Gambit Tome 1

Chapitre 27 : La fin de la marche

Par LaVerdure

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Devant mon mutisme, Mère me dépasse, visiblement agacée. 





Mère plonge son regard dans le mien et semble bien embêtée par mon absence de réaction. Elle me prend par les épaules et me fait m’asseoir. Même devant moi, elle me semble être à des kilomètres. Incapable d’aligner deux mots, le contrôle de mon propre corps m’échappe. Mon père, ignorant volontairement mon état, reste d’un calme plat. 

Ma mentor semble décider qu’elle étudiera mon état après sa discussion puisqu’elle en revient à lui en soupirant : 





Le son de leurs voix respectives m’arrive de façon décalée : ils remuent les lèvres, et je comprends ensuite ce qu’ils disent. En plus, on dirait qu’ils parlent ensemble dans la pièce à côté, et je dois faire un effort supplémentaire pour suivre le fil de la discussion.


 



Je crois que mon père glisse une main sous son bureau. 


Là où il cachait son arme à feu quand j’étais petite. 





Il faut que je lui dise pour le gun…  





Sa question claque dans l’air et m’étonne malgré la distance. 


Une goule? 


Le silence qui s’ensuit me terrifie, et mes yeux se lèvent difficilement vers lui : il sourit, semble même charmé. 





Les deux se sourient comme deux prédateurs sur le point de s’engager dans un combat.  


Je ferme les yeux, sur le point d’être malade.


Je me retrouve un soir d’hiver. 


Papa avait insisté pour que je porte une robe noire en cuirette qui me collait à la peau, avec des dessins dorés. Je détestais cette robe. “Ça va faire plaisir à ton père”, m’a encouragé maman en me coiffant.


Gab était là, avec Ti-Christ. Ils jouaient à la console. C’était Noël. 


Un grand homme imposant était venu parler à papa.


La colère est graduellement montée, de seconde par seconde. Mon cœur battait à tout rompre. Mon père a prononcé mon nom et m'a fait venir auprès de lui.


Maman était là, terrorisée. Mon père me dit “Ta mère doit partir, faire un long, très long voyage. Dis-lui au revoir.” Et au travers ses mots, je sentais sa poigne ferme sur mon petit bras qui s’engourdissait. 


Dans son autre main, il tenait son arme à feu. 





Mon père m’a poussée vers ma mère comme une poupée de chiffon. Elle m'a murmuré  “T'es ma meilleure, je t’aime ma puce.”.


Et comme elle me disait cette phrase, un énorme fracas retentit. La porte de la pièce volait en éclat et une épaisse fumée mit un terme à cette scène surréaliste.



Et enfin, la cloison cède. 



Mon père se tenait entre la porte d’entrée et moi, la nuit où j’ai retiré le pieu du blond vampire. 





L’envie de lui sourire me prit. “Mon père fait le bien. Mon père fait le bien…” Non, ça sonne faux. Ça ne se peut pas. Mon père a toujours un plan derrière un plan, toujours. Je savais qu’aucune de ses paroles n'avait de prix.


Alors je me suis opposée. Mais il a glissé sa main dans mes cheveux, m’a empoigné et m'a fait faire volte face. 


Le prédateur arrivait par derrière, silencieux. J’étais incapable de dire où, dans la pièce, s’était caché cet homme dont les traits du visage étaient indéchiffrables. Ses cheveux étaient châtains, il était grand et élancé. Je vis sa bouche, dont les crocs étaient juste un peu trop longs. Ses yeux sombres se sont plantés dans les miens, et j’ai tressailli d’horeur.


 



J’étais incapable de m’opposer ou de simplement partir. À la fois figée et maintenue par mon père, sans pouvoir me détourner, soumise, il me parla d’abord doucement, m’ordonna de l’aider. Tranquillement, tous mes efforts, mes thérapies, mes larmes et douleurs, tout semblait repoussé derrière une espèce de cloison. Et l’horreur de cette intrusion se déversa sur mon esprit d’abord, et sur mon corps ensuite, sous les yeux de mon père qui ne répondait pas à mes suppliques.


J’ai tenté de résister, de repousser, de mordre, de me débattre de mon mieux. Il était plus fort que toutes mes années d’entraînement et toutes ces personnes que j’ai pu battre, et j’étais plus vulnérable que je n’ai pu l’être dans toute ma vie. À un moment, il dit à mon père sur un ton satisfait : 





Alors j’ai cessé de résister.  



C’est un déferlement de rage, d’indignation, de douleur, de peine qui déferle dans un cri sourd que j’ai retenu trop longtemps. 


Je respire.


Enfin.


Désorientée et confuse, j’ouvre les yeux, étonnée de voir quelqu’un debout, sur le bureau, tenant une lame qui lui traverse la poitrine. Mon père n’a pas eu le temps de tirer. Il garde ses yeux fixés sur cette personne, ébahi, comme s’il la voyait pour la première fois.    


Je le hais. Je les hais. Je les hais tous.


Plus jamais.


Mes mains agrippent la jambe de l’assaillant et le tirent du bureau.


La personne m’appelle, tente de me raisonner, mais je ne réfléchis plus. 


Qu’ils crèvent tous.


Mon ennemi me blesse à plusieurs reprises avec son épée, mais je suis plus forte. Ou retient-il ses coups? Incapable de me transpercer adéquatement, il me plaque au mur et entreprend de m’étrangler avec le plat de la lame, et je revois l’homme aux cheveux châtains dont le visage m’échappe, sinon son sourire malsain qui montre fièrement ses crocs.


Je réussis à prendre mon arme à feu et tire une première fois. 


L'impact le fait reculer, juste assez pour me permettre de viser la tête. 





Mon geste se suspend. Le ton autoritaire me fait hésiter et des larmes roulent sur mes joues.


Le visage s’ajuste. C’est la Mère Supérieure… 


Deuxième coup de feu. Cette fois-ci, mon père a trouvé son arme et a tiré, visant la tête. 


Et mon père est un bon tireur. 


Comprenant qu’il change de cible pour diriger son gun vers moi, je lève mon arme à feu et l'abat d’un premier coup de feu. 


Puis un second. 


Il s’écroule de sa chaise. Je fais le tour du bureau. Va-t-il se relever?


Une troisième balle. Puis une quatrième. 


Et s’il se régénérait? 


Je dégaine mon épée et entreprends de le décapiter. Il me faut plusieurs essais pour y parvenir, et je n’ai pas vraiment conscience de ce que je fais, mais je ne m’arrête que lorsque sa tête est séparée de son tronc. Avec les efforts, des cris de rage et d’indignation m’échappent. Mes larmes me brouillent la vue, et des hoquets de sanglots me rendent la tâche pénible. 


Mais il ne se relèvera pas, je le jure. 


“La fin d’une ère.”


Lorsque je m’arrête, c’est parce que je suis certaine que quoi qu’il arrive, il ne se relèvera pas. Alors je reste là, complètement paumée et épuisée, engourdie de douleur dans mon esprit. 


Sur son bureau, j’entends son cellulaire émettre une sonnerie. Je le regarde, étonnée que la vie puisse se poursuivre malgré tout. Sans réfléchir, j’active le haut-parleur et une voix familière s’écrit joyeusement: 





Quelques secondes de silence planent. 


Clark.


Comme Jacob Clark. 


Le type qui est venu à la cérémonie de monsieur Dubé. 





Ma voie est glaciale, rauque, méconnaissable. À l’autre bout, le silence. 





Puis je raccroche. 


La porte du bureau s’ouvre sur Gab qui fige en voyant la scène. Son regard ahuri regarde le corps d’Erika puis celui de mon père. C’est un sniper : il est habitué à voir bien pire. Donc il ne reste pas choqué bien longtemps.





Comme une somnambule, je lui fais signe d’attendre une seconde et m’agenouille à côté de la dépouille d’Erika. Elle a cru qu’elle pourrait me résonner… Je ferme ses yeux et prends son épée en lui promettant: 







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