https://youtu.be/L5iEjz8ToMA?si=5Y7xEBn39k_HhDOp
La cuisine de la maison de mes gars a été nettoyée pour recevoir tout le monde. Les trois serviteurs y sont pour quelque chose, c’est certain. Tout pour plaire à leurs maîtresses respectives…
Stéphanie, Danaë et Lola se sont portées volontaires pour prendre soin de ces hommes. Il faut admettre qu’effectivement, ils ne semblent pas malheureux. Au contraire : une forme de béatitude s’affiche sur leur visage lorsqu’ils sont en présence des filles, et j’ai l’impression qu’ils ramperaient au sol si elles le leur demandaient. Claudine et Élyse préfèrent s’en tenir loin, retenant leurs commentaires.
Les trois nouveaux s’entraînent parfois avec leurs vampires, et je soupçonne qu’ils n’aient pas encore tout compris de leur condition, mais la responsabilité de leur expliquer ou non revient aux filles. Il n’est pas question que je m’en mêle. Je ne veux même pas connaître leurs noms : j’ai assez de trucs à gérer comme ça sans me coltiner des goules en plus.
Mon regard passe sur les personnes présentes à cette réunion, c'est-à-dire la totalité des locataires. Si ça continue, Élyse aura le mandat de construire une deuxième maison…
De la bière à la tablette passe entre eux. Thérèse refuse poliment à son tour. L’un de mes gars, Patrick, la taquine:
- C’est pas bon pour la ligne?
- Non, ça a un goût de merde. Apporte-moi du vin, et je vais boire avec toi.
- DU VIN ! Bordel, où va l’monde…
L’ambiance bon-enfant est plaisante à constater. C’est triste, de devoir briser ça…Je lence :
- Quelqu’un connaît les Brown Brothers ?
Un silence de mort tombe. Le plus ancien du groupe, André, me répond, la mine basse :
- Des Hunters, avec un grand H. Ils sont basés aux States et ils sont pas mal prêts à tout pour casser du surnaturel.
Un hochement de tête l’invite à continuer :
- À l’époque du premier bunker, Erika en parlait avec le plus grand des respects. Ses deux préférés, c’était les deux jumeaux. Elle disait que l’un d’entre eux est couvert de brûlures parce qu’il a combattu un vampire à Bethléem. Mais je pense qu’il est mort dans la métropole, l’année dernière.
- Je confirme. appuie Ti-Poe. D’ailleurs, la famille Brown aurait fait un immense raid avec plus d’une centaine de mecs armés jusqu’aux dents comme représailles. Ça, c’est sur “hunter.net”, il y a même des images.
Ma tête se penche sur le côté. Voyant que je suis perdue, Ti-Christ, tout excité, s’assoit à côté de moi avec son laptop et me montre un forum de discussion.
- Je te présente “hunter.net”. Ce sont tous les “wanna be hunters” du pays et des States qui se jasent. Ça donne parfois des résultats, mais le plus souvent, c’est de la merde. Mais ils ont leur wall of fame. Et certains Brown Brothers y figurent. McKeown aussi, ce connard…
- C’est qui?
- Un roux. Il brûle des sorcières, il shoot des vamp à l’arc… La légende dit qu’il mange des bébés fantômes pour déjeuner. C’est le Chucknorris des Hunters, selon eux. Pour l’avoir rencontré, c’est un sale enfoiré de fils de pute.
- Ben voyons donc…
- Y’a Soeur Sophia, aussi, une tite-none sexy chicks qui se battait à l’épée. Pis tu t’en doutes, ta grande amie, l’inquisitrice Erika. Ça dit “décédée tragiquement aux mains de Paul “Le Flot” Fiset.”
- Bon. Et j’imagine que ce qui est sur le forum n’est pas très fiable?
- Oh, il doit bien y avoir un 5% de pas pire. Je suis généreux. Mais je le surveille, au cas où on aurait un visage connu. Dans le 5%, il y a des vidéos de raids faites par les Brown qui ont fuité. Regarde ça.
Il me passe une vidéo d’une caméra de corps, qui bouge dans tous les sens. Lucy s’étire le cou et regarde également. Un combat acharné se déroule sous nos yeux, et le guerrier résiste avec peine à une créature aux membres beaucoup trop longs et aux griffes acérées. Ils se battent pendant de longues minutes, mais c’est quelqu’un d'autre, derrière la créature, qui en vient à bout à grand coup de “shotgun dragons breath”.
La vidéo est coupée. C’est dur de ne pas ressentir d’admiration pour ce genre de combat.
- OK. Ti-Poe, Ti-Christ, vous continuez vos recherches, s’il vous plaît. Les autres : sachez que les Brown Brothers vont débarquer dans deux semaines. Et qu’ils vont vouloir venger soeur Erika.
Mes paroles en inquiètent plus d’un, dont les filles qui se regardent mutuellement. J’ajoute :
- Ça nous laisse deux semaines pour préparer un second bunker. Pas question de les laisser venir ici. On va leur faire croire que notre base est en ville. Faut que ce soit crédible.
- Où est-ce qu’on va trouver les fonds pour ça? demande Fred. On vend presque pu d’dope, pis les filles travaillent clairement moins, ou travaillent juste… pu…
- Occupe-toi de tes fesses, je m’occupe du bunker. Quand vous aurez la nouvelle adresse, il va falloir aller le monter pour être prêt à les accueillir.
- Ils vont probablement vouloir nous péter la gueule…
- Mais pourquoi ils vous en voudraient à vous? demande Claudine. Vous n’avez rien fait : c’est monsieur Paul qui a tué Erika… Non?
- À cause d’un verset de la Bible. Ça dit, grosso modo, que les enfants portent le poids du péché de leurs parents.
- … Mais c’est con…
- On va éviter de leur dire : ils sont déjà assez fâchés. Les filles, vous allez dans l’armurerie et je veux que vous essayiez ce qu’il y a, au cas où. Ti-Poe, Ti-Christ, continuez vos recherches. Dès que je trouve un lieu qui convient, j’avise tout le monde et on se prépare.
Ce serait le signal de la fin, mais Ti-Christ lève la main:
- Une dernière chose ! Si vous voyez d’autres drones, merci de les laisser fonctionnels, le temps que j’arrive ! Sans le signal, je n’arrive pas à remonter la source…
J’oubliais les drones. Ces appareils qui survolent la forêt et qui nous servent de cibles d’entraînement de longue portée… Aucun n’a encore réellement survolé la ferme. Ce dossier est inquiétant, mais je l’ai délégué à Ti-Christ. Après tout, cette sorcellerie est son champ d’expertise.
Ti-Poe vient me trouver et me dit discrètement :
- Dans le vieux port, il y aurait peut-être un hangar qui pourrait être utilisable pour ce que tu veux faire. C’est un peu proche de la zone touristique, mais la nuit, il n’y a presque personne et je crois qu’il figure sur ton héritage. Vérifie avec le notaire.
- Sérieux? Ce serait pas déjà squatté?
- Ce serait logique, mais on dit que ces lieux sont hantés.
Mon intérêt est piqué.
- Hanté.
- Oui, mais je pense que les gens pensent ça parce qu’on exécutait du monde pour aller les balancer dans le fleuve, après, du temps de ton père. On recevait, aussi, des cargaisons de filles, mais ton père a arrêté. Y‘avait trop de morts, c’était pu rentable. La place doit être vide.
Trop de morts…
Lucy se désintéresse des discussions et se penche sur un épais paquet de feuilles. Elle semble bien passionnée par ce qu’elle lit. En la taquinant, je lui donne un coup d’épaule :
- Qu’est-ce que tu lis?
- Tu savais qu’Erika avait un amoureux? Je l'ai compris en déchiffrant tout ça : ils s’écrivaient des lettres codées…
- Dis donc, c’est pas un peu déplacé de lire le courrier d’une personne morte?
- Elle est morte, elle s’en fiche…
- Si ça devient 18 ans et plus, soumets-le au contrôle parental, s’il te plait.
Ces paroles s’accompagnent d’un regard à l’endroit de Ti-Poe qui a une grimace indiquant qu’il n’est peut-être pas le mieu placé pour ce genre de mission.
Sur mon cellulaire, le numéro de Gab apparaît. Je réponds :
- Salut!
- Salut, je voulais juste… savoir comment ça va.
Étonnée, je m’éloigne un peu du groupe.
- Ça va. je réponds doucement. La vie fait son chemin. Et toi? Tes kiddos?
- J’aurais pas oublié deux ou trois roulettes de duct tape chez-toi, par hasard?
Sa réponse me fait un peu rire. Il me demande :
- Est-ce que Lucy s’entraîne encore au tir?
- Toutes les nuits. Tu veux lui parler?
- Tu penses qu’elle voudrait?
- Oh oui. Tu lui manques beaucoup.
- Passe-moi la.
Je tend le cellulaire à Lucy qui le prend et lance un petit cri de surprise quand elle entend la voix de Gab. Elle s’éloigne tandis que Ti-Poe se rapproche et me dit tout bas, pour éviter d’être entendu par les autres :
- Donne-lui le temps. Il va revenir. Il va digérer tout ce qui s’est passé pis y va aller mieux après.
- Tu crois?
- Je sais pas si t’as remarqué, mais ce gars-là t’aime au point de se crisser en danger même quand y’est pas d’accord avec toi. Pis y me l’a dit, qu’y s’est attaché à la p’tite. Toi, t’étais débordée par toute pis ça se comprend, mais moi, j’vous vois aller. Ça, ça trompe pas.