Hanté, ça? Ce n’est clairement pas le premier mot qui me traverse l’esprit en voyant l’immense carcasse d’acier dans le vieux port qui luit sous le soleil printanier. Ce serait un squat parfait : les lieux sont chauffés, quand même assez près de lieux d’intérêt… Et pourtant, pas de trace de personne sans domicile fixe.
L’air humide et froid ébouriffe ma crinière et fait un peu voler le manteau de maître Leblanc autour de lui. Ce serait agréable si nous étions en été.
Maître Leblanc me tend les clés avec une mine relativement inquiète:
Mon but est, encore, de faire patte blanche avec le procureur. Il semble apprécier mon intention, car il accepte et nous marchons d’un pas lent vers l’amas de tôle froissée. Je lui annonce :
Je me retourne et lui frappe gentiment le bras. Le procureur rit de bon cœur devant ma réaction spontanée.
Une petite demi-seconde d’hésitation est perceptible lorsque mes lèvres prononcent son nom. Sans savoir s’il l’a perçu, maître Leblanc me fait signe qu’il y avait déjà pensé :
Le cadenas rouillé, mais bien épais résiste un peu à la clé. Il coopère après une petite baston.
Je tire un bon coup sur les chaînes lourdes qui tiennent la porte immobile. Un autre verrou sur la porte est facilement passable, et nous entrons enfin dans mon hangar.
La lumière est proposée par de très hauts projecteurs et éclaire un bateau. Mes connaissances en ce type de véhicule sont bien maigres. Semble-t-il, toutefois, que maître Leblanc s’y soit intéressé jadis:
Il s’arrête quelques secondes avec un sourire étrange:
Nos pas nous font prendre un escalier de métal qui mène à un bureau plus haut. Encore une serrure et nous voilà dans une petite pièce vitrée, avec une radio et tout le tralala nautique qui manque à mon vocabulaire. Une autre porte est située au fond.
En amorçant un mouvement pour l’ouvrir, maître Leblanc m’arrête dans mon mouvement. Il est très pâle et semble mal à l’aise. Il doigt sur ses lèvres me fait signe de garder le silence. Il dégaine une arme à feu, qui a clairement plus de classe que la mienne. Absolument aucun son ne m’est parvenu, mais je l’imite en dégainant la mienne, ce qui ne semble pas le surprendre.
Très doucement, de ma main libre, je pousse la porte. Une odeur de poussière se joint à celle marine qui nous accompagne. Encore une fois, la lumière du plafond nous expose un lieu très haut, cette fois-ci comblée de grandes caisses, parfois de bois ou de métal.
Nous avançons silencieusement : ça m’étonne de le voir aussi à l’aise dans ce genre de situation. Maître Leblanc est passé du procureur bourru à l’escouade tactique, autant dans sa position physique que dans son attitude. Il lève le poing pour me signaler de m’arrêter.
Trop de non-dits entre nous, mais les signes se font comprendre, semble-t-il.
Au détour d’une caisse, il s’arrête, prend le temps de se préparer, puis fait irruption en pointant son arme. Il vise quelque chose, ça ne fait aucun doute, mais je n’entends personne remuer.
Immobile, aucune réponse ne me parvient. Pourtant, maître Leblanc continue:
Après quelques secondes, il baisse son arme et me dit:
Il soupire et s’allume une cigarette.
Je range mon arme et il ajoute:
Un fantôme… Je fais quoi avec lui? Mon interlocuteur regarde dans le vide quelques secondes et parle à quelqu’un que je ne vois pas :
Il rigole un peu. Personnellement, je ne sais pas comment je dois réagir.
Il acquiesce. Puis il devient grave. Rapidement, il se dirige vers un pied-de-biche et semble encore écouter le vide en se dirigeant vers l’une des caisses.
Il plante l’outil sous le couvercle et bataille un peu pour le soulever. En m’approchant, je constate que l’intérieur est bourré de paille, sur laquelle est déposée une très grande poupée russe. Ma main se tend pour la toucher, mais maître Leblanc la saisit:
Une bribe de conversation qu’il a autrefois eue avec Erika me revient : “C’est du donnant-donnant, ma sœur. Je vous donne de la main-d'œuvre pour votre Mission, et vous me fournissez en trucs à vendre.“
Mon cellulaire résonne dans le hangar. J’acquiesce à l’offre de maître Leblanc avant de répondre à Ti-Poe qui me dit directement :
Un soupir m’échappe. Je vais devoir accélérer les choses.
Nous raccrochons et j’annonce :