Le Seigneur des Cendres

Chapitre 1 : Le Seigneur des Cendres

Par piitiite

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Cette fanfiction participe en seconde chance au Défi d’écriture du forum de fanfictions.fr de janvier - février 2026 《 On en a gros ! 》




La journée était chaude et lumineuse pour un début de printemps.

Le soleil réverbérait son éclat pur sur les murs immaculés de Dale, et aucun nuage ne venait entacher le bleu du ciel.

Le Celduin ondulait paisiblement, traversant la vaste cité avant de s'étendre paresseusement sur la plaine à l'est et de s'ouvrir enfin sur le Lac au devant. Ses eaux brillaient de mille éclats chatoyants comme si les extraordinaires richesses des nains elles-mêmes s'y reflétaient. Le fleuve prenait en effet sa source dans les profondes racines du Mont Solitaire qui dressait sa fière silhouette juste au dessus de la ville des hommes. Le commerce était prosper avec le peuple de Durin, et la cité s'épanouissait grâce à leurs fructeux échanges.


Lucina ferma un instant les yeux, profitant de la caresse du soleil sur son doux visage. Ses traits étaient pâles et légèrement plus fatigués que d'habitude, mais rien n'était plus étonnant au vue de son état. Instinctivement, la jeune femme porta les mains à son ventre rond et tendu, là où vie s'était ancrée huit lunes plus tôt. Comme en réponse à son geste tendre, de virulents coups de pieds lui répondirent et la jeune femme sourit.



-Doucement, mon tout petit. Nous sommes aussi impatients que toi de te rencontrer... mais il n'est pas encore temps.



Lucina rouvrit les yeux et inspira profondément. Depuis la terrasse de leur bâtisse du centre de la ville, elle avait une vue dégagée sur les rues animées qui couraient en contrebas. Les commerces étaient fréquentés et les riverains parlaient joyeusement entre eux, portant des paniers remplis de provisions, de pierres et joyaux, d'essences précieuses ou encore de tissus flamboyants.

Les femmes se racontaient les dernières nouvelles au bord de la fontaine de la place du marché, à l'ombre des pommiers en fleurs, pendant que des enfants couraient et riaient autour d'elles, s'éclaboussant de temps à autre avec l'eau qui jaillissait dans la grande vasque en pierre sculptée.

D'autres bambins, plus jeunes, tournaient en rond sur un petit carroussel de métal doré, assis sur la statue d'un cheval, d'une oie ou d'un renard. Une petite fille aux tresses blondes serrait sa poupée de porcelaine contre elle tout en riant aux éclats lorsque le manège reprenait de la vitesse.



Quelle chance nous avons de vivre en ces temps propers, et quelle aubaine d'être situé aux portes du plus grand et du plus riche royaume des nains, pensa la charmante jeune femme aux cheveux de miel tout en balayant la paisible cité du regard.



De nouveaux coups de pieds énergiques sortirent Lucina de sa rêverie, et il lui tarda alors que son époux Girion, Seigneur et Maitre de Dale, rentra de sa réunion d'avec ses conseillers. Ils pourraient alors se blottir l'un contre l'autre, promesse d'une soirée merveilleuse qui succèderait à cette délicieuse journée.


Lucina soupira, comblée de bonheur, et elle s'apprêta à quitter le balcon pour aller s'allonger quelques instants lorsqu'un cri perçant se répercuta en écho dans le calme environnant. Intriguée, la douce jeune femme se pencha au dessus de la ballustrade en se demandant ce qui avait bien pu produire un son pareil, avant qu'un second hurlement ne déchire définitivement la quiétude de Dale.


Une ombre immense voila un instant la face du soleil, comme une éclipse annonçant un funeste présage.


Puis Lucina le vit.


Un gigantesque dragon écarlate et noir dansait dans le bleu du firmament, sous les yeux hagards et figés des habitants. Le temps sembla se suspendre quelques secondes, comme pétrifié par les cris de la puissante créature ailée.


Puis le feu tomba du ciel.


Le monstre piqua et arrosa la rue du Bourg d'un torrent de flammes, transformant l'artère passante en un brasier ardent.


Les mères se mirent à hurler sur la place du marché, cherchant désespérément leurs enfants du regard, courant en soulevant leurs jupons, prenant dans leurs bras désespérés le premier bambin venu. Les villageois tentaient de trouver refuge derrière les murs de pierres, cherchant à échapper à une mort pourtant inéluctable.


Le terrible dragon poussa un nouveau rugissement qui ressemblait presque à un rire moqueur devant leurs piètres tentatives d'échappatoire tandis qu'il tourbillonnait en cercles serrés au dessus des bâtisses blanches. Puis un nouveau flots de feu se déversa sur la place du marché, carbonisant la pierre, le métal, le bois et la chair. Là où s'écoulait doucement la vie et les rires auparavant, il ne restait désormais plus rien.

D'un puissant battement d'ailes, la funeste créature reprit de l'altitude, donnant à la ville un court sursis.


Le chaos s'affichait devant les yeux horrifiés de Lucina, agenouillée sur son balcon, une main fine et pâle encore accrochée à la balustrade tandis que l'autre soutenait son flanc arrondi. Les flammes rougeoyantes se reflétaient dans ses prunelles clairs, cruelles répliques du drame qui se produisait devant elle: il ne restait désormais plus rien des pommiers en fleurs et la fontaine de pierre avait explosé sous la puissance de l'impact. Le manège doré était réduit à une flaque de métal, même si quelques morceaux de sa structure étaient encore visibles parmis les flammes qui dévoraient toujours la place. Des habitants, il n'y avait plus trace, comme s'ils s'étaient évaporés dans le tourbillon incandescent.


Un nouveau rugissement ramena Lucina dans la terrible réalité, et elle vit avec une horreur renouvelée le dragon piquer en direction des murs de Dale.


Une seule et unique chose compta soudain dans l'esprit de la future mère: retrouver Girion et fuir avec lui, loin du chaos et de la destruction semés par cette bête maudite.


La jeune femme se précipita dans la rue, fuyant aussi vite que possible, priant pour qu'il ne soit pas trop tard et pour que l'amour de sa vie soit sain et sauf.

Une fumée épaisse commençait à s'élever vers le ciel, rendant l'air lourd et suffocant, étouffant presque Lucina qui se cramponait aux murs d'une main tout en soutenant son ventre de l'autre. La peur palpitait dans sa poitrine, faisant vibrer tout son être et lui donnant des contractions douloureuses qu'elle ignora cependant.

Elle poursuivit son chemin malgré la douleur et tourna dans la rue des tanneurs qui avait été épargnée pour l'instant. Elle longeait les murs de pierres comme une ombre furtive, espérant échapper aux yeux vifs et cruels du dragon.


Bientôt, la haute silhouette blanche de la Maison du Conseil où se trouvait Girion se dressa devant elle, et Lucina fut soulagée en constatant que l'édifice était intact.


Un vombrissement grave résonna à nouveau en faisant trembler les murs de toute la cité, et la jeune femme se retourna. La créature ailée inondait le quartier marchand, plus au sud, de ses flammes suffocantes, détruisant tout sur son passage. Les façades de pierres volaient en éclat comme de vulgaires constructions en paille, témoignant de la violence de l'attaque.


La future mère reprit sa marche, paniquée, ses bras crispés entourant son flanc de plus en plus lourd comme pour protéger son enfant à naître face à l'horreur qui s'abattait ici.

Mais Lucina avait presque atteint son but: les escaliers immaculés s'ouvraient enfin devant elle et elle commençait leur ascension quand une silhouette apparut sur le parvis du bâtiment officiel.


Girion.

Girion grand et brun.

Girion grand et fort.

Girion Maitre de la ville et Seigneur son époux.

Elle était sauvée. Tout irait bien désormais.



                                  ***



Girion dévala les marches, suivi par quatre de ses gardes, et il prit sa femme dans ses bras. Il sentait Lucina tremblante et choquée contre lui, ses petits bras blancs entourant son ventre rond. Des larmes striaient son doux visage à la peau de porcelaine, et des tâches de suie maculaient ses joues et ses vêtements, accentuant la pâleur de ses traits.



-Viens, ma douce, suis-moi. Nous devons faire vite, lui murmura-t-il.



Girion attrapa la main de sa bien-aimée et l'entraîna après lui. Les quatres soldats les suivirent aux pas de course, leurs mains droites posées sur le manche de leurs épées au fourreau.

Au loin dans le ciel, un petit point noir tourbillonnait rapidement dans les airs, prêt à fondre à nouveau sur Dale pour la réduire définitivement en cendres.


Leur course pour le salut semblait interminable tant l'horreur qui s'étalait devant leurs yeux était insupportable. Girion tentait de faire barrage avec son corps pour épargner la vue de sa bien-aimée, mais rien ne semblait en mesure de dissimuler le drame atroce. Les façades d'échoppes et d'habitations étaient éventrées, laissant échapper une fumée âcre qui masquait peu à peu le ciel. Des cadavres à demi calcinés, partiellement protégés par les murs épais, étaient allongés au sol: des mères serrant leurs fils, des pères tentant de protéger leurs filles, des couples s'embrassant dans une dernière étreinte avant que le feu inéluctable ne les emporte à jamais.



Le port de Dale s'ouvrit enfin devant eux, épargné pour le moment par l'immense dragon. Les quatres soldats de la garde accélèrèrent le pas et commencèrent à détacher les nœuds qui retenaient une longue barque de bois clair à son quai.

Girion aida son épouse à franchir son bord, la stabilisant pour qu'elle puisse y prendre place en toute sécurité. Cette dernière était légèrement essoufflée, ses joues rosies par l'effort et la peur, tenant toujours son ventre douloureux de sa main libre. Elle se retourna alors vers lui, et la pureté de son regard et de son sourire candide transperça le cœur de Girion.

Elle et le bébé vivront. Il en était convaincu.


Et sa douce Lucinda, dans toute son innocence, dans sa manière de lui tenir fermement la main dans l'attente qu'il la rejoigne à bord, pensait aveuglément qu'il les suivrait, s'échappant ainsi du chaos et de la destruction sur les flots du Celduin.


Mais il n'en était rien. Il était le Seigneur et Maitre de la ville. Il ne pouvait pas fuir le chaos. Il devait le combattre. Il devait protéger la cité ou mourir en essayant. Il n'avait pas le choix.


Girion, toujours debout sur le quai, déposa alors un doux baiser sur les lèvres de sa femme, tout en portant la main sur le renflement de son ventre, cherchant dans la vie de leur enfant la force d'accomplir ce qui devait être fait.


Le Maitre de la ville remarqua alors le changement dans le regard de son épouse lorsqu'elle comprit son dessein, lorsqu'elle assimila le fait qu'il n'avait jamais eu d'autres intentions que de la mettre elle et le bébé à l'abri, entourés de ses meilleures soldats.


Et elle réalisa alors qu'il ne les accompagnerait pas.



-Non, Girion...



-Lucinda...



-Ne fais pas ça, je t'en prie. Vis, viens avec nous...



-Tu sais que je ne peux pas, mon amour. Tu sais ce qu'il m'incombe de faire. Vis pour nous deux, vis pour notre enfant. Il y a autant de nourriture dans cette embarcation pour survivre plusieurs semaines, ainsi qu'une dernière flèche noire... juste au cas où. Mes hommes te protégeront. Adieu.



Puis sans un regard en arrière pour éviter d'affaiblir sa volonté, le Seigneur de Dale fit demi-tour et s'en retourna au coeur de la cité au pas de course.


Son coeur tambourinait dans sa poitrine, asphyxié par la fumée âcre et par la peur viscérale pour ceux qu'il aimait. Une haine sans fin déferla alors en lui, à l'encontre de cette monstruosité ailée qui lui avait ravi son avenir et l'espoir de connaître un jour son enfant.


Girion se mit également à haïr les Nains avec toute la ferveur dont il était capable:



Eux qui ont accumulés tant de richesses, je les avais pourtant avertis... J'avais prévenu Thror des dangers qui les guettaient s'il ne refreinait pas sa soif d'or, mais le Roi sous la Montagne est fier et arrogant et il a continué a creuser toujours plus profondément vers les fondements de la terre... Si seulement il m'avait écouté. Voici donc notre châtiment...



Une certitude absolue s'ancra alors dans le coeur du Maitre de la ville, lui apportant un léger apaisement: il était le Seigneur de Dale, et il tuerait le dragon.


Girion se fraya un chemin parmis les décombres fumants et incandescents jusqu'à la plus haute tour de la cité toujours debout. Il en gravit les escaliers au pas de course, sans prêter attention à l'essoufflement qui lui déchirait les flancs.

Lorsqu'il parvint enfin à son sommet, il fut effaré par le sinistre spectacle qui s'offrait à lui.


Une mer de flammes dévorait toute la cité, rongeant et s'insinuant dans chaque bâtisse, chaque cachette potentielle, rendant toute survie impossible.

Les eaux habituellement claires et calmes du Celduin se tordaient en reflétant les colonnes de feu qui dévoraient la ville, comme si le fleuve lui-même s'était métamorphosé en un torrent de lave. Et à sa surface, une minuscule embarcation filait au loin vers le salut.



Lucina.



Quelques cris résonnèrent au loin, et Girion sortit de ses pensées en apercevant un groupe de soldats armés d'arcs et de flèches se précipiter vers le quartier nord où sévissait maintenant l'immonde monstre. Bien qu'ils n'auraient aucune chance face au dragon avec leurs piètres armes, le Seigneur de la ville ne put qu'éprouver de la fierté et de l'amour pour ces hommes qui allaient donner leur vie pour tenter d'arrêter la bête.



Girion se saisit alors de l'arc-lance qui armait la corniche de la tour et il y encocha une lourde flèche noire, forgée par les Nains eux-mêmes au coeur d'Erebor, seul projectile capable de terrasser un dragon. Le coeur battant, le Seigneur de Dale attendit que la funeste créature s'approche assez près pour lui décocher un trait mortel.


Et il n'eut pas à patienter très longtemps.


Le gigantesque monstre, persuadé d'avoir achevé son travail de destruction, se posa alors sur les ruines brûlantes de la ville, à une centaine de mètres de Girion, son poitrail rougeoyant se soulevant lentement comme s'il prenait le temps d'apprécier cet incandescent spectacle dont il était l'auteur. Ses immenses ailes de cuir se déployèrent dans toute leur envergure, comme pour démontrer l'inéluctable suprématie de sa puissance.


Il n'en fallut pas plus à Girion. Il fit pivoter son arme sur son socle et visa le coeur de la bête.

La flèche noire partit avec force et rapidité, et alla frapper le dragon en pleine poitrine.

L'angle de tir était cependant légèrement décalé, et la pointe ne transperça pas les écailles épaisses qui dévièrent le trait au loin.


Mais le Seigneur de Dale avait cependant attiré l'attention de la funeste créature. Cette dernière tourna son horrible tête hérissée vers lui, et le fixa de ses yeux oranges qui ressemblaient à deux braises brûlantes.



-Stupide humain... Oui, c'était vraiment stupide de ta part... tu aurais pu te sauver, tu aurais pu fuir avec ta femelle et ta progéniture... mais tu as décidé de rester... POURQUOI?



La voix, aussi profonde que le cratère d'un volcan en irruption, résonna par dessus le hurlement de l'incendie, ses mots faisant vibrer la chair et l'âme de Girion. Un tremblement agita d'ailleurs les mains de l'homme lorsqu'il se saisit de sa seconde flèche noire, et le Maitre de la ville dut s'y prendre à deux fois pour parvenir à armer l'arc-lance.



-Tes mains tremblent, stupide humain? Bien. Je veux que tu ressentes la peur avant de mourir..., tonna l'effroyable monstre.



Et le dragon se mit en marche, ses larges pattes détruisant ce qui restait des ruines de Dale, ses ailes éclatant les murs qui tenaient encore debout, sa queue interminable fouettant les airs en envoyant voler des blocs de pierres calcinés derrière elle.


Girion visa et tira à nouveau. L'homme recula légèrement sous l'impact de la puissance de l'arc-lance, et il regarda avec espoir la flèche mortelle tracer une nouvelle fois sa course vers le poitrail de la bête. Et encore une fois, l'angle ne fut pas propice à la réussite: la pointe acérée rebondit sur les écailles impénétrables du dragon qui restait imperturbable face à lui.



-Tu n'espères tout de même pas me tuer avec ce jouet, stupide humain? Ou bien... Mais si! C'est bien de l'espoir que je ressens dans ton cœur, comme c'est touchant... Je vais te faire une démonstration de ma force juste avant de te tuer, ainsi plus aucun espoir ne subsistera ici...



Les immenses ailes de cuir écarlate et noir battirent soudain, soulevant cendres et poussières tout en attisant le feu sous elles. Le dragon prit son envol, se propulsant avec ses pattes arrières, et il disparut dans les nuages sombres qui masquaient désormais le ciel. Girion en profita pour encocher sa troisième flèche et se tint prêt, tournant frénétiquement l'arc-lance à la recherche de la bête.


Cette dernière retomba soudain en piqué juste au dessus de lui et traça un cercle de feu autour de la tour sur laquelle il avait trouvé refuge. Les rares bâtisses encore debout alentours s'écroulèrent sous la puissance et la chaleur de l'impact, projetant des blocs de pierres en une pluie mortelle et destructrice. La tour elle-même sembla ébranlée sous le choc de cette attaque, et Girion tira la flèche noire précipitamment alors que le dragon rasait son promontoire. Le projectile manqua la cible de peu et alla finir sa course loin à l'horizon, se perdant dans les flammes, la fumée et le désespoir. Le terrible monstre disparut à son tour, préparant sa dernière attaque.


Le Seigneur de la ville serra les dents et se saisit de sa quatrième et ultime flèche. Un abattement terrible le gagna lorsqu'il aperçut le carquois vide tandis qu'il encochait sa dernière chance de terrasser la créature ailée.

Accroché à l'arc-lance avec autant de force que de désespoir, Girion guettait le retour du dragon, conscient qu'il n'aurait plus d'autres occasions de mettre un terme à ces horreurs.


Aussi lorsque la silhouette menaçante émergea à nouveau des flammes et de la fumée, Girion ferma les yeux.


Il pensa à Lucina, belle et douce.

Il pensa à leur enfant à naître, qu'ils avaient tant désiré.

Il pensa à Dale telle qu'elle avait été, éclatante et vivante.

Il pensa à toutes les vies que le dragon avait pris aujourd'hui et qui devaient être vengées.


Et une immense paix intérieure le saisit lorsqu'il décocha la dernière flèche noire, tandis que le dragon fonçait sur lui. Girion retint son souffle, ses yeux fixés sur le trait qu'il venait de tirer. Et lorsque le projectile rebondit une nouvelle fois sur la peau impénétrable, juste sous l'aile gauche, l'homme sut que c'était la fin. Le Seigneur de la ville sentit ses forces l'abandonner et ses genoux heurtèrent la pierre dure de la tour.


Une lumière intense l'entoura soudain, comme s'il était de retour sous le brillant soleil de Dale par un magnifique jour de printemps avant que la mort ailée ne tombe du ciel. Puis le feu l'emporta à son tour dans un tourbillon de cendres incandescentes, et Girion ne vit plus rien du tout.




                                   ***




La fière et splendide silhouette ailée surplombait la cité, posée au centre du brasier ardent qu'elle avait savamment créé. Les flammes entouraient le superbe dragon de toute part, formant autour de lui une vision de félicité absolue.


Bien.


Maintenant que ces stupides alliés humains ont péri, je vais pouvoir me repaître de la chair des nains au coeur de la Montagne. Je me prélasserais ensuite dans leur trésor, et tout cet or sera alors à moi.


Ô oui mon précieux, mon inestimable trésor. Il sera à moi et uniquement à moi. La Montagne Solitaire sera scellée et plus aucun être vivant ne s'y risquera jamais...



Smaug le Magnifique déploya alors à nouveau ses ailes cendres et rubis et se propulsa à l'attaque de Mont Solitaire, prêt à continuer son carnage de feu et de sang, ignorant cependant qu'une petite écaille à la base de son aile gauche avait été arrachée lors de la dernière tentative de tir du Maitre de Dale.



Je suis le feu.

Je suis la terreur.

Je suis la mort...




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