Ceux qui survivent

Chapitre 63 : Changements et nouveautés

Par ShleyAsheila

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-On a développé ces nouvelles armes grâce à la technologie Mahr que nous ont apportée les mercenaires.

Réunis dans une vaste salle de réunion du QG, les soldats écoutaient Hansi qui leur présentait une nouvelle sorte de pistolet. Celui-ci différait de celui qu’utilisait la première division centrale et se rapprochait davantage du modèle classique des officiers Mahr.

-Son nouveau système permet de tirer plusieurs balles d’affilée, continua Hansi. Son poids est radicalement plus léger que ceux que nous avions récupérés après le démantèlement des brigades centrales. Il vous faudra vous entraîner à le prendre en main et à tirer avec. Nous travaillons également sur de nouveaux modèles pour les équipements tridimensionnels.

Un murmure parcourut l’assemblée. Si la venue de nouvelles armes inspirées de Mahr était attendue, l’idée qu’ils puissent optimiser leurs équipements tridimensionnels leur paraissait à la fois nouvelle et prometteuse.

-Ils devraient permettre une meilleure mobilité et une plus grande rapidité dans les déplacements. 


-Alors ça y est, murmura Jean. On est vraiment en train de se préparer à combattre d’autres êtres humains et non plus des titans. Ces pistolets servent clairement à ce dessein.

-Encore heureux, répondit Floch un peu brusquement. Et c’est pas trop tôt. On a eu de la chance que Mahr soit occupé ailleurs et qu’ils n’aient pas lancé de vastes offensives militaires sur Paradis. 

-De toutes les façons, répliqua doucement Armin, on n’aurait pas eu la technologie nécessaire pour développer ces armes avant l’arrivée des mercenaires et le matériel récupéré dans les différents navires que nous avons interceptés.

-Ça fait un an que les mercenaires ont débarqué ici, contra Floch. Hansi et les autres auraient dû se préoccuper de ces histoires d’armement plus tôt.

-Je suppose que c’est plus compliqué que ça, souffla Jean. Souviens-toi, on a déjà beaucoup galéré à obtenir la collaboration des ingénieurs Mahr -enfin, ceux qui ont enfin accepté de nous parler. On a eu besoin de leur savoir-faire pour reproduire aussi leurs armes. Obtenir leur coopération a pris du temps. 

-Moi j’ai surtout l’impression que les hauts-gradés ont mis du temps à prendre au sérieux la menace. 

-Ça ne sert à rien de refaire le passé, coupa Rosa, un peu agacée. Qu’ils aient lambiné ou que ça ait juste pris du temps, le résultat est le même. 

-Non, c’est pas la même chose, répondit Floch. S’ils ont lambiné, ça veut dire qu’ils ne se rendent pas compte de notre situation réelle. Donc qu’à l’avenir, ils continueront probablement comme ça. Et c’est pas en y allant mollement qu’on protègera Paradis.

-Ça veut dire quoi ? demanda Jean, en haussant un sourcil.

-Que notre état-major n’est clairement plus en phase avec la réalité. Qu’ils sont trop souples et trop attentistes. Alors qu’on a besoin de quelqu’un de plus ferme et intransigeant pour espérer nous tirer de là.

Rosa eut un petit ricanement et lui donna un coup de coude dans les côtes : 

-Tu soignes ta candidature à la succession d’Hansi ? Ou même de Zackley ? ironisa-t-elle. 

Il souffla en roulant des yeux : 

-T’en as pas marre de raconter n’importe quoi ?

-Oh, ça va, j’en sais rien, j’demande. T’as l’air d’avoir plein d’idées sur ce à quoi devrait ressembler l’armée aujourd’hui.

-Moi je pense qu’on doit maintenir cette position d’ouverture et de dialogue tant que c’est encore possible, murmura Armin.

Rosa hocha la tête pour signifier son assentiment. 

-Vous vous bercez d’illusions si vous pensez que c’est encore possible, répliqua Floch.

Les bras croisés, Jean observait d’un regard en coin la discussion entre ses trois camarades. Il n’était pas aussi radical que Floch mais devait reconnaître que la situation l’inquiétait et, surtout, qu’il n’avait pas l’impression que l’armée était prête à faire face à quoi que ce soit. Toute leur vie, ils s’étaient préparés à faire face à d’affreux titans et arracher de leurs mains gigantesques la liberté de l’humanité. Devoir soudainement affronter d’autres humains venus de contrées différentes, sur des terres au-delà de la mer changeait totalement leur paradigme. Cela demandait de revoir leurs croyances, leurs valeurs et ce pour quoi ils pensaient se battre. Jean concevait que cela soit difficile à envisager. Mais ils n’avaient clairement pas le luxe de rester les bras croisés à débattre sur des questions éthiques pendant que le reste du monde s’armait et menaçait d’écraser Paradis. 


-Enfin, conclut Hansi après avoir exposé les perspectives à venir concernant l’armement, il a également été décidé que le siège du Bataillon serait de nouveau localisé à Trost. A terme, le fort de Shiganshina servira aux futures brigades d’entraînement du sergent-instructeur Shadies. Le changement se fera petit à petit au cours des semaines suivantes. Nous vous donnerons plus d’informations pratiques en temps voulu.

-Shadies, répéta Rosa dans un murmure, ça rappelle des souvenirs.

-Ouais genre quand Sasha a dû courir jusqu’à en crever dès notre arrivée, répondit Jean avec un rictus.

-J’t’ai entendu ! s’exclama la jeune fille qui était séparée de son ami par Armin et Conny. Remue pas le couteau dans la plaie comme ça !

-Ou quand Mikasa a fait accuser Sasha du boucan que tu as causé avec Eren, ajouta Rosa avec un sourire malicieux.

-C’était affreux ! se souvint Sasha. Tellement injuste.

Ces quelques souvenirs avaient une couleur particulière : lumineuse. C’était les années d’insouciance. Ils en avaient bavé mais ils étaient encore loin de tout. Des titans. Puis de la vérité sur le vaste monde. Tous avaient leurs rêves et leurs espoirs encore intacts. 


Lorsqu’Hansi annonça la fin de la réunion, les soldats se dispersèrent. Un brouhaha suivit leur sortie de la vaste salle. La major avait annoncé une première session d’entraînement dès l’après-midi pour prendre en main les nouvelles armes. Livaï avait ajouté qu’ils n’avaient pas intérêt à se tourner les pouces.

-Eh ben, soupira Conny lorsqu’ils sortirent du quartier général, que de changements. 

-Ça va même peut-être un peu trop vite pour ton cerveau lent, ajouta Sasha d’un ton joueur.

Son ami la dévisagea un instant, l’air sérieux : 

-Si ça va trop vite pour moi, j’ose même pas imaginer ce que ça doit être pour toi.

-Hein ?!

-Ton cerveau est encore plus lent que le mien quand ça ne concerne pas la bouffe.

-Hein ?!

-Bah oui.

-Y’en a pas un pour rattraper l’autre, répliqua Jean faussement lassé. 

-En parlant de bouffe, lança soudainement Sasha, passant d’un sujet à l’autre en un saut de puce, j’espère qu’ils vont nous préparer un super truc pour ce midi pour qu’on soit prêts pour l’entraînement !

-Tu penses déjà à manger alors qu’on n’est que le matin ? soupira Jean.

-Il n’est jamais trop tôt pour penser aux futurs repas qui nous attendent ! 

-Bon et qu’en dit môssieur le futur commandant ? demanda Rosa d’un ton taquin, avançant les mains dans son dos d’un air faussement innocent.

Floch sursauta presque en sentant que la pique lui était personnellement destinée et son corps se tendit imperceptiblement.

-Tu parles de moi, là ? Tu sais très bien ce que j’en pense. 

-Hm… t’es pas satisfait de la lenteur à laquelle avancent les choses. Et le retour à Trost ?

-Pourquoi j’aurais un avis sur la question ? grogna-t-il.

-J’sais pas. Comme t’as souvent un avis sur tout.

Il soupira bruyamment.

Jean, qui avançait à la droite de Rosa, eut une moue dubitative avant de lancer un regard en coin à Conny et Sasha qui haussèrent subtilement les épaules. Il n’arrivait toujours pas à se dire que Rosa ne s’était pas réellement foutue de leur gueule quand elle leur avait annoncé que le type qui partageait certaines de ses nuits était Floch. Ils étaient tellement différents sur de nombreux points. Rosa était idéaliste, trop optimiste, toujours versée dans l’humanité des choses et des gens, parfois taquine et ironique. A l’inverse, Floch était terre-à-terre, soucieux, de plus en plus radical, souvent intransigeant. Jean était entre les deux, proche de Rosa mais entretenant aussi de bonnes relations avec Floch. Il était moins idéaliste que la première, plus souple que le second. Et il se demandait encore comment ces deux-là avaient pu se trouver, même si Rosa avait expliqué que leur relation était basée sur un objectif purement fonctionnel et non émotionnel ou romantique. 


***

Rosa se laissa tomber sur la chaise de son bureau. L’après-midi avait été intense. Hansi et Livaï leur avaient préparé des sessions d’entraînement régulières, histoire d’être sûrs que leurs soldats s’habituent à leur nouvelle arme et ne perdent pas la main. Sasha avait déclaré qu’autant d'efforts méritait un super dîner mais il n’en était rien. La nourriture servie au réfectoire était fidèle à elle-même. Elle avait regretté que Nicolo ait été engagé dans ce grand restaurant au lieu de partager ses dons culinaires avec l’armée. Taquine, Rosa lui avait suggéré de lui rendre visite le lendemain sous prétexte de récupérer quelques bons plats à partager. En vérité, elle avait surtout remarqué que Sasha aimait les moments où elle allait voir Nicolo. Ils devaient parler nourriture et sans doute qu’elle acceptait avec grande joie un rôle de goûteuse pour tester chacun de ses plats. Conny, qui en était arrivé à la même conclusion, avait soutenu l’idée de Rosa et encouragé Sasha à rendre visite à son beau cuisinier Mahr dès le lendemain. La jeune fille avait joué l’innocente, sans pouvoir s’empêcher de rougir. 


Les cheveux de Rosa étaient encore humides de sa douche. Machinalement, elle passa ses doigts pour démêler quelques mèches. Elle avait gardé sa coupe au-dessus des épaules, qui s’était révélée plutôt adéquate avec l’équipement tridimensionnel. Les cheveux ne risquaient pas de s’emmêler au mécanisme et elle n’avait pas de temps à perdre à les tresser ou les attacher. 

Elle songea que cela faisait un petit moment qu’ils n’avaient pas eu de nouvelles des Azumabito. Une part d’elle ne se faisait pas d’illusions. Autant de temps sans retour ne pouvait signifier qu’une chose : Heazul n’avait trouvé aucun autre allié à Paradis. Mais elle tentait désespérément de se raccrocher à l’infime espoir que les choses prenaient juste plus de temps que prévu. Après tout, le monde était vaste, la géopolitique complexe. 

Soupirant, elle appuya sa joue sur son poing fermé et regarda par la fenêtre la nuit qui s’était installée. 

Les choses étaient étranges. Entre une euphorie due au développement de l’île, la construction du port, la venue du chemin de fer. Et une inquiétude grandissante caractérisée par la fabrication de nouvelles armes plus efficaces. Après tout, le plan de Sieg incluait une partie où Heazul permettait à Paradis de continuer de s’armer et rattraper son retard en la matière pour, à terme, disposer de défenses assez puissantes pour pouvoir se passer du Grand Terrassement. A croire que, quelle que soit l’issue envisagée, la menace demeurait et la nécessité de se préparer à la guerre perdurait. Elle était une soldate mais s’était engagée initialement parce que c’était son tremplin vers le monde extérieur. Pas dans l’idée de prendre d’autres vies ailleurs. 


Elle se redressa lorsque deux légers coups furent frappés à sa porte. Un mince sourire se dessina sur ses lèvres et elle invita la personne à entrer d’un hm entendu. Elle n’était pas sûre qu’il viendrait ce soir. Après l’entraînement intensif et les événements de la journée, il aurait peut-être préféré être tranquille. 

Elle se leva de sa chaise et se tourna vers la porte au moment où Floch la refermait derrière lui. Il était habillé en civil, dans une tenue simple. Ses cheveux aussi étaient légèrement humides. Il la regardait d’un air pincé qui l’amusa.

-Tu t’es foutue de ma gueule ce matin ? demanda-t-il pour tout préambule.

-Pourquoi ? 

Rosa souriait tranquillement. Pas provocatrice. Juste amusée. 

-On dirait que tu ne me prends jamais au sérieux quand je dis que l’état-major ne mesure pas la réelle menace ou qu’Hansi traîne trop des pieds.

-C’est pas vrai. Je te prends au sérieux. Et je pense sérieusement qu’un jour, tu pourrais bien vouloir remplacer cet état-major trop laxiste à ton goût. 

-Qu’est-ce que t’en sais ?

Elle haussa les épaules : 

-Ça te ressemblerait bien. T’étais pas forcément un gars plein d’ambitions quand t’es entré dans le Bataillon, mais tu l’es beaucoup plus depuis un an. T’arrête pas de répéter que les choses ne sont pas comme elles devraient l’être. A force d’être frustré, la suite logique c’est de tenter de changer les choses soi-même.

Elle fit un pas vers lui, puis un deuxième. Il n’avait pas bougé, toujours appuyé contre la porte fermée.

-Et alors ? reprit-il. C’est mal ?

-Ni mal ni bien. J’en sais rien. C’est juste ce que tu pourrais faire un jour et ça t’appartient. 

L’air pincé de Floch fut remplacé par un léger sourire : 

-T’es jamais d’accord avec moi mais tu me dis jamais non plus que j’ai tort.

-Parce que j’en sais rien. Si ça se trouve, on a tous les deux tort. 

Elle combla la distance entre eux et effleura son col, regardant le maigre sourire qui étirait ses lèvres.

-T’es vraiment venu juste pour te plaindre de mes piques de ce matin ? demanda-t-elle, taquine.

-Hm… pas vraiment, concéda-t-il dans un souffle en attrapant les doigts qui effleuraient son col. 

Il exerça une légère traction, l’attirant davantage vers lui. Elle se laissa faire quand elle sentit ses lèvres se poser sur les siennes, brûlantes et pressées. Le bras libre de Floch se referma sur sa taille. Évidemment qu’il n’était pas venu juste pour se plaindre. 

Elle passa les mains sous son t-shirt, explorant pour la énième fois les contours de son corps, la chaleur de sa peau, la douceur de sa chair. 

Bientôt, ils se retrouvèrent sur le lit, à moitié déshabillés. Rosa sentit des frissons de bien-être et d’excitation la parcourir alors que les mains de Floch traçaient la ligne de ses courbes avec une délicatesse mêlée d’empressement. Sa bouche suivit le même chemin, détaillant chaque rondeur, chaque pli. Elle s’attarda sur certaines de ses cicatrices -notamment celle, plus sombre que les autres, qui s’étendait de son épaule gauche au haut de sa poitrine. Ils n’en avaient jamais parlé. Tout comme elle n’avait jamais posé de question sur celles qu’il avait sur son corps. Ils étaient là pour exorciser les fantômes, pas pour les convoquer à travers des questions malvenues. 

Elle soupira lorsqu’elle sentit ses lèvres embrasser son ventre, tressaillit lorsqu’elles descendirent sur ses cuisses. Elle ne se lassait pas de ce feu qui brûlait dans son ventre à chacune de leurs rencontres nocturnes. Ce brasier qui n’avait rien à voir avec celui de la survie, celui qui se réveillait lorsqu’elle combattait. Mais qui était tout aussi intense. Primal. Instinctif. Qui lui permettait, lui aussi, de ressentir à nouveau son corps vivre. Battre. Pulser. Exulter. 


Une heure plus tard, Rosa reposait étendue sur le dos, les yeux fermés, un bras replié en travers de son visage. Sa respiration s’était calmée, son corps était moite, ses pensées en pause. Elle se laissait porter par cette sorte d’absence de songes, ressentait uniquement les dernières vibrations de son corps satisfait. 

De longues minutes s’étirèrent en silence. A côté d’elle, Floch regardait le plafond. Elle sentait sa chaleur, sa présence. Sa cuisse qui effleurait la sienne. Il ne bougeait pas. Elle aurait presque pu croire qu’il était mort si elle n’entendait pas sa respiration, toujours un peu rapide. Difficile à dire si c’était à cause du sexe ou de sa tension naturelle qui revenait.

Après quelques autres longues minutes, le bras toujours en travers de son visage et les yeux fermés, elle demanda doucement : 

-T’es encore là ?

Il se contenta d’un hm qui fit vibrer sa poitrine.

C’était inhabituel qu’il n’ait pas bougé.

Parce que jusque-là, celui qui avait été invité dans la chambre de l’autre avait toujours pris soin de ne pas s’attarder. Avec le temps, les minutes entre la dernière étreinte et le départ s’étaient allongées. Mais jamais autant. 

Soulevant légèrement son bras, Rosa ouvrit un œil et regarda Floch à la dérobée. Il ne sembla pas s’en apercevoir. En tout cas, il ne bougea pas, toujours étendu sur le dos à fixer les ombres au plafond.

-Tu ne bouges pas ? demanda-t-elle.

Un silence lui fit écho. Il semblait réfléchir. Puis il ferma les yeux quelques secondes : 

-Si.

-Non, répondit-elle simplement, sur le ton du constat. Tu ne bouges pas.

-Je vais bouger. 

-T’en as pas envie.

Ce n’était pas une question. Simplement un fait. Qu’elle exposait sans emphase. Elle remit son bras en place sur ses yeux et un léger sourire souligna ses lèvres. 

-Je vais y aller, se contenta-t-il de dire, bien qu’il ne fit aucun mouvement pour quitter le lit.

Elle eut un rire. Pas moqueur. Ni réellement taquin. Sans doute un peu amusé. 

-Tu peux rester, finit-elle par lancer, dans un souffle.

Instantanément, le corps de Floch se raidit et cette fois-ci, il tourna la tête vers elle. Elle le sentit mais n’esquissa aucun mouvement. 

-Enfin, si tu veux, ajouta-t-elle sur le même ton.

-C’est pas ce qui était prévu…

-Y’avait pas grand-chose de prévu. Fais ce que tu veux. Tu peux partir quand tu seras prêt. Ou tu peux rester un peu plus longtemps.

Elle laissa son bras retomber le long de son corps et rouvrit les yeux. Tournant légèrement la tête, elle le regarda. Elle ne savait pas trop pourquoi elle faisait cette proposition. Peut-être parce que ça faisait déjà bien longtemps qu’ils avaient trouvé comment s’accorder l’un à l’autre et qu’elle voulait de la nouveauté. Ou à cause de cet étrange attachement qui avait fini par se développer sans qu’ils ne puissent mettre de mot dessus. En dépit de leurs désaccords réguliers, du fait qu’ils n’étaient pas amoureux, du souvenir toujours prégnant de Reiner, cette affection existait. Elle n’entrait dans aucune case. Pour Rosa, c’était avant tout le rappel du présent, du concret.

Floch était le lien réel, ancré dans l’ici et le maintenant qui lui permettait de mieux avancer avec l’amour tragique qui continuait de la lier à Reiner. Les premiers temps après Shiganshina, elle s’en était voulu de continuer à l’aimer. Elle s’était dit que si elle avait pu avancer ou l’oublier, elle aurait peut-être moins souffert. A présent, elle chérissait ce sentiment diffus, cet attachement émotionnel délicieusement douloureux parce qu’un autre l’aidait à porter le poids de l’absence. 

C’était comme ça qu’elle parvenait à faire coexister deux types d’affection différents. L’un ne remplaçait pas l’autre. Ils avançaient seulement en parallèle et chacun venait répondre à une part d’elle sur laquelle elle s’appuyait pour continuer. 


Après une longue minute de silence, Rosa finit par se tourner dans le lit, face au mur, dos à Floch. Les draps à moitié défaits et froissés la recouvraient à partir de la taille. Mais elle n’avait pas froid. Elle avait l’impression que la chaleur diffuse du corps à proximité lui suffisait.

Cette chaleur fut bientôt plus présente lorsque Floch l’imita, se tournant vers elle. Il ne dit rien. Ne commenta pas son invitation. Il se contenta de se rapprocher, collant son torse à son dos. Son bras vint enserrer doucement sa taille, sa main se posa sur son ventre et il caressa sa peau nue d’un geste presque mécanique, pensif. 

Les yeux fermés, elle eut un petit sourire et ne put s’empêcher de pousser un petit soupir de contentement. La chaleur l’enveloppait, présente, rassurante. Elle ajusta sa position, pour se caler davantage contre lui comme on se blottirait dans un cocon.

Doucement, les lèvres de Floch effleurèrent son épaule et son menton vint trouver sa place au creux de son cou. Aucun des deux ne parla. Ils se laissèrent doucement porter par le calme et la douce chaleur de leurs corps.




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