Il me retient par la force, mais je ne vois pas son visage. Sa force est telle que j'ai du mal à me défaire de son emprise. Derrière lui, je la vois. Isobel. Elle est couverte de sang. Elle gît au sol. Je sens la colère et la tristesse m'envahir, et je lutte de toutes mes forces mais il parvient à glisser ses mains sur mon cou et j'ai du mal à respirer. Je sens peu à peu la vie qui me quitte.
Désolée Isobel.
Je n'ai pas pu te sauver.
J'aurais voulu le faire.
Mais je ne peux pas.
Je ne peux plus.
Je me réveille en sursaut par les tambourinements à la porte. Je me suis endormie sur le canapé hier soir, en regardant L'Amérique a du talent. Ce n'était donc qu'un cauchemar. Je me souviens alors que je ne porte qu'un short et un soutien gorge; la chaleur de l'été m'empêche de dormir avec plus que ça. Je me dépêche de prendre une robe de chambre pour cacher ma tenue inappropriée et je cours à la porte d'entrée. C'est sûrement Byron qui veut encore s'excuser. Hier soir c'était au moins la dixième fois dans le mois qu'il s'excusait. Il est gentil mais c'est trop. Je vais lui dire clairement d'arrêter. Et puis, avoir quelqu'un dans mes pattes tous les jours c'est fatiguant. J'ouvre la porte d'entrée avec énergie, mais ce que j'y trouve me surprend.
— Mademoiselle Calloway ?
Une policière se tient devant moi. Son talkie grésille. Elle sent le café. Oh non. Andrew. Son affaire a été réouverte ? Ils viennent me chercher ? Non. Ça fait des mois maintenant. Je me remémore la journée d'hier et je ne sais pas si j'ai payé le bus. Vraiment ? Millie, qu'as-tu en tête. Un agent viendrait vraiment jusque chez moi pour ça ?
— Oui c'est b-bien moi, je bafouille.
— L.A.P.D. Vous savez que j'ai eu du mal à vous retrouver. Vous n'êtes pas d'ici on dirait.
Oh. C'est hyper flippant.
— En effet, je... J'ai emménagé il y a à peu près deux mois.
Elle cherche quelque chose dans sa poche et me tend une carte.
— Vous avez perdu votre carte d'identité dans un des bus de la ligne 4.
Je saisis la carte en question. En effet c'est bien la mienne. Et moi qui croyais qu'elle venait pour m'arrêter ! Un sentiment de soulagement se propage dans tout mon corps.
— Je vous remercie, je l'ai cherchée partout !
— Faites bien attention la prochaine fois. Quelqu'un de mal intentionné pourrait s'en servir contre vous.
— Bien sûr...
— Très bonne journée.
— Merci, à vous aussi, dis-je en refermant la porte.
Je m'appuie contre le bois en expirant bruyamment, une fois seule.
Qu'est-ce que j'ai flippé.
J'observe ma carte d'identité. Un peu pliée sur les bords et vieille comme le monde. L'agente de police avait raison. Si quelqu'un trouvait ma carte sans la rapporter, qui sait ce qui pourrait m'arriver ? Déjà que j'ai un casier, si en plus on l'utilisait pour frauder le bus ou pire encore, commettre un crime, je retournerais direct à la case prison.
Onze heures et demie. Le soleil brûle ma peau. J'entends les vagues frapper le sable. Quelques mouettes piaulent. J'ai chaud. J'ouvre les yeux. Quasi personne sur la plage. En même temps, qui viendrait à la plage à cette heure-ci un mardi en plein mois de juin ? Allongée, je contemple le ciel bleu. Je me demande ce que devient Nina. Elle a peut-être quitté New York elle aussi. Et Enzo ? Je me souviens que j'ai son numéro dans mon téléphone et que c'est peut-être pour ça que sa page Instagram m'a été recommandée par l'application. Par curiosité j'étais allée voir. Il n'avait aucune publication. Juste une story postée il y a quelques heures de cela : le pont de Brooklyn illuminé en soirée. Je me demande s'il est toujours jardinier. S'il a quelqu'un dans sa vie.
Soudain, mes pensées s'éloignent lorsque j'entends des cris. Féminins.
— Je t'ai dit de lâcher ça ! C'est pas à toi ! Sale voleur !
Je me relève soudainement alors que mes lunettes de soleil tombent sur mon nez. Je cherche des yeux la source de tout ce vacarme. Je la vois. Une jeune femme, qui a l'air un peu plus jeune que moi, très habillée pour être sûr la plage, se débattant avec un jeune garçon... Pour un sac qui semble être... le mien. Oui oui. Je le reconnaîtrais entre mille.
Je me lève et cours dans le sable avec une certaine difficulté puisque ce dernier est chaud.
— Hé qu'est-ce que vous faites vous deux avec mon sac ?!
Ils s'arrêtent de se battre et précisément à ce moment, le jeune homme détale, laissant le sac dans les mains de la jeune fille. Elle soupire.
—Tenez, je crois que c'est à vous. Je suis désolée. Je l'ai vu vous le voler et je n'ai pas pu m'empêcher de lui courir après... mais maintenant il est parti.
Je constate son expression déçue et je ne peux m'empêcher de penser qu'elle dit la vérité. Elle a un air si doux et innocent. Et puis, c'est l'autre qui est parti.
—Merci... Vraiment. J'aurais dû faire plus attention.
—Pas d'quoi, dit-elle en remettant une mèche de cheveux roux derrière son oreille.
Je l'observe. Elle est très mignonne, avec ses petits yeux verts. Sa chaussure droite est trouées, et son haut fait des peluches. Je ne sais que trop bien ce qui lui arrive.
—Tu as mangé ?
—Non pas encore... Pourquoi ?
—Je peux te remercier en t'invitant à McDonald's ?
Un grand sourire s'invite sur ses lèvres.