Ceux qui survivent

Chapitre 39 : Lignée et destinée

Par ShleyAsheila

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Rosa inspira profondément. La nuit était douce et claire. Les étoiles scintillaient au-dessus de sa tête. Elle avait l’impression qu’une éternité s’était écoulée depuis le moment où elle avait cru finir écrasée dans une chapelle souterraine. 

Conformément aux ordres d’Erwin, ils avaient chevauché jusqu’au district le plus proche -celui d’Orvud. C’était là que le Bataillon s’était préparé à arrêter le gigantesque titan de Rhodes Reiss. Les soldats de la Garnison sur place les avaient regardés avec circonspection mais n’avaient eu d’autre choix que de croire en eux face à la menace imminente et à l’inutilité de leurs canons pour l’abattre.

Contre toute attente, Eren et Historia s’étaient rapidement remis de leur enlèvement et virée sous contrainte dans la chapelle souterraine. Il était entendu qu’après s’être débarrassé de Rhodes Reiss et avoir sécurisé de nouveau les murs, Historia monterait sur le trône comme elle s’était préparée à le faire depuis que Livaï lui avait forcé la main. Rosa n’était toujours pas persuadée que cette décision était juste vis-à-vis de son amie. Elle estimait qu’Historia méritait d’avoir enfin le droit de choisir son destin en fonction de ses désirs et non de son sang. Mais la jeune blonde n’avait pas contesté son devoir et semblait plus déterminée que jamais à l’accomplir.

Les événements s’étaient déroulés conformément au plan d’Erwin. Le Bataillon, avec l’aide d’Eren sous sa forme de titan, était parvenu à éliminer Rhodes Reiss sans avoir à déplorer de pertes dans leurs rangs ou chez les civils. 

A présent que la menace avait été maîtrisée, Rosa sentait comme un poids quitter ses épaules. Elle avait du mal à réaliser tout ce par quoi elle était passé ces derniers jours : un coup d’Etat réussi, un sauvetage in-extremis, des révélations et des hypothèses plus absurdes les unes que les autres -manger pour acquérir les pouvoirs d’un titan, les murs possiblement totalement composés de Colossaux, les théories confirmées de sa mère et son père sur le pouvoir de la famille royale concernant l’effacement de la mémoire…

Elle soupira en faisant quelques pas dans les rues qui avaient retrouvé leur calme.

Le couronnement d’Historia était prévu dans deux jours à la capitale. Rosa avait le sentiment que cela allait changeait beaucoup de choses, tant pour son amie que pour le Bataillon. Ce dernier cesserait d’être dans le collimateur des autorités centrales et aurait enfin une chance de mener les expéditions comme il l’entendait. Elle pensa aussi à sa mère. Sans doute que la nouvelle du coup d’Etat réussi lui était parvenu. Et qu’elle avait compris, elle aussi, ce que cela signifiait : fini le temps où elle devait sans cesse regarder par-dessus son épaule, se faire discrète et agir dans l’ombre pour ne pas éveiller les Brigades Centrales. 


Alors qu’elle avançait dans la nuit, Rosa s’arrêta soudain en remarquant une silhouette assise sur un muret. Elle ne mit pas longtemps à le reconnaître. Il avait quitté Orvud peu de temps après leur victoire sur le titan de Rhodes Reiss, accompagné de quelques autres soldats. Elle ne l’avait pas revu. Elle s’approcha d’un pas décidé. Elle ne tenta pas de se faire discrète, aussi, elle était sûre qu’il l’avait entendue arriver. Mais il ne bougea pas, ne lui lança pas un regard dans l’obscurité. 

-Alors, caporal-chef, commença-t-elle en arrivant à sa hauteur. J’ai cru que vous aviez déserté. 

-Ts, raconte pas n’importe quoi.

Sans lui demander son autorisation, elle s’assit sur le muret à côté de lui.

-Ca ne vous ressemble pas, cette attitude de poète pensif.

-Qu’est-ce que tu racontes ? grogna-t-il.

-Bah vous savez, le poète solitaire dans la nuit, assis à contempler les étoiles en laissant divaguer ses pensées vers… généralement c’est vers sa belle parce que tous les poètes pensifs et solitaires sont romantiques.

-T’es insupportable.

Il n’y avait cependant pas de réelle amertume dans la voix de Livaï. Rosa ne s’en offusqua pas. Elle avait fini par s’habituer au côté très maîtrisé voire froid de son supérieur. Ce qui lui accordait une aura plutôt intimidante. Mais à force de le côtoyer ces derniers mois, elle avait compris qu’il restait quelqu’un de loyal et profondément attentionné envers les siens.

-Plus sérieusement, reprit-elle après quelques secondes de silence, vous êtes sûr d’aller bien ? Poète romantique ou pas, vous voir là, pensif, dans la nuit, ça ne vous ressemble pas.

Elle l’entendit soupirer dans la nuit. Comme excédé. Mais il ne lui fit pas signe de partir et n’esquissa pas non plus la moindre intention de quitter ce muret.

-Alors ce qu’on dit sur toi est vrai, commença-t-il sans la regarder.

-Quoi ?

-Que tu te mêles toujours des affaires des autres.

-Hein ? Mais non !

Elle rougit dans la nuit. Elle ne s’était jamais vue comme une personne particulièrement intrusive. Même si elle devait reconnaître avoir souvent tendance à poser des questions, surtout quand elle avait l’impression que quelqu’un n’allait pas bien. Elle n’avait jamais pensé que ça puisse porter préjudice. 

-Hyperactive et fouineuse, soupira Livaï en levant les yeux vers le ciel. Qu’est-ce qu’on m’a foutu dans mon escouade.

-J’suis pas hyperactive et fouineuse ! se défendit Rosa avec une grimace. Je suis juste… attentive. Parce que je m’inquiète pour les gens qui comptent. Et… ouais d’accord peut-être un peu hyperactive parfois, quand je perds le contrôle. Mais c’est pas…

-Ts.

Ce simple son la fit taire et elle grommela quelques sons incompréhensibles en regardant ses bottes. Puis finalement, elle se dit que c’était peut-être une mauvaise idée d’agir avec le caporal-chef comme elle aurait agi avec ses autres camarades -à s’enquérir de leur état et leur faire un pat-pat réconfortant sur la tête. Alors elle descendit du muret, résolue à laisser son supérieur seul avec la nuit et les étoiles. Alors qu’elle faisait un pas pour s’éloigner, la voix de Livaï résonna dans l’obscurité : 

-Il paraît que je suis un Ackerman.

Elle se figea. Elle eut l’impression qu’une éternité s’était écoulée avant qu’elle ne se retourne lentement. Elle plissa les yeux, scrutant la silhouette immobile de Livaï dans la nuit. Il ne la regardait pas. Il semblait fixer un point lointain.

-Un Ackerman ? répéta Rosa. Comment vous savez ?

-Ce foutu Kenny… c’était le frère de ma mère.

-Ah.

Rosa ne sut pas quoi dire d’autre sur le coup.

-Votre oncle, alors, reprit-elle, se sentant aussitôt idiote d’avancer une évidence aussi… évidente.

-Ouais.

Livaï ne sembla pas se formaliser de la remarque qui n’apportait rien. 

-D’accord, se contenta de dire Rosa en hochant doucement la tête. Alors… bienvenue dans la famille des persécutés, je suppose.

-Ts. On n’est pas une famille. 

Elle haussa les épaules : 

-Pas vraiment. Mais on peut choisir de l’être. Comme le Bataillon. On est une large famille au-delà des liens de sang.

Le regard de Rosa lâcha la silhouette du caporal-chef et se perdit dans la contemplation de quelques maisons plongées dans l’obscurité. Leurs habitants devaient dormir à cette heure. Soulagés que l’alerte titan du matin ait été contenue. Reprenant leur vie comme avant. Tandis qu’eux, au sein du Bataillon, sentaient que rien n’était comme avant. Rien ne le serait. Ils continuaient d’avancer. Coûte que coûte. 

Soudainement, Rosa repensa à une conversation qu’elle avait eue avec Mikasa. Dans la cuisine de Betty. Le lendemain du récit de Romilda. Lorsqu’elle leur avait expliqué les hypothèses concernant les persécutions des Ackerman. 

-Est-ce que… commença-t-elle hésitante, vous aussi, vous ressentez une sorte de… d’étincelle, de feu qui vous porte et décuple votre énergie quand vous devez combattre ?

Cette fois-ci, Livaï la regarda. Elle sentait le poids de son attention sur ses épaules. 

-Kenny a connu quelque chose de similaire. Et moi aussi.

-Ah. Alors je suppose que c’est commun… parce que Mikasa et moi aussi. Quand on est en danger. Quand on doit survivre. C’est… à la fois terrifiant et exaltant.

Le caporal-chef hocha doucement la tête sans répondre. Ce n’était pas un homme de beaucoup de mots. Mais il comprenait. Et dans la tête de Rosa, des pièces de puzzle s’agençaient. 

Ackerman n’était pas qu’un nom.

C’était une histoire.

C’était une lignée.

C’était une force qu’elle apprenait toujours un peu plus à exploiter. Elle était impressionnée de voir à quel point son supérieur maîtrisait la sienne. Elle savait qu’elle était loin de son niveau et ne l’atteindrait peut-être jamais. Ce n’était, d’ailleurs, pas son but. Elle ne se comparait pas à Livaï ou à Mikasa. Mais elle était heureuse de savoir que ces fourmillements étranges, que ce feu chaotique qu’elle ressentait parfois n’était pas un cas isolé.

Après plusieurs minutes de silence, Rosa tourna à nouveau les talons et commença à s’éloigner pour de vrai. Elle se fendit cependant d’un dernier : 

-Livaï Ackerman, alors ? C’pas trop mal, comme nom. Vous allez faire encore plus peur qu’avant.

Elle crut entendre un petit reniflement trahissant un léger rire amusé.

Mais peut-être qu’elle se trompait.

Livaï riait rarement. 


***

La journée qui venait de s’écouler avait été occupée par le voyage vers la capitale et l’installation d’Historia au sein du bâtiment royal. Le lendemain devait avoir lieu son couronnement, qui marquerait officiellement le nouveau tournant que prenait l’humanité. Désormais dirigé par une reine qui connaissait son peuple, qui s’était battue pour lui et avait vécu comme lui. Bâtarde de naissance, elle avait le mérite d’avoir grandi dans une ferme et non biberonnée au lait aristocratique. Les citoyens pouvaient donc plus facilement s’identifier à elle et Historia marquait déjà son envie de régner avec justesse et transparence. Elle voulait se défaire de ses liens familiaux et marquer une rupture avec ce qui avait gouverné l’humanité depuis plus de cent ans, c’est-à-dire le mensonge, la dissimulation et le seul intérêt propre des aristocrates. 

A sa demande, ses camarades avaient pu rester à ses côté tandis qu’on l’installait dans le palais royal. Rosa avait senti qu’elle était tendue. Qui ne l’aurait pas été à sa place ? Gamine élevée dans une ferme sans amour parental, manquant de peu de se faire exécuter par les brigades centrales puis envoyées à la brigade d’entraînement en échange de sa vie, soldate ayant rejoint le Bataillon et risqué sa vie plus d’une fois, voilà qu’elle était désormais reine en devenir avec toutes les responsabilités que cela imposait.

Historia avait passé l’après-midi entourée de gens qu’elle ne connaissait pas, à écouter comment se déroulerait le couronnement du lendemain et l’étiquette qu’elle devait absolument suivre pour ne pas rompre trop brutalement les traditions et rassurer le peuple. Puis elle avait dû passer aux essayages de robes et de coiffure, afin d’être fin prête pour le grand jour.

Pendant ce temps-là, ses autres camarades avaient été accueillis dans un vaste salon de thé où ils étaient invités à patienter.


-C’est absolument dingue, fit remarquer Eren, assis dans un vaste sofa. Dire que pendant tout ce temps, on a côtoyé la reine légitime.

-Historia elle-même ne le savait pas, rappela Armin.

-Et elle restera Historia, convint Rosa en hochant doucement la tête. Reine ou pas, elle sera toujours pour nous cette camarade aux côtés de qui on a combattu.

-Celle qui m’a donné du pain alors que Shadis l’avait défendu ! s’exclama Sasha, une étincelle de vaste reconnaissance dans le regard.

-Celle qui s’occupait de tout le monde quand on n’allait pas bien, ajouta Conny avec un sourire. Elle a toujours joué la bonne samaritaine. 

-Pas faux, reconnut Rosa. Elle a toujours fait passer les autres avant elle. Et aujourd’hui encore…

Elle s’interrompit, le regard dans le vague. Mais elle n’avait pas besoin de poursuivre. Ses amis savaient. Comprenaient.

Aujourd’hui encore, elle se sacrifiait d’une certaine façon pour assurer la pérennité de l’humanité et permettre sa potentielle victoire.


Le soir, après le dîner, Rosa se retrouva en compagnie de son amie. Accoudées à un balcon, elles regardaient le soleil se coucher.

Historia avait laissé ses cheveux blonds lâchés dans son dos et était vêtue d’une simple robe blanche et de sandales plates. Rien d’extravagant. Rien de clinquant. Mais cette simplicité lui allait bien. La douceur de ses traits ressortaient davantage dans cette modestie. La lueur rouge-orangée du soleil couchant venait caresser son visage et illuminait ses yeux d’une clarté presque hypnotique.

En la regardant du coin de l'œil, Rosa se dit avec un sourire amusé qu’elle comprenait pourquoi les mecs de leur promotion avaient tous eu tendance, à un moment ou à un autre, à baver un peu devant elle. Mais elle savait aussi qu’Historia n’y avait jamais fait attention. Une seule personne avait retenu son attention -Ymir. 

-Tu as peur, pour demain ? demanda doucement Rosa.

-Un peu, oui. C’est… impressionnant. Effrayant, même, d’une certaine façon. Parce que ça devient réel. Je vais réellement devenir reine, tu te rends compte ? 

-C’est vraiment ce que tu veux ?

Elles ne se regardaient pas. Accoudées, côte à côte, les yeux perdus sur l’horizon. Historia ne répondit pas de suite.

-Ce que je veux, c’est que l’humanité survive. Et gagne face aux titans. Pendant cent ans, on a été soumis, enfermés derrière ces murs et derrière la peur. Aujourd’hui, pour la première fois, on a un espoir. On a enchaîné plusieurs victoires, même si elles ont coûté des vies. On fait de nouvelles découvertes concernant les titans. Alors si pour que l’humanité triomphe on doit faire tomber un gouvernement en me mettant reine à la place du roi, je l’accepte.

Rosa hocha doucement la tête, pensive.

-Alors tu te soumets mais tu y trouves aussi ton compte, c’est ça ?

-On peut voir ça comme ça, oui.

-D’accord. Ça me va. Si tu choisis cette option parce qu’elle peut t’apporter et non parce que tu penses que tu n’as pas le choix, ça me va. Souviens-toi de notre promesse.

-Je n’ai pas oublié, rassura Historia avec un sourire. Je vivrai pleinement, comme Ymir l’aurait souhaité. Je garderai la tête haute et j’avancerai. Et toi, tu arrêteras de te mentir à toi-même et à tes sentiments. Peu importe ce qu’en pensent les gens.

-Ouais, c’est ça, confirma Rosa tandis qu’un sourire venait aussi se dessiner sur ses lèvres.

Elles restèrent encore quelques minutes silencieuses, côte à côte. Le soleil avait presque disparu à l’horizon. L’obscurité s’installait. Le visage précédemment illuminé d’Historia commençait à se fondre dans les ombres. Mais la douceur demeurait.

-Tu as peur de l’avenir ? demanda subitement la jeune blonde.

-Peur ?

-Oui. De… ce qui nous reste à affronter. De… ce qui peut se passer. 

-Peut-être. Un peu. Qui n’aurait pas peur ? On plonge en plein dans l’inconnu. Comme souvent.

Historia acquiesça silencieusement. 

Alors que la nuit enveloppait désormais toute la capitale royale, elle se risqua à une nouvelle question : 

-Tu crois que tu reverras Reiner ?

-Tu crois que tu reverras Ymir ? renvoya Rosa d’une voix douce, sans la regarder.

-Je… ne sais pas. J’ai eu l’impression… la dernière fois… qu’elle me faisait ses adieux. Comme si elle savait ce qui l’attendait mais qu’elle y allait quand même. Je ne sais pas pourquoi… 

Ses épaules tremblèrent un peu tandis que ses doigts se crispaient sur la balustrade jusqu’à en faire blanchir ses jointures. Rosa posa sa main sur la sienne, en un geste de réconfort muet.

-Et toi ? reprit Historia, levant la tête vers son amie.

-Je crois que je le reverrai. Je crois qu’il n’en a pas encore fini avec nous. Parce qu’Eren est toujours là et que Bertolt et lui semblaient déterminés à l’emmener. Je ne sais pas exactement quelle valeur il a pour eux mais ils retenteront si l’occasion se présente.

-Alors vous serez ennemis ?

-On le sera peut-être toujours…

-Comment tu fais ? Comment tu concilies tout ça ? Comment tu… comment tu fais pour aimer tout en te disant que vous serez peut-être toujours ennemis ? Et en restant si calme, en plus.

Rosa eut un rire nerveux : 

-Je fais semblant. Je me persuade que je gère parce que je n’y pense pas. Pas vraiment. Ces dernières semaines n’ont pas été de tout repos, on a manqué de finir pendus au bout d’une corde, ça aide à ne pas penser à tout ça. 

Elle déglutit, ferma les yeux quelque secondes avant de reprendre : 

-En vrai, j’ai l’impression que si j’y réfléchis trop, mon cerveau va exploser. C’est tellement de dissonance cognitive à gérer que je préfère l’enterrer tant que je ne suis pas encore obligée d’y penser.

-D’accord, je comprends. Désolée de t’avoir posé la question.

Se rapprochant légèrement de son amie, Rosa colla son épaule à la sienne et murmura : 

-C’est pas grave. Tu ne fais qu’anticiper. Parce que je sais qu’il va falloir que je me confronte à moi-même et que je me demande sérieusement comment je vais pouvoir gérer tout ça. 

-Si jamais je peux t’aider d’une manière ou d’une autre, tu peux compter sur moi. D’une certaine façon, toi aussi tu m’as aidée. Tu te rappelles, en haut du mur. Quand tu m’as prise dans tes bras pendant que je pleurais. Et que tu m’a dis que demain viendra. Ça m'a donné la force d’avancer. 

Rosa eut un sourire tendre dans la nuit. Quelques mois auparavant, elle n’aurait jamais pensé qu’elle puisse se rapprocher autant d’Historia. Elle était gentille, attentive mais parfois un peu mièvre à son goût et trop parfaite. Mais la douleur les avait attirées l’une vers l’autre et la voir se débattre à la recherche de sa propre réelle identité -Christa ou Historia, quelle part de vérité en chacune- l’avait touchée. Elle avait compris qu’elle n’était pas mièvre. Elle cherchait simplement sa place.

La main toujours posée sur celle de son amie, Rosa se prit à contempler, une fois encore, la beauté du ciel étoilé. Ce dernier était si calme. Si paisible. C’était une parenthèse. Un espace de respiration. 

-Tu sais, reprit la jeune Ackerman après un long moment, je suis persuadée que Reiner a eu un crush sur toi à un moment. Comme tout le monde, en fait.

-Qu’est-ce que tu racontes ? répliqua Historia dans un demi-rire.

-J’sais pas… tu sais, quand tu nous as sauvés lors de notre première expédition. Quand t’es apparue comme une déesse avec deux chevaux en plus alors qu’on était dans un situation catastrophique. T’aurais vu comment il t’a regardée.

La jeune blonde se redressa, quittant son appui sur la balustrade et tourna tout son corps vers Rosa. Celle-ci, toujours absorbée dans la contemplation du ciel, un léger sourire amusé aux lèvres, sentit son mouvement et se tourna à son tour. 

-Mais avec toi, commença Historia, c’était différent. Moi c’est peut-être juste parce que j’ai été gentille, comme avec tout le monde. Parce que Christa était cette bonne fée qui se disait qu’elle devait prendre soin de tout le monde. Mais toi… toi c’était plus profond. Moins superficiel. Toi… c’est plus que ça. Ça se voyait. Je te l’ai dit, tu étais son espace sûr. Vous aviez un lien profond et s’il t’a laissée derrière lui, je suis sûre que ce n’était pas sans regret. Ça n'a rien à voir avec un crush superficiel.

Rosa eut un petit rire clair et, dans un geste spontané, étreignit doucement son amie.

-Finalement, murmura-t-elle, qui pourrait ne pas avoir de crush sur toi ?

Historia répondit dans un autre rire clair : 

-Tu racontes vraiment n’importe quoi. Mais je suis heureuse de t’avoir pour amie.

-Oui. Moi aussi. 

Et dans cette nuit calme, veille d’un couronnement important, un souffle de sororité fit bruisser les cheveux de ces deux jeunes filles qui s’étreignaient.





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