Gambit - Chasse et Sorcellerie

Chapitre 3 : Le parfait petit chasseur

Par LaVerdure

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McKeown relut la lettre qu’il avait écrite :  

 

Chère maman, 

Je ne veux pas que tu t’inquiètes, je suis allé prendre l’air avec des amis, j’ai besoin de respirer. Je vais t’appeler dès ce soir, je te promets. J’ai juste juste besoin de faire le point dans ma tête. 

Je t’aime. 

Xavier.

 

Il soupira silencieusement. Sa mère ne le croirait pas : aucun de ces mots n’était naturel, venant de sa part. Mais le fait qu’il lui promette de l’appeler la ferait patienter avant qu’elle ne se retourne vers la police. Cette lettre, c’était l’idée de Lucie, qui avait tout de suite pensé aux parents de Xavier. Lui se serait lancé tête la première dans cette histoire sans penser à eux. Non pas par manque de considération, bien loin de là, mais plutôt parce qu’il était impatient d’en découdre pour de vrai.


Le papier fut déposé bien en évidence sur son lit défait tandis qu’il attrapait son sac à dos un peu lourd. Le bordel de sa chambre n’avait jamais été aussi épique, et cela lui importait peu, en ce moment. Les affiches de demoiselles plantureuses et d’hommes musclés sur son mur semblaient disparaître dans tout ce foutoir d’objets divers : ses épaulettes et son casque pour le football, sa guitare électrique et son ampli, la pile de vêtements sales et malodorants, les boîtes de préservatifs éventrés, les canettes de soda… À son retour, il allait faire plaisir à sa mère et tout ce bordel sera rangé. Il se le promit. 


Tout d’abord, il devait crever les yeux de ceux qui avaient mené à la mort de sa sœur.


À 6h00 AM, il sortit de chez lui sur la pointe des pieds sans faire le moindre bruit et prit le bus pour rejoindre Lucie dans la petite chambre de motel miteux qu’elle connaissait. D’ailleurs, il serait curieux de savoir comment la petite nerd à lunettes pouvait bien connaître une chambre de motel… Encore rageux d’avoir été ridiculisé par la minie rousse, la veille, Xavier se fit une tonne de scénarios plus ou moins glorieux, à ce sujet. 


Après le départ de l’inconnu, la voix lui était revenue, et Lucie s’était éparpillée en excuses. Même si aucune sensation physique n’était réellement perceptible de ce qu’elle lui avait fait, il avait toussé comme s’il se remettait à respirer. 





La jeune femme avait baissé la tête de honte et était devenue encore plus petite, se tassant sur elle-même et sursautant presque à chaque parole. McKeown se massait la gorge quand l’oncle Graymes avait intercepté la rage du rouquin en s’avançant dans son fauteuil roulant: 



 


Le ton de l’oncle Graymes n’avait rien d’aimable. Son regard glacial avait calmé Xavier qui avait lancé des yeux mauvais à l’attention de Lucie. Elle n’osait pas relever les siens sur lui, se tortillant les doigts comme une enfant ayant commis une terrible erreur. Finalement, l’oncle avait déclaré : 



 


Si chaque règle semblait faire sens, la dernière fit grimacer sévèrement Xavier qui avait acquiescé.



 


La petite rousse avait acquiescé. Ensemble, ils étaient sortis du salon et s’étaient donné rendez-vous au motel. Elle avait gentiment proposé une liste d’objets divers à apporter auxquels McKeown n’aurait pas pensé : des bas, des sous-vêtements, des vêtements de rechange pour quelques jours… Tout le reste serait fourni sur place. Son arme à feu bien en place sur lui-même, il était à présent dans le bus qui le conduisait sur place. 


Lorsqu’il débarqua, le trafic déjà dense l’avait retardé de plusieurs minutes. À la fenêtre de la chambre 26, Lucie le regardait arriver en le saluant de la main. 


Un inconfort le gagna en la voyant ; elle pouvait le rendre muet et elle avait un lion dans sa poche. Que pouvait-elle faire d’autre? En quoi cette petite psychopathe pouvait-elle être encore un danger pour lui? L’inconnu pouvait le faire exploser en éternuant, disait l’oncle. Qu’en était-il de la nièce? Il était trop tard, songea-t-il, pour retraiter. Il allait affronter l’ennemi, et Lucie s’il le fallait, mais justice serait rendue.


Lorsqu’il poussa la porte, elle lui servit l’un de ces sourires que font ceux qui espèrent se faire pardonner. Elle n’osa pas l’approcher, toutefois, et se contenta de désigner les deux lits simples dans la pièce. 





Pour toute réponse, McKeown déposa son propre sac sur le lit le plus éloigné. Il se mit à défaire ses bagages tandis que Lucie continuait: 



 


Ne sachant trop quoi répondre, Xavier acquiesça. Lucie ouvrit la bouche, comme si elle allait ajouter quelque chose, mais se ravisa. Elle se dirigea vers sa propre valise qui semblait hors du temps, d’un vieux cuir brun, rapiécé, égratigné par… Il préférait ne pas le savoir. C’était le type d’objet qui appartiendrait à un grand-père plutôt qu’à une jeune fille, jugeait le jeune homme. Et ça contribuait à la rendre un peu plus bizarre. Elle en sortit ses propres vêtements et il perçut différents objets dans ses possessions, dont des herbes dans de petits bocaux et un immense pieu effilé sur lequel différentes petites formes géométriques figuraient. Xavier délaissa ses propres effets pour se rapprocher et pointa du doigt l’objet qui devait faire au moins 30 centimètres. 




 

McKeown blêmit un peu : il y avait trop d’informations dans ce qu’elle venait de dire. Et elle n’avait pas relevé la tentative d’insulte salace. Lucie lui lança l’un ses doux regards compatissants avant d’ajouter : 





La petite remarque qui se voulait blessante, cette fois, ne passa pas inaperçue. Encore une fois, Lucie baissa la tête et ravala sa réaction. Xavier s’arrêta et demanda brusquement : 



 


Lucie s’assit sur son lit et mit ses mains entre ses genoux. Elle prit quelques secondes pour réfléchir, ses yeux bleus se levant enfin vers lui derrière ses lunettes, avant de dire de sa si douce voix : 





Xavier se calma. Elle avait le mérite de ne pas tenter de lui mentir, et cela contribuerait à gérer un peu l’animosité qu’il ressentait. Il s’assit également devant elle et lui demanda :  





Dépassé par tout ce que Lucie venait de lui livrer comme information, McKeown se passa une main sur le visage. Un silence s'abattit sur eux, pendant lequel il calcula ce qui allait se passer dans les prochains jours. 


Se sentant devenir déraisonnablement provocateur, ne serait-ce que pour tester les limites de la jeune femme et pour tourner la situation au ridicule, car il en avait besoin, il demanda avec un sourire en coin : 





Pour toute réponse, la rouquine fronça les sourcils. 





Lorsqu’il comprit qu’elle ne diminuerait pas son geste parce qu’il en faisait une tentative de blague, Xavier acquiesça. Qui plus est, il regrettait ses paroles, maintenant. Surtout en voyant la réaction de celle qui tentait de l’aider depuis le début. Quoique sa rancune ne mourait pas aussi facilement. Il obtiendrait réparation, un jour ou l’autre.     



 


Elle continua de réciter tout ce qu’elle avait appris pendant la journée, toujours avec cette bienveillance et ce souci de le garder en vie. McKeown se dit qu’elle ferait, sans nul doute, un jour, un excellent professeur, mais qu’il avait toujours été un mauvais élève.






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