Gambit Tome 1

Chapitre 16 : Le domaine d'Erika

Par LaVerdure

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Ti-Poe possède la clé magnétique qui permet d’accéder au reste de l’endroit. Nous disparaissons, ainsi, du regard des prisonniers pour retrouver un endroit moins froid, à peine plus convivial, où un autre couloir présente une porte ouverte donnant sur un grand garde-manger. Le couloir s’étend à notre droite jusqu’à ce que je devine être une cuisine.  


Ti-Poe explique : 





Nous passons dans la cuisine aseptisée où un four et un frigo sont à la disposition des gens. Il y a également une chambre froide, où des sacs de sang sont tenus à une bonne température et deux petites chambres très modestes avec des images du Christ et de la Sainte Vierge. 


Deux personnes vivent donc ici?


Finalement, il y a un bureau dont la porte est ouverte. Des chants religieux, semblant provenir d’un vieux gramophone, me font hausser les sourcils : c’est tellement mauvais… 


J’entre dans le bureau sans afficher mon dégoût. Je suis toutefois surprise de me retrouver devant une femme d’une soixantaine d’années, avec de longs cheveux gris réunis en chignon, la peau foncée et un regard d’acier trempé derrière des lunettes de lecture. Le nez penché sur un livre, elle lève les yeux vers moi pour me détailler. Elle est presque intimidante. 





Elle a l’air satisfaite que j’utilise son titre, car un petit sourire satisfait se dessine sur ses lèvres. Elle m’indique la chaise vide devant son bureau. Ti-Poe referme la porte derrière moi et nous nous retrouvons toutes les deux dans cette pièce qui me semble trop petite tout à coup. L’image de Jésus crucifié qui nous surplombe m’arrache un frisson de malaise. Elle commence : 





Ma surprise à cette remarque doit paraître dans mon sourire en coin : 





Je pince les lèvres de mécontentement. Qui est-elle pour le juger? Comment ose-t-elle le prendre ainsi de haut ? Cette vive indignation ressentie me surprend moi-même : pourtant, ne me suis-je pas battue pour me sortir de son influence? Tout me semble si loin et sans importance… 


L’inquisitrice prend un épais dossier sur son bureau et l’ouvre. J’y devine des photos de moi, des rapports médicaux, certains écrits à la main. Elle lit à haute-voix :





Le fait qu’elle puisse avoir accès à un dossier confidentiel me laisse muette, surtout un dossier venant de la prison. Comment a-t-elle fait ça? 


Elle sort une coupure de journal : on m’y voit entrain d’effectuer un direct du droit sur le ring. 





Le soulagement indescriptible que provoquent ses paroles m’envahit. J’ai réussi une partie de ce que j’ai à faire. 


Mais quelque chose remue en moi, derrière cette cloison semblable à celles qui retiennent les gens dans le zoo. Une part de moi remue assez fort pour prendre la parole et me le faire regretter instantanément:





M’opposer ainsi me procure une forme de contentement, mais ça m’a pris toute mon énergie pour le faire. Cette chose en moi gratte derrière la cloison en grognant, incapable de garder le silence face à l’injustice. 


Mais en fin de compte, une seule chose compte.


C’est de prendre la place de mon père auprès d’Erika et de couvrir mon père.


La Soeur se lève doucement, sans presse. C’est drôle, on dirait presque qu’elle est satisfaite de ma réaction, qu’elle espérait de ne pas être cru. Tranquillement, elle contourne son bureau pour se placer à côté de moi, comme si elle allait me servir un verre d’eau. Puis, à une vitesse ahurissante, elle dégaine une épée que je n’avais pas du tout remarquée et la plaque contre mon cou. Une lumière émane de la lame, lumière qui ne peut être attribuée à une quelconque lueur artificielle. Cela évoque quelque chose de pur, de puissant. Immobile, trop impressionnée pour remuer un cil, la sécheresse gagne ma bouche et mes yeux sont grands comme des billes. J’en oublie de respirer pendant quelques secondes. Fière de son effet, Erika sourit : 





L’épée est lentement retirée de ma gorge. Je ne suis pas de taille contre elle, pas ainsi armée. Mais la chose derrière sa cloison s'enrage et voudrait lui arracher ce petit sourire satisfait qu’elle arbore.


Elle retourne à son fauteuil.  





J'acquiesce avec la sensation terrible d'être incapable de refuser. 


C’est ce que mon père me demande, et ma volonté est incapable de le refuser.


Elle me sourit.





Je ferme les yeux et baisse la tête. 





Sa réflexion n’est pas reçue comme un compliment.


Lorsque Ti-Poe me ramène chez-moi, c’est le silence dans la voiture. Il me demande si je vais bien à quelques reprises. À chaque fois, un mouvement de tête de ma part lui répond pour éviter la conversation. 


Il semble inquiet. 


Une fois dans mon taudis, assise à la table, les épaules lourdes et l’esprit confus, mon cerveau tente de faire le tri de toutes ces nouvelles informations. Tranquillement, à l’image d’un déminage mental, une liste des raisons qui m’ont fait garder mon père à distance est faite. Pourtant, plus rien n’a d’importance. La seule chose à laquelle mes idées reviennent, c’est qu’il faut prendre la place de mon père auprès d’Erika et le couvrir.


Mon cellulaire s’illumine : un message texte d’un numéro inconnu. “Hi, c’est le doc, you know… Sorry to bother you, but… You ok?” Le masque orange. Qui guérit avec les mains. Immédiatement, je revois mentalement le vampire blond en position foetale qui implore, les cloisons de verre, le jeune qui craque de tout son corps... 


Pas question. Il ne subira pas ça. 


Son numéro est bloqué et son message effacé. Mon cœur se serre et quelques larmes m’échappent. 


Mon cellulaire retombe sur la table et je commence à faire le tri de mes quelques possessions : la quasi-totalité de ma garde-robe se retrouve à la poubelle, de même que le maquillage et autre accessoire de “vanité”. 


Bon sang, pourquoi…


Mes doigts effleurent la broche sur mon manteau. Objet de vanité ou pas, je refuse de m’en départir. Piquée à l’intérieur d’une poche secrète d’un manteau banal, elle y sera en sécurité. 


Le petit matin arrive, et les heures de sommeil que j'ai réussi à prendre ne sont pas assez nombreuses. 


Mon travail au centre sportif sera maintenu: c’est discret, et le fait d'œuvrer auprès de personnes vulnérables devrait faire plaisir à la Mère Supérieure.


Une fois ma vie presque terminée, je prends mon courage à deux mains. Je suis prête. 






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