Le dernier mot
Chapitre 1 : Le dernier mot
3452 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 02/04/2026 13:29
Cette fanfiction participe au Défi Citation à comparaître (juillet à août 2016) en seconde chance
« Qu’est-ce qui est le mieux ? Être né bon, ou dépasser votre nature malfaisante au prix d’immenses efforts ? » Paarthurnax, Skyrim, La quête de rédemption
Le dernier mot
Château d’If, février 1829.
Allongé contre le mur de pierres, Gabriel Laurens scrutait la même surface lisse de sa prison depuis plusieurs années. Il soupira. Une rage contre les hommes montait du fond de son cœur, lorsque des formes diaphanes traversaient son champ de vision, fugitifs restes des anciens prisonniers qui rôdaient sans but dans l’immense prison. Gabriel serra les poings à s’en blanchir les jointures.
« Pourquoi croupir entre ces murs froids ? À cause des hommes ! Je les hais ! Je les hais au-delà du possible ! Vile race ! Pourquoi ai-je écouté Madeleine Chauvet ? »
Il se leva et fit les cent pas. Soudain, un courant d’air souffla derrière son dos. Il se retourna et fixa le nouveau venu : un vieil homme à la barbe hirsute et aux cheveux poivre et sel, vêtu d’une ample robe noire serrée à la taille.
— Qui êtes-vous ?
Les yeux écarquillés, le fantôme murmura :
— Vous me voyez ? Dieu soit loué ! Voulez-vous m’aider à accomplir ma dernière volonté ?
Gabriel demeurait immobile, habitué à la présence de ces entités invisibles, ces spectres, ces ombres, ces silhouettes diaphanes promptes à disparaître, depuis toujours. Mais celui-ci était particulier. Bien que défunt, sa consistance lui semblait tout aussi réelle comme si la mort ne l’avait pas pris dans ses filets. Gabriel croisa les bras, les yeux sombres brillants d’un air de défi. Il répliqua sèchement :
— Pourquoi ? Pourquoi accomplir votre volonté ? Vous ne feriez pas mieux d’oublier ? Je ne suis pas votre jouet !
Le fantôme émit un son plaintif et éteignit le flambeau dans le couloir. Secouant la tête, l’esprit errant murmura dans un souffle à peine audible :
— Pourquoi cette méfiance, jeune homme ? Vous avez le privilège, par la volonté insondable et toute puissante de Dieu, de nous percevoir.
« Ces pieux prêtres ! Rien de bon ne vient d’eux ! » songea le médium en ressentant un goût amer dans le fond de la gorge. Un souvenir lui revint à l’esprit.
Février 1815, devant son immense demeure.
Il arrosait les plantes qui ornaient le parterre. Avant de rentrer dans sa demeure, un fantôme en uniforme militaire l’attendit et lui cria :
— Ma femme ! Pourquoi ne lui dites-vous pas la lettre qui demeure cachée dans l’armoire ?
Gabriel ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son n’en sortit.
— Vous aussi vous pouvez communiquer avec eux — les défunts ? interrogea une voix féminine mélodieuse derrière son dos.
Gabriel se retourna et remarqua une jeune femme de vingt ans à l’air mystérieux et au regard profond de ceux qui perçaient les apparences. Sa longue robe-tunique bleu ciel ondulait au moindre pas. Le jeune homme demeura immobile, intrigué, étonné et fasciné de la présence d’une femme qui partageait un même don.
— Oui, qui êtes-vous, gente dame ?
Les yeux sombres de sa semblable étincelèrent de joie.
— Je suis Madeleine Chauvet, l’épouse du médecin Jacques Chauvet.
— Enchanté ! Je suis Gabriel Laurens.
— Je suis médium, capable de communiquer avec les revenants. Et je les fais passer dans la Lumière.
Une lueur de curiosité dans ses yeux, Gabriel l’interrogea :
— Et comment vous faites ?
— Je réalise la dernière volonté de ces revenants.
— Et c’est tout ?
— Oui.
Pensif, le jeune homme méditait sur les paroles. Quelques minutes plus tard, il chuchota :
— Ce que vous dites, c’est simple et logique ! Vous avez raison ! Merci beaucoup pour cette aide inattendue. Je suis le seul dans ma famille à posséder ce don. Même ma fiancée l’ignore.
Madeleine lui sourit, hocha la tête et murmura :
— Faites-vous confiance !
Elle revint sur ses pas, se perdant dans la foule avec grâce et légèreté.
Gabriel fit face au revenant qui demeurait toujours droit et sérieux.
— Je vais informer votre épouse de la lettre dans l’armoire. Montrez-moi le chemin !
Gabriel suivit le défunt militaire jusqu’à la demeure. Une petite femme l’accueillit. Méfiante, elle fouilla dans l’armoire et revint avec une lettre de son mari.
Quelques jours plus tard, à la demeure de Gabriel.
Un fantôme en complet à la mode du siècle passé, la mine sévère, l’avertit :
— Gabriel Laurens, faites attention !
— De qui ? Pourquoi ?
Sa main trembla.
— Madame Adélaïde Moye, l’épouse de François-Xavier Moye, ce militaire que vous avez aidé, s’est confessé au prêtre de l’église locale, Laurent-Henri Cochet. Ce prêtre a porté plainte contre vous pour communication avec les démons et pour haute-trahison envers l’État en collaborant avec les bonapartistes.
Le médium devint plus blanc qu’un linge, ses jambes titubèrent, comme s’il avait bu des litres d’alcool. Il porta une main à son front.
— Mais tout cela est faux ! Vous savez la vérité ! N’est-ce pas ?
— Oui-da !
— Comment ?
L’entité haussa les épaules.
— C’est mon rôle !
Et le fantôme s’éclipsa. Des gendarmes arrêtèrent Gabriel quelques heures plus tard. Puis, sans la moindre possibilité de se défendre, il avait été condamné au Château d’If pour trente ans.
Gabriel fut tiré de ses souvenirs par la voix du prêtre italien.
— Jeune homme, je ne le demande pas pour moi, mais pour un jeune prisonnier, le numéro 34, Edmond Dantès.
Le chuchoteur d’esprits fronça des sourcils.
« Pour un prisonnier, encore moins ! L’homme est un être ingrat ! »
— S’il vous plaît, le supplia le fantôme en s’approchant de lui, les pieds ne touchèrent pas le sol. Dantès, je lui ai tout appris… J’ai creusé un tunnel… Mais il ignore l’information qui pourrait l’aider… qui pourrait le libérer ! Je suis mort avant ! Un stupide arrêt cardiaque ! Mais les voies du Seigneur toutes étranges qu’elles me paraissent, s’éclaircissent dans leur simplicité. Vous et vous seul devez communiquer cette information à Dantès, celui qui est dans la cellule voisine.
— Joli discours, le serviteur de Dieu, ironisa Gabriel. Mais vous ignorez mes échecs ! Vous ignorez que ce sont des hommes qui ont planté des couteaux de jalousie dans mon dos, me calomniant !
Le médium marcha nerveusement dans sa cellule. Il s’emporta :
— Et je devrais leur donner une seconde chance ! Déjà enfant, personne ne me croyait, les autres se sont moqués de moi ! Mes propres parents pensaient que j’affabulais ! Et la seule fois où je réalise la volonté d’un fantôme, sa femme ment et, avec un prêtre complice, formule contre moi des fausses accusations ! Et après tout cela, pourquoi devrais-je croire en la bonté de l’espèce humaine ?
Une légère brise effleura le visage du médium qui constata la présence du même fantôme qu’en 1815 avant son procès. Gabriel leva les mains au plafond et vociféra :
— Et vous, oiseau de malheur, que m’apportez-vous ? Ne pensez pas que j’ai oublié votre apparence !
Le nouveau venu secoua la tête et murmura d’un ton doux :
— Gabriel, je suis un Observateur, je remarque tout ce qui se passe et j’ai des informations qui intéresseraient Edmond Dantès… Mais avant, je tiens à vous rappeler que tous les hommes ne réagissent pas de la même manière envers votre don : certains l’acceptent, d’autres le rejettent, il en va de la nature humaine. Par contre, souvenez-vous toujours à quoi peut servir votre don ? Réfléchissez un peu. Et ne perdez jamais de vue cette finalité.
L’Observateur se tut, mais demeura dans la pièce. Le prêtre leva la main et la porta à son cœur :
— Sinon, je suis l’abbé Faria.
— Enchanté !
— Et dépêchez-vous, s’agita le prêtre. Avant que l’aurore se lève ! Dantès s’est caché dans mon sac… Il doit le savoir !
Gabriel soupira.
— Laissez-moi !
Faria cligna des yeux dans lesquels une douleur se lisait, ses traits se figèrent encore plus, devenant semblable à un masque.
— Il est innocent ! Innocent ! s’insurgea le prêtre en agitant sa soutane délabrée.
Gabriel leva les yeux au plafond, exaspéré, bien que son cœur se serra au mot innocent.
— Et quoi alors ? Innocent ou coupable, peu m’importe !
Il détourna son regard de son interlocuteur pour camoufler la lueur de tristesse qui s’y reflétait.
— Pourquoi l’aider, lui ? S’il est parvenu jusqu’à vous, il peut se débrouiller pour faire ce qu’il veut ! Ces hommes menteurs et prompts à la trahison ! À quoi bon aider des ingrats ! Jeter des perles auprès des pourceaux, n’est-ce pas ?
— Oui, c’est effectivement ce que le Christ a dit dans l’Évangile à Matthieu, septième chapitre, sixième verset, « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent. » Mais ne confondez pas les pommes et les poires.
Le prêtre marqua une pause dans son discours, s’approcha de Gabriel et lui toucha l’épaule de sa main invisible. Il chuchota à son oreille :
— Parce que vous êtes la seule issue ! Vous seul devez l'informer du trésor que je garde sur l’île de Monte-Cristo ! Je n’ai pas eu le temps… Entre philosophie, langues et mathématiques, je lui ai transmis toutes mes connaissances… tout mon savoir est le sien, mais pas mes richesses ! Les coffres se trouvent cachés dans une crypte sous clé. Celle qui est autour de mon cou…
L’abbé Faria porta sa main à la chaîne qui pendait à son cou où une croix et une clé d’or reposaient.
— Vous devez l’informer, sinon à quoi bon être libre sans moyens ?
Le jeune prisonnier s’approcha des grilles de fer de la porte d’entrée, le regard dans le vague. L’Observateur affirma posément :
— Dantès est comme vous, un innocent, victime d’un complot de ses ennemis jaloux.
Le médium se raidit.
« Et si… Je ne pourrais jamais oublier ce visage radieux de ce militaire lorsque j’ai accompli sa dernière volonté… Une sérénité que je n’ai jamais vu parmi les vivants… J’ai ressenti une paix et une joie en mon âme ! Un moment tellement émouvant ! »
Ses muscles se détendirent et un bref sourire nostalgique s’esquissa sur son austère visage.
« Peut-être dois-je lui donner une chance ? Un innocent comme moi… »
Il balaya du regard la cellule. Le sérieux de son regard fondit pour céder la place à une mélancolie qui arracha des larmes au prêtre.
« Et je n’ai rien à perdre ! Soit je me morfonds encore longtemps, soit je peux être libre et amener la paix à ce fantôme… De toute manière, Dantès ne peut pas m’accuser et mentir… Personne ne le croira… Il est dans la même situation que moi ! »
Se raclant la gorge, Gabriel demanda à l’abbé Faria :
— Comment pensez-vous gagner sa cellule ? Un mur nous sépare ?
Un bruit de pas résonna. Un silence plana, lourd et oppressant. Un gardien passa devant la porte ferrée. Gabriel se figea, tendant l’oreille et grattant son bras gauche.
— Un passage existe entre la cellule de Dantès et la mienne, répondit le prêtre. Par contre, aucun n’existe entre la vôtre et les nôtres. Le seul moyen de le rejoindre est de tromper les gardiens pour entrer dans la cellule voisine. Puis, la dalle à droite peut se déplacer pour suivre le tunnel et aboutir à la salle où mon corps repose et où mon élève y est.
Un cliquetis métallique dans la serrure fit écho. Un tour, puis un autre. Silence. Une vocifération. Un coup sec, et la porte s’ouvrit. Le gardien déposa un morceau de pain et un peu d’eau sur le seuil. L’Observateur fit un clin d’œil à Gabriel et se tint derrière le gardien, étendant sa main au-dessus de lui. Celui-ci referma la porte, mais oublia de la barrer. Gabriel, tendu, se leva sur la pointe des pieds, refusant de toucher un morceau de nourriture malgré sa faim.
Le verrou de la porte voisine résonna dans le hall silencieux. Un grincement de la porte, puis des pas lourds qui s’éloignèrent. Gabriel, toujours aussi tendu qu’un arc, retint son souffle. Son estomac se noua, malgré ses répétitions silencieuses comme une litanie dans sa tête « Tout ira bien ! ». L’Observateur se matérialisa devant lui et leva sa main droite en l’air. L’abbé approuva et murmura :
— La voie est libre !
Gabriel déglutit. Il ouvrit lentement la porte de sa cellule, soucieux de ne pas éveiller les soupçons des gardiens au bout du couloir. Soudain, un claquement violent de la porte au fond du couloir retentit. Gabriel, sortit de sa cellule, demeura le souffle coupé, la main tremblante. Des bruits de pas lourds répétés résonnèrent brièvement avant de s’éteindre. Le spectre du prêtre lui indiqua la porte voisine avec un sourire d’encouragement. Le médium soupira, balaya rapidement du regard le couloir : aucune présence humaine. Il se précipita devant la porte de la cellule de Dantès et y pénétra. Appuyé contre le mur, le prisonnier reprit son souffle. L’abbé l’avisa :
— Maintenant, activation du passage secret. La pierre surélevée doit être retirée, puis la voie de droite jusqu’au bout !
Gabriel se leva lentement, puis demeura immobile.
« Vais-je y aller ou non ? Oui… Non… »
L’Observateur apparut à la droite du vivant, les yeux étincelants d’une lueur surnaturelle, et l’encouragea :
— N’hésitez pas dans votre décision ! Vous en êtes capable ! C’est un acte qui dépasse votre seul être.
Gabriel hocha la tête et déplaça la dalle qui céda sous son poids. Un trou noir d’à peine un mètre s’ouvrit sous ses yeux. Il inspira et se recroquevilla pour entrer dans le passage. Se traînant comme un serpent, il progressait lentement pour que ses bottes et ses genoux crissèrent le moins possible contre la paroi. L’odeur du renfermé, de la moisissure et du métal assaillirent ses narines, le faisant presque suffoquer à la moitié du chemin. Il toussa puissamment. Le son résonna par écho à l’infini de partout. Gabriel demeura figé, incapable de faire un pas de plus.
« M’ont-ils découvert ? », lui traversa l’esprit cette pensée.
Lorsque le silence revint, il continua son chemin vers la salle de l’abbé Faria. Le médium poussa la dalle et posa délicatement ses pieds au sol, réchauffant de ses mains les muscles ankylosés.
Dans un coin reposait un homme dans la trentaine, avec une barbe noire de plusieurs jours et des cheveux de même couleur. Ses yeux étaient grands ouverts, fixant le plafond. Sa respiration était saccadée. Il se releva et scruta Gabriel d’un regard de feu. Le médium reconnut dans ce regard une douleur et une soif de vengeance. Gabriel remarqua dans le coin opposé, le corps de l’abbé Faria.
— Comment êtes-vous parvenu jusqu’ici, jeune homme ? l’interrogea Edmond Dantès avec une lueur de méfiance.
— J’ai suivi les indications de votre professeur, l'abbé Faria, lui répondit-il sans détour.
Le second du Pharaon resta bouche bée, le souffle court, incapable de retrouver la parole pendant un long moment.
— Et ce fantôme, continua Gabriel, a voulu communiquer la manière d’accéder à son trésor sur l’Île de Monte-Cristo, mais la mort l’a surprise !
Des larmes coulèrent sur les joues d’Edmond. Il baissa la tête, muet. Gabriel continua son discours rapidement :
— Et l’abbé Faria m’a dit que pour accéder à ce trésor caché dans une crypte, il y a une clé, celle en pendentif sur le collier.
Le marin le scruta, fronça des sourcils et murmura :
— Intéressant propos !
Il s’avança vers le corps de l’abbé Faria et lui prit le collier d’une main tremblante. À côté de la croix reposait une clé d’or. L’élève du prêtre sourit et s’exclama :
— Vous semblez dire la vérité ! Encore suffit-il de confirmer que cette clé permet d’accéder au crypte qui garde jalousement le trésor de l’abbé !
Il soupesa la clé d’une main, la rangeant dans une poche de ses vêtements.
— Mais je vous crois… Pourquoi pas ? Si ce que vous me dites est vrai, je vous récompenserais à la hauteur !
Le revenant qu’était le prêtre sourit au chuchoteur d’esprits, tourna la tête à droite et chuchota :
— Une belle lumière blanche et divine apparaît devant moi ! Le doux son des harpes des anges me parviennent ! Une mélodie !
Il versa des larmes de joie.
— Je me sens prêt à comparaître devant Notre Seigneur, le Juge ultime. Merci beaucoup jeune homme, que Dieu vous bénisse !
— Votre professeur, l’abbé Faria, murmura le médium, est prêt à quitter le monde des vivants, puisque vous savez la manière d’accéder à ses richesses qu’il vous lègue.
Gabriel se tourna vers le fantôme.
— Que le voyage vous soit doux et agréable, abbé Faria !
L’interpellé lui sourit et marcha le pas léger vers sa droite, où une douce lumière blanche visible pour lui seul l’enlaça. Il partit dans l’au-delà. Gabriel le suivit du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse de sa vue. Des larmes dans le coin des yeux, le chuchoteur d’esprits essuya prestement son visage et lança un regard interrogateur à l’Observateur qui demeurait droit comme un cierge.
— Et vous, l’Observateur qui sait tout, que voulez-vous que je dise à Edmond Dantès ?
— La vérité lui est due : il fut la victime de Danglars, le trésorier du Pharaon, et de Fernand Mondego. Si l'un a noirci le papier de sa plume calomnieuse, l'autre n'agissait que par l'ambition de ravir la fiancée d'Edmond. Quant à Caderousse, sa seule faute fut sa lâcheté. Mondego a triomphé. Je m'arrêterai ici, malgré les secrets que je garde encore. Dites toutefois à Edmond de ne pas sombrer dans une aveugle vendetta. La vie est un combat de chaque instant, plus rude encore dans les ténèbres.
Gabriel rapporta au prisonnier les paroles de l’Observateur. Edmond blêmit, puis la pointe de ses joues se teintèrent d’écarlate. Le marin explosa :
— Si ce qui est dit est vrai, je me vengerai de Danglars et de Fernand Mondego, perfides serpents !
— Ce que ce fantôme me dit est véridique, s’empressa de préciser le chuchoteur d’esprits. Il connaît tout ! Je peux vous le confirmer de mon expérience, malheureusement.
Gabriel se rembrunit.
— Et vous, Laurens, ordonna Edmond, venez avec moi ! Vous serez mon témoin et mon confident !
— Mais comment allons-nous fuir ?
L’Observateur fit un clin d’œil aux vivants et s’éleva dans les airs.
— Je prends la place de l’abbé Faria, l’informa Edmond. Quant à vous, vous mimerez votre propre mort. Les fantômes que vous voyez, ou votre ami omniscient, vous indiqueront où je trouve.
— C’est effectivement l’unique moyen pour se sortir de cette prison.
Le marin donna une accolade amicale à Gabriel. Ce dernier revint discrètement jusqu’à sa cellule où il s’enveloppa dans les couvertures, mimant le mort.
« Demain commence une nouvelle aventure ! Au moins, Edmond semble croire en mon don. Je verrai où tout cela nous mènera ! »