C’est à l’aube que j’ouvre les yeux, sortant difficilement de mes songes. Malgré mon envie de rester couché, je sais que je ne peux pas traîner : je tiens absolument à voir les coureurs avant leur départ dans le labyrinthe. Enfin, surtout Minho… J’ai tellement peur de ne pas le voir revenir que je veux lui dire au revoir chaque matin. Et puis… j’ai besoin de lui parler de ce qui se passe au Bloc. Entre les histoires de Gally, de Fry et, surtout, la proposition dérangeante d’Alby, j’ai besoin de son avis et de me sentir soutenu. Je quitte donc mon lit et passe rapidement aux douches communes avant de rejoindre les coureurs dans la salle des cartes. Comme prévu, Akira n’est pas là, et j’attends que Minho donne ses consignes à tout le monde avant de me montrer. C’est seulement à la fin de son discours, tandis que les autres terminent leurs préparatifs, que l’Asiatique me rejoint à l’extérieur de la salle. Seuls, à l’abri des regards, Minho pose sa main sur ma joue et soulève doucement mon visage vers lui pour m’embrasser à pleine bouche. Je reste un instant surpris par cet élan de tendresse qui ne lui ressemble pas, mais il m’en révèle vite la raison en murmurant entre deux baisers :
S’il se plaint d’être fatigué, c’est que vraiment il doit arriver à saturation, car ce n’est pas son genre… Je décide donc de garder mes problèmes pour moi, je ne voudrais pas alourdir ses épaules déjà chargées…
Je sens sa main se poser sur mes fesses et les pincer avec force, tandis qu’il cherche à me défaire de mon pantalon. Je le repousse un peu, tenant son poignet musclé :
Puis, il ressort avec son groupe et, dès l’ouverture des portes, ils repartent tous refaire leur trajet d’hier. Mais comme à chaque fois, mon cœur se serre. Je n’aime vraiment pas le voir partir… J’ai toujours la boule au ventre… peur qu’un jour il ne revienne pas, ou pire, qu’il revienne piqué par un griffeur… La journée s’annonce longue sans lui…
…
Les heures s’écoulent lentement et le soleil tape déjà fort, haut dans le ciel. Je guette quatorze heures pour aller parler à Jessy, ce fameux blocard qui ignore systématiquement les règles et se fiche du maton des cuistots. Il faut que je mette les points sur les « i » avec lui. Il ne peut pas se permettre de faire ce qu’il veut dans notre garde-manger… C’est dégoûtant. Donc quand l’heure arrive, je me dirige vers la cuisine et l’aperçois immédiatement. Je m’avance, le regard ferme mais calme :
On s’isole dans un coin de la cuisine. Je respire profondément pour ne pas paraître agressif, mais mes poings se serrent presque instinctivement.
Il reste silencieux, fuyant mon regard. Je sens sa tension, son malaise, et je le comprends. Moi aussi je suis mal à l’aise. Ce n’est pas dans mes habitudes de me mêler de la vie sexuelle des autres blocards… Mais là… c’est dans notre réserve de nourriture. C’est sale, irrespectueux…
Je me retourne pour quitter la pièce, mais juste avant, il marmonne quelque chose sous sa barbe. Je fronce les sourcils et l’entends distinctement :
Je sens mon cœur s’accélérer, la surprise et l’incompréhension se mêlant à une pointe de colère. Pourquoi pense-t-il que je suis jaloux de sa prétendue popularité ? Et qu’est-ce que ça pourrait bien me faire ?
Pourquoi parle-t-il de Minho ? Et si… non, non… Minho ne lui parle jamais… Je lui fais confiance. Je suis sûr qu’il ne regarde que moi pour… ça…
Je reste sans voix face à son aplomb. Et si c’était vrai… ? Je ne suis pas sûr à cent pour cent que Minho ne me regarde que moi… Et pour Alby… c’est possible. Même s’il m’a toujours dit qu’il ne fait rien, il doit, comme tout le monde, avoir ses moments de détente. Mes doutes s’installent, et Jessy continue sa provocation avec un sourire cruel.
Je sens la colère monter, mon cœur battre à tout rompre, mes poings se serrer.
Je m’apprête à quitter la pièce quand des mains me poussent brutalement. Je n’ai même pas le temps de comprendre : je bascule en avant et ma tête heurte violemment le coin de la table. Le choc m’arrache un souffle court. Tout tourne. Je reste au sol, les genoux repliés, une main pressée contre ma joue qui brûle. Sous mes doigts, je sens aussitôt la chaleur humide du sang qui coule.
Je souffle, la voix encore tremblante en fixant Jessy. Il reste figé, livide, presque horrifié par son propre geste. Sa peau mate brille légèrement sous la lumière de la cuisine, ses yeux verts écarquillés me fixent avec une intensité presque douloureuse. Son cou long se tend comme pour s’échapper de ses épaules, et ses cheveux noirs, crépus et rebelles, encadrent son visage dans un désordre sauvage qui contraste avec l’expression coupable et paniquée de ses traits.
Il n’a pas le temps de finir sa phrase que Fry entre en trombe, lâche la casserole qui s’écrase au sol et se rue vers moi.
Je suis encore sonné. Je me laisse porter sans protester, ma tête allant d’elle-même se poser contre l’épaule solide du grand cuistot. Son odeur de farine et de fumée m’apaise un peu, même si la douleur pulse encore dans ma joue. À l’infirmerie, Fry me dépose aux mains de Clint et Jeff avant de repartir aussitôt chercher Alby. La pièce sent les herbes et l’alcool médicinal, l’air froid me picote la peau. La blessure n’est finalement pas grave. Clint nettoie la plaie avec douceur ; ça pique mais je serre les dents.
Alby déboule, suivi de Frypan et Gally, tous marchant d’un pas pressé. Alby se jette presque à mon chevet, saisissant ma main avec une force inquiète.
Je n’éprouve aucun remords à tout dire à Alby : Jessy a clairement dépassé les bornes. Je suis venu lui parler calmement, avec patience, et voilà la gratitude qu’il me montre… je ne peux pas laisser passer ça. Avec une attitude pareille, c'est un danger pour le Bloc.
Mais il retire lentement sa main de la mienne… pour venir effleurer ma joue blessée. Son geste est d’une douceur presque dérangeante.
Son regard s’attarde un peu trop longtemps sur mon visage. Une chaleur gênée me traverse la poitrine. Je détourne les yeux. Alby se relève et repart avec Gally et Clint, encore tendu… Fry s’assoit sur le lit près de moi. Il se tourne, les bras croisés, un sourire malicieux accroché aux lèvres. Je sens mes joues chauffer encore plus… pour une tout autre raison que la blessure. Ce que Alby à déclarer devant tout le monde, me gène terriblement… Le sentiment de malaise avec lui ne me quitte plus…
Je sens mon cœur s’emballer. Ses yeux glissent plusieurs fois sur mon corps, son regard devient presque insistant. Je me recroqueville légèrement sur moi-même, cherchant à me faire petit.
Il me donne un petit coup sur l’épaule. Je me force à sourire, mais un frisson inconfortable me traverse. Je sais que ses paroles n’étaient peut-être pas complètement innocentes. Ma supposition se confirme lorsqu’il ajoute :
Il quitte l’infirmerie, me laissant enfin seul pour respirer. Je m’allonge sur le lit, fermant les yeux quelques minutes. Je me repose une petite heure avant de rejoindre les Scarleurs dans les champs.
Je sens une boule d’anxiété dans ma poitrine. Le conseil de ce soir m’angoisse. C’est la première fois que je convoque quelqu’un… mais je n’ai pas le choix. Jessy a clairement dépassé les limites, et je ne peux pas laisser passer ça. Et puis… Fry… je n’avais jamais imaginé que ses avances pourraient me troubler à ce point… Chaque fois que je le croise maintenant, je sens mon cœur s’emballer, mes pensées s’égarer. C'est très gênant comme situation de savoir que quelqu'un te désire ainsi en secret… Quant à Alby… Je sens encore l’écho de ses gestes, de ses paroles… et ça me rend nerveux. Le simple souvenir de ses attentions me fait frissonner et me serre l’estomac. je commence à réaliser que mes soupçons n’étaient pas faux. Mon malaise grandit, me laissant à la fois gêné et terrifié par ce que je ressens…
…
Le soir venu, juste avant la fermeture des portes, les coureurs reviennent enfin de leur marathon. J’attends nerveusement de voir Minho, impatient de lui raconter cette foutue journée… mais comme toujours, j’attends qu’il ait rendu ses notes aux cartographes. Sauf que… à peine met il un pied dans le Bloc que je vois Chuck détaler vers lui, les bras agités. L’instant d’après, Minho relève brusquement la tête, son regard fouille l’espace, me cherche, me trouve. Son visage se crispe, devient dur, fermé, presque menaçant… Il sait. Chuck lui a tout raconté…. Et même si moi je n’ai rien dit… Je me doute bien que Frypan et Gally ont déjà vendu la mèche et que tout le Bloc doit être au courant.
Minho fonce vers moi, d’un pas rapide, presque animal. Il arrive à ma hauteur, attrape mon visage d’une main par le menton, me force à relever la tête. Ses yeux noirs s’assombrissent instantanément en voyant ma joue marquée. Je sens son souffle trembler, son pouce effleurer la plaie avant qu’il ne serre la mâchoire, fulminant.
Rien à faire. Il marche droit devant lui, tête baissée, les épaules contractées, comme un taureau lancé dans une arène. Je dois presque trottiner pour suivre son rythme.
Je dois l’empêcher d’aller frapper Jessy. Je refuse que Minho finisse puni à cause de moi…
Minho me relâche et change immédiatement de direction vers le gnouf. Je me jette presque sur lui pour l’arrêter, tirant son bras de toutes mes forces.
Je sens ma gorge se serrer. Son entêtement, sa colère brûlante, son besoin presque viscéral de me défendre… tout ça me submerge. Mais il va tout foutre en l’air. Rien ne le calme. Rien… Et c’est de ma faute. Alors je passe devant lui, lui barre la route et je hurle, la voix éclatant malgré moi :
Le silence tombe comme une massue… Minho se fige. Il me regarde comme si je venais de lui gifler l’âme. Je n’ai jamais crié comme ça… Les blocards autour de nous s’arrêtent, surpris, murmurant déjà. Mais je suis trop en colère pour m’en soucier.
Minho reste planté là, choqué, les bras ballants, respirant fort. Ses yeux se baissent un instant, comme blessés. Je n’en peux plus… Je tourne les talons, furieux, le cœur battant trop vite. Je ne veux plus le voir… Il m’agace à ne jamais m’écouter, à s’emporter pour un rien… à se jeter dans la gueule du loup dès que je suis blessé. Je file dans ma chambre, j’irradie encore de tension, de colère et d’un étrange pincement au cœur. J’ai besoin de respirer, de me calmer avant le conseil… Parce qu’entre Jessy, les avances de Frypan, Alby qui me colle… et Minho qui ne m’écoute pas… Je sens que je vais imploser moi‑même…
…
À l’heure du conseil, tous les blocards se rassemblent dans la salle que nous avons construite exprès pour nos réunions. L’air est chargé de tension, un mélange de chaleur, de bois ancien et de l’odeur métallique de la sueur et de la poussière des murs. La pièce est circulaire, avec au centre une chaise pour l’accusé. En face, une barre pour le plaignant, et juste à côté le bureau du Maton Alby qui dirige le conseil. Tout autour, des bancs et des chaises pour les autres blocards, qui chuchotent nerveusement, s’installant avec des gestes un peu trop pressés, trahissant leur curiosité et leur anxiété. Une fois que tout le monde est en place, Alby se racle la gorge, le bois grince sous ses doigts posés sur le bureau.
Je vois le petit bonhomme trembler de tous ses membres. Il avance lentement vers la chaise, les yeux baissés, le souffle court. Son corps semble presque se dissoudre sous le poids des regards. Gally, lui, s’installe derrière la barre, bombant le torse, les mâchoires serrées, comme pour intimider.
Il se dépêche de quitter la chaise. Gally, lui, retourne s’asseoir à côté de moi, un rictus de satisfaction sur le visage.
Un murmure parcourt la salle. Tous les blocards se tournent vers moi, surpris. Ce n’est pas dans mes habitudes d’avoir des problèmes avec les autres. En cinq ans, je n’ai jamais convoqué personne, et jamais eu de dispute sérieuse. Je sens mon cœur s’accélérer, mes mains devenir moites. La lumière des torches crée des ombres sur mon visage, accentuant mon malaise. Chaque regard sur moi me donne l’impression d’être jugé, observé, exposé. Je vais devoir répéter ses mots, et je sais que certaines accusations vont déclencher la colère de Minho ou d’autres… C’est un sujet tabou, sale, qui empoisonne l’air et fait vibrer mes tempes.
Un deuxième souffle d’étonnement traverse les rangs. Des murmures, des exclamations étouffées, des doigts pointés, des sourcils froncés… Les voix s’élèvent, coupant Alby.
Le vaurien s’avance, relève la tête avec un mélange d’arrogance et de défi. Son regard vert brille d’une fierté insolente, mais ses mains tremblent légèrement.
Je sens le sang me monter au visage. Ma mâchoire se serre, mes poings se crispent. Comment peut-il mentir ainsi ? Tout est déformé. Moi qui voulais protéger un peu la vérité pour ne pas créer de conflit… oublié. Plus de retenue…!
Autour de nous, les blocards s’agitent. Certains secouent la tête, choqués, d’autres protestent, traitant Jessy de menteur. Les voix se chevauchent, le brouhaha devient presque insupportable.
Il faut plusieurs minutes avant que le calme ne revienne, que les regards se posent à nouveau sur nous. Les respirations sont lourdes, le bois des bancs grince sous le poids des corps, et une odeur de sueur mêlée au vent froid de la nuit s’infiltre dans la salle.
Un souffle de dégoût et de colère parcourt l’assemblée. Presque tous les blocards frémissent, froncent les sourcils, certains reculent de quelques pas, d’autres échangent des regards incrédules. L’air est électrique, chargé d’indignation. L’odeur du Bloc semble plus lourde, presque étouffante. Les chuchotements ne s’éteignent pas malgré le regard sévère d’Alby, obligé de hausser la voix pour rétablir le silence. Mon cœur bat à tout rompre, ma bouche est sèche, et je sens chaque souffle comme un rappel de l’urgence de ma mission : faire régner l’ordre, dire la vérité, et tenir bon malgré l’atmosphère lourde et les regards chargés de suspicion.
Les blocards se recroquevillent sur leurs bancs, des regards inquiets ou curieux fixant la scène centrale.
Les murmures, les exclamations et les chuchotements reprennent de plus belle. L’atmosphère devient électrique, les blocards crispés sur leurs bancs, certains se penchent pour mieux entendre, d’autres froncent les sourcils, la colère et l’incrédulité visibles sur leurs visages.
Un silence pesant s’abat sur la salle. Mais Minho, les yeux étincelants de rage, s’avance vers la barre. Je vois les petites veines sur son front gonfler sous la colère, ses poings se serrer comme pour contenir un torrent de violence.
Je vois son visage se crisper, les mâchoires serrées, mais il s’exécute à contre-cœur, s’asseyant brusquement, le corps tendu comme un arc.
Je prends une profonde inspiration. Mes mains tremblent légèrement, ma gorge se serre. Chaque mot me brûle les lèvres, mais je dois dire la vérité… Aussi j’ajoute :
Autour de nous, des souffles choqués, des regards fixés sur moi, des chuchotements étouffés et des mâchoires qui se serrent. Les émotions sont palpables, presque électriques dans l’air étouffé de la salle. Alby reprend, calmant la tension : il convoque Frypan et Minho à la barre pour témoigner. Je sens mon estomac se nouer. Minho, toujours crispé, m’observe, et je devine qu’il lutte pour rester calme.
Jessy avance d’un pas menaçant, mais les Coffreurs le saisissent rapidement par les bras et le rasseyent de force. Le bois des bancs grince sous la tension et le souffle des blocards semble se mêler à la poussière, créant une atmosphère suffocante, chargée d’adrénaline et de malaise…
La foule éclate en applaudissements et insultes, certains se penchent pour montrer leur satisfaction ou leur mépris. Moi, je reste figé, le cœur lourd. Même si c’est mérité, je me sens coupable. Je n’aime pas cette place d’accusateur, et un étrange malaise m’envahit. Mes mains tremblent encore un peu, ma gorge est sèche, et chaque regard dans la salle me rappelle que je suis désormais celui qui décide du sort d’un autre… Jessy est emmené par les coffreurs, le cliquetis de leurs chaînes résonne dans la salle.
L’air se relâche lentement, mais la tension reste palpable, comme si le conseil avait gravé dans la pièce un silence chargé d’interdits, de secrets et de non-dits.
Tout le monde repart à ses occupations… Je reste figé quelques secondes, le souffle encore irrégulier, le cœur serré par la culpabilité pour Jessy. J’ai besoin de réfléchir, de prendre du recul sur tout ce qui vient de se passer. Je me lève et pars chercher un coin isolé derrière la forêt, un endroit où les blocards ne viennent presque jamais. Ici, les herbes hautes bruissent doucement sous le vent nocturne, et le parfum humide de la terre et du bois me donne un semblant de calme. C’est là que Minho et moi avons parfois l’habitude de nous retrouver, loin des regards indiscrets, pour partager nos moments en toute discrétion. Je m’allonge, les yeux perdus dans le ciel étoilé, et je pousse un long soupir de fatigue… Mais la tranquillité est de courte durée. Je sens un mouvement derrière moi, et avant que je puisse réagir, Alby s’assoit à mes côtés. Son sourire est léger, presque tendre, mais je sens une tension sous-jacente que je n’avais jamais remarquée avant.
Je reste silencieux, le visage enfoui dans mes genoux, sentant mon cœur battre de plus en plus vite. Alby se rapproche, sa main glissant sur mon dos puis ma taille, et je sens mon souffle s’accélérer. L’air autour de nous devient plus chaud, presque oppressant, chargé de tension.
Je rougis, pensant immédiatement à Minho. L’ombre de sa jalousie, de son attention, m’envahit, et une étrange nervosité me noue l’estomac.
Son expression change brusquement. Il me dévisage, silencieux, et je sens son désir presque brutal. Son visage se rapproche du mien, et soudain, il plaque ses lèvres contre les miennes. Je me crispe, les mains sur ses épaules, tentant de le repousser. Sa bouche reste collée à la mienne, sa langue effleurant mes lèvres, cherchant à entrer. Mon cœur bat à tout rompre, un mélange de peur et de dégoût me paralyse. Je finis par le repousser sur le côté et m’assieds, le souffle court.
Je reste allongé dans l’herbe, les mains sur le visage, le cœur battant, le souffle court. Mon esprit tourbillonne. Alby… Fry… tous semblent vouloir plus de moi… Le poids de ces avances, de ces désirs non réciproques, m’écrase. Mon corps est tendu, chaque frisson me rappelle que je suis désormais la cible de leur désir. Je ferme les yeux, essayant de me détendre, de mettre un peu d’ordre dans ce chaos émotionnel, mais je sens encore la chaleur de sa proximité, l’intensité de son regard me hanter… Je reste là, seul avec mes pensées, l’herbe humide sous mes mains, le vent nocturne caressant mon visage, essayant d’oublier toutes ces émotions et de trouver un semblant de calme avant le lendemain…
…
Je finis par m’assoupir quelques heures, bercé par le silence pesant du Bloc. Quand je me réveille, tout est plongé dans l’obscurité, les chuchotements éteints, seulement le souffle régulier de mes camarades et le craquement occasionnel du bois qui travaille dans les dortoirs. Je me redresse doucement, la nuque raide, et je pars vers ma chambre. Mais une lueur vacillante attire mon regard, venant de l’étable. Si l’un des trancheurs a oublié une lanterne, le risque est énorme : le foin sec pourrait s’enflammer en un instant. Je m’approche avec prudence, le cœur battant un peu plus vite, et prends un petit détour pour inspecter le bâtiment. Avant même de pousser la porte, des sons m’arrêtent net. Des gémissements, des respirations rapides, presque haletantes, résonnent dans la nuit. Mon souffle se coupe, et un mélange de curiosité et de malaise me pousse à entrouvrir la porte. La scène que je découvre me fige sur place. Antoine, à quatre pattes dans le foin, et Gally derrière lui, en pleine action. Mon cœur se met à tambouriner contre ma poitrine, et je pose instinctivement une main sur ma bouche pour étouffer mon souffle d’étonnement. L’odeur du foin mêlée à l’humidité de la grange me paraît presque suffocante…. Soudain, Gally lève la tête et ses yeux rencontrent les miens. Le rouge me monte aux joues et je ferme immédiatement la porte, reculant si vite que je manque presque de trébucher. Mon esprit est un tourbillon de confusion et de gêne, et je pars sans perdre une seconde, mes pas résonnent sur le sol en bois. Je marche en silence, la tête pleine de questions. Gally et Antoine… amants ? Quand cela a-t-il commencé ? Il y a quelques heures à peine, ils étaient au conseil, l’un faisant respecter la loi, l’autre tremblant sur la chaise d’accusé… Tout cela semble irréel. Mon esprit refuse de saisir la logique de cette scène. J’espère simplement que Gally n’a pas profité de son statut de Maton pour satisfaire ses envies… Je devrai parler à Antoine demain pour m’assurer que tout va bien…
Arrivé dans ma chambre, je me laisse tomber sur mon lit, glissant la couverture sur moi. La chaleur du tissu me réconforte un instant, mais mes pensées s’échappent aussitôt vers Minho. Dans des moments comme celui-ci, sa présence me manque cruellement. J’aimerais pouvoir le rejoindre, me blottir contre lui, sentir son souffle contre ma peau… Mais le dortoir est encore endormi, chaque bruit risquerait de trahir ma présence. Et puis, je ne veux pas le déranger. Il a besoin de sommeil, pour être en forme et affronter le labyrinthe demain. Je ferme les yeux, laissant le silence m’envelopper, mais le souvenir de ce que je viens de voir dans la grange me suit, troublant mon esprit et mêlant malaise et fascination. La nuit semble lourde autour de moi, chaque ombre semblant révéler un secret, et je me sens plus seul que jamais…
A suivre !
Note :
Coffreur : Blocard élu par le Maton Alby pour assurer la sécurité. En général, ils sont grands et très costauds, et ils font tous partie d'un autre métier.
Prochain chapitre : Une succession d'ennuis.
Je vous salue lecteurs !
N'hésite pas à me dire si tu apprécie ma fic !
Ce n'est que le commencement d'une longue histoire !
Bye !