Gambit Tome 1

Chapitre 23 : Le zoo

Par LaVerdure

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Tout y est trop blanc, aseptisé, et les figures religieuses qui “protègent” l’endroit me glacent le sang, comme à mon premier passage.


Je m’arrête devant la cellule de Lucy avec un “Y”. En me voyant, la petite ne bronche pas et croise les bras : elle est pâle comme la mort. Mère Supérieure me fait signe, et une poche de sang d’hôpital est déposée dans le panier d’acier inoxydable. Qu’est-ce que je suis censé voir, sinon une ado maigrichonne qui semble à bout de nerfs et dépassée? Elle s’approche de la fenêtre, là où le sac de sang est maintenant disponible, et elle glisse la poche entre ses dents. Ses canines semblent plus pointues, un peu plus longues. Mais il faut vraiment observer attentivement pour le voir. 


Sa grimace de dégoût m’en dit long sur ce qu’elle boit, et quelque chose m’échappe : 






Elle me répond avec une grimace encore plus dégoûtée : 





Je lève un regard interrogateur vers elle. Elle me rappelle : 





Dès qu’elle me tourne le dos, je baisse la tête avec un regard d’excuse à l’endroit de la jeune. Elle ne me répond pas, sur ses gardes. 


Arrive le tour du vieil homme qui dort sur sa paillasse. Assis à même le sol, une nouvelle personne me dévisage de cette cellule. La terreur dans son regard est  bien réelle, et le pauvre semble hésiter à se cacher sous le lit de l’aîné. C’est un jeune homme un peu fort qui ressemble à un monsieur tout le monde. 


Puis, ça me frappe. Je connais ce jeune homme. C’est le technicien qui m’a vendu mon cellulaire, hyper sympathique, qui a pris une heure de son temps à m’expliquer tout ce qu’il fallait savoir… 


C’est un Mage ?  


Deux sandwichs et deux bouteilles d’eau sont passées : aucune réaction de sa part. Mon cœur se brise tandis que je l’observe : ce n’est pas un criminel. Au pire, je l’imagine vivre seul avec son pouvoir à ne pas savoir quoi en faire… Et puis, qu’est-ce que ça fait, un Mage? Un regard vers le vieil homme me rappelle que celui-ci a retiré la peau d’une personne qui l’agressait dans la rue, selon Ti-Poe. 

Mère Supérieure doit avoir ses raisons, non?


Je m’éloigne finalement, et une migraine intense menace de me faire perdre un peu l’équilibre. S’il est un Mage, il est un danger pour mon quartier, et c’est mieux qu’il soit ici, n’est-ce pas?      


Puis, c’est autour de ce que Ti-Poe m’avait déclaré être un gobelin. Le petit est mal en point, dans un coin de la pièce, ce qui me fait un peu figer. Mon regard indigné se dirige vers Mère Supérieure qui me dit tout bas : “Il joue la comédie, ne le croit surtout pas.” Et pourtant, mon instinct me dit que ce n’est pas le cas… Je m’approche du poussoir et y dépose un sandwich et une bouteille d’eau : il ne réagit pas immédiatement. Il finit, toutefois, par ouvrir les yeux et me sourit : 





Je suis démolie. La colère monte d’un cran en moi, la chose derrière la cloison se redresse d’un coup, avec l’idée de prendre l’épée d’Erika pour la transpercer. Le gobelin lève la tête avec difficulté en m’observant, comme s’il sentait quelque chose. Puis, comme à chaque fois, cette colère se faufile, m’échappe et se retrouve derrière la cloison, là où la chose a cessé de remuer. Il dépose sa tête de nouveau, une larme argentée roulant sur sa joue. Je ne dis rien. Le mantra "Mère Supérieure doit avoir ses raisons, elle s’y connaît beaucoup plus que moi" commence toutefois à perdre de son efficacité.


Nous arrivons, enfin, au dernier détenu, le garou. Celui-ci nous attend près du panneau, une couverture de coton sur ses épaules. J’ai déjà vu ce tissus, dans la vieille camionnette de Ti-Poe. 


Lorsqu’il pose les yeux sur nous, c’est un regard de haine qu’il nous décoche. 





Elle me retire le sandwich et la bouteille d’eau des mains. L’adolescent a un cri d'indignation et tambourine contre la fenêtre, provoquant quelques éclats lumineux qui le blessent au passage. Immédiatement, je lance un regard outré à Mère Supérieure, et je tiens tête, malgré le marteau piqueur qui me perce maintenant les tympans. 


Cette fois-ci, elle semble deviner qu’elle va trop loin: 





Pendant quelques secondes, elle reste sans mots. Elle semble peser le pour et le contre d’une quelconque réaction, autant de ma part que de la sienne, pour finalement décider que de me remettre les denrées soit la meilleure avenue. Je me dirige vers le poussoir de l’ado qui ne dit plus rien et lui glisse sa nourriture avant de lancer un autre regard sombre à l’endroit de la religieuse.     


Nous ne disons plus rien tandis que nous retournons de l’autre côté de la porte. Nous gardons même le silence tandis que je nettoie le chariot. Mon indignation est encore bel et bien là, présente et palpable dans mon estomac, luttant pour exister.





Les paroles de Mère m'arrêtent dans ma tâche. Assise à la table de la cuisine, les mains jointes et bien visibles, elle répète avec un sourire de pitié : 





Je hoche la tête d’abord. 


Puis non, pas cette fois. Je ne lui donnerai pas raison sur toute la ligne.





Je délaisse le chariot et les gants jaunes pour le relever et avancer vers la table. Ce putain de petit sourir de pitié, je le lui arracherais pour le lui faire avaler par un quelcontre autre orifice, mais la douleur qui me perce le crâne se met entre elle et moi. Doucement, je prends place devant elle, les mains également jointes, avant de continuer : 





Son ton tranchant m’arrête dans mon élan. Son regard est douloureux. Elle conclut : 





Elle se lève et se rend à sa chambre, me laissant seule dans la cuisine.


Quelque chose d’humide tombe sur ma main. 


Une goutte de sang. 


Je saigne du nez.






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