Gambit - Chasse et Sorcellerie

Chapitre 5 : Cerbère

Par LaVerdure

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Un peu plus tard, Lucie déploya une carte de la ville et rechercha la nouvelle adresse suspecte qu’elle avait trouvée dans la chambre de l’homme. 





La rouquine rit un peu avec beaucoup de douceur: 





Ils se sourirent ; un sourire doux, presque complice, qui sembla se suspendre dans le temps. Le genre de sourire qui ne devrait pas avoir sa place dans ce genre de situation, songea McKeown. Pas juste après avoir étranglé quelqu’un à mort. Et sans doute pensa-t-elle la même chose que lui puisqu’elle se remit à chercher sur la carte et marqua le trajet d’un trait jaune. 





Il eut un énième sourire, cette fois plus provocateur, mais ne se permit pas d’aller plus loin ; il y avait trop de choses qui tournaient dans sa tête. 


Un coup de fil à sa mère lui apprit que tout était sous contrôle chez lui. Mécontente, la femme lui avait demandé s’il comptait revenir bientôt. Xavier lui répondit qu’il n’en avait plus pour longtemps.     


Lorsqu’il finit par s’endormir, malgré ses blessures qui lui faisaient un mal de chien, Xavier fit d’étranges rêves, où il se revit, les mains entourant la gorge de Luc. Il entendit les gargouillements, revit les yeux se révulser, la langue se gonfler, le sang jaillir de son nez… Même si, factuellement, rien ne s’était produit comme lui indiquait son subconscient, c’était là les images qu’il en gardait. Les images et surtout la joie qui l’habitait à la vue de ce tableau. Ce sentiment de domination ultime, le souffle de Dieu dans ses doigts, prenant la vie de cet enfoiré… N’est-ce pas là ce que devait faire Dieu, se demanda-t-il? Punir ces raclures qui s’en prenaient aux plus vulnérables? Où était-il, Dieu, tandis que Léa se faisait détruire par l’autre cloporte? Dieu n’avait pas intercepté le sac de chocolats fourrés aux lames de rasoir. C’était lui, McKeown, qui avait éliminé la menace, pas Dieu. 


Luc gratta le sol de sa main morte. Le son produit ainsi faisait plutôt penser à celui d’une craie grinçante sur un tableau. McKeown serra plus fort et il entendit, tout près, la voix de Lucie murmurer : “Chut! Il va t’entendre!”


La main du mort retomba et un gémissement plaintif, semblable en tout point à celui que ferait un chien qui quémande, sortit de la bouche de Luc, pourtant obstruée par sa langue. 


À demi tiré de son rêve, Xavier grogna et redressa la tête pour contempler Lucie, dans son atroce robe de nuit assez grande pour contenir quatre jeunes femmes comme elle. Assise sur son lit, elle s’adressait à quelqu’un : 





Une autre plainte canine finit de réveiller McKeown. Silencieusement, il s’extirpa de ses draps pour tenter de voir à qui s’adressait la sorcière. 


Sans doute rêvait-il encore, car il y avait maintenant un chien dans la chambre. Malgré la noirceur, il percevait un vieux molosse galeux d’un gris poussiéreux, avec le poil trop long et sale, squelettique, probablement plein de maladies et de puces, et au moins deux fois plus haut que Lucie. Assis devant le lit de la rouquine, il poussait un peu sa compagne du bout de son nez.


Le jeune homme se passa une main sur la figure et fit sursauter la sorcière en demandant : 





Elle se mit une main sur le coeur, comme si elle tentait d’éviter qu’il ne s’échappe de sa poitrine, et rit nerveusement : 





Xavier changea de lit et se glissa à côté de Lucie en se couchant sur le ventre pour se rapprocher du vieux chien. L’animal émit un grognement d’insatisfaction qui fit rire le rouquin : 





Lucie ouvrit la bouche pour dire quelque chose puis se ravisa, trouvant plus sage de garder ses paroles pour elle. McKeown avança sa main afin de se laisser renifler. Pour toute réponse, Cerbère tourna la tête, ce qui fit éclater de rire les deux jeunes adultes. 





Lucie s’emmura dans le silence. Se disant qu’il n’aurait pas de réponse cette nuit, McKeown changea encore de lit et retrouva ses propres draps quand elle raconta d’une voix très faible, à peine perceptible : 





McKeown garda le silence et écouta, allongé et attentif à chaque parole partagée. Elle continua : 





McKeown fronça les sourcils dans le noir en pinçant les lèvres. 





Lucie tourna vers lui un regard à la fois étonné et rempli de larmes. Cette fois, il se coucha pour de bon, et ajouta en bâillant : 





McKeown ne le vit pas, mais il entendit l’énorme chien marcher et venir se laisser tomber à côté de son lit, comme si ce vieux molosse fatigué se rangeait de son côté. Quelques secondes plus tard, il entendit également Lucie s’allonger sur son lit et plongea dans un sommeil sans rêves. 






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