Gambit Tome 2

Chapitre 20 : L'échiquier grandeur nature

Par LaVerdure

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Derrière moi, Ti-Poe lance un juron qui est à mi-chemin entre l’étonnement et l’admiration. Seul, les mains bien en vue, un homme de l’âge de monsieur Dubé sort du véhicule stationné et avance. Comme pour Erika, le temps a épargné un peu son corps droit et souple. Il est à peine un peu plus petit que moi, a des cheveux courts poivre et sel, une barbe un peu longue et entretenue. C’est quelqu’un qui s’entraîne, ça ne fait aucun doute. Son manteau est grand ouvert, laisse voir une camisole blanche trouée par endroit et un jeans ayant vu des jours meilleurs.


Un regard de biais à Omaël me confirme que c’est bien lui : Gaël Brown. 


“RAS, ROGER” fait le grelot dans l’oreillette. 


Il est venu seul, tel qu’annoncé. 


Pas de bombe sous son manteau, pas de détonateur dans les mains… Aucune arme à feu visible. 


J’amorce un mouvement pour approcher à mon tour, suivi d’Omaël. Ti-Poe reste à l’arrière : s’il m’arrive quelque chose, c’est lui qui prend le relais. 


À quelques mètres, nous nous arrêtons. Gaël pose un regard étrangement doux sur moi, avant de s’adresser à Omaël.





L’ancien a une grimace en répondant : 





Un silence plane tandis qu’il nous détaille encore un peu, tour à tour. Il me demande : 





Mais de quoi j’me mêle? 


Son regard fatigué se pose sur Omaël : 





Gaël a un haussement d’épaules : 





Un souvenir triste passe dans les yeux de l’homme. Il baisse un peu son regard avant de murmurer “Stacy.” Il en revient à Omaël : 





Intéressant. Mais il parle beaucoup et ça me dérange. Au tour d’Omaël, de baisser un peu la tête : 





La douleur qui passe sur le visage du Brown est contagieuse. 





Son regard se pose sur moi : 





Je n’aime pas son calme apparent ni cette espèce de candeur. Ça me roule dans la bouche. Pourtant, mon cœur ne s'emballe pas, et ce calme qui m'habite me surprend.





Un signe de la tête et il met la main dans sa poche pour sortir un vieux flop phone. Pendant ces quelques secondes, j’entends Jack dans l’oreillette qui dit “Hold”, mais le vieil homme ne fait rien de redoutable. Il met des lunettes de lecture sur son nez et compose un numéro en appuyant sur la touche “main libre”. Après quelques sonneries, la voix d’un jeune homme répond : 





Le jeune se marre un peu avant de répondre : 





Gaël nous regarde tour à tour tandis que nous échangeons un regard presque soulagé, Omaël et moi. Il remercie son petit-fils et raccroche. 





Pensif, monsieur Brown s’assombrit en rangeant son flop phone. Sa main caresse sa barbe : 





Sa réflexion me ferait presque sourire. Il continue : 





Je ne réponds pas. Pourquoi Gab lui aurait parlé de ça?





Mon cellulaire vibre, et je vois que c’est le numéro de Lucy. Le pas que j’entâme pour m’éloigner et prendre l’appel est interrompu par Gaël qui ajoute : 





L’air autour de moi se suspend. Étonnamment, les battements de mon cœur sont stables.

 

Gaël se met à genoux devant moi, résolu : 





Je m’approche un peu de lui tandis que des ombres se dessinent sur mon visage. 





Le sol se déroberait sous mes pieds si ce n’était de ce calme plat qui tient bon. Omaël ne semble pas suivre le fil de cette discussion. Je murmure : 





Je suis si près de lui que je pourrais le toucher du bout du pied.


  



Pour toute réponse, il me sourit. 


Je hoche la tête, et je dégaine l’épée d’Erika. 


Il fronce ses épais sourcils, fixe l’épée dans ma main. La dernière chose qu’il entend, et qui déclenche une furie qui brise la candeur idyllique qu’il ressentait juste avant, ce sont mes paroles glaciales qui lui déclarent : 





Ma lame s’abat sur lui. Sa tête roule, immortalisant ainsi sa rage. 


La seconde d’après, je crie de nouveaux ordres à Ti-Poe pour rapatrier les hommes au QG. Omaël parle dans l’oreillette avec Jack qui fait plier bagage aux siens pour nous suivre tandis que maître Leblanc et la serveuse arrivent au pas de course à mes côtés. 


La serveuse tient la main de James et se précipite vers moi en m’attrapant par la taille : 





Cette fois, sans comprendre, le sol se dérobe vraiment sous mes pieds.   






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