Gambit Tome 1

Chapitre 11 : La fin d'une ère

Par LaVerdure

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


C’est une semaine à l’image de ce qui se passe : toute en pluie et en brume. 


Je suis l’exécutrice testamentaire, donc le lendemain, c’est moi qui vais acheter l’urne. Il ne voulait pas de messe religieuse puisqu’il ne pratiquait pas. Il m’a dit : “Un petit buffet froid, trois ou quatre sandwichs sans croûte, voilà.” 


Tandis que je reviens du centre funéraire et que ma voiture se stationne devant la maison, je reste un peu derrière le volant, le regard dans le vide. Il m’avait fait une demande particulière juste après la visite du notaire. Il désirait que ses cendres reposent dans une urne écolo qui devient un arbre. Et être enterré, ensuite, dans la forêt au nord de la ville.





J’avais éclaté de rire. 


Là, j’éclate en sanglots. L’urne reçoit sa première pluie. Ses cendres ne sont pas encore à l’intérieur, mais elle est tenue contre mon cœur et serrée si fort dans mes bras que je dois avoir l’air d’une personne qui se noie, s'agrippant à une bouée.      


La veille de la commémoration, Céline et moi sommes appelées chez le notaire pour la lecture testamentaire. Sans dette et sans enfant, monsieur Dubé nous lègue tout à parts égales, dont sa maison locative. Ma voisine s’effondre en larmes : ni elle ni moi n’avions même pensé à recevoir un héritage. Là, on parlait de plusieurs milliers de dollars.


Le lendemain, le centre sportif est réquisitionné et l’annonce d’un recueillement communautaire est faite à la radio. Si monsieur Dubé voulait de la discrétion, c’est raté. L’impact qu’il a eu sur le quartier est trop grand pour être ignoré, et de nombreuses personnes veulent lui rendre un dernier hommage. 


Il est 17h quand le centre communautaire ouvre ses portes. Clarisse, Sasha et Cass m’entourent. Leurs présences me font du bien, et j’affronte l’événement avec le cœur lourd. 


C’est une foule qui se regroupe au Centre Sportif pour saluer le départ de ce grand homme. Certains médias sportifs sont présents. Ce n’est pas étonnant, vu la carrière de mon coach. Il y a même le maire de la ville qui prévoit rester jusqu’aux discours où il dira quelques mots.


Mon futur adversaire s’est déplacé pour nous offrir ses sympathies, ce qui ne manque pas d’attirer l’attention d’un journaliste présent. Ça me touche qu'il ait pris cette peine.


Plusieurs voitures de police patrouillent les alentours, étant donné le regroupement massif dans le quartier et la présence du maire. Il ne suffirait que d’un petit groupe intoxiqué pour mettre le chaos dans l’événement. 


Maître Leblanc vient faire acte de présence, accompagné d’une jeune femme qui se présente sous le nom de Candide Beaumont, créatrice de contenu, avec un podcast axé sur le paranormal, et psychologue. C’est quelqu’un de très sensible, je crois, car une fois devant moi, elle me prend dans ses bras et me sert très fort, comme si nous nous connaissions depuis des années. Effectivement, je crois l’avoir déjà vu quelque part, mais la lourdeur de ce moment ne me donne pas le loisir de m’interroger plus.


Une montagne de fleurs a été livrée et est disposée autour de l’effigie du boxeur qui se trouve devant le gym. Quelqu’un, un jour, m’a dit que ce personnage était monsieur Dubé dans sa jeunesse. Je lui ai déjà adressé la question, et il m’a répondu qu’il n’avait jamais été aussi beau en riant. Les gens du quartier associent maintenant cette image à lui : il était beau pour eux.  


Fabrice prend le micro vers 19h, remercie les gens de s’être déplacés et résume la vie de monsieur Dubé. Il ne dit rien que je ne sache pas déjà. Il termine :





Ça aurait pu être Céline, mais cette dernière a une peur bleue des tribunes. Je me rends donc au micro et jette un regard à la foule. 





Je lève, moi-même, la main. Et dans la pièce, au moins une trentaine de mains se lèvent, timides ou spontanées, certaines vieilles, d’autres plus jeune. J’acquiesce, émue.





Des larmes roulent tranquillement sur mon visage à la fin de mon discours. Quelqu’un dans la salle cri “On t’aime, Jessie !”, ce qui me fait sourire avant de remettre le micro à Fabrice. Il continue un peu, sollicite le maire pour quelques mots, tandis que Céline me fait une accolade. 


Il est prévu de fermer les portes vers 21h.


Vingt minutes avant la fin, comme un coup de tonnerre fulgurant, les portes du centre s'ouvrent toutes grandes sur une équipe de trois caméramans qui filment : l’un est concentré sur la salle, les deux autres sur un individu qui marche, dans la pièce, comme un roi, les bras écartés dans un symbole dramatique. Plutôt grand, athlétique, avec des lunettes dorées sur le nez et un manteau de fourrure luxueux sur les épaules qui vole autour de lui, l’individu entre en grandes pompes, accompagné d’une sublime demoiselle blonde, gracieuse et sensuelle qui le suit de près avec une démarche qui est à tomber. 


C’est une entrée fracassante. Fabrice me touche le bras, tandis qu’ils avancent vers l’urne, et me demande : “Tu les connais?” Je réponds négativement d’un signe de la tête, mais les voyant progresser aussi théâtralement vers les cendres de mon coach, mes muscles se raidissent. 


Une fois devant l’urne de bois, qu’il regarde avec une compassion exagérée, l’homme s’écrie :





Ma mine est sévère en m’approchant. Immédiatement, la demoiselle qui l’accompagne se met entre lui et moi. Ma voix la dépasse quand même : 





Il pousse un peu la femme qui l’accompagne pour venir se planter devant moi et m’étudier. 





En s’inclinant plus bas que requis, il me fait un baise-main qui ne met pas plus en confiance. Les trois caméras sont maintenant braquées sur nous. Il continue tragiquement : 





Il met une main sur l’urne, ce qui me fait instinctivement serrer les poings.





La femme me sert un superbe sourire, et j’ai de la difficulté à rester concentrée. Je devrais, à ce moment, rester sur monsieur Clark et protéger l’urne, mais mes yeux refusent et n’en ont que pour elle, peu importe ma volonté. Elle est redoutablement belle…


Clark se redresse et dit, sur un ton peut-être un peu plus sensible que grandiose : 





Il dépose un baiser sur l’urne, ce qui , en temps normal, m’aurait fait le pousser. Mais cette femme… Elle s’approche de moi, un sourire délicieux sur les lèvres, sourire que je me vois déjà goûter et déguster. Il serait si bon de tout oublier dans ses bras : la peine, la peur, l’abandon… Jacob Clark revient à moi et me toise de la tête aux pieds, ce qui rompt le charme immédiatement. 





Les deux s’éloignent. La blonde demoiselle me lance un clin d'œil par-dessus son épaule avec un sourire en coin, ce qui me relance une bouffée de chaleur tandis que Clark déclare d’une voix forte à ses caméras : “FISET ! Qui défendra l’honneur de son coach décédé sur un ring à la métropole.”


Quand les portes se referment, je n’ai absolument rien compris de ce qui vient de se produire. Clarisse, près de moi, semble tout aussi remuée.






Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés