Le destin des Ackerman - Tome 1

Chapitre 24 : Chapitre 23 - Rêve honteux

Par pikanc

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La salle du réfectoire est bruyante à cause de toutes les conversations, rires et exclamations qui résonnent entre ses murs. Pour la majorité des soldats du bataillon c'est l'un des seuls moments de la journée pendant lequel ils peuvent se détendre et décomplexer. Une cinquantaine de soldats en uniforme sont attablés et prennent leur petit-déjeuner. C'est au fond, dans un coin, que l'escouade tactique se trouve.


Conny est affalé sur la table, le front reposant sur ses bras croisés : la nuit a été difficile. Jean touille son café, plongé dans ses pensés, la tête dans sa main accoudée au bord de la table. Mikasa veille sur Eren et son alimentation, comme d'habitude. Elle sort de ses pensées pour écouter la conversation entre miss patate et le blondinet.


...sais rien Sasha, j'imagine qu'ils ont été retardés... Répond Armin.


Mademoiselle Braus acquiesce en croquant dans sa tranche de pain couvert de confiture à s'en mettre aux coins de la bouche.


Il devait y avoir une réunion du parlement. Ajoute Jean qui s'incruste dans la conversation puis se redresse pour pousser les miettes devant lui avec la tranche de sa main, jusqu'à former un petit tas.


Oui, le Major a sûrement essayé d'obtenir des fonds pour la reconquête de Shiganshina. Par contre, si peu de temps après le changement de régime, ça risque d'être compliqué d'avoir du soutien. Les pertes des expéditions n'étaient déjà pas bien vues... Déplore Armin.


Tu m'étonnes... Souffle Jean avec un air blasé.


Eren ne les écoute qu'à moitié. Son regard absent est fixé sur sa boisson chaude à laquelle il a à peine touché.


Armin lève la tête, au hasard en direction de l'entrée et fixe quelque chose, ce qui attire l'attention de Sasha qui se retourne pour suivre le regard de son ami. Quand ses yeux se posent sur quelqu'un en particulier, elle donne des coups de coude successifs à sa voisine qui n'est autre que Mikasa.


Mh ? Demande-t-elle en se tournant vers sa compagne de chambrée puis jette un coup d’œil par dessus son épaule.


Thomas Ralle s'avance dans l'allée centrale et marche en leur direction avec un livre sous le bras gauche, l'avant-bras droit en écharpe.


Qu'est-ce qu'il s'est encore fait ce con... Lâche Jean en le remarquant à son tour puisqu'il fait face à l'entrée de la salle.


L'inquiétude se lit sur le visage de Mikasa, comme si elle avait besoin de ça avec l'état de Eren qui se détériore dernièrement. Thomas arrive à leur hauteur.


Même en faisant un simple aller-retour à cheval tu arrives à te péter un truc ? Se moque Jean.


Nan, Hanji m'a obligé à arrêter les entraînements le temps que ça guérisse, ça s'est rouvert deux fois déjà. Explique le brun.


Mouais... Je crois surtout que tu as trouvé un bon moyen de te faire chouchouter par les jolies infirmières de la capitale hein ?


Mikasa serre les dents et se retient de lui envoyer sa nourriture en travers du visage.


Crois c'que tu veux... Répond Thomas qui décide de ne pas entrer dans son petit jeu, même s'il connait la pique imparable pour le mettre instantanément sur les nerfs. Armin, Eren... Historia m'a chargé de vous donner ça. Ajoute-t-il avant de poser le livre sur le bord de la table, à côté du soldat Arlelt.


Les yeux de Armin s'illuminent tout comme son visage sur lequel apparaît un grand sourire lorsqu'il reconnaît le livre. Eren se penche pour voir de quoi il s'agit et ses yeux s'écarquillent à son tour. Mikasa fait donc elle aussi la curieuse.


C'est... Commence-t-elle.


Oui ! C'est le livre qui parle du monde extérieur et qu'on regardait souvent quand on était petits. On a dû partir en catastrophe, je n'ai pas pu l'emporter.


Thomas force un peu sur sa voix pour que tous puissent entendre à cette table.


Elle m'a aussi demandé de vous dire que vous lui manquez et qu'elle est de cœur avec vous, elle aurait aimé se battre pour aider à reprendre Shiganshina.


Tout le monde est touché par ce message, à part Conny peut-être puisqu'il reste dans la même position, immobile.


Qu'est-ce qui vous a pris autant de temps ? Demande Armin.


On est passé par Stohess. Avoue-t-il.


Stohess..? S'étonne Eren qui se souvient très bien de leur dernier passage là-bas.


Pourquoi faire ? Questionne le soldat Arlelt.


Voir Annie. Répond Thomas.


Les trois amis d'enfance échangent un regard surpris.


Elle est..? Interroge encore le jeune Jäger qui semble soudainement nerveux, déboussolé peut-être aussi.


Le soldat Ralle secoue doucement la tête en signe de négation.


C'en est toujours au même point. Ajoute-t-il.


Mikasa observe Eren et Thomas, tous les deux ont l'air d'être déroutés par ce sujet. Ils ont leurs raisons mais ça l'énerve que cette fille qu'elle déteste torture autant ces deux là, ça réveille un sentiment de colère.


Cette garce se foutra de nous jusqu'au bout... Commente Jean en soupirant.


Oui... Mais si on l'avait capturé vivante elle aurait sûrement été torturée pour avoir des informations et elle devait protéger ses secrets en plus de Reiner et Bertolt. Rappelle Armin avec un air triste.


Le silence retombe pendant quelques secondes.


Bon, je vais aller dormir un peu, bon appétit les gars. Lance Thomas.


Mikasa l'observe et, quand leurs regards se croisent, l'interroge silencieusement. En tout cas c'est comme ça qu'il interprète son expression inquiète. Il lui sourit donc de façon complice et discrète en acquiesçant. La jeune femme hoche la tête à son tour, comprenant qu'elle pourra le rejoindre après l'entraînement de la matinée.


Ne te casse rien sur le chemin hein ! Provoque Jean, ce qui fait rire Sasha qui glousse bruyamment avec un son guttural.


Mikasa préfère ignorer la remarque du soldat Kirschtein pour garder son calme. Elle a bien remarqué que les deux hommes se cherchent des noises depuis la fusillade à Trost.







Thomas marche dans les rues de Karanes d'un pas décidé. Il s'engage dans cette rue qu'il connait comme sa poche, descendant sur plusieurs centaines de mètres, et en bas de laquelle se trouve la maison dans laquelle il a grandi.


Le jeune homme arrive devant cette fameuse porte d'entrée et, en tendant le bras, voit la manche d'un habit qui n'a rien d'officiel. Il n'est donc pas en uniforme. Il frappe et patiente qu'on vienne lui ouvrir. Pendant ce temps il ressent le besoin de se gratter un côté de la mâchoire et peu sentir sous ses doigts le contact rugueux d'une barbe de trois jours.


Quelques instants plus tard, la porte s'ouvre et deux têtes brunes apparaissent dans l'ouverture qui s'est formée.


Papa ! S'écrie joyeusement la petite fille pendant que la femme derrière elle ouvre plus grand pour que l'enfant saute dans les bras de son père qui s'accroupit pour l'accueillir.


Elle dépose ses lèvres en plein milieu de la joue de Thomas qui ne peut s'empêcher de sourire face à cet élan affectueux.


Coucou ma puce. Répond-il en frottant le bout de son nez à celui de sa fille, ce qui lui fait échapper une brève exclamation rieuse. Qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui ?


Le temps qu'elle lui réponde il la prend dans ses bras et s'avance d'un pas pour saluer Mikasa d'un bref contact des lèvres. Sa compagne est vêtue d'une robe blanche et simple surmontée d'un gilet rouge à la couleur légèrement délavée et aux manches retroussées. Elle se recule pour le laisser entrer puis referme la porte derrière lui.


Regarde, j'ai bobo. Dit la petite en montrant cette partie tendre sous son pouce où un minuscule point de sang est visible.


Comment tu t'es fait ça ? S'inquiète faussement monsieur Ralle.


Il s'avance lentement dans cette pièce de vie qui fait office à la fois de salle à manger et de cuisine, cette dernière étant visible sur la gauche.


Avec une aiguille, elle n'a pas voulu que je lui mette un pansement, elle t'attendait pour que ce soit toi qui le fasse. Aussi têtue que son père... Taquine Mikasa avec un petit sourire.


Thomas se marre brièvement en se dirigeant vers la table au centre de la pièce sur le bord de laquelle il dépose délicatement leur enfant.


Bon, voyons ça... Dit-il en attrapant une petite boîte remplie de pansements qui se trouvait déjà là.


Le bout de chou balance ses petits pieds chaussés de ballerines couleur chocolat en attendant qu'on s'occupe de sa blessure, toute contente.


Thomas fait plusieurs tours de ce petit pouce avec le tissu médical puis fait un petit nœud pour que ça tienne en place.


Bisou magique ! Quémande la fillette en mettant une fois encore son doigt blessé en évidence devant les yeux de son père.


Thomas s'exécute sans s'empêcher d'avoir un sourire tendre.


J'aurai une cicatrice comme toi ? Demande-t-elle ensuite en effleurant l'arcade sourcilière gauche de monsieur Ralle de l'index.


Ça m'étonnerait... Commence-t-il en se penchant pour parler près de l'oreille de sa fille mais sans baisser le son de sa voix. Sauf si tu dois un jour éplucher des patates avec quelqu'un qui a un caractère de cochon... Dit-il pour répondre à la taquinerie.


Mikasa les regarde tous les deux avec tendresse, le bonheur se lit dans ses yeux sombres. Quand elle regarde cette fameuse marque de leurs débuts tempétueux, la jeune femme a un sourire amusé.


Tout le monde n'est pas aussi idiot que toi. Rétorque Mikasa.


Thomas rigole de bon cœur parce qu'elle n'a pas tort.


L'enfant descend de la table et trottine pour en faire le tour jusqu'à l'endroit où repose sa tasse de thé. Elle se met sur la pointe des pieds et tend ses bras pour attraper sa boisson avec les deux mains. C'est très amusant pour le jeune homme de ne voir que la moitié de sa petite tête dépasser.


Flora, fais attention ! Je t'ai déjà dit que tu vas t'ébouillanter si tu le renverses. Corrige sa mère avec fermeté avant de réduire rapidement l'espace qui la sépare de sa fille pour se saisir de la tasse et la lui mettre dans les mains.


Oh... Réagit la petite qui affiche une petite moue. Merci maman... Dit-elle ensuite, avant d'aspirer bruyamment une gorgée.


Je t'en sers ? Demande Mikasa en s'adressant à son homme.


Oui, s'il te plaît. Répond-il.


Thomas s'assoit tranquillement sur l'une des chaises qui entourent la table. Sa compagne apporte une tasse et la théière qui fume abondamment. Elle dispose l'objet en céramique face à lui et commence à le servir.


A mesure que la tasse se remplit, une odeur nauséabonde saisit l'odorat de Thomas qui commence à grimacer. Quand elle se redresse et pose plus loin ce qu'elle a entre les mains, il remarque que c'est du sang brûlant qu'elle lui a servi.


Ses yeux s'ouvrent en grand, son cœur fait un bond dans sa poitrine et il se sent soudainement nauséeux.


Thomas..? Appelle Mikasa qui remarque son air choqué.


Il baisse lentement les yeux, sentant une vive douleur au niveau de son abdomen : deux lames sont plantées dans son ventre et du sang commence à s'en déverser dans une effusion impressionnante.


Thomas ! Répète la jeune femme sur un ton paniqué.


Cette voix se fait lointaine et diffuse tout à coup lorsqu'elle vient le secouer pour le ramener à lui.


L'instant suivant il ouvre brusquement les yeux et se fait encore secouer mais moins violemment que dans ses songes.


Thomas..? Appelle une voix familière.


Il reconnaît Mikasa qui a un regard inquiet, les mains sur ses épaules. Il a soudainement froid et frissonne tout entier : il sue à grosses gouttes.


Tu as fait un cauchemar ?


Il lui faut quelques secondes pour se retrouver dans ses repères et comprendre qu'il rêvait. Sa respiration se calme un peu et il lève de nouveaux les yeux vers la brune puis acquiesce. Il palpe son ventre à la recherche de la moindre lame qui pourrait y être plantée.


Tu... Tu y vois quoi..? Demande-t-elle.


Thomas écarquille les yeux puis rougit légèrement. Non pas à cause du souvenir de ces sensations horribles qui se répètent presque toutes les nuits mais bien pour la première partie de son rêve qui était si plaisante... Il aurait aimé y rester pour que ça devienne sa réalité. Ses yeux tombent sur le ventre de Mikasa.


Je, euh...


Il détourne les yeux et expire profondément avant de l'attraper doucement par la main pour la tirer délicatement à lui, signifiant qu'il a besoin de la chaleur de ses bras.


La jeune femme reste immobile pendant une seconde, en l'observant, pas satisfaite par le manque de réponse mais décide de laisser couler pour l'instant. Elle accepte l'invitation et se laisse tomber sur le lit pour s'allonger face à lui.


C'était long quatre jours... Dit-il pour changer de sujet avant d'aller se blottir contre elle.


Mh. Acquiesce Mikasa en plongeant une main dans les cheveux de Thomas pour les caresser. Hanji t'a raconté pour..?


Oui.


Le silence s'installe pendant une poignée de secondes.


...Désolée. Reprend la jeune femme dont les doigts se crispent légèrement dans la chevelure brune qu'ils parcourent.


Pour ? Demande-t-il, surpris.


Mikasa inspire un grand coup en comprenant qu'il ne doit pas avoir connaissance de tous les détails concernant cette enquête. Ce qui tombe sous le sens mais elle aurait aimé ne pas avoir à faire ça.


Pour avoir lu la lettre de ton père... Avoue-t-elle après une seconde de flottement.


Ah...


Ça fait maintenant sens dans son esprit. Sur le coup il était submergé par la douleur et la détresse alors il n'avait pas percuté qu'elle l'a suivi lorsqu'il a reçu cette lettre, comme si elle savait que les nouvelles étaient mauvaises et bouleversantes.


Le Caporal-Chef m'avait demandé de surveiller ton courrier au cas où...


Thomas bouge quelque peu contre elle et pousse un long soupir de contentement avant de lui répondre.


C'est rien. C'est même mieux comme ça non ? Relativise le soldat Ralle qui ne voit absolument aucune raison de lui en vouloir.


Mikasa ne répond pas parce qu'elle retourne sa phrase dans tous les sens. Le jeune homme s'imagine qu'elle doit être confuse en cet instant parce qu'elle n'a pas complètement compris ce à quoi il fait allusion, étant donné son silence. Il se recule alors et plonge son regard dans le sien.


Si tu ne l'avais pas lu on ne serait pas là, comme ça, tous les deux. Affirme-t-il avec conviction.


Encore une fois elle ne répond pas mais le sourire qui illumine son visage le fait pour elle, montrant que ce point de vue lui convient parfaitement.


Thomas repense à cette enfant, à cette scène aussi surréaliste qu'attrayante, et se sent idiot, ridicule même. Après tout, rien ne garantit que leur relation ait un avenir et pour des millions de raisons. Pourquoi son esprit a dévié de la sorte ?


Il revient enfouir son visage contre elle et respire profondément, profitant de l'odeur de sa peau.


Les sentiments sont là, bien réels, il le sait, c'est une profonde conviction. Mais au delà d'un amour naissant et persistant, le brun ressent une chose à la fois plus profonde et inexplicable qui lui fait penser que rien ni personne, même si elle le répudiait, ne l'empêcherait d'être là, prêt à surgir de nulle part pour la sauver d'une mort certaine. C'est un devoir sacré, une chose gravée dans son âme et sa chair : il donnerait sa vie pour elle.


Alors, après un autre silence qu'ils ne sauraient mesurer, Thomas se souvient lui avoir menti par omission quand elle lui avait demandé quel est son rêve.


Mikasa... Appelle-t-il et s'extirpant lentement de ses bras pour se perdre dans son regard sombre.


Elle le fixe, dans l'expectative.


L'autre jour tu m'as demandé quel est mon rêve... En fait j'en ai un peu honte, enfin... Vous avez tous des rêves qui méritent le respect. Découvrir le monde, se venger des titans en les exterminant jusqu'au dernier, retrouver votre foyer pour le reconstruire, percer des mystères, protéger ceux que vous aimez... Moi, j'espère juste survivre à cette guerre, me marier, avoir des enfants, vivre paisiblement et ne plus jamais devoir me battre...


Mikasa l'écoute, silencieuse et pendue à ses lèvres jusqu'à la fin de son discours. Elle peut comprendre en quoi il a honte, en quoi il a l'impression d'avoir un objectif de vie puéril, en quoi il peut se sentir idiot de caresser des espoirs si simples et utopiques. Toutefois, ce n'est pas sa façon de voir les choses, au contraire. A ses yeux il n'y a rien de plus beau, humble et honnête que de caresser le fantasme d'une vie loin de toutes ces horreurs qu'ils vivent au quotidien et de l'ambition qui corrompt si profondément les hommes.


Elle n'a jamais été loquace et c'est bien ce qui fait qu'elle ne fait que sourire depuis les révélations de ce brun torturé par ses démons jusque dans ses rêves, c'est pour ça qu'elle ne parvient pas à lui dire qu'elle partage sa vision du futur.


Peut-être que leur rôle dans ce monde aussi beau que cruel, aussi immense que sanguinaire, n'est pas de participer à cette escalade de la violence.


La jeune femme se surprend à contempler le visage crispé de son partenaire — sans doute rendu nerveux par le manque de réponse — parce qu'il n'a jamais été aussi séduisant à ses yeux qu'en ce moment même, après ce qu'il vient de dire, ainsi lové dans ses bras.


Il est possible que la raison pour laquelle Mikasa ne s'était jamais intéressée à un autre garçon que celui qu'elle surprotège réside dans ces mots là. Sans même parler de sa peur de perdre de vue sa mission de protéger coûte que coûte ce qu'il lui reste de famille, elle s'était mis en tête que ses besoins affectifs pouvaient attendre la fin de cette guerre.


Mais le contact de ce jeune homme l'amène encore une fois à une conclusion : dans ce quotidien fait de larmes et de sang ils ne savent pas quand leur heure sonnera, alors ils doivent profiter du peu de temps qui leur est imparti. Et puis à quoi bon courir après des chimères et des choses aussi futiles que la richesse et le pouvoir... Elle n'a jamais aspiré qu'à de la simplicité, Mikasa se fiche pas mal d'être la compagne d'un homme aux pouvoirs surhumains, adulé par ses pairs ou ayant une ambition sans limites. Tout ce que la jeune Ackerman a toujours désiré c'est avoir quelqu'un qu'elle peut embrasser et serrer dans ses bras.


Tu penses qu'on survivra ? Demande-t-elle, certainement après un long instant de silence qui pesait sur cette chambre.


Thomas sourit avec un air taquin, signe qu'il s'apprête à dire une bêtise.


Si j'suis là pour te sauver tes fesses jusqu'au bout oui... Plaisante-t-il.


Cette plaisanterie la fait hésiter entre l'amusement, le bonheur d'une promesse sous-entendue et un semblant de vexation. Le regard qu'elle lui lance est difficile à interpréter.


Gloups... Tu vas me tuer ? Jauge le jeune homme qui est aussi nerveux qu'amusé à l'idée qu'elle puisse avoir une pulsion violente suite à sa petite blague.


Idiot. Lance Mikasa en tapant sans trop de force son épaule du poing, un fin sourire aux lèvres.


Thomas a une soudaine envie de chahuter et il essaye d'évaluer le meilleur angle d'attaque en l'observant. Finalement il la pousse en faisant pression sur ses épaules et la plaque contre le matelas. Mais c'est sous-estimer la force de la jeune femme qui n'a aucun mal à lui rendre la pareille et c'est ainsi qu'il se sent être aplati sur le dos avec une facilité déconcertante.


Bloqué par la poigne ferme de sa compagne mais n'ayant pas dit son dernier mot, Thomas décide d'utiliser un atout de façon vicieuse.


Aïe, aïe, aïe, mon bras ! Se plaint faussement le soldat Ralle qui grimace pour parfaire son jeu d'acteur.


Mikasa lâche immédiatement prise et se redresse, affolée.


Pardon, désolée !


Il en profite alors pour reprendre le dessus et se jette sur elle d'un bond pour la faire basculer en arrière. S'en suit une brève lutte dont Mikasa sort encore une fois triomphante par la différence de force, de technique et surtout de handicap. Thomas se retrouve définitivement battu avec les mains plaquées au dessus de sa tête. Le reste de son corps est dominé par la jeune femme qui laisse reposer tout le poids de son corps sur lui.


Même choquée qu'il ait utilisé sa blessure pour feinter et tenter de reprendre l'avantage, surprise par cette fourberie qu'elle pensait réservée au combat, elle n'a pas hésité une seule seconde pour se rebiffer.


Merde... Soupire le jeune homme.


Il a perdu, certes, mais en voyant le sourire de Mikasa qui montre comme elle doit prendre goût à ce genre de jeu de mains, c'est finalement une victoire.


Pendant une fraction de secondes le regard sombre du soldat Ackerman dévie sur les lèvres de son prisonnier, ce que ce dernier remarque.


Qu'est-ce que tu attends..? Murmure-t-il.


Mikasa est étonnée et comprend qu'il l'aguiche. Cela fait partie de son tempérament : il aime provoquer et jouer avec les limites. Son regard est joueur, son expression insolente.


La jeune femme aimerait résister pour lui prouver que le pouvoir qu'il exerce sur elle n'a pas autant d'emprise qu'il le pense mais... Si elle le surpasse physiquement, ce n'est pas la même paire de manches quand il est question de jouer avec le désir de l'autre.


Elle se demande s'il n'a pas fait exprès de lancer ce jeu, en sachant qu'il perdrait, pour pouvoir la provoquer de la sorte. Peut-être qu'elle devient un poil paranoïaque mais il est toujours difficile de savoir ce qu'il se passe dans sa tête, encore plus de mesurer jusqu'où il est prêt à aller pour avoir ce qu'il veut — comme il l'a prouvé lors de leur dispute pour un malheureux seau d'eau.


Finalement elle se penche en avant parce qu'avant d'être une envie, étreindre ses lèvres est un besoin. Elle prend toutefois soin de maintenir fermement ses mains — qu'elle sait baladeuses — en cédant.


Capricieux, le jeune homme lui répond en mordillant sa lèvre inférieure qu'il relâche très lentement tout en plantant son regard dans le sien avec un air de défi.


Il l'énerve autant qu'il attise son envie. Comment lui résister ? Elle attendait ce moment de complicité depuis quatre jours et ce cocon de chaleur qui commence à les entourer l'appelle à en demander plus. Mikasa se sent devenir folle face à tous ces stratagèmes qu'il déploie pour manipuler son désir comme son jouet.


Elle revient à l'assaut de sa bouche de façon plus brusque et c'est cette passion non contrôlée qui rend leurs soupirs plus profonds et sonores à mesure que l'échange les enflamme.


Il n'est plus question de le maintenir sous son contrôle, Mikasa veut sentir à nouveau leurs peaux l'une contre l'autre. C'est pourquoi elle lâche ses poignets puis se redresse. La jeune femme place ses mains sur les hanches de son partenaire et les fait remonter lentement pour découvrir peu à peu la peau de son torse seulement dissimulée à son regard par ce haut simple de couleur grise. Est-ce sa première tentative de jouer avec l'attente et la frustration du brun ?


Quand le vêtement a quitté le corps frémissant de son propriétaire, elle retire sa propre chemise à la hâte. Thomas l'observe avec attention, avide de caresser ses courbes du regard.


Mikasa plaque ensuite ses lèvres contre celles du jeune homme, saisissant son visage entre ses mains. Il ne peut qu'apprécier sa fougue, montrant qu'elle prend rapidement de l'assurance.


Il décide alors d'inviter sa langue dans un nouveau baiser et ça surprend totalement la jeune femme qui a un léger mouvement de recul. Ce n'était pourtant pas désagréable, au contraire, et elle n'hésite pas à se lancer dans un autre baiser langoureux qui fait monter la chaleur de leurs corps de façon exponentielle.


Les mains de Thomas glissent sur la peau du dos de sa partenaire, ce qui lui provoque un énième frisson. Il peut la sentir s'affaisser un peu plus à chaque nouveau frémissement, signe qu'elle s'offre éperdument à partir de cet instant pour lui laisser le contrôle, ainsi soumise aux sensations procurées par ce chemin tracé par ses doigts qui sont des caresses dévastatrices insufflant confusion et désir dans son esprit.


Il passe ses mains dans le sous-vêtement puis les fait glisser sur ses flancs, à la limite de sa poitrine. Elle se crispe tout entière et rompt le contact de leurs lèvres pour le regarder avec ses yeux mi-clos.


Il le sent, elle est tout aussi désemparée qu'impatiente, elle le supplie du regard de ne pas s'arrêter là et appuie sa demande en redressant assez son buste pour lui permettre d'atteindre son but. Mikasa pousse un profond soupir teinté d'un gémissement, tremblant toute entière, lorsqu'il resserre ses doigts sur ses seins aux sommets durcis par l'excitation.


Fébrile et frémissante, elle aimerait se laisser tomber sur le côté en l'attirant avec elle pour l'accueillir entre ses cuisses. Affamée de ses lèvres, elle le tirerai par le col pour le sentir plus près encore et ainsi être coincée sous son corps chaud et dur, ce qui lui fait perdre la raison. Mais elle a encore assez de lucidité pour se souvenir qu'il faut faire attention à son bras qui a tant de mal à cicatriser, une effusion de sang gâcherait ce moment.


Thomas n'hésite pas un seul instant cependant et part à la conquête de la surface de son ventre aux muscles tendus. Elle peut sentir ses mains descendre lentement depuis sa poitrine jusqu'au bas de son ventre, s'attardant pour parfaitement épouser les lignes de ses abdominaux. L'attente est interminable, ses doigts laissent dans leur sillage une trace ardente de plaisir latent sur chaque centimètre parcouru.


Leurs regards se croisent au moment où elle sent que ses mains se joignent sur sa ceinture puis s'affairent à en défaire la boucle. Elle se sent chavirer et perdre pied au point de le supplier du regard afin qu'il se dépêche. Lorsque le bouton cède, elle pose une main sur la sienne pour l'arrêter. Elle se laisse ensuite tomber sur le côté puis le tire par le bras pour l'encourager à la rejoindre.


Maintenant dans la configuration qu'elle désirait plus tôt, elle retire sa main pour lui laisser le loisir de continuer.


Soudain, sa main plonge dans son pantalon et atteint l'endroit le plus tendre et intime de son corps, déjà humide et brûlant. L'une de ses mains se crispe sur le cuir chevelu du jeune homme, l'autre sur l'une de ses épaules alors qu'il effectue des caresses précises et répétées.


Il lui est maintenant impossible d'ouvrir les yeux, de réfléchir, de faire quoi que ce soit d'autre que subir ce délicieux traitement après que sa main se soit glissée à l'intérieur de son sous-vêtement. Après quelques instants, son corps entier va se retrouver immergé d'une sensation de plaisir plus intense, une décharge électrique au moment elle sent un doigt se courber pour entrer en elle et que les dents de son amant se referment sur le lobe de son oreille en même temps. Mikasa presse ses lèvres l'une contre l'autre pour retenir un son qui pourrait la trahir.


Les frissons n'en finissent plus et se muent en vibrations. Elle savoure chaque pulsation de plaisir qui afflue en elle. Ses lèvres appellent désespérément celles du jeune homme et les obtient dans l'instant comme s'il avait la capacité de lire dans ses pensées.


Subitement un gémissement lui échappe mais s'étouffe dans leur baiser. Mikasa tressaille, geint encore et commence à bouger instinctivement son bassin au rythme des doigts de son partenaire.


La totalité de la surface de sa peau se hérisse. Elle ne peut plus l'embrasser ou elle risquerait de manquer d'air. C'est ce qui la pousse à mettre ses mains en opposition contre les épaules de Thomas pour qu'il s'arrête.


Attends... Lâche-t-elle dans un souffle, avant de rire nerveusement.


Lorsqu'elle ouvre les yeux, deux billes bleues brillantes l'observent. Mikasa détourne le regard parce qu'elle ne sait pas où se mettre, honteuse de lui avoir cédé aussi désespérément.


Thomas retire ses mains de tout endroit dangereux puis se penche pour déposer un baiser au coin de ses lèvres. Mikasa sent que tout cela l'a faite transpirer et sentir sa poitrine toujours aussi pressée contre lui ne lui permet pas de se calmer complètement. Son esprit a déraillé, elle est partie ailleurs l'espace d'une seconde.


Le jeune homme ne peut pas le nier, c'est un sentiment de satisfaction et de puissance que de pouvoir la mettre dans cet état.


Une minute plus tard il la sent bouger à nouveau. Il baisse les yeux et remarque qu'elle essaye de reboutonner son pantalon, chose difficile tant elle tremble.


Thomas se saisit doucement de ses mains pour les retirer de là. Inquiète, Mikasa l'interroge du regard, elle a peur qu'il ne décide de la torturer à nouveau. Elle secoue la tête en signe de refus et ses doigts se crispent sur les draps.


Mais plus de peur que de mal, il prend juste l'initiative de remettre en place fermeture et ceinture. Quand elle baisse les yeux en comprenant son intention, il lui répond avec un grand sourire qui lui donne envie de lui donner un nouveau coup : il était bien conscient que ça lui ferait peur.




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