La femme de ménage 2 : Quand la maison dort

Chapitre 1 : Nouvelle vie à Los Angeles

Par onzelunes

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Chapitre 1


La première chose que je remarque, ce n’est pas le sang. C’est l’odeur. Un parfum trop sucré, trop présent, qui essaie de masquer autre chose. Dans la salle de bain, les serviettes sont pliées avec soin, alignées comme si quelqu’un avait voulu prouver que tout allait bien.


Isobel Fowler est assise sur le bord du lit. Elle sourit. Ses cheveux bruns tombent sur ses bras mais ne parviennent pas à cacher son bleu.

Un bleu ancien, jaune sur les bords, violet au centre. Pas récent. Pas non plus assez vieux pour qu’on l’oublie. Elle tire doucement sur sa manche quand elle voit mon regard s’y attarder.

— Je me cogne souvent, dit-elle. Je suis maladroite.

Elle dit ça calmement. Trop calmement. Comme si elle avait déjà répété cette phrase.


Dans le salon, son mari, Ethan Fowler, parle au téléphone. Je l'entends depuis la chambre principale malgré le fait que la maison soit très grande. Sa voix est maîtrisée. Il rit même. Un rire normal. D’homme normal. Je nettoie les vitres de la chambre.

Je fais ce que je fais toujours : je regarde. La maison est impeccable.Trop. Et pourtant on me demande de passer trois fois par semaine.

Cela fait déjà une semaine que je travaille pour les Fowler. Si on m'avait dit, après la mort d'Andrew Winchester, que je continuerais ce boulot, je ne l'aurais pas cru. J'aurais aimé que l'on ne me demande pas de l'aide juste après. Ça n'a pas duré longtemps, juste quelques mois, et puis je me suis dit qu'il fallait que j'arrête. J'ai pensé que je finirais par me faire prendre, et puis, il me restait pas mal d'argent.


Seulement voilà, j'ai décidé de me rendre en Californie, et j'ai tout perdu.

Comment ? J'ai rencontré un type, mon voisin de pallier, en fait. Il a toujours été très sympa, mais a fini par me convaincre que je devais investir dans le Terra. Il m'a dit que c'était l'avenir, que cette cryptomonnaie était « terriblement sûre » car elle s'appuyait sur le dollar, une devise classique dans laquelle tout le monde a confiance. Il avait déjà fait des profits très élevés et m'incitait chaque jour à investir en m'assurant que je deviendrais tellement riche que je pourrais acheter tout Los Angeles. J'y ai donc mis la quasi-totalité de mes économies. Quelle belle erreur.

Des dizaines de milliers de dollars.

Envolés.

En quarante-huit heures.

Alors je n'avais plus le choix, il fallait que je me trouve des petits boulots. J'ai dû faire trois jours dans une supérette avant qu'on ne me vire parce que j'avais été insultante envers un client. En même temps, j'allais pas le laisser mettre une main aux fesses à une cliente à peine majeure !

Très vite, je me suis rendue compte qu'il fallait que je trouve une solution miracle pour pouvoir payer mon loyer à Burbank hors de prix. Mille cinq-cent dollars. C'est ce que je dois chaque mois. C'est pour cela que j'ai fini par me rendre à l'évidence ; être femme de ménage semblait être la voie qui me convenait. Et puis, j'avais deux recommandations. J'ai postulé à des offres en Californie. Il m'a fallu attendre plus de deux semaines avant d'être rappelée.


Après un entretien non concluant, j'ai été invitée dans la grande villa des Fowler à Hollywood. Là où vivent toutes les stars. Rien ne m'a paru véritablement étrange au premier abord. Isobel semblait simplement un peu fatiguée, mais elle était ravie de me voir et de m'expliquer ce que j'avais à faire. Simplement le ménage, trois fois par semaine. Leur salon était horriblement grand, c'est ce qui m'a frappé en premier. Mais ce que j'appréciais vraiment, c'était leur vue sur la mer depuis la chambre principale. J'ai tout de suite été prise d'admiration par leur salon orné de pièces d'art contemporain. Ils m'ont promis un salaire de quatre mille dollars ; largement de quoi me payer toutes mes factures.


Et me voilà maintenant. Après avoir fait les vitres, je m'attaque à la lessive. Je récupère les vêtements de Madame Fowler qui traînent sur une chaise, puis je fais un tour de toutes les pièces afin de récupérer le reste du linge sale. Lorsque j'arrive près d'une porte fermée, — celle entre la salle de bains et la chambre —, je tombe nez à nez avec Monsieur Fowler qui me bloque le passage.

— Vous n'avez pas besoin d'entrer dans cette pièce. Elle sert de stockage uniquement, me dit-il avec assurance.

Ses pieds semblent tellement ancrés dans le sol que même si je le voulais, je pense que je ne pourrais pas les déplacer. Son polo beige est impeccablement propre et sa barbe extrêmement bien rasée. On dirait qu'il ne laisse aucun détail de côté. Il est si proche de moi que j'en ai un peu peur. Non pas que j'ai peur qu'il m'embrasse, non. Il est bien trop âgé pour moi; je lui donnerais au moins cinquante ans. Néanmoins, j'ai peur de ce qu'il pourrait me faire.

Je me ressaisis tout à coup. À quoi tu penses, Millie ? C'est juste une pièce et tu n'y es même pas rentrée. Il ne va rien te faire.

— Pas de soucis, je me rends dans la salle de bains dans ce cas.

Il sourit et s'éloigne.


Alors que je m'empare du linge sale de la salle de bains, j'entends une porte claquer. Je me relève et demande :

— Monsieur Fowler ?

Rien. Aucun bruit. Juste... le silence.

— Monsieur Fowler ? Tout va bien ?

Je sors de la salle de bains, laissant tout le linge sale en place.

Je m'avance dans le long couloir, quand je tombe brusquement sur Isobel. Vêtue d'une robe blanche, et avec la tête qu'elle a, on dirait un fantôme. Je pousse un cri.

— Oh ! Vous m'avez fait peur ! J'ai entendu la porte claquer et puis...

— Ne vous en faites pas Millie, mon mari a dû sortir faire une course, ce n'est rien.

— Oh je vois... Dans ce cas, je vais continuer le ménage.

Une course, à cette heure ? Les Fowler ont pour habitude de me donner rendez-vous entre 19 et 21 heures. Il est déjà presque l'heure pour moi de m'en aller. Où va-t-il ?

Non Millie, ce ne sont pas tes affaires. Tu es là pour le ménage, c'est tout. Peut-être qu'ils ont besoin de lait ou de jus de fruits parce qu'il n'y en a plus au frigo.


La journée se termine sans encombre. Je me rends en bas de la rue et je marche quelques instants avant de trouver l'arrêt de bus. C'est parti pour une heure et demie de transports, yay ! Je ne m'étais pas vraiment posée la question lorsque j'ai accepté l'offre. De toute façon, c'est largement rentable pour moi. Ils n'ont besoin de moi que trois fois dans la semaine. Ce qui fait que le reste du temps, je m'occupe comme je veux.

J'observe les lumières de la ville défiler alors que je suis assise dans le bus. Je repense à cette porte fermée. Pourquoi en interdire l'accès ? Je veux dire, je veux bien qu'il y ait des choses de valeur, mais leur villa en est déjà truffée. Si j'avais de mauvaises intentions, j'aurais déjà pu repartir avec un beau butin. J'ai d'ailleurs repéré un beau vase bleu en porcelaine, qui je pense, vaut plus qu'un an de salaire. Enfin bref, j'ai beau me creuser la tête, je n'arrive pas à comprendre pourquoi ils tiennent tant à ce que je n'y entre pas. Et puis, qu'allait-il faire à cette heure ? Monsieur Fowler avait sûrement d'autres chats à fouetter que de sortir à ce moment.

Tu es parano, Millie, me dit ma petite voix dans ma tête.


Perdue dans mes pensées, je n'ai pas vu le temps passer que j'arrive déjà devant ma porte d'appartement.

— Hey, Millie !

Je me retourne. Mon voisin de pallier.

— Salut Byron.

— J'ai des poires pour toi. C'est ma mère qui m'en a ramené tout un paquet de San Francisco.

Il me tend un sac de poires Williams. Je le récupère.

— Merci, c'est gentil de ta part, dis-je sans trop d'émotion.

— Écoute, je suis encore désolée pour...

— Je sais tu me le dis à chaque fois. Tu pouvais pas savoir. Laisse tomber.

— En tous cas tu verras, elles sont extra !

Il désigne le sac du menton. Je n'avais pas remarqué mais il n'est pas bien habillé du tout ce soir. Il porte un jogging gris ample et une casque rouge. Son tee-shirt jaune a l'air d'avoir vingt ans, et je parierais sur le fait qu'il a pris trois kilos depuis que j'ai emménagé.

— Bonne soirée, dis-je en poussant ma porte d'entrée.

— Ouais, à toi aussi Millie.

Il disparaît de ma vue et je pénètre dans mon appartement sombre. J'allume la lumière et je prends une grande inspiration. Enfin chez moi. Mine de rien, ces quelques heures n'étaient pas de tout repos. Me voilà dans mon nid. J'ai un appartement plus grand qu'à New York, et même si je l'ai eu meublé, j'ai une grande impression de vide. Après tout, à quoi je m'attendais ? Je pars de rien dans cette ville. J'ai personne avec moi, et puis, je suis encore femme de ménage.





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