Gambit Tome 1

Chapitre 22 : La soumise

Par LaVerdure

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Le chronomètre dans ma main me laisse un peu insatisfaite. Ou plutôt est-ce le temps qu’il m’affiche. Si Fred arrêtait de fumer, il serait clairement plus efficace dans une course à relais : il est habile, fort, mais n’a aucune endurance. Là, ses résultats se dégradent au lieu de s’améliorer. Après trois semaines d’entraînement, pourtant… 


Gab passe devant moi en courant et me décoche un clin d'œil complice. Malgré moi, un sourire me gagne et les résultats de Fred sont soudainement moins pires…


Je baisse un peu la tête et en reviens au fumeur qui s’approche en soufflant fort. Il s’est donné à 100%, cela se voit à son visage rougi par l’effort. Mon verdict tombe :  





Effectivement. C’est vrai que la plupart de ces hommes n’ont pas vraiment envie de lire la Bible ou de la théorie sur les différentes stratégies de combat. 


Je hoche la tête :





Son commentaire me fait un peu rire.





Il me fait un sourire fendant tandis que ses résultats d’aujourd’hui sont notés. Jamais je n’aurais cru aimer organiser ce groupe, mais c’est le cas, il faut bien l’admettre. Mes boys habitent maintenant la maison désaffectée que nous avons remise sur pied. Ils se lèvent juste un peu après moi, joggent de leur mieux, s’entraînent aux armes blanches ou au tir... Cela fait trois semaines qu’ils suivent ce rythme et personne ne se plaint pour le moment. Les seuls qui ne suivent pas la routine, ce sont Ti-Christ et Ti-Poe. 


Ti-Christ a une condition physique plus fragile, résultat d’un ancien AVC. La moitié de son corps est difficile à mobiliser. Toutefois, c’est une bête en informatique qui a été formée par le principal hacker qui travaille pour mon père. À la demande de la Mère Supérieure, il est en train de peaufiner un système de caméra de surveillance sur les cellules du zoo, afin de garder un œil sur les prisonniers. 


Ti-Poe l’aide à placer les caméras et passer le filage. Depuis que les gars sont arrivés, il semble plus détendu, plus content. Il ne survirait pas à l’entraînement intensif que j’exige des autres, mais c’est un excellent conseiller et il les connaît tous depuis qu’ils sont dans la gang de mon père. C’est donc une ressource indispensable. 


Je le vois parfois aller au zoo, même si Mère Supérieure n’aime pas qu’une autre personne s'y rende. Quand il en ressort, il est triste et se sert de son arme favorite pour gérer son sentiment : une belle grosse bouteille de cognac. 


Et Gab. Mon beau Gab… 


Mon beau Gab avec lequel il m’arrive, parfois, de m’enfuir en forêt, le soir, malgré le froid ou la neige. Avec lequel caresses et sourires me permettent de reprendre une bouffée d’air dans toute cette discipline, qui me guide, parfois, en me racontant ce que se disent les hommes de la maison tandis que je ne peux pas les entendre. Grâce à lui, plusieurs faux pas sont évités avec eux, et la cohésion est plus facile. 


Mère Supérieure le déteste. 


Le jour, elle surveille chacun de mes faits et gestes dès qu’elle en a le loisir. Me sermonne depuis que le fouet claque réellement dans mon dos, me fait multiplier les prières et les dévotions. J’obéis, sans jamais m’opposer à elle, toujours avec humilité et bienveillance. Il y a des choses pour lesquelles j’accepte, maintenant, d’être punie. Cette simulation de relation avec Gab en est une : ça m’apaise malgré tout. 


Mais la nuit, c’est vers le masque orange que s’orientent mes pensées. Est-il heureux? En sécurité? Il m’arrive de faire des cauchemars où je le retrouve derrière une cloison de verre, nu, tremblant de froid et de faim, roulé en boule au sol. Mes bras martèlent alors la paroi et une troisième personne rit en me regardant : un homme aux cheveux châtains, torse nu, couvert de mon propre sang, et aux crocs acérés. “J’aime quand elle me résiste…” me dit-il encore. À chaque fois, je me réveille avec une migraine qui peut aller jusqu’à m’engourdir le cerveau. 


J’ai peut-être un problème à la tête?   


Je chasse cette pensée au moment où les Boys rentrent pour le midi. Le regard d’acier de Mère Supérieure me détaille tandis que nous nous attablons. Nous prions en silence, et ma prière va au masque noir, qui m’a ouvert la porte sur un aspect de moi-même. La broche ne me quitte jamais, toujours dans la poche secrète de mon manteau. 


Nous nous signons et mangeons en silence. Mère m’adresse la parole seulement une fois le repas terminé : 





Nous débarrassons et je la suis ensuite à la salle d’entraînement.


Depuis qu’elle a décidé que mes muscles ne sont pas qu’une parure, elle s’en donne à cœur joie. Mère Supérieure aime à montrer qu’elle est, justement, “supérieure”. Le nombre de fois où je l’ai vu sourire après un coup victorieux avec son épée de bois est incalculable. Au début, ça m’énervait un peu. Maintenant, l’admiration m’a gagné. Aujourd’hui, j’ai hâte de voir ce qu’elle va bien pouvoir me sortir, et on dirait que plus j’aime ça, moins elle sourit. 


Par erreur, pendant l’entraînement, je réussis à bloquer un de ses coups, ce qui la rend un peu mécontente. Elle me pousse vraiment et ajoute un coup traître qui me fend la lèvre. Je me remets immédiatement en garde pour poursuivre, mais elle met fin à l’entraînement. Pourtant, il est encore tôt, mais c’est elle qui décide. De toute façon, j’ai des lectures à faire, et ma mâchoire a besoin de glace.


Plus tard, après notre dernier repas du jour, elle me fait venir dans la pièce froide et me donne une glacière à mettre sur un petit chariot à roulettes. Elle regarde ma lèvre encore fendue, mécontente, et m’ordonne : “laisse-toi faire”. Je ne bouge pas tandis qu’elle pose une main sur ma mâchoire douloureuse qui cesse presque immédiatement d’élancer. Lorsqu’elle la retire, la douleur n’est plus. Devant mon silence, elle me gronde : 





La chose derrière la cloison ne grogne plus. C’est à se demander si elle a déjà existé. 


Satisfaite, elle me fait faire un passage dans la cuisine où nous finissons de charger le chariot avant d’aller vers le couloir qui m’est interdit. Sa clé magnétique nous laisse librement passer, et c’est avec horreur que je retrouve le zoo.






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