Gambit Tome 1

Chapitre 3 : Faire le ménage de sa vie

Par LaVerdure

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Mon direct du droit qui s’abat sur l’homme en face de moi. Le combat est terminé : à la force d’impact que je viens de déployer, à l’endroit où j’ai visé, j’ai fait mouche. Il s’écroule au sol. La foule applaudit et crie à mon nom tandis que l’arbitre compte à haute voix. Au compte de dix, il s’écrie “OUT” et c’est un tonnerre d’applaudissements qui s’élève dans l’aréna. Clarisse passe entre les cordes et se jette sur moi. Son pull blanc en coton s’imbibe d’un peu de mon sang : mon adversaire a réussi à me faire une coupure juste au-dessus de l’oeil et sur la joue gauche, mais ce n’est pas bien grave. Je me sens vivante comme jamais. Mon premier match depuis mon retour sur le ring. 


L’arbitre nous ramène, mon adversaire et moi, au centre du ring et dresse mon poing gauche dans les airs. J’ai encore droit à des encouragements, même à une chanson qui me provient du premier rang. Parmi les gens, une jeune femme vocale à la chevelure un peu hérissée et de couleur verte est difficilement manquable. Plusieurs femmes l’entourent, ce qui me remplit de fierté. 


Ce n’est pas un combat médiatique avec des caméras et des commentateurs chevronnés ; c’est plutôt petit et local. Mais c’est mon combat de retour. 


Clarisse tend les cordes pour me laisser descendre du ring et nous nous dirigeons vers les vestiaires. En croisant la prochaine pugiliste, je la salue en lui souhaitant bonne chance. Elle me répond d’un signe de la tête, concentrée, tandis qu’un journaliste sportif m’arrête dans ma progression : 



Mon amie va pour intervenir et le repousser, mais je réponds spontanément : 



Il semble bien le prendre. 


Nous poursuivons notre chemin jusqu’aux vestiaires et Clarisse s’exclame : 



Ça me fait bien rire : c’est vrai qu’il a une belle gueule, Lucian Bute. Mais je préfèrerais un vrai match avec lui, juste pour voir si j’ai son niveau. Dommage qu'il soit à la retraite. 


Six mois me séparent désormais de la prison. Je n’ai pas repris mon métier de concierge du centre. En fait, Fabrice Poulin, membre du CA, m’a proposé de bosser avec lui sur un nouveau projet : offrir des cours d’autodéfense aux femmes victimes de violence conjugale. Nous en sommes encore à finir de monter le projet, et je vais donner les premiers cours dans quelques semaines. C’est bien rémunéré, et c’est tout à fait dans mes cordes. 


Dans la salle, ce soir, je sais qu’il y a de ces femmes qui tentent de reprendre le contrôle sur leur vie, inscrite au programme qui va débuter sous peu. J’espère que j’ai réussi à les convaincre que la force brute ne fait pas tout…


Je prends ma robe de chambre et me dirige vers les douches. L’eau me brûle un peu le visage aux endroits où sont les coupures, mais l’adrénaline ne m’a pas encore tout à fait quittée, et c’est surtout la faim qui se fait sentir. Il va me falloir une poutine pour fêter ça !


Quand je reviens vers Clarisse, cette dernière a changé de chandail et a relâché ses jolis cheveux auburn. Ses yeux bruns sont désormais soulignés d’une petite ligne de crayon noir et ses lèvres colorées selon ce qu’elle porte, petite coquetterie qu’elle adore qu’on remarque. 



Ce n’est pas faux. 


Un haussement d’épaules lui répond :



Je referme le vestiaire et lui sers un sourire victorieux : 



C’est ma seconde victoire, ce soir. 


Quand elle m’a revue au gym, il y a six mois, Clarisse a mis une bonne semaine à m’adresser la parole. Puis, elle est venue me voir pour me dire : 



Cette simili menace ne m’a pas empêchée d’être à l’heure le lendemain. Effectivement : je trouvais que les exercices qu’elle me faisait faire étaient plutôt raides. Au-delà de ça, son attitude elle-même était froide, directe, à un cheveux du mépris, contrairement à la relation que nous avions avant mon incarcération. Avant, nous étions proches. Même très proches, par moment. Après une semaine à me faire brusquer et malmener, j’ai fini par la confronter dans le stationnement, après une journée particulièrement cruelle. 


Je lui ai lancé calmement :



La surprise dans ses yeux était réelle. 



J’ai baissé la tête de honte, et elle s’est exclamée : 



 J’eus un signe négatif de la tête : 



Un moment de silence prit place. Elle me dit, comme si son but était de détruire toute ambiguïté: 



J'acquiesçai en disant : “Cool ! C’est cool.” Puis encore un silence. J’avais l’impression de lui faire plus de mal que de bien à ce moment, alors j'ai conclu:



Ce soir, sans son chum qu’elle ne m'a toujours pas présenté, Clarisse se dirige vers une grasse et lourde poutine en ma compagnie. Peut-être craint-elle que je n’évoque au gentleman les nuits que nous avons passées ensemble, il y a maintenant plusieurs années. Mais ce sentiment est dans sa cour à elle, pas dans la mienne. Je respecte énormément Clarisse. Trop pour lui faire ce genre de mauvais coup. Et puis, elle va toujours avoir une place spéciale dans mon cœur, même si mon sentiment ne se traduit pas comme de l’amour à son endroit. Disons que nous étions curieuses.  


Nous sortons de l’aréna tandis que la liste des condiments s’allonge joyeusement. Une voix m’interpelle ; mon regard se perd dans le stationnement, étonné. Cette voix m’est familière… Puis le voici. Maître Leblanc. 


Un sourire triomphant me prend. Il est rare de me voir aussi pétillante de joie, mais ce soir, je suis heureuse. Ma main bien haute pour le saluer semble l'embarrasser un peu, mais il vient tout de même à notre rencontre.


Clarisse le dévisage et tombe sur la défensive. Je le sais, car elle pince les lèvres et croise les bras. Elle fait tout le temps ça quand quelque chose l’énerve.

 


Je lui fais signe de ne pas trop en mettre. Après tout, elle n’a qu’un seul échec sur sa fiche statistique. J’en reviens à maître Leblanc :

 


Ma joie redescend d’un seul coup et mon visage se ferme. Clarisse pince les lèvres : 



Comme si nous parlions d’une seule et même voix, Maître Leblanc et moi-même lui répondons en même temps : “C’est compliqué. " Un regard amusé passe entre l’avocat et moi. J’ajoute à l'intention de Clarisse : 



 Puis, à Maître Leblanc : 



Un regard vers Clarisse, confuse, et elle me répond : 



Le silence qui suit cette déclaration me gêne un peu. Il s’exclame, presque outré et les yeux arrondis par la surprise : 



Puis, elle me prend par l’épaule et me dirige vers sa Mazda, laissant en plan un maître Leblanc à la fois stupéfait et découragé. 


Une fois dans son véhicule, je lui demande : 



Elle démarre et la voiture file vers un restaurant. Tandis que nous roulons, elle s’exclame :



Le reste du chemin se passe en silence. Ce n’est que lorsque nous sommes attablées et que la serveuse vient prendre notre commande que Clarisse me demande :     



C’est la première fois qu’on me pose la question. Mais venant de la part de Clarisse, qui étudie pour devenir avocate, ce n’est pas étonnant. Non pas que j’en garde un bon souvenir, mais j’ai envie d’en parler avec quelqu’un qui va comprendre ce qui s’est passé en cours.



 Clarisse s’exclame : 



Nous sommes interrompues par la serveuse qui nous amène des verres d’eau avec un grand sourire. Quand elle repart, je continue :  



Le visage de ma coach s’allonge : elle comprend. 



Nous nous faisons interrompre une nouvelle fois par la serveuse qui nous amène nos assiettes. Clarisse remercie la serveuse. L'appétit m’a un peu quittée. 



Clarisse finit son assiette : j’ai à peine entamé la mienne. Je me mets à picorer la garniture, car mon corps a besoin d’un minimum de nutriments. En levant les yeux vers elle, je vois de la culpabilité qui coule sur son visage:



Je lui prends la main par-dessus la table : 



Nos mains se séparent. Un peu de rouge lui monte aux joues et elle prend une gorgée d’eau. Quand la serveuse revient et nous prive de nos assiettes, une immense fatigue me prend. Il est tard pour moi, et après cette épreuve physique et tous les efforts des dernières semaines, un joyeux engourdissement me prend. 




Elle rit un peu tandis que je texte maître Leblanc : “Salut ! C’est Jess. Vive la technologie ! » 






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