Gambit Tome 1

Chapitre 21 : Pénitence pour tous

Par LaVerdure

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Déjà, en entrant dans la cuisine, Mère Supérieure semble heureuse. Et lorsqu’elle me voit, elle jubile de la raideur avec laquelle je prépare mon déjeuner. Mes grimaces de douleur sont retenues, pour éviter de donner un spectacle, mais perceptibles pour un œil attentif. Mon dos ne sera jamais aussi douloureux que lorsqu’elle a utilisé un fouet banal sur moi, mais bon sang… Une fois assise, je me demande si elle n’a pas, encore, échangé le fouet qui se trouve dans ma chambre pour me donner une leçon…





Son ton, à la fois accusateur et heureux, m’irrite aussitôt, mais cette irritation se cache derrière la cloison, et la chose qui s’y trouve grogne tel un prédateur. J’ai un sourire d’excuses, mais n’ajoute rien en remuant mon bol. 





Le même sourire honteux reste sur mon visage et je baisse un peu la tête sur l’infâme bol de gruau mi-cuit. 





C’est drôle : aucun plaisir de ma part ne s’accorde à ses paroles…





Si prendre une gorgée de mépris était une discipline sportive, elle serait championne. J’observe le silence, me questionnant à savoir s’il faut, effectivement, à tout prix, mépriser les personnes surnaturelles. Et surtout, comment se fait-il qu’un mage puisse exister dans mon quartier sans que ça ne sache ? Mais ce débat intérieur, sur lequel j’ai pourtant envie de me pencher, me glisse entre les doigts et se retrouve derrière la cloison.


Car je dois prendre la place de mon père auprès d’Erika et le couvrir.


L’entraînement qui suit ce déjeuner est particulièrement douloureux, et cette fois-ci, Mère s’en donne à coeur joie et profite de mes faiblesses pour me dominer tout au long. Aucun des coups portés ne ma part ne touchent leur cible, mais je suis incapable de simplement me frustrer ou de me mettre en colère. 


Le mal de tête pointe le bout de son nez, mais est encore tolérable lorsque nous nous arrêtons pour midi. 


Après un maigre repas, nous sortons et nous rendons à la maison désaffectée qui se situe sur le même terrain que le QG. Quelques meubles y sont recouverts de draps blancs et donnent des allures fantomatiques au lieu qui n’a pas vu de vie depuis un long moment, si je me fie à l’épaisse couche de poussière qui recouvre le tissu. Toutefois, l’électricité y passe encore. 


Graduellement, pendant l’après-midi, nous remettons une partie de la maison sur pied. Dans ce contexte presque banal, je me surprends à apprécier d’exécuter ces tâches avec Mère. Elle s’y connaît en tout, semble-t-il : l’électricité, les mulots, la chaleur, la plomberie et j’en passe. Il y a beaucoup de choses à apprendre à son contact.


À la fin de l’après-midi, cuisine et salon sont prêts à recevoir mes Boys. 


Après le dernier repas du jour, elle annonce qu’une livraison de meubles sera faite pour les chambres. Des lits superposés. 





Je suis obligée d’être d’accord avec elle, effectivement. Mais: 





Elle s’assombrit. Si, personnellement, je m’imaginais un scénario où l’un faisait venir des filles en secret pour une partouze à plusieurs dans la même chambre, elle, elle part sur une toute autre histoire: 





Ma bouche s'entrouvre et mes sourcils se haussent sans que je ne fasse aucun effort. Là, elle me cloue le bec. Lorsqu’elle réalise ma surprise, elle pince les lèvres et reste sur sa position. La colère qui rayonne d’elle, à ce moment, est impressionnante. Si impressionnante que j’en suis inquiète.


Cette porte au dialogue doit être ouverte, c’est plus fort que moi:





Cette fois, elle élève la voix et me fait sursauter. En baissant la tête, j’en reviens à mon assiette qui doit se faire laver. La migraine me tambourine maintenant et me fait voir des halos autour des objets. 


Elle se lève, prend le chariot sur roulette en métal inoxydable, y dépose des sandwichs et des bouteilles d’eau. Chaque geste est si sec qu’il provoque un bruit autoritaire, semblable à ce que ferait un marteau sur des clous. La douleur que me provoquent les bruits est une torture supplémentaire dans ma journée. 


Brusquement, elle fait rouler le chariot vers la chambre froide d’où elle sort une glacière qu’elle dépose sur la tablette du bas avant de se rendre à la porte verrouillée. J’entends le bruit de la clé magnétique, et elle disparaît. 


Un soupir m’échappe en prenant nos assiettes avec délicatesse et je range le tout. En temps normal, je passerais mon temps libre à lire ou m’entraîner, mais la douleur est trop vive. 


Allongée sur mon lit avec une compresse d’eau froide sur le front, j’écoute le silence. Aucun son ne me parvient. Quelque part entre la douleur et le sommeil, mon corps reste figé dans la pénombre. 


Plusieurs heures plus tard, j’entends le son de la clé magnétique au loin et le chariot en acier inoxydable qui grince. Les pas de Mère font des vas et vient dans la cuisine. Ils s'arrêtent devant la porte fermée de ma chambre, puis continuent leur chemin.






Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés