se troublait et c’était à peine si j'entendais ce qui se passait autour de moi. Pourtant, j’ai réussi à apercevoir deux silhouettes au niveau de la ruelle par laquelle nous étions venus. 

- Par ici ! 

Thomas et Dingo, voyant mon état, m’ont porté chacun par une épaule tandis que Lea et Yuki nous frayaient un passage. Une fois dans la ruelle, la mère et son fils nous ont fait signe de les suivre :

- Dépêchez-vous ! nous a-t-elle dit.

Je suis parvenu à regarder derrière nous juste à temps pour voir les gardes qui essayaient de pénétrer dans la ruelle. 

- Lea…

Je n'ai même pas pu faire une phrase mais ça n'a pas été nécessaire : il a compris tout de suite. Lea s'est détaché du groupe et a brandi son chakram. Aussitôt, un mur de flammes est apparu, barrant net le passage aux gardes.

- Bien... joué, l'ai-je félicité. 

- Garde tes forces, Sora, m'a dit Lea. Tu en auras besoin. 

Ensuite, pour tous vous dire, je ne me rappelle plus vraiment du chemin que nous avons fait. J'ai juste le vague souvenir d'avoir traversé plusieurs pâtés de maisons à l'aide de passages sombres et étroits. De temps en temps, j'entendais des « Par ici ! » ou encore des « On les a semés ? ». J’étais en colère. Pas contre mes amis, mais contre moi-même. J'avais été idiot de me laisser toucher par nos ennemis. J’ai voulu serrer les poings, mais même ça, j'en étais incapable. 

« On y est presque ! » Ai-je entendu.

Mais à quoi est-ce que je pense ? Dès que j'irai mieux, je protégerai mes amis ! Pour l'instant, je ne peux que leur faire confiance. 

C'est alors que j'ai eu la sensation de m’asseoir sur quelque chose de dur. Ma respiration se faisait de plus en plus saccadée et je ne voyais quasiment plus rien. La sensation de brûlure continuait de se propager dans tout mon corps.

« Vite, Eeal ! Va prendre l'Antidote et les Potions ! »

J'ai entendu des pas précipités, puis quelqu'un a mis quelque chose dans ma main. 

« Ça devrait suffire. 

La chose que je tenais a alors disparu. Aussitôt, j'ai senti le poison en faire de même. On a alors mis quelque chose d'autre dans ma main. Au toucher, je pouvais dire qu'il s'agissait d'un objet en forme d’étoile. 

Une Potion…

Alors, la douleur s'est estompée mais sans totalement disparaître. Ma fatigue aussi s’est atténuée. Je n’étais pas encore à mon maximum, mais j'allais déjà bien mieux. 

Bientôt, une odeur à chatouillé mes narines. J'ai ouvert les yeux et regardé autour de moi. Nous nous trouvions dans une petite maison en bois constituée d’une seule pièce. Réparti dans chacun des coins de la maison, il y avait un lit, une petite cuisine et une petite table. Je me trouvais assis devant cette dernière. Thomas, Dingo et Lea faisaient le guet, l'un posté au niveau de l'unique fenêtre et les autres près de la porte. Lea s'assurait que les rideaux ne laissaient rien voir de l’intérieur tout en jetant de temps en temps à œil dehors. Thomas et Dingo regardaient avec attention les ombres devant la porte en bois, assis en tailleur. Yuki se tenait à l’écart et semblait fixer le vide. 

Le petit garçon nommé Eeal – du moins, j'ai pensé que c’était lui – se tenait devant moi en me regardant attentivement. Je lui ai fait une grimace et il a éclaté de rire.

- Maman ! Je crois qu'il va mieux.

Sa mère, qui s'affairait au coin cuisine, m'a jeté un coup d’œil. Elle m'a rejoint en me regardant de la tête au pied. 

- Comment te sens-tu ? M'a-t-elle demandé. 

- Beaucoup mieux. Merci de m'avoir soigné, madame.

La femme a tourné autour de moi en m’observant, l'air insatisfaite.

- Tu vas mieux, oui, mais tu n'es clairement pas au meilleur de ta forme, a-t-elle dit. Tu trembles encore légèrement des jambes et des mains…

Elle s'est approchée et m’a touché le visage en me scrutant.

- … Tes yeux manquent encore de vivacité. Dans cet état, tu peux te mettre debout mais pour te battre, cela risque d’être un problème à long terme. Tu n'as pas encore récupéré tous tes réflexes. 

J’ai dû avoir l'air surpris car Eeal a ri encore une fois.

- Cette tête ! S'est-il moqué.

- Comment… ? ai-je commencé. 

- Ma mère est guérisseuse, a expliqué Eeal. C’est son travail d'observer et de soigner. 

Sa mère a soupiré.

- J'aimerais bien vous guérir plus que ça, mais je suis à court d'objets de soin. Tout ce qui me restait étaient ces Potions que je vous ai données.

Je me suis senti coupable. 

- Madame, vous n’étiez pas obligé de faire ça ! 

- Bien sûr que si ! C’est mon travail. Et puis… Je ne voulais pas laisser des gens assez courageux pour affronter ces gardes mourir. Mais (Elle a longuement regardé la fenêtre.), ce n'est que partie remise.

Lea a cessé de regarder l'extérieur. 

- Que voulez-vous dire ?

La femme nous a regardé les uns après les autres avant de déclarer :

- J’oubliais que vous n’êtes pas d'ici. Il faut que vous sachiez certaines choses sur cet endroit.

Eeal a regardé les repas qui étaient encore au feu. 

- Euh… Maman ? a-t-il averti. 

La femme a regardé son fils, puis la cuisine : 

- Ah ! Merci, mon poussin. (Elle a reporté son attention sur nous.) Vous devez avoir faim. Mettez-vous donc à table.

Thomas s'est levé.

- Merci mais on ne veut pas vous dér…

- À table.

- Bien, m'dame.

J'aurais voulu faire comme Thomas, mais le regard impitoyable et le ton sans réplique de la mère d'Eeal ne nous donnait pas la possibilité de dire non. Même Yuki s'est assise avec nous.

Quelques minutes plus tard, nous étions servis. Le plat contenait un morceau de viande accompagné d'une sauce noire d'encre et de feuilles bleues. En voyant nos regards interrogateurs, la dame nous a dit :

- La viande, c'est du guenodon, c'est très bon pour les rétablir les réflexes et pour bien se réveiller. La sauce, c'est du lumi, riche en vitamines. Quant aux feuilles bleues, elles proviennent du Ferris. C'est très bon pour apaiser vos douleurs ou ressouder vos os…

Thomas a relevé la tête de son plat.

- Vous avez des feuilles pour ressouder les os ?

La femme a hoché la tête.

- Le Ferris est un arbre commun, ici. Plus il est vieux, meilleures sont ses propriétés curatives. Mangez, maintenant.

Elle n'a pas eu besoin de nous le dire deux fois. J'ai commencé à engloutir ma part. Le goût était extraordinaire : le goût sucré des feuilles et le salé de la viande se mariaient parfaitement. En plus, la sauce était là pour rehausser le tout. Aussitôt, j'ai senti mon corps se revigorer peu à peu. Je n’étais plus engourdi et l’épuisement des précédents combats s'en allait petit à petit. Je m’étais senti comme si j'avais pris une douche chaude après une bonne nuit de sommeil.

- C’est trop bon, madame ! ai-je résumé.

La mère d'Eeal a souri.

- Je t'en prie. Et appelez-moi Minehi.

Quelques minutes plus tard, nos assiettes étaient vides et notre ventre plein.

Minehi nous a regardé tour à tour, l'air satisfaite : 

- Content de voir que ça vous a plus ! 

- Oui ! a acquiescé Dingo en se léchant les babines. C’était succulent, mad… Euh… Minehi.

La mère d'Eeal a eu un sourire bienveillant : 

- Mais, il va vous falloir quelques jours pour retrouver entièrement vos forces. 

Mes amis et moi avons échangés un regard. 

- Euh, il n'y aurait pas un moyen d'aller plus vite ? A demandé Thomas. Je veux dire, nous n’avons peut-être pas tous ce temps devant nous.

Minehi a haussé un sourcil.

- Pourquoi ? 

- Eh bien, c'est compliqué…

Je ne savais pas trop par où commencer ni même jusqu'où je pouvais aller. Il y a une règle d'or que le Roi m'avait dite il y a deux ans : les mondes ne devaient pas connaître l'existence des autres. L'ennui, c’était que vu comment Minehi nous avait aidé, je ne pouvais pas ne rien lui dire.

- Tu peux y aller, m'a encouragé Lea. 

Je lui ai alors tout expliqué. Enfin, presque. Je lui ai dit ce que nous cherchions, je lui ai parlé de nos ennemis et de notre arrivée en catastrophe. À ma grande surprise, elle n'a pas eu l'air surprise pendant que je racontais. 

- Vous n'avez pas l'air étonnée, a remarqué Dingo. 

Minehi a pris un moment pour répondre.

- Disons que c'est… du déjà-vu.

- Du déjà-vu ? A répété Lea. Vous avez déjà rencontré d'autres personnes comme nous ?

- Ce n'est pas important, a-t-elle répondu d'un ton sec.  

Mes amis ont dû aussi comprendre qu’elle n'en dirait pas plus car personne n'a essayé d'en savoir davantage.

J'ai reporté mon attention sur mon assiette pendant que tout le monde restait silencieux. Après un long moment, Minehi a pris la parole.

- Il vaudrait mieux que vous sachiez ce qu'il se passe dans ce monde. 

Tout le monde a reporté son attention sur elle, attentif.

- C'est quoi le truc avec les oiseaux ? a demandé Thomas. 

- Ah. (Minehi a jeté un œil à la fenêtre.) Les Sentinelles. Comme leur nom l'indique, elles sont là pour nous surveiller. 

- Pourquoi ? Et qui ? A demandé Lea.

Minehi a soupiré.

- L'empereur Stellaos.

À ce nom, Eeal a frissonné. En voyant nos regards interrogateurs, Minehi a ajouté : 

- C'est le maître de l’Empire de la Poussière d'Étoile. 

- L’Empire de la Poussière d'Étoile… a répété Lea. C'est donc le monde où l'on se trouve.

- Exact, a acquiescé la mère d'Eeal. Le gouvernement en place n'est pas des plus… clément. 

- Qu'est-ce que vous voulez dire ? A demandé Dingo.

- L'empereur a divisé la population en deux classes : les Cadres et les Fournisseurs. Les Cadres habitent au Palais, au centre de l’Empire. Je n'en connais pas beaucoup, mais j'ai entendu dire qu'il s’agit de proches de l'Empereur ou de gens qu'il a lui-même trié sur le volet. Ils passent leur journée à s’amuser et à manger… Grâce à nous, les Fournisseurs. 

Minehi s'est arrêtée un moment, tremblante de colère. J’étais sur le point de dire quelque chose pour la réconforter, mais elle a continué : 

- Notre travail à nous, le… peuple (Elle a dit « peuple » avec un dégoût prononcé.) est de travailler dans les champs du matin au soir, jusqu’à l’épuisement total. Nous trouvons de quoi nous nourrir par nous-même, mais la majorité de ce que nous trouvons va au Palais de l'Empereur.

Je me suis levé de ma chaise, tremblant de rage. 

- C'est injuste ! 

- C'est vrai ! A renchéri Thomas. Il n'a aucune gêne cet Empereur à la noix ?! 

- Il n'y a rien que nous puissions faire pour vous aider ? A demandé Dingo. 

Lea a fermé les rideaux. 

- C’est gentil de ta part, Dingo, mais est-ce que tu réalises ce que ça implique ? Tu proposes de renverser tout un gouvernement ! 

- Et alors ? ai-je dit.

Lea m'a regardé avec des yeux ronds, mais ce n’était pas mon problème. Comment était-il possible qu'un peuple soit aussi maltraité ?  

Minehi a souri. 

- Merci d'essayer de vouloir nous aider, mais vous devez savoir que l’Empereur n'est pas tout seul. Il a une armée et puis (elle a frissonné), il y a les Quatre Cadres Supérieurs. 

- Qui ça ? a demandé Dingo.

La mère d'Eeal a regardé le sol et inspiré un grand coup en fermant les yeux. Comme si elle essayait de trouver le courage de nous parler.

- Il s'agit de l’élite de l’empire. L'Empereur détient soixante pourcent du pouvoir et le reste est reparti par les Cadres Supérieurs. 

- Vous pouvez nous en dire plus sur eux ? ai-je demandé.

Minehi m'a regardé un instant puis elle a hoché la tête. 

- Comme je vous l'ai dit, ils sont quatre. D'abord, il y a Twice, la numéro quatre. Elle est considérée comme le plus faible des Cadres Supérieurs mais à elle toute seule, elle a réussi à empêcher la totalité d'une révolution du peuple.  

Lea a relevé la tête, la stupeur s'est peinte sur le visage de Dingo et même sur celui de Yuki tandis que Thomas a écarquillé les yeux.

- T… Toute seule ?! a-t-il répété. 

- Oui, a confirmé Minehi en hochant gravement la tête. Elle aurait la capacité de copier les pouvoirs de ses adversaires. Mais ce n’est pas elle la pire. 

Eeal a pressé la main de sa mère. Celle-ci a croisé le regard de son fils avant de hocher la tête.

- Le numéro trois est Bullet, a continué Eeal. Il peut modifier l’énergie ci… Euh, ci…

- Cinétique, a doucement corrigé sa mère.

- C'est ça. Il peut modifier l’énergie cinétique de ce qu'il touche avec ses éclairs rouges. 

J'ai levé un sourcil. 

- Des éclairs rouges ? 

Minehi a confirmé d'un hochement de tête. 

- Vous le connaissez ? nous a-t-elle demandé.

J'ai jeté un coup d’œil à Yuki et Lea, qui paraissaient aussi intrigués que moi.

- Disons, ai-je répondu, que nous connaissons certaines personnes capables d'utiliser des éclairs…

- Mais absolument pas de la même manière, a poursuivi Lea. 

Nos regards se sont croisés et j'ai su que nous pensions la même chose. Araen et Larxene, une des membres de l'Organisation, n’étaient pas les seuls à utiliser des éclairs. En plus, ceux de ce Bullet seraient rouges tandis qu'Araen et Larxene utilisent respectivement des éclairs bleus et jaunes. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

- Et les deux autres ? A demandé Thomas. 

- Le numéro 2 est Magnus, a poursuivi Minehi. Personne ne l'a encore vraiment vu à l’œuvre, ni même à quoi il ressemble. Il cache son visage avec un masque, a-t-elle ajouté en voyant nos regards interrogateurs. 

- Mais… S'il est numéro 2, a dit Lea, c'est qu'il est quand même meilleur que les deux premiers, non ? 

Minehi a hoché la tête. 

- Une fois, un homme a tenté de se rebeller. Il s’est attaqué à Magnus. D'un coup, l'homme s'est retrouvé étendu sur le sol. Magnus n’avait pas bougé. Personne n'a compris ce qu’il s'est passé.

- Ce serait son pouvoir ? ai-je demandé.

Notre hôte a haussé les épaules.

- Je ne sais pas. 

- Ça ne peut être qu'un genre de pouvoir, a dit Thomas. Personne ne peut être aussi rapide ! 

- Espérons-le, a dit Lea. Quelle était son arme ?

Minehi s'est mise à réfléchir. 

- La dernière fois qu'on l'a vu… Il n’était équipé que d'une épée dans un fourreau qui semblait être du bois. D'ailleurs, personne ne l'a jamais vu dégainer sa lame. 

Mes amis et moi avons échangés un regard. Thomas avait l'air terrifié, mais je l'ai encouragé d'un signe de tête. 

- Et le numéro un ? ai-je demandé.

Eeal et sa mère ont échangés un regard. 

- C’est… Dæmonium, a dit Minehi. 

Quand elle a prononcé ce nom, l’air m’a semblé glacial. Pendant un léger instant, je me suis mis à trembler sans vraiment savoir pourquoi.

- Il est réputé pour être le plus puissant des Cadres Supérieurs, a repris Minehi. Je ne saurais pas exactement vous dire comment fonctionne son pouvoir, vu que je n'y comprends rien moi-même. Tout ce que je sais… 


BOUM ! BOUM !

J'ai sursauté.

On venait de toquer violemment à la porte. 

- OUVREZ IMMÉDIATEMENT OU NOUS UTILISERONS LA FORCE ! 

C’était la voix d'un des gardes que j'avais entendu plus tôt. Je ne savais pas comment, mais ils nous avaient retrouvés. 

Aussitôt, Chaîne Royale est apparue dans mes mains pendant que la Keyblade de Thomas en faisait autant. Dingo a brandit son bouclier et Yuki s’est mise en garde. Les chakrams de Lea ont surgi dans chacune de ses mains, sans pour autant s'embraser. Nous étions tous prêt à passer à l’attaque, plus ou moins en forme. Mais je savais qu'on allait pouvoir s'en sortir ! 

Minehi nous a arrêté d'un geste. « Laissez-moi faire », nous a-t-elle chuchoté. 

BOUM ! BOUM ! BOUM ! 

Avant même que je ne puisse protester, elle a dit à Eeal de ne pas s'inquiéter, qu'elle revenait tout de suite. Le petit garçon a regardé sa mère d'un air triste, avant de hocher courageusement la tête. Thomas a paru prendre conscience de quelque chose. 

- Revenez vite, a-t-il dit à Minehi. Il a besoin de vous.

La mère d'Eeal a donné un dernier coup d’œil à son fils.

- Je sais, a-t-elle répondu après un moment. On se revoit plus tard. 

Puis, sans me laisser le temps de répondre, elle nous a dépassé. Elle est sortie de la maison en faisant bien en sorte que l'on ne puisse pas voir grand-chose à l'intérieur. 

Mes amis et moi nous somme avancés prudemment de la porte.

- Vous savez pourquoi nous sommes là, j'imagine ? a dit une voix masculine. 

- Oui, a répondu la voix de Minehi. 

Il y a eu un silence. Puis : 

- Très bien, a repris le garde, l'air vraiment désolé. Allons-y alors. Je m'arrangerai à ce que ce soit le plus rapide possible. 

- Où est-ce que cela aura lieu ? a demandé la mère d'Eeal. 

- À la place publique. Les Cadres Supérieurs y seront dans quelques minutes. S'il vous plaît, madame, ne perdons pas plus de temps. Si vous voulez bien nous suivre. 

C’est alors que nous avons entendu de nombreux bruits de pas s’éloigner de la maison. 

Thomas a attendu quelques instants avant de prendre la parole.

- J'ai un mauvais pressentiment.

- Moi aussi, ai-je renchérit. Suivons-les. 

- Je viens ! 

Mes amis et moi avons échangé un regard.

- Écoute, Eeal, ai-je dit aussi tendrement que j'ai pu. Ta mère aimerait sans doute que tu restes ici. Je ne sais pas ce qui nous attend dehors. 

- Mais…

Thomas s'est approché et s’est mis à la hauteur du petit. 

- Eeal. On va juste aller voir ce qu'il se passe avec ta mère. Et après, on te la ramène. Je t'en fais la promesse. 

J'ai été touché par l'acte de Thomas. Il avait dit ça avec une telle assurance que Eeal s'est aussitôt calmé. Je me suis joint à lui.

- T'inquiètes ! On n’est pas du genre à revenir sur nos promesses. 

- C'est clair, a renchérit Dingo. 

Il m'a semblé un instant que Yuki regardais Thomas d'une étrange façon. Mais à peine avais-je cligné des yeux, qu'elle regardait ailleurs. Avais-je rêvé ? 

J'ai jeté un œil en direction de Lea. 

- Qu'est-ce qu'il y a ? m'a-t-il demandé.

- On va peut-être se mettre dans une nouvelle situation dangereuse, et tu n’essaies de m'en empêcher ? 

Il a souri.

- D’abord, je sais que ça ne sert à rien avec toi. Deuxièmement, on pourra en profiter pour interroger les gardes et chercher un moyen de partir d'ici.  

J'ai souris à mon tour avant de me diriger vers la porte. 

- Je n'entends plus grand-chose.

Dingo a discrètement regardé par la vitre. 

- Et il n'y a pas de gardes… Personne d’autres, d'ailleurs.

Lea a haussé un sourcil.

- Personne du tout ? C’est bizarre. 

Il avait raison. J'avais un mauvais pressentiment. 

- Allons voir ce qu'il se passe, ai-je dit. 

J'ai jeté un dernier coup d’œil à Eeal.

- Je vous attends ici, nous a-t-il dit. 


Une fois dehors, je me suis rendu compte que Dingo avait raison. Il n’y avait pas un chat, à l’extérieur. J'ai regardé autour de moi et vu véritablement pour la première fois, les maisons des habitants. 

Il s'agissait de taudis en bois qui, vu leur taille n'abritaient sans doute qu'une seule pièce. Certains d'entre eux n'avaient plus de porte d’entrée ou encore de fenêtre. Remplacés tant bien que mal par des draps. Les villageois n'avaient sans doute pas assez pour réparer ces dégâts. 

J'ai senti la colère monter en moi. Comment un dirigeant pouvait laisser son peuple vivre comme ça ? 

- Là-bas, a dit Thomas en montrant une foule au loin du doigt. On dirait qu'il s'y passe quelque chose. 

Nous nous sommes approchés aussi vite que possible. 

- Je me demande pourquoi il y a autant de monde, a dit Dingo.

Nous nous sommes frayé un chemin parmi la foule et Lea s'est figé.

- Je comprends pourquoi, a-t-il déclaré.

J'ai suivi son regard et j'ai senti mon cœur s’arrêter. Au centre de la foule se trouvait une grande estrade en bois entourée de gardes. Minehi était dessus, agenouillée. À côté d'elle, un garde pointait une lance en direction de son crâne, figé. 

J'ai réagi au quart de tour. 

D'un bond, j'ai sauté sur l'estrade et j’ai envoyé valser quelques mètres plus loin le garde avec ma Keyblade. Les autres ont aussitôt braqué leur lance sur moi.

- C’est lui ! a dit l'un d'entre eux. C'est un des étrangers ! 

Ce dernier a essayé de lancer son arme comme un javelot, mais un chakram enflammé lui a fait perdre sa lance. Les villageois se sont écartés, révélant ainsi tous mes amis. Ils se sont mis à échanger des murmures en pointant du doigt mes compagnons, effrayés. J'ai entendu des « C'est eux. » ou encore « Ils vont nous apporter des ennuis. ».

Minehi a relevé la tête vers moi. Son visage a d’abord exprimé la stupeur, puis la colère, et enfin la joie. Comme si elle ne savait pas exactement comme elle devait se sentir.

- Qu'est-ce que vous faites ici ? m'a-t-elle demandé.

Je lui ai souri.

- On est venu te sauver, bien sûr ! 

Elle a tenté de sourire à son tour, mais son visage s’est crispé.

- Je vous en suis reconnaissante mais… Vous devez partir tout de suite. Ils… Ils sont là.

- Qui ça ?

C'est alors que j'ai entendu quelqu'un applaudir. Les murmures se sont aussitôt tus. Un frisson a parcouru les gardes. Même moi, j'ai senti mon cœur battre plus fort dans ma poitrine sans aucune raison. 

Un type que je n'avais pas remarqué jusqu’à alors s'est détaché du groupe de garde. Il était plutôt maigre et assez grand. Ses cheveux étaient entièrement blancs, chose un peu bizarre car il avait l'air à peine plus âgé que Riku, dans les dix-huit ans peut-être. Ce qui me troublait le plus était son regard. On pouvait y lire une démence pure dans ses yeux couleur mauve. J’étais à plusieurs mètres de lui, mais j'arrivais presque à distinguer une énergie terrifiante qui émanait de sa personne. 

Minehi s’est mise à trembler. 

- C'est… Le plus puissant des Cadres Supérieurs.

- Dæmonium.

Son nom m'est aussitôt revenu en mémoire. À peine l'avais-je prononcé que mon pouls s'est accéléré. C’est alors que j'ai remarqué une sorte de cape derrière lui. Elle était blanche et brodée d'une étoile d'or. 

- Bien joué cette entrée en scène ! a dit Dæmonium. Nous avions été informés de l’arrivée d’étrangers dangereux mais je ne m'attendais pas à vous voir aussi vite. 

« Nous » ? 

Pris d'un mauvais pressentiment, j'ai regardé autour de moi. Trois autres personnes auxquelles je n'avais pas fait attention quelques instants plus tôt se distinguaient de la foule. J'ai d’abord remarqué une femme d'une vingtaine d’année environ, aux cheveux d'un blond presque blanc et aux yeux meurtriers. Elle arborait un sourire qui n'avait rien de rassurant. Sa cape blanche et or était attaché à son cou comme une écharpe et flottait au vent. 

- Ouiii ! s'est-elle réjoui. On n’aura pas besoin de les chercher !

Un autre s’est avancé vers moi avant de s’arrêter au niveau de Dæmonium. Il devait avoir mon âge à peu près mais il était clairement mieux bâti que moi. Sa carrure aurait pu faire peur à n'importe quel Sans-Cœur. Il s’est mis à resserrer la cape attachée à son bras.

- Du calme, Twice, a dit le garçon en fixant mes amis de ses yeux cramoisis. Bon. On s'y met ? 

Dæmonium a jeté un regard derrière lui.

- Tu es prêt, Magnus ? 

Il regardait un homme adossé contre un mur. Ce dernier portait une simple robe noire. Sa cape était attachée au niveau de sa taille et retenait un fourreau dans lequel reposait une épée. En m’attardant un peu plus, j'ai pu remarquer que son visage était caché par un masque blanc avec une fente pour ses yeux. 

- Pour qui est-ce que tu me prends ? a-t-il simplement répondu. 

Donc ils étaient là. Les fameux Quatre Cadres Supérieurs étaient devant nous. Je ne saurais pas dire comment, mais je sentais presque leur puissance me traverser de part en part. Ils me rappelaient les pires ennemis que j'ai combattu : l'Organisation XIII. Oui, c’était ça. J'avais la même sensation que quand je me trouvais en face des membres de l'Organisation. 

- Parfait ! s'est exclamé Dæmonium. Magnus, Bullet, Twice, je vous laisse vous charger des autres. 

Aussitôt, le garçon musclé et la femme se sont rués vers mes amis. J’étais sur le point de me diriger vers eux lorsque j'ai senti une force puissante me frapper en plein ventre, me propulsant en arrière. 

- Pas si vite ! 

Je me suis immédiatement remis sur pieds, Chaîne Royale à la main. J'ai jeté un coup d’œil à Minehi, mais je n'ai vu personne. Heureusement, elle s’était enfuie ! D'ailleurs, les villageois avaient aussi pensé à en faire autant. Mes amis étaient prêts à se battre contre les autres Cadres. Je me suis senti ridicule d'avoir eu peur un peu plus tôt. Ils pouvaient s'en occuper… Non. Ils allaient s'en occuper. Je devais le croire.

- J'ai tout de suite senti que tu étais le plus fort de votre groupe, a dit Dæmonium. La vitesse avec laquelle tu es venu au secours de cette femme était prodigieuse, je dois l'avouer. Désolé, mais… Nous allons devoir vous éliminer.

- Bon courage, lui ai-je lancé. Ce ne sera pas aussi facile que tu ne le penses. 

Dæmonium a souri. 

- Vraiment ? Tu leur fais tant confiance que ça ?

- Absolument ! 

Sur ces mots, j'ai chargé.

Mon adversaire a frotté ce qui ressemblait à une bague et un brouillard violet s'est littéralement échappé de lui, l'entourant complètement. 

- Voyons ça, a-t-il dit. 

Le brouillard m'a enveloppé. Pendant un long moment, je n'ai rien pu voir d'autre que du violet autour de moi. J’ai voulu attaquer à l’aveugle, mais je savais que j'allais gaspiller mon énergie. Je n'avais pas complètement récupéré, il fallait que je me préserve. 

Soudain, le brouillard s'est dissipé. Dæmonium avait disparu. J'ai aussitôt cherché mes amis et ce que j'ai vu m'a glacé le sang. Lea, Dingo, Yuki, Thomas et Minehi étaient au sol, dangereusement inerte. La femme nommée Twice et le garçon qui semblait être Bullet faisaient le tour de chacun d'eux, en bousculant leurs armes d'un coup de pied, d'un air triomphant. 

Puis, Eeal est arrivé. 

Lorsqu'il a vu sa mère, il s'est figé.

- M… Maman ? 

Il s'est précipité vers Minehi en enjambant mes amis. Il l'a secouée de toute ses forces, l’appelant encore et encore. Mais ni sa voix, ni ses sanglots n’ont pu réveiller sa mère. Il a alors tourné la tête vers moi, les yeux rouges de colère et de tristesse. Je m'attendais à ce qu'il se précipite vers moi et me roue de coup mais à la place : 

- Je te faisais confiance, m'a-t-il dit. Comment as-tu pu briser ta promesse ? 

J'aurais préféré qu'il me frappe. Ça m'aurait fait bien moins mal que son regard. J'ai y ai lu une profonde déception. Une fois, j'avais planté une Keyblade dans ma poitrine pour sauver Kairi. Cette fois-là, je n'avais étrangement ressenti aucune douleur. Mais à cet instant, c’était comme si on m'enfonçait une nouvelle fois une Keyblade en plein cœur, mais je sentais la douleur dans tout mon être. Le poids de la culpabilité m'écrasait comme si la gravité avait décuplé.

J'ai tenté de dire quelque chose, essayer de lui remonter le moral. Mais comment ? Mes jambes m'ont lâché et je suis tombé à genou.

J'avais échoué. 

Ce sera à vous de les guider… et de les protéger, m'avait dit le Roi. 

J'ai de nouveau regardé le corps de mes amis, celui de Minehi et Eeal qui pleurait à chaudes larmes. 

- Tu as beau clamer que tu leur fais confiance, a raillé Dæmonium, mais tu n'y crois pas complètement toi-même.

Sa voix venait de partout à la fois. J'ai regardé frénétiquement autour de moi pour essayer de l'apercevoir, sans succès. 

- C'est donc de ça que tu as peur, a continué mon ennemi. Tu crains de perdre tes amis et de lire la déception sur leur visage. Tu as peur de briser leurs espoirs. C'est plutôt normal. 

Sur ces mots, le décor s'est teinté de violet une nouvelle fois. Lorsque le brouillard s'est dissipé, j'ai vu mes amis qui combattaient toujours contre les autres Cadres Supérieurs. Bel et bien en vie. C’était juste une vision ? Pourtant, elle avait l'air si réelle.

Et alors, j'ai senti que quelque chose n'allait pas. 

Lea était moins rapide et Dingo moins réactif que d'habitude face à Twice, qui, elle, semblait s’amuser. Yuki ne pouvait que repousser les attaques de Bullet avec sa glace. Thomas, en forme Shade, attaquait Magnus sans relâche, mais n'arrivait pas à le toucher. De plus, aucune trace de Minehi et Eeal. 

Dæmonium se trouvait devant moi à présent. Il a jeté un œil derrière lui.

- Ah. C’est presque fini ! Je dois me débarrasser de toi, maintenant. 

Je me suis relevé tant bien que mal. Le problème, c’était que j'avais encore clairement la vision que j'avais eu précédemment dans ma tête. Mais peu importe, j'allais battre ce type et courir aider mes amis ! 

« Maman ! »

J'ai serré ma prise sur ma Keyblade.

« Je te faisais confiance. »

Je me suis précipité vers Dæmonium, qui lui, souriait comme un dément et m'attendais de pied ferme. 

« Comment as-tu pu briser ta promesse ? »

J'ai raté mon coup de Keyblade et Chaîne Royale m'a échappé des mains. 

- Hé là ! S'est moqué mon adversaire. Je n'ai même pas bougé. 

Il avait raison. C’était moi qui m’étais complètement raté. Je n'arrivais pas à chasser l'image de mes amis au sol et d'Eeal en pleurs de ma tête. 

Dæmonium ne m'a pas laissé de répit. Il a tendu la main vers moi et la brume a pris la forme de cette dernière avant de me saisir. 

- Qu'est-ce que… 

- Oui, a dit le Cadre. C'est bien plus puissant que tout à l'heure, hein ?

D'un geste, il m'a balancé en arrière et je me suis écrasé près de mes amis qui, eux aussi, gisaient au sol.

Pendant une effrayante seconde, j'ai cru que ça allait se passer comme dans la vision que j'avais eue, mais j'ai remarqué qu'ils tremblaient ou gémissaient. J'ai poussé un soupir de soulagement. 

J'ai tenté de me relever mais j'ai senti le fourreau d'une épée sur le sommet de mon crâne. 

- Mauvaise idée, gamin, a fait la voix de l'homme nommé Magnus. 

J'ai entendu des pas précipités et tenté un bref regard autour de moi. Les villageois étaient revenus. Tous nous regardaient avec une étrange expression sur le visage. « Étrange », parce que je ne m'attendais pas du tout à la voir chez eux. 

Alors, Dæmonium a éclaté de rire. 

- Cher peuple, voici ce que l'on récolte quand on cherche à défier l'Empereur ! Et maintenant, où est cette femme ? Si elle se montre et nous laisse finir ce qu'on avait commencé, peut-être que nous laisserons partir ces étrangers…

La foule s'est alors écartée, laissant passer une femme. 

- C'est d'accord, a dit Minehi. Mais d'abord, laissez-les partir. 

Soudain, je n’ai plus senti le fourreau. J'ai pensé à me relever pour me battre quand j'ai entendu des cris un peu plus loin. Je me suis tourné vers l'origine du son et j'ai vu Magnus, pointant son fourreau vers Minehi.

- Changement de programme, a déclaré Bullet. 

- C'est notre Magnus, ça, s'est exclamée Twice. Toujours aussi rapide ! 

Magnus a ramené Minehi avec nous avant de la mettre à genoux. 

- Qui s'en charge ? a demandé Dæmonium au reste du groupe. 

Bullet a claqué des doigts et un des gardes s'est approché, lance à la main. 

- Tu sais quoi faire, lui a-t-il dit. 

Le garde a pointé sa lance en direction de Minehi. 

- Finissons-en ! a dit Twice.

- NON ! 

Un enfant est sorti de la foule et nous a rejoint en courant. Je n'en ai pas cru mes yeux.

- Eeal ? ai-je pu articuler. On t'avait dit de… 

Lorsqu’il nous a rejoint, il s’est arrêté pour reprendre son souffle. Puis, il a répondu : 

- Je sais. Mais je ne pouvais pas les laisser toucher à ma mère ! 

Sa mère paraissait à la fois énervée et fière de son fils. 

- Eeal, rentre à la maison tout de suite ! S'il t’arrive quelque chose…

- Non ! a répondu son fils, catégorique. 

Il s'est posté devant le garde et les Cadres Supérieurs et a tendu les bras, en signe de protection.

- Je ne les laisserai pas vous faire du mal ! 

Alors le visage de Dæmonium a arboré une expression indescriptible lorsqu'il fixait Eeal. Son regard a fait des allers-retours entre le petit garçon et sa mère. Puis, son regard s’est perdu, comme s'il se rappelait de quelque chose. 

Un silence s’est installé quelques instants. Puis :

- On commence par le petit donc ? A demandé Twice d'une voix pleine d'excitation.

À ma grande surprise, Dæmonium a répondu, le regard toujours lointain : 

- Non. On ne tue personne aujourd’hui.

Tous les regards se sont tournés vers lui. 

- De quoi est-ce qu'on aura l'air si on élimine ce gamin devant tous ce monde ? À la place…

Dæmonium s'est approché de nous et a retrouvé son sourire malveillant : 

- … Qu'est-ce que vous dîtes d'un aller simple pour l'Abîme ?



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