Gambit Tome 2

Chapitre 14 : La grenouille

Par LaVerdure

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Mon shake a un drôle de goût, et c'est probablement dû au spectacle d'une grenouille disséquée au scalpel par Lucy, sous la supervision de Thérèse qui la guide avec patience. La petite fronce le nez et ne cache pas son dégoût, mais elle fait exactement ce qu'attend d'elle l'infirmière de formation.





Je n'ai pas fait l'option biologie. Et la petite a émis le souhait d'apprendre le fonctionnement du corps humain. Thérèse, de sa profession d'infirmière, est la personne la mieux placée pour répondre à cette demande. Ses connaissances et sa patience me poussent à l'admirer, malgré ses nombreuses diarrhées verbales sur des sujets, parfois...


Voici la première étape de ce périple : la dissection de la grenouille.


Maintenant, quant à savoir si c'est saint à cet âge... D'un autre côté, il ne faut surtout pas oublier qu'avec la vie qui l'attend, il faut que la petite comprenne un peu mieux son monde, même si ça implique d'ouvrir des animaux.


Thérèse rectifie très délicatement la main de Lucy :





Ça me fiche un frisson.


Et c'est un total contraste avec le romantisme que m'évoque le couple "Élyse et Antonin" qui passe par la cuisine sans un regard pour la scène d'horreur qui se déroule sur la table. Le beau français, vampire, bien placé en Europe, qui s'est épris de la jeune architecte, s'est déplacé jusqu'ici pour apprendre à la connaître, après des années de fréquentations sur le web. Il ne m'est pas désagréable.


J'ai compris qu'ils se sont rencontrés sur un forum d'artistes il y a quelques années, bien avant qu'elle ne devienne vampire. Elle n'était pas au courant de sa "condition vampirique". Il s'est alarmé de sa disparition, et quand elle est réapparue sur le forum il y a quelques semaines, ce fut un drame qu'il n'ait pu lui-même lui offrir la vie éternelle. Cela ne l'a pas empêché d'arriver en trombe et de lui vouer un véritable culte, depuis. Il n'a émis aucun commentaire sur ses conditions de vie et respecte chaque personne qu'il croise.


Et chaque fois qu'il me voit, il me salue bien bas. Comme en ce moment. Un signe de tête et un sourire courtois lui sont accordés, mais nous évitons plus de familiarités. Ils se dirigent vers l'extérieur et croisent Ti-Christ qui entre et leur fait la conversation pendant quelques secondes à propos de dispositions de caméras de surveillance à placer.


Patrick m'a confirmé que Omaël Brown et Xavier McKeown logent dans un hôtel à bas prix, et il garde un œil sur leur déplacements. Outre quelques allers-venus, ils semblent cleans. L'avenir nous dira si je parie sur le bon cheval...


En attendant, mes doigts parcourent la liasse de feuilles usées que Lucy décode, laissé sur la table où la dissection a lieu. En lisant les notes qu'elle prend, je deviens muette d'admiration. C'est fou ce que cette gamine est brillante : "Dieu me garde loin de toi, sachant qu'Il me garde, ainsi, fort et digne de son Amour. Je suis heureux d'apprendre que ta nouvelle élève te plaît finalement : ce doit être une bonne âme. Je comprends tes réticences à l'endroit de sa vie privée, mais elle n'a pas choisi notre voie. Il faut l'accepter. Elle a la chance de t'avoir comme guide, et c'est déjà..."





Ce n'est pas la ville où se trouvent Gab et ses enfants, mais c'est assez proche pour que cet adon me soit désagréable. Assez pour l'appeler et le mettre en garde.


J'acquiesce et m'éloigne un peu, cellulaire en main. Je n'aime pas le petit stress qui me prend, maintenant, quand je compose son numéro. C'est comme si je craignais de ressentir des émotions trop fortes, comme si j'espérais à chaque fois tomber sur sa boîte vocale. Malheureusement pour mon coeur qui bat la chamade, il répond très sobrement et, derrière lui, les voix d'enfants qui se chamaillent un peu m'attendrissent.





Il crie quelques consignes à ses garçons et on devine qu'il s'éloigne d'eux grâce au son qui s'étouffe un peu.





Aucun son ne me parvient, au bout de la ligne. Je continue :





Ce sont que des mots. Que des putains de mots qui se mesurent en microsecondes. Pourquoi je suis incapable de lui dire que je l'aime? Depuis quand les mots se bloquent-ils?


Ma gorge devient sèche, ma respiration s'arrête.


Et rien ne vient.


Quelques secondes passent discrètement entre nous, avant qu'il n'ajoute d'une douce voix :





Nos voix se taisent encore, et je regrette immédiatement mes paroles et de m'être emportée. Il est si loin.


Et je ne suis pas capable de m'excuser.


Ma gorge se sert et je lève les yeux au ciel pour essayer de retenir des larmes. Une profonde inspiration m'aide à me calmer un peu avant d'ajouter, la voix encore pleine de larmes : 





Je ne compte plus le nombre de fois où nos voix se meurent dans cette conversation, étouffée de non-dits que je n'ai pas le courage d'aborder.





Nous raccrochons.


Qui est la grenouille de qui, à s'ouvrir le torse et à se faire mal au coeur?


Le mur derrière moi me rattrape et je laisse les larmes rouler, honteuse. Pourquoi toujours ouvrir ce genre de plaies...


Si je suis franche, il me manque. Cruellement. Au point où je me surprends à le chercher, parfois. Et l'absence de communication ne m'aide pas à clarifier ce que nous vivons ou mon véritable sentiment à son endroit.


Stéphanie passe tout près, en pleine discussion avec son protégé. Elle s'arrête, lui dit de nous laisser seules et me demande :





Un seul regard est suffisant pour l'avertir de ne pas jouer sur cette ligne, mais elle persiste et signe.


Crier un bon coup... Non. J'ai besoin de cogner.


C'est le punching bag de la salle d'entraînement qui reçoit chaque parole que Gab m'a dite, chaque battement de cœur que je n'ai pas assumé, tous les mots gardés silencieusement pour le protéger ou parce qu'au point où j'en suis, ils ne veulent plus dire quoi que ce soit. Je n'ai pas souvenir d'avoir déjà percé un punching bag. Celui-ci racontera une histoire avec sa cicatrice recouverte d'un adhésif.


Une sortie à l'extérieur me calme pour de bon. La nuit présente une pluie d'étoiles, et l'air est si froid que ma respiration forme de petits nuages. Pourtant, l'odeur de la neige qui fond doucement rappelle la fin de l'hiver. J'entends Ti-Christ, aussi énervé que le serait un enfant, au loin. Il revient presque au pas de course, Toby sur les talons, portant contre lui une espèce de petit bidule. L'histoire des drones verra peut-être un bon dénouement...


C'est au tour de maître Leblanc de se faire appeler, lorsque je suis plus calme. Je lui raconte ma rencontre avec Omaël Brown et Xavier McKeown. Le procureur lance une série de jurons :





J'étais en train d'oublier ça. Si ce hangar peut finir par se vider...






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