Gambit Tome 2

Chapitre 2 : Le plus bas

Par LaVerdure

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Cernée jusqu’aux oreilles, j’écoute le message de la boîte vocale de Pascal, beaucoup trop joyeux pour ce monde : “Salut ! C’est Pascal, laisse-moi un message et ton numéro, je te rappelle dès que possible !”

 

De toutes les personnes sur cette planète, c’est probablement de moi qu’il doit avoir le moins envie d’avoir des nouvelles. Mais la situation a besoin de lui. 

 

“Salut, c’est Jessie. Excuse-moi de débarquer comme ça, mais, huh… “ Comment est-ce que j’explique ça sur une boîte vocale… “J’ai cinq personnes mal prises, pour le moment qui aurait besoin de tes connaissances. Si tu peux… Je sais que tu dois prendre soin de toi, mais si tu connais quelqu’un qui…” Mon message est trop long. Tant pis. Il est laissé tel quel : je n’ai pas l’énergie pour me battre avec une boîte vocale. Elle gagne.

 

Je croyais que sortir ces personnes de la torture où elles étaient allait me soulager, que j’en ressentirais de la joie et de la fierté, que ça m'aiderait à guérir mes propres plaies. 

 

Au contraire : mon cœur est lourd de tout le mal qui a été fait, et tout mon corps tremble maintenant d’épuisement.

 

J’irais tellement me coucher… Mais j’ai encore une dernière tâche à accomplir. 

 

Et il faut que ce soit fait. 

 

Lucy passe devant moi, les bras chargés de couvertures et l’air soucieux. Elle s’est elle-même portée volontaire pour donner ce coup de pouce, tout naturellement. L’ado rebelle, que dis-je, la dangereuse vampire, qui prend soin de gens dans le besoin en réchauffant des draps dans la sécheuse pour rendre l’arrivée des nouvelles vampires plus chaleureux en de telles circonstances… Est-ce que ce ne serait pas une façon de se soigner elle-même? Sans doute sent-elle mon regard, car elle me lance : 



 


À quel point est-ce j’ai envie de l’impliquer dans ce qui va suivre? 




 

Puis, elle se lève et se dirige vers les cellules, autrefois appelées “le zoo”, où les filles sont présentement attroupées. D’un pas lourd et avec les épaules arrondies, mes pas m’amènent à la maison de mes gars. Tout le monde y est épuisé, et personne n’a envie de rire. 

 

Nous avons perdu deux gars, cette nuit. 

 

Je monte à l’étage en me demandant comment je vais annoncer ça à leurs familles. Est-ce que je dois l’annoncer à leurs familles? Ti-Poe le saura. 


Les gars qui me croisent me saluent, mais c’est à peine s’ils se font répondre, perdue dans mes pensées.   

 

Et me voici au grenier. 

 

J’ai fait installer une bâche, sur le plancher. Sanschagrin y est ligoté : mes gars l’ont malmené assez fort pour que son visage soit bien tuméfié et qu'une épaule soit disloquée. 

 

Gab baisse la tête à mon entrée. Faute d’un regard, il me touche le bras en guise d’encouragement. Je lui fais un signe de tête et observe Sanschagrin en pinçant les lèvres. Les images me reviennent. Ce sont des scènes qui m’ont donné envie de prier pour que quelqu’un, en ce monde, me les fasse oublier. 


Lui me regarde avec dédain et ouvre la bouche pour dire quelque chose.

 

Ma main ne tremble pas lorsque je tire. 

 

L’instant d’après, il est mort. Sans plaider. Sans supplier.

 

Son corps gît au sol et son sang se déverse sur la bâche. 

 

Un soupir dans ce silence. Gab ne me regarde toujours pas.

 

Ti-Poe ouvre la porte et me regarde douloureusement. Il me demande : 




 

Ma voix était déjà rauque et difficile, la voici pâteuse, à peine perceptible dans mon souffle.

 

Une dame entre dans le grenier. La tête haute, la mâchoire crispée, elle regarde Sanschagrin au sol, non sans avaler difficilement sa salive. Une lueur de panique menace de prendre le pas sur le calme qu’elle tente d’afficher. Je lui fais signe de s’asseoir sur une chaise en rangeant mon arme à feu. 




 

Ma voix la fait sursauter : elle hésite et cherche ses mots avant de répondre : 




 

La femme acquiesce, se situant quelque part entre la panique et la terreur. Je continue : 




 

Et elle se lance dans un monologue long et explicatif de chaque étape qui dure de longues minutes. Lorsqu’elle se tait, un profond silence suit ses paroles et elle semble un peu embarrassée d’avoir tant parlé. Gab, Ti-Poe et moi n’étions pas prêts à ce genre de discours, visiblement. Elle explique, sur un ton désolé : 




 

J’ai un hochement de tête en agrandissant un peu les yeux : 



 


J’étudie les contours de son visage et l’expression de ses yeux : au moindre signe de désapprobation, j’aurais arrêté mon discours. Mais au fur et à mesure que je parle, je la vois s’étonner, graduellement oublier le corps de Sanschagrin et acquiescer gravement. Elle me répond : 




 

Ces fameux autres…




 

Je lève un sourcil et réplique : 




 

Elle baisse la tête avec un sourire douloureux. 




 

Elle sera sous surveillance. 

 

Lorsqu’elle est sortie, c’est au tour de Nic “Poulet” Smith, un ancien policier qui donnait des renseignements à mon père. Un atout précieux. Il ne gère personne, mais a des contacts à ne plus savoir quoi en faire. À son tour, il s’assoit sur la chaise devant moi, tout près du cadavre de Sanschagrin. Il semble trop sûr de lui, pas du tout impressionné.




 

Le sceau de glace qui me coule dans le dos me réveille d’un seul coup. L’énorme fracas. Ma mère qui me sert contre elle. La porte de la pièce qui vole en éclat et l’épaisse fumée. 

 

Mon visage se ferme, mais mon interlocuteur reste stoïque. 




 

C’est qu’il en semble fier…




 

Il acquiesce pour indiquer qu’il entend.




 

Il me serre la main, et une part de moi a peur de cet homme. Mon instinct m’indique de m’en tenir loin, très loin.  

 

Lorsqu’il quitte, Ti-Poe fait entrer Samuel Bilodeau, responsable du volet de la vente. C’est un homme d’une quarantaine d’années, nerveux, dont les tics faciaux trahissent une consommation excessive.

 

Il s’assoit et déclare, complètement paniqué en voyant Sanschagrin : 




 

Je lance un regard à Gab qui me fait un signe négatif de la tête : nous ne le suivons pas. Bilodeau continue : 




 

Oh non. 







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