Gambit Tome 1

Chapitre 5 : Avoir une vie

Par LaVerdure

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Cassandra, ligotée et suspendue à un mètre du sol, est dans une espèce de transe, déconnectée de ce qui l’entoure. Elle répond à peine à mes questions, totalement relaxe. Sa respiration est stable, le sang circule bien dans ses mains et ses pieds… Elle semble aux anges.


Nous avons fait connaissance il y a quelques années. À cette époque, un jeune homme meublait mes soirées remplies de solitude. Il m’a laissée un peu irritée de son passage dans ma vie ; le genre de personne qui fait soupirer d’exaspération plutôt que d’extase. Cette merveilleuse jeune femme, Cassandra, avait eu le courage de venir m’aborder frontalement pour m’affirmer avoir une liaison avec lui. La propriétaire et l’ex-femme de cet homme avaient le même problème que nous.


Non pas qu’être plusieurs dans une même relation me dérange particulièrement : au contraire. Toutefois, je déteste les mensonges, surtout lorsqu’ils font souffrir autrui.


La pauvre Cassandra avait le cœur détruit, et ça m’a fait passer le goût de cette amourette malsaine assez rapidement. J’y ai plutôt gagné une belle amitié.


Au lendemain de la visite de mon père, elle est arrivée chez moi avec des croissants et du café : elle était dans la salle, lors du match de l’avant-veille.



- Je me cachais les yeux quand l’autre te frappait… Je m’excuse…



Elle s’est mise en frais de m’initier à un nouveau passe-temps, plus… Relaxant, dit-elle.


Mais avant de m’initier, il a d’abord fallut que je passe une entrevue. Sasha, une merveilleuse personne gothique et militante pour les communautés LGBTQIA +, s’est présentée en précisant quels étaient ses pronoms et en me demandant les miens. Iel a décrété que je ne semblais pas être une menace et a approuvé que je fasse un “stage” au Local.


Le Local, c’est un donjon. Lieu qui m’est totalement nouveau, où les gens s’adonnent au BDSM de façon décomplexée.


La première chose qu’iel m’a expliqué, ce sont les règles de sécurité du shibari, en commençant par aborder l’importance du consentement, ce que j’ai trouvé absolument génial.


Sasha et Cass arrivent toujours très tôt : Cassandra ne participe pas vraiment aux activités comportant des aspects plus sexualisés, mais le shibari lui propose une dose d’endorphine qui lui fait grand bien, et Sasha adore l’enseigner. Lors des soirées comme celles-ci, iel met tout son talent à l'œuvre et parle avec les curieux.


Le Local est divisé en plusieurs sections pour permettre aux gens d’être exposés (ou non) à ce qu’ils préfèrent. Le shibari est dur à éviter, de même que la section dédiée aux gens qui affectionnent l’exhibitionnisme. Il y a aussi des chambres plus discrètes pour les gens qui préfèrent l’intimité : certains gardent la porte ouverte pour des échanges, d’autres la ferment.


C’est un monde surprenant que j’apprends à connaître ce soir. Et effectivement, c’est très éloigné de la boxe. Certaines personnes arrivent comme nous, tout simplement, en pantalon de yoga. D’autres arrivent avec des tenues plus osées, ou encore, masquées. Sasha me dit que, la plupart du temps, ce sont des personnes aux professions qui ne permettraient pas ce genre de pratique. La professeur au primaire a le droit à sa vie sexuelle, mais ce serait malaisant de tomber sur le parent d’un enfant.


Ce qui me surprend, c’est que chaque personne à laquelle je parle est toujours respectueuse et polie. Non pas que j’ai un préjugé quelconque, mais les salles de sport ou les vestiaires comportent leurs lots de commentaires, parfois acerbes ou déplacés. La plupart du temps, les personnes qui abordent Sasha le font en admirant son travail ; iel fait et défait les nœuds avec une grande sensualité et beaucoup d’empathie pour Cassandra.


Je ne me suis pas encore positionnée à savoir si j’aimerais être attachée, ou attacher quelqu’un moi-même. Pour le moment, les observer me convient tout à fait. Pour une obscure raison, depuis le passage de mon père, j’ai encore l’impression d’être vidée d’énergie, totalement épuisée. Je vais donc respecter ma limite et admirer.


Un couple entre au local, masqué. Il a un masque rouge, elle a un masque noir, et des capes recouvrent leurs habits. Ils font le tour de la pièce et s’arrêtent devant Cassandra. Sasha la fait tourner sur elle-même, comme si elle

était un objet de contemplation. L’homme déclare:



- Ça ferait une superbe photo.

- Elle est déjà sur le site…



Tandis qu’iels parlent des techniques, la femme du couple me regarde de haut en bas. J’ai encore de fines lignes rosées sur le visage qui rappellent mon dernier combat. J’espère je ne l’effraye pas à cause de ça… Lorsqu’elle me parle, toutefois, un sourire la gagne:



- Intéressante… C’est la première fois que je vous vois ici.



Je lui montre la petite corde à mon poignet : c’est pour repérer les gens qui observent. Si on décide de participer, on peut l’enlever à tout moment. Elle hoche la tête et je réponds :



- Ces deux-là m’ont parlé de l’endroit et j’étais curieuse.

- Il lui faut un passe-temps. complète Cassandra d’une voix vaporeuse.

- C’est bien ! Nous allons garder la porte ouverte, ce soir. Si l’envie vous prend de vous balader et d’observer…­



Cette invitation me fait un peu rosir les joues.



- Je vais voir. J’explore mes limites.

- C’est très bien ! Mais ne poussez pas trop. Notre porte est souvent ouverte, de toute façon. Rien ne presse.



Puis, elle prend le bras que lui tend son compagnon et les deux se dirigent vers une chambre où la porte restera, effectivement, ouverte.


Sasha décroche Cassandra d’une main experte et entreprend un nouveau tableau. Iel répond à une ou deux personnes et fait :



- Explore, ne te prive pas ! Tu vas peut-être tomber sur quelque chose qui t’intéresse !

- Le shibari, c’est déjà bien…

- Oh ça oui… fait mollement Cassandra. J’ai besoin d’eau…



Elle s'assoit contre le mur et prend une longue gorgée. Un homme, également masqué, cette fois en orange, passe l’entrée du Local. Il est aussi grand que moi, son masque laisse voir ses cheveux bruns et il a une belle carrure d’épaule. Nos regards se croisent. Je vois qu’il hésite, mais se dirige vers la chambre où le couple a disparu.


Est-ce que je le connais?


La tentation est forte, mais je me demande, d’abord, si j’ai vraiment envie d’aller voir. Un petit rire féminin fuse de la pièce : ça ne semble pas bien méchant. Ma décision est prise : juste un petit coup d'œil n’engage à rien, dans cet endroit.


Les mains un peu moites, je contourne des gens qui discutent ou se touchent. Certains me voient et me sourient, d’autres sont trop occupés.


En passant devant une autre porte ouverte, cinq personnes en plein ébat s’exposent aux passants. Je m’arrête, les regarde. Pendant quelques secondes, mon cerveau peine à identifier quel bras va à qui, quelle jambe… Eux ne portent pas de masque et la joie qui ressort de leur scène est palpable. L’un d’entre eux me remarque, et je crains d’avoir fait une bêtise, mais non. Le fait de se faire regarder semble lui plaire, car il me sourit.


Ce n’est pas tant le sexe qui me trouble, à ce moment. C’est plutôt cette liberté consentie et codifiée. Moralement, tout ce qui se passe ici s’accorde avec mes valeurs : les gens se respectent, se valident avant d’agir et font preuve de bienveillance. Pourquoi la vie n’est-elle pas entièrement ainsi?


Lentement, mon chemin me mène jusqu’à la prochaine porte. Les voilà : le couple et l’homme masqué.


Le masque orange qui vient d’arriver se fait attacher par le couple qui laisse leurs mains se balader à des endroits intimes. Le masque rouge défait les boutons de sa chemise tandis que la femme au masque noir s’approche de moi :



- Tu veux t’asseoir pour regarder?



J’acquiesce. Elle me demande la permission de me prendre la main et me conduit à une chaise située au coin de la pièce. Elle me murmure à l’oreille “Bon spectacle” avant d’en revenir aux deux hommes.

Ouf, et quel spectacle… Ils font des choses très créatives : attachés, détachés, rattachés, à l’endroit, à l’envers… Je suis captivée. Après un temps qui me paraît impossible à évaluer, le masque orange prend une pause “bien méritée” et vient s'asseoir près de moi.



- So, sexy, t’aime ce que tu vois?



J’acquiesce en souriant. Le masque rouge agrippe le masque noir par les cheveux et la soumet. Je me rentre un peu la tête entre les épaules en me demandant quelle serait ma réaction à sa place... L’homme en pause murmure, après une gorgée d’eau :



- You know, si tu veux savoir si ça te plaît, faut l’essayer.



Je baisse un peu la tête avec un sourire gêné :



- Je ne suis pas certaine d’être prête pour ça, c’est mon premier soir…

- Oh… Sorry… fait-il d’une petite voix mignonne. You’re a baby cake !



Je ris doucement à sa remarque tandis qu’il cherche mon regard :



- A baby cake with golden eyes… Sexy as fuck… Muscle mommy…

- C’est drôle, ça ne plaît pas à tout le monde !



Il me dévisage, et il y a quelque chose de profond dans son regard. Il tente de me comprendre, de m’apprendre, de voir au-delà de ce qu’il voit, et il a une longueur d’avance sur moi, puisque je ne vois pas son visage.


L’espace d’un moment, je me demande si je ne vais pas arracher mon bracelet.


Le masque orange m’offre un sourire gourmand et se remet en selle. Le masque rouge semble inépuisable, puissant, dominant les deux à la fois sans même avoir l’air d’éprouver un quelconque problème.


J’ignorais que le sexe pouvait être de l’art avant de les voir à l’oeuvre. Et si toutes ces scènes me plaisent, il faut avouer que les petits regards de regret qu’ils lancent parfois à l’endroit de mon bracelet pourraient avoir raison de mes réticences, à la longue.


Sasha vient me trouver très discrètement pour m’annoncer son départ au moment où le trio accueille un quatrième volontaire. Captivant, mais… Je n’en suis pas à rester seule au Local. Silencieusement, je suis Sasha en me promettant, toutefois, de revenir.  




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés