Gambit Tome 2

Chapitre 1 : L'héritage caché

Par LaVerdure

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https://www.youtube.com/watch?v=R-HdlWXF7Co



Mon regard passe sur mes gars qui ne cachent pas leur surprise. Derrière moi, Gab et Ti-Poe sont un peu à cran, prêts à dégainer leurs armes si l’une des personnes devant moi décide d’être en désaccord. André, le plus ancien, hausse les épaules : 



 


Je pince les lèvres et le corrige, de ma voix rauque et difficile : 



 


Je lance un hochement de tête à l’endroit de Ti-Christ qui a une moue dégoutée et un gémissement de protestation. Il met quand même la vidéo sur son ordinateur, mais s’en détourne pour éviter de revoir lui-même les images. 


La pièce, à peine un peu illuminée par des ampoules nues au plafond, prend des teintes bleutées qui bougent selon ce qu’affiche l’écran. Les gars regardent, tous attroupés autour de la table de la cuisine dans la maison près du QG. Une odeur de vieille vaisselle, de transpiration, de cigarette et de marijuana règne dans l’endroit. 


Lorsque les images deviennent trop explicites, la plupart se détournent et ne cachent pas leur malaise. L’un vomit, ce qui me satisfait. 

 

Sur le visage d’un autre, toutefois, il y a une curiosité, un sourire en coin, une insistance. Il regarde jusqu’à ce que je fasse signe à Ti-Christ de couper le tout. 

 

En m’adressant au groupe : 




 

Gab ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase : une balle dans la tête, une seule, et le corps s’effondre au sol. Une flaque de sang s’étend autour de lui : désolée pour le plancher de bois, Erika. Mais j’ai donné des ordres à Gab, et nous ne traînons pas de poids morts. 


Un silence glacial suit la détonation. Nous étions préparés mentalement à une riposte, mais les autres gars ont une moue d’écoeurement, que ce soit à l’endroit de l’homme qui vient d’être froidement abattu, ou à l’endroit des dernières révélations. 


Mais personne n’est choqué. Ils ont vu mon père descendre des leurs pour moins que ça. Je lève un sourcil en demandant froidement : 



 


Personne ne dit mot. Je hoche la tête : 





Je demande à Ti-Poe : 



 


En m’adressant au reste du groupe, j’ajoute : 



 


Les gars approuvent et, déjà, enfilent les vestes de kevlar. Gab me lance un triste regard.

 

Physiquement, j’ai les mains froides, le coeur qui bat vite, et j’ai été incapable de manger.

 

Mentalement, mon âme s’est échouée lorsque Ti-Christ m’a annoncé qu’il y en a six. 

 

Six de repérés.

 

Six victimes potentielles. 

 

Mes heures de sommeil des derniers jours ne sont pas assez nombreuses, et si la cadence ne diminue pas bientôt, je pourrais bien tomber encore plus bas.

 

Une gorgée de boisson énergisante me fait grimacer. C’est tellement mauvais… Mais ça fonctionne. Il faut tenir le coup pour attraper cette saleté de crétin de Sanschagrin avant qu’il ne décide de filer vers la métropole.

 

Les ordres sont donnés pour que les gars se stationnent à un endroit stratégique pour éviter d’être vus. Sans les manteaux de cuir, je leur trouve des allures de swat team, avec les cagoules et tout. Un frisson d’horreur me traverse à cette pensée. 

 

Le chemin se fait sans encombre. La maison de Sanschagrin est à peine un peu reculée de la ville, juste assez loin pour éviter les voisins trop curieux, mais assez prêt pour atteindre rapidement le centre-ville. Sans doute a-t-il pensé que ce serait bon pour ses affaires. Ce le sera pour les miennes, ça, c’est sûr. 

 

Lorsque les gars sont tous en position, je m’approche de la maison en toute visibilité avec Gab et Ti-Poe à mes côtés pour me faire voir par le gardien de l’endroit. C’est un jeune qui m’est inconnu. Il se tient devant l’entrée principale. 



 


Le jeune fronce les sourcils. Il agrandi les yeux et me détaille : 



 


Je fronce les sourcils et dis difficilement, la gorge encore rauque : 



 


Le jeune homme hésite, ouvre la bouche pour dire quelque chose, la referme… Gab soupire: 



 


Il sort son arme à feu et tient le jeune homme en joug. Ce dernier fige, lève les mains, et l’un de mes gars, qui arrive dans son dos, lui met une arme à feu sur la tempe pour l’éloigner de la maison. 

 

Trop jeune, et probablement trop manipulable, pour avoir ce genre de poste. 

 

Ti-Poe ouvre la porte. Gab et lui m’escortent et nous nous mettons immédiatement à la recherche du sous-sol. Je n’attends pas la confirmation que Sanschagrin a été trouvé : je sais qu’il le sera.

 

Gab trouve l’entrée et nous descendons. 

 

J’y découvre une scène d’horreur qui me pétrifie : une jeune femme est allongée dans un lit, en nuisette trouée, menottée, un projecteur sur elle et une caméra braquée. 

 

Un pieu dans le corps. 

 

Exactement comme la vidéo que Ti-Christ nous a montrée.

 

Gabriel tourne la caméra vers le mur et retire la fiche électrique tandis que je fais le tour de la pièce : des poches de sang, certaines vides au sol et d’autres pleines dans une glacière, gisent dans un coin de la pièce avec ce qu’il faut pour faire une perfusion. Divers jouets sexuels sont à disposition des clients sur une table basse. Une odeur cuivrée et ancienne parfume l’endroit et l’air est saturée d’humidité. 

 

Mon cœur se soulève, mais tient encore le coup.

 

À l’étage, des coups de feu sont tirés et des cris retentissent. L’inquiétude me prend pour mes gars, et j’hésite à faire monter Gab, mais j’ai besoin de quelqu’un pour me couvrir.  

 

La jeune femme a l’un de ces bâillons avec une boule rouge, utilisés en BDSM, entre les dents. Elle est si blanche, si immobile… Exsangue. Comme Lucy et le blond vampire. 

 

Les coups de feu à l'étage se calment et seules des voix indignées me parviennent. 

 

En m’approchant d’elle, chaque geste est expliqué. À défaut de savoir si elle est consciente, je préfère en faire trop que pas assez. Une fois le pieu retiré, elle se met à se débattre, tire sur les menottes, pleure de rage.   



 


Sanschagrin fulmine en descendant les escaliers comme un taureau, son costume impeccable et ses cheveux bien lissés témoignant d’une prochaine sortie. Très bel homme. Trop bel homme. J’en ai de vagues souvenirs lointains, il me semble. Il était moins sûr de lui, à l’époque… 

 

Il se plante devant moi et je vois la victime qui se recroqueville tant bien que mal dans le lit. Trop de violence a été faite à cette personne.



 


Gab lui place son arme à feu sur la tempe et le fait remonter malgré ses protestations tandis que je prends des poches de sang pour revenir vers le lit. En m’approchant, d’intenses et profondes cicatrices sur le corps de cette personne sont visibles et témoignent d’une partie de ce qu’elle a subi. Elle me regarde avec de la crainte et de la colère dans le regard. Une fois son corps recouvert d’une couverture, je lui dis : 



 


Elle hoche la tête avec une certaine hésitation : bien sûr qu’elle ne me fera pas confiance. Si j’étais à sa place… Cette pensée est rapidement balayée. 


Je retire son bâillon en prenant soin de ne pas rester trop proche. Maladroitement, elle déchiquète la première poche de sang. Le liquide à l’odeur de cuivre se retrouve sur l’oreiller, formant une auréole autour de sa tête et cette vision me lève le cœur une seconde fois. Mieux vaut une poche que mon bras. La seconde est plus proprement consommée. Après la troisième, elle m’affirme pouvoir se contrôler. Ti-Poe trouve les clés dans le bureau sur lequel repose un ordinateur et me les lance, non sans m’accorder un regard inquiet. 

 

Lorsqu’elle est détachée, elle ramène un peu plus de draps sur elle pour se couvrir, geste qui me touche tellement que j’ai de la difficulté à maintenir un contact visuel. Elle me lance un regard farouche : 



 


Elle hoche positivement la tête en prenant le cellulaire tendu. Sa conversation est très simple, même si la personne au bout du fil jubile de joie de l’entendre. Elle lui donne l’adresse et elle raccroche en effaçant le numéro qu'elle a composé de mon historique. 

 

En tentant de retrouver quelques bribes de sa fierté, je la vois ravaler des larmes rouges qui se forment encore dans ses yeux. Elle me demande, d’une voix qui tente de maîtriser ses tremblements si humains : 



 


Je hoche la tête et la fait monter à l’étage. Mes gars qui croisent son chemin baissent la tête et évitent de la regarder trop longtemps. 

 

Quelques minutes plus tard, une Honda Civic noire vient la récupérer devant la maison. 

 

Sous le porche, vêtue de quelques vêtements qu’elle brûlera sûrement, elle me dit: 



 



Avant de disparaître dans la voiture, elle me lance un rapide “Merci.”, et je souhaite de ne plus jamais la revoir.   

 

Mes gars me font signe qu’ils sont prêts, et un petit morceau de moi-même reste derrière nous, chez Sanschagrin.






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