Ceux qui survivent

Chapitre 36 : Hors-la-loi

Par ShleyAsheila

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


La capuche rabattue sur la tête, Rosa guettait la route. Ses mains se cramponnaient à son fusil et elle tendait l’oreille, à l’affût du moindre bruit suspect. Les arbres de la forêt la dissimulaient des éventuels passants qui emprunteraient la route en contrebas. L’ensemble de l’escouade s’était répartie le long de la lisière, à quelques pas les uns des autres, assez proches pour pouvoir communiquer rapidement. Ils guettaient tous la même chose : le carrosse qui devait transporter leurs amis Eren et Historia, escortés par les Brigades Spéciales. Car tels étaient les ordres du major : finis les leurres, Dimo Reeves étant désormais leur allié, ils allaient livrer Eren et Historia aux Brigades Spéciales puis il leur faudrait les filer pour dénicher Rhodes Reiss, le patriarche et père biologique de la jeune fille. Car tous les indices suggéraient qu’il était derrière toute cette opération. Hypothèse confirmée par les deux soldats de la 1ère division capturés. Ils devaient atteindre Rhodes Reiss pour espérer obtenir des réponses sur leur monde, le pouvoir des titans et en savoir plus concernant la capacité de pétrification qu’Eren ne parvenait toujours pas à maîtriser. Grâce à cela, ils pourraient envisager reconquérir le mur Maria, reprendre leurs territoires perdus cinq ans plus tôt et, surtout, accéder à la cave du père d’Eren où des informations seraient dissimulées. Le Bataillon voulait en finir avec l’ignorance et l’obscurantisme une bonne fois pour toute. Mais le chemin semblait long et tortueux pour y parvenir. Rosa n’était absolument pas sûre qu’ils s’en sortiraient gagnants. Pourtant, elle espérait. Toujours. Parce qu’elle était comme ça : elle refusait de céder au désespoir. Elle voulait croire, même si on la traitait d’idéaliste. Elle voulait croire qu’il y avait une issue. 


Les heures s'égrènèrent dans un silence lourd.

Rosa dansait d’un pied sur l’autre, mal à l’aise dans l’attente. Elle souffla un peu, sentant ses membres s’engourdir. Elle avait besoin de marcher, de bouger. Mais ne pouvait s’autoriser à quitter son poste d’observation. Ils étaient tous logés à la même enseigne, écrasés par le poids de l’attente.

-Ça fait quand même longtemps que Dimo et ses hommes sont partis avec Eren et Historia, marmonna-t-elle. Qu’est-ce qu’ils foutent ? J’espère qu’ils ne nous ont pas foutu un plan…

-Non, coupa Livaï d’un ton sans emphase. Dimo est un homme de parole. Il est prêt à tout pour sauver Trost et son entreprise. Il a décidé de parier sur nous parce que notre destin incertain reste tout de même préférable à la peur permanente des Brigades Spéciales. Il a fait exactement ce qu’on lui a demandé de faire.

-Alors pourquoi est-ce qu’on ne voit toujours pas passer le carrosse ? C’est pourtant Dimo qui a établi l’itinéraire pour rallier Stohess puis la capitale.

-Il a dû se passer quelque chose. On attend encore un peu. Tant qu’on n’a pas un minimum d’information, on ne bouge pas.

Rosa souffla une nouvelle fois, visiblement impatiente.

-J’en peux plus de rester immobile, se plaignit-elle.

-Calme ton côté hyperactif, ordonna Livaï, et reste tranquille.

-J’suis pas hyperactive, marmonna-t-elle, un peu vexée.

-Tu tiens pas en place, surtout quand t’as aucun contrôle sur la situation, remarqua son supérieur.

Son ton n’était ni un reproche ni un encouragement. Seulement une constatation froide. Factuelle. Livaï ne prétendait jamais détenir de vérité ou mieux savoir que les autres ce qu’il fallait faire, comment il fallait se comporter. C’était ce que Rosa appréciait chez lui : l’absence de jugement de valeur et de leçons de morale tranchées. Sa remarque la fit néanmoins rougir, gênée d’avoir été percée à jour si promptement.

-C’est pas de l’hyperactivité, lâcha-t-elle dans un marmonnement vexé.

-Appelle ça comme tu veux. Mais apprends à lâcher prise. Tu ne peux pas toujours tout savoir et tout contrôler. Notre vie n’est qu’une succession d’événements dans lesquels nous sommes souvent embarqués contre notre gré et auxquels on doit s’adapter sans tout comprendre. Fais-toi à cette idée.

Sans rien répondre, elle rentra quelque peu sa tête dans ses épaules.

Elle savait que Livaï n’avait pas tort. Ça ne servait à rien de se torturer avec des faits sur lesquels elle n’avait aucune prise. Elle devait accepter que certaines choses étaient. Et s’adapter.


Un bruit de sabots fit remonter le niveau d’attention et de vigilance de l’ensemble du groupe. 

Ce n’était pas un carrosse.

Mais un cavalier seul. Au début, ils ne le virent pas bien, les feuilles des arbres le cachant en partie. Il avançait au trot, visiblement à l’affût.

Rosa se recula imperceptiblement contre un arbre, se dissimulant davantage dans l’ombre. Elle ne savait pas si cette présence était amie ou ennemie. En attendant, mieux valait rester invisible, le temps de jauger. 

A côté d’elle, Livaï plissa les yeux, se pencha légèrement en avant pour mieux voir. Le cavalier cherchait quelqu’un -ou quelque chose. Quand son cheval avança sur la route et que Livaï put le distinguer plus distinctement, il lâcha un : 

-C’est bon.

Ces simples mots firent retomber la tension. Avant même que Rosa ne sorte de sa planque derrière son arbre, son supérieur avant fait deux pas en avant, à la limite du talus qui surplombait la route. Il adressa un geste au cavalier lequel les rejoignit.

-Romilda, quelle surprise, lâcha-t-il d’un ton qui démentait ses propos.

Rosa s’avança et sourit à sa mère, bien que dans son regard flottaient toutes les questions : que se passe-t-il ? Pourquoi es-tu là ? Est-ce vraiment sage que tu t’impliques davantage dans les activités du Bataillon avec ce que nous sommes en train de faire ?

-Livaï, j’ai une mauvaise nouvelle, commença la femme. Dimo Reeves est mort. Deux de ses employés aussi. Erwin a été arrêté par les Brigades Spéciales, le meurtre de Reeves a été jeté sur les épaules du Bataillon.

-Ts, évidemment, c’est bien là leurs méthodes…

-C’est Hansi qui m’a envoyée. Parce qu’une civile passe davantage inaperçue. Et a priori, je ne suis pas encore soupçonnée de quoi que ce soit. Mais je ne vais pas m’attarder. Le Bataillon est en voie d’être démantelé. Ce n’est qu’une question de temps avant que les Brigades ne se rappellent mon existence et commencent à nouveau à s’intéresser à moi.

-Maman… commença Rosa, d’un ton inquiet.

-Ne t’en fais pas, je saurai gérer. Je suis là pour vous transmettre les dernières instructions d’Erwin : faites-vous discrets, vous n’avez plus aucune légitimité. Surveillez Stohess. Les hommes qui ont tué Dimo Reeves et emmené Eren et Historia y passeront sûrement pour rejoindre Rhodes Reiss. A présent, vous allez devoir agir dans l’ombre, comme des fugitifs. Faites attention à vous. 

-Et toi ? demanda Livaï après avoir jeté un coup d’oeil au visage inquiet de Rosa.

-Je vais faire profil bas moi aussi. Je vais reprendre ma vie d’avant. En laissant traîner mes oreilles et en maintenant mon réseau. Mais vu mon histoire et le fait que ma fille est sûrement déjà sur leur blacklist, je doute de pouvoir me déplacer comme bon me semble dorénavant. Désolée Livaï mais pour le coup, vous êtes seuls.

-Pas de souci. On gère.

Romilda hocha doucement la tête.

-Oui, je sais. Prends soin d’eux, hein ? A présent, votre seule chance de vous en sortir, c’est de continuer à aller de l’avant. Plus de marche arrière possible. Vous devez faire aboutir le renversement du gouvernement. Ou l'entièreté du Bataillon sera broyée.

Livaï hocha à son tour la tête.

Les paroles de Romilda résonnèrent en chacun d’eux.

Comme l’avait dit Eren quelques jours plus tôt, ils n’avaient plus le luxe des demi-mesures. Et à cet instant plus qu’à un autre, Rosa comprit qu’ils n’avaient plus non plus le luxe de s’interroger sur leur morale. Ils devaient survivre. Et pour cela, ils devaient mener leur révolution jusqu’au bout. Même si cela impliquait des sacrifices et des mains tâchées de sang. Aucun d’eux n’avait été préparé à cette éventualité. Mais tous avaient plus ou moins conscience qu’ils ne pouvaient y échapper.


***

-Putain, sérieusement, ils devraient apprendre à dessiner.

Jean lança à Rosa un regard désapprobateur : 

-Y’a vraiment que ça qui te préoccupe ? demanda-t-il en agitant sous son nez une feuille de papier. Cet avis signe définitivement le démantèlement du Bataillon et notre statut de fugitifs hors-la-loi.

Il tenait entre les mains un avis de recherche qui circulait depuis la veille dans Stohess. Il était mentionné que Livaï et toute son escouade étaient persona-non-grata, terroristes activement recherchés et potentiels dangers pour la population. Le texte disait que le Bataillon s’était rendu coupable du meurtre de trois civils, que le major avait été arrêté pour être jugé et que tous les membres devaient être emprisonnés de façon préventive.

-Il n’empêche, reprit Rosa en pointant du doigt le dessin qui accompagnait le texte, ils savent vraiment pas dessiner. Regardez la tronche qu’ils ont faite à Livaï. J’suis sûre lui-même ne se reconnaîtrait pas. 

Jean secoua la tête avec un petit rire incrédule : 

-T’es vraiment trop bizarre. On est à deux pas de l’échafaud et tu rumines pour des détails comme ça. Mais bon, j’t’aime bien quand même.

-Je dis juste que leur avis de recherche aurait quand même était plus classe s’ils avaient mieux dessiné le caporal-chef. Mais bon, après, moi, je m’en fous et je pense que lui aussi. 

-Vous laissez pas distraire, rappela Armin. On a une mission à accomplir.

-Ouais, renchérit Sasha. Ce drôle de corbillard était quand même sacrément suspect. Je suis sûre que c’est là-dedans que sont transportés Eren et Historia.

Les membres de l’escouade Livaï avaient dissimulé leur uniforme et équipement sous de longues capes. Ils tentaient de se faire discrets dans les rues de Stohess. Ils avaient fait une halte au niveau d’un abri accessible à tous pour nourrir leurs chevaux. Une structure ouverte sur trois côtés, offrant uniquement un toit de bois et quelques barrières où attacher les montures le temps de s’en occuper. La rue était calme, peu de monde y passait. L’activité était davantage concentrée sur la grosse artère perpendiculaire, où Jean avait récupéré le tract.

-Ils avaient l’air d’être plusieurs à escorter ce drôle de corbillard, fit remarquer Rosa, songeuse. S’il y a vraiment Eren et Historia là-dedans, les types qui les escortent sont des militaires de la Brigade Spéciale. Ils ne nous laisseront pas récupérer nos amis comme ça. On va devoir… se battre.

-Franchement, je sais pas si j’arriverai à tuer des gens, reconnut Jean en fixant le sol. 

-Ouais, pareil, affirma Conny.

-Je m’étais pas engagé dans le Bataillon pour faire partie d’une bande de truands, continua Jean. A la base, le but c’était de tout donner pour le salut de l’humanité.

-Alors que fait-on de ceux qui, visiblement, défendent les pontes qui n’ont aucune intention de tout donner pour le salut de l’humanité ? demanda doucement Rosa. Si on ne se bat pas et qu’on laisse faire, qu’on les laisse nous écraser et nous pendre haut et court… est-ce qu’on aura œuvré pour le salut de l’humanité ?

Ses questions restèrent en suspens. Ses amis fixèrent chacun un point fixe sur le sol ou dans le lointain. 

-Je… je n’ai pas plus envie que vous de prendre des vies, souffla-t-elle. Mais si on ne le fait pas… est-ce que les conséquences ne peuvent pas être pires ?

Elle ferma les yeux quelques secondes, déglutit. 

-Est-ce que c’est ce genre de dilemme que tu te posais tous les jours ? murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour ses amis.

Ses amis comprirent cependant ses propos. Et aucun d’eux ne renchérit. Ils la regardèrent avec une certaine pointe de compassion. Tous savaient. Tous comprenaient. Ils savaient qu’à cet instant, elle pensait à Reiner car elle restait persuadée qu’il ne les avait pas sacrifiés par gaieté de cœur mais parce qu’il estimait qu’il fallait qu’il le fasse. Parce que s’il ne le faisait pas, les conséquences pouvaient être pires que s’il le faisait.

D’un air crispé, elle porta son poing fermé sur son front. Comme si elle réfléchissait intensément.

Elle n’avait jamais pensé qu’elle se retrouverait un jour confrontée à un dilemme de ce genre. Et pourtant aujourd’hui, elle n’avait pas d’autre choix que d’y faire face.

-Et puis, reprit-elle d’une voix un peu plus forte, levant les yeux sur ses amis, on va pas se mentir, j’ai vraiment pas envie de mourir. Alors si ça doit être nous ou les autres… je crois que je nous défendrai toujours.

-Oui, soutint Mikasa. Pour nous, pour sauver Eren, je suis prête à tout. Il est temps d’arrêter de nous cacher, d’arrêter de laisser ce nabot et Hansi accomplir tout le sale boulot. Faisons ce qu’il faut pour secourir nos amis. C’est Eren, le salut de l’humanité.


Quelques minutes plus tard, ils remontèrent tous en selle.

Armin attela deux chevaux à un chariot. Il avait pour mission de prendre l’étrange corbillard en filature par les rues, tandis que Livaï devait le surveiller depuis les toits. Cependant, ils n’eurent pas le temps de mettre en branle le plan élaboré car Sasha poussa un cri : 

-Des coups de feu ! 

-Merde, jura Rosa.

-Le caporal a dû se faire repérer, comprit Armin. On s’en tient au plan. On fait comme prévu.

Il adressa à ses amis un hochement de tête décidé avant de lancer les chevaux au petit trot, en quête du corbillard qu’il devait filer.

Leur discussion précédente résonnait toujours en chacun d’eux. Aucun, même Rosa malgré ses déclarations, n’était sûr de la position qu’il tiendrait le moment venu. Sauraient-ils sacrifier une part de leur humanité en ôtant la vie à d’autres humains au motif qu’ils se battaient pour deux idéaux différents ? Eux, qui avaient toujours été entraînés à combattre du différent -des monstres a priori sans conscience, sans sentiment, sans émotion- sauraient-ils affronter du semblable ?

Les jeunes soldats firent avancer leurs chevaux tandis que Sasha continuait de tendre l’oreille. Rosa avait perçu un coup de feu lointain mais n’entendait plus rien. Par contre, son amie affirmait que les bruits se rapprochaient et que ça sentait mauvais pour leur plan.

-Voilà le corbillard ! s’exclama soudainement Mikasa en voyant un carrosse passer dans une rue adjacente.

Armin suivait par une voie parallèle.

Mais subitement, des ombres volantes firent irruption dans leur champ de vision. Des soldats qui évoluaient à l’aide d’un équipement tridimensionnel. Seulement, Rosa nota au premier coup d'œil que le leur était différent : ils n’étaient pas armés de lames mais de pistolet. 

Derrière eux, Livaï, le visage couvert de sang, s’élançait.

-Attention ! cria Rosa en voyant un homme se retourner vers le caporal-chef et tirer.

Livaï esquiva habilement la balle et descendit son adversaire sans hésitation. Sa lame s’abattit sur son corps, trancha la chair qui s’ouvrit en deux. Rosa regarda la scène avec des yeux effarés, retenant un hoquet de dégoût. 

-Oubliez le corbillard, clama le caporal-chef en se posant sur le charriot conduit par Armin. On est grillés sur toute la ligne.

-Alors quoi ? demanda Mikasa. On abandonne Eren et Historia ?

-Exactement. Les Brigades se servent d’eux comme d’appâts. Si on continue à jouer leur jeu, ils vont tous nous descendre. Ils ont déjà descendu les trois soldats de l’escouade d’Hansi qui étaient avec moi sur le toit…

La révélation sonna dure et froide. Rosa songea à ce qu’elle avait dit : si ça doit être eux ou nous, je ferai tout pour nous défendre. Clairement, le camp adverse n’avait pas de scrupule à prendre des vies humaines. Elle avait donc conscience que si eux hésitaient, ils ne feraient pas long feu. Elle détestait cette idée. Mais ne voyait pas d’autre issue.

Sans perdre de temps, Livaï distribua des ordres clairs et concis : Armin devait trouver le chemin le plus court pour rallier les plaines et les faire sortir de la ville. Sasha et Conny s’occuperaient des chevaux. Jean devait s’armer d’un fusil et grimper dans le charriot. Rosa, Mikasa et lui couvriraient leurs arrières. Il ne demanda l’avis de personne et personne ne trouva opportun d’émettre de quelconques récriminations. 

Rosa jeta un coup d'œil à son amie avec qui elle était censée couvrir leurs autres camarades. Elle savait pertinemment qu’être à ce poste impliquait d'affronter directement les membres des Brigades Spéciales. Faire taire toute morale pour assurer la survie du groupe. Le regard déterminé et froid de Mikasa lui indiqua qu’elle était prête à ce sacrifice. Elle repensa à ce qu’elle avait dit plus tôt et hocha la tête, comme un assentiment envers elle-même. Si c’est eux ou nous, je nous défendrai toujours.

-Butez-les dès que vous en avez l’occasion, ordonna Livaï d’un ton sec. Compris ?

-Compris, répondirent Mikasa et Rosa d’une même voix.

Jean resta silencieux, le regard incertain. Mais la jeune fille n’eut pas le temps de s’arrêter sur les états d’âme de son ami. Car elle s’élança, à l’aide de son équipement, en direction de leurs poursuivants, lames sorties. Habilement, elle évita un tir dont la balle siffla près de son oreille. Elle sentit son sang se figer -elle ne connaissait pas cette sensation de se faire tirer dessus. Elle connaissait la peur des énormes mâchoires de titan, des mains gigantesques qui vous saisissent et vous broient. Mais pas celle des armes à feu pointées dans sa direction. Elle ne se figea cependant pas. Inspirant profondément, elle eut l’impression de souffler sur les braises de son feu intérieur. Qui s’embrasa aussitôt. Elle ne combattait plus des titans. Mais voulait toujours autant survivre. 

Sa lame décrivit un arc de cercle et entailla la gorge de l’homme qui lui avait tiré dessus et l’avait loupée à deux reprises.

Le sang jaillit instantanément.

Chaud.

Bouillonnant.

Poisseux.

Terriblement humain.

L’adrénaline et le rappel de sa mission lui permirent de ne pas s'appesantir dessus. Ne pas ressasser le fait qu’elle venait de tuer son premier être humain et que ça n’avait rien de glorieux. Que ce sang qui poissait sa cape, elle l’avait elle-même fait couler. 

Elle n’eut pas le temps de s’arrêter car un autre homme la prit pour cible. Désengageant son grappin gauche, elle tenta une attaque osée mais qui fut couronnée de succès : son torse fut perforé par le grappin avant qu’il n’ait pu tirer et son corps chuta lourdement sur un toit. Vive, elle entreprit de relancer son câble pour s’arrimer à nouveau à un bâtiment et retrouver son équilibre dans les airs.

Elle avait l’impression d’être une funambule du chaos.

Un ange de la mort. 

Elle dansait dans l’air pour prendre des vies. Elle tranchait au fil de sa lame, ouvrait les chairs avant qu’on ne fasse de même avec elle. Un homme, qui l’avait loupée et s’était rapproché, lui envoya un coup de crosse dans le visage. Elle cria, faillit perdre l’équilibre précaire qu’elle maintenait à l’aide de ses câbles. L’homme profita de sa déstabilisation pour recharger ses armes. Avant de pousser à son tour un cri quand Livaï trancha la chair de son dos. Gémissant, il alla s’écrouler en contrebas. Rosa regarda son supérieur avec un air de gratitude. 

Tout lui paraissait absurde.

Cette fuite en avant.

Ces morts.

Ce sang. Tout ce sang. Ce sang chaud, presque vivant, annonce des morts qui s’étalaient en contrebas.

Soudainement, le cri de Mikasa lui rappela pourquoi elle faisait tout ça.

-Jean ! hurla la jeune fille.

Avec effroi, Rosa constata qu’une soldate était parvenue à passer leur barrage et s’était précipitée vers le chariot. Un combat s’en était suivi, elle s’était retrouvée maîtrisée. Jean avait eu un instant d’hésitation, fusil levé. La seconde de trop qui lui avait permis de reprendre le contrôle et braquer son arme sur le jeune homme.

Mikasa se précipita, lame levée, pourtant consciente que si la femme tirait, elle n’arriverait jamais à temps.

Le coup partit.

Assourdissant.

Et le corps de la femme bascula tandis qu’Armin, les yeux écarquillés, pointait toujours le pistolet avec lequel il avait tiré.

Le souffle de Rosa se bloqua.

A la fois le soulagement que Jean soit toujours en vie.

L’inquiétude vive pour Armin, qui, contrairement à Mikasa et elle, n’avait jamais dit être prêt à un tel acte.

Mais il n’y avait pas le temps de s’apitoyer. Ils devaient maintenir le cap. Jusqu’à quitter cette ville sans se faire tous descendre.

L’adrénaline du moment et la volonté folle de survivre leur permettait de mettre de côté leurs atermoiements moraux et leurs remises en question. Du moins jusqu’à ce que tout redescende.




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés