https://www.youtube.com/watch?v=tNDWJ_KDkAc
Les arbres laissent filtrer un peu des rayons du soleil en ce début de journée confortable. Écouteurs dans les oreilles, l’agent Doyon laisse défiler la playlist en tâchant de se concentrer sur les mélodies qui, en général, l’aident à décompresser. Couplés à sa respiration et ses muscles qui brûlent, pour le moment, ses efforts la tiennent loin de l’angoisse.
Ce matin, il n’y a pas de raison d’angoisser. Elle est loin de la ville, dans le chalet de son père, dans la nature, avec son vieux chien qui ne peut plus courir, mais qui lui tient volontiers compagnie près du feu le soir et qui jappe dès qu’une feuille morte s’approche de la maison. Exactement comme lui a suggéré de faire le psychologue recommandé par le procureur. “Tu vas voir : Sergeï en a vu d’autres. Y’est habitué à gérer l’monde qui en voient trop. T’es pas la première.”
Ça veut dire que d’autres personnes “normales” ont été en contact avec des… Comment les appeler…
Le psychologue lui a laissé le choix des mots à employer. Pour le moment, par dépit, elle dit “eux”, ceux qui ont des “symptômes surnaturels positifs”. Positif, non pas parce que c’est cool, mais plutôt parce que quelque chose s’ajoute à l’état normatif, comme pour les personnes schizophrènes, a-t-elle expliqué au psy. Sergeï avait acquiescé :
Dans son jogging, tandis qu’elle repense à cette rencontre avec le psychologue, un rayon de soleil la frappe, la faisant immédiatement s’arrêter. Son cœur se met à battre la chamade : elle revoit les petites flammes sur le corps d’Étienne. Elles s’étaient d’abord formées sur les avant-bras avant de se propager beaucoup trop rapidement sur lui. Un étourdissement la prend tandis qu’elle revoit ses doigts devenir poussière. Un énorme poids écrase ses épaules, restreint sa respiration et la vision du corps du vampire s’envolant en poussière lui revient, aussi nette que si l’événement avait encore lieu devant elle.
Trop stimulée par le soleil, la musique, son corps en sueur et ses pensées fractionnées, Shelley retire ses écouteurs et se laisse tomber en position assise au sol. “Une chose à la fois. Tu ne peux pas tomber plus bas que le sol. T’es en sécurité. Peu importe ce qui arrive, t’es en sécurité. Respire.” Contrôler la respiration. Doucement. La ralentir graduellement. Laisser les larmes couler : il ne faut pas les retenir. Le regard qu’Étienne lui avait lancé la frappe à nouveau, défiant le sang-froid qu’elle tente difficilement d’appliquer, mais elle continue : “C’est normal. Tout va bien. Tu n’es plus sur le pont : tu es dans le chalet de ton père, dans la forêt, tu pues parce que tu cours, et Brutus t’attend.”
Elle laisse le temps passer doucement, sans mettre de pression, se berçant elle-même. Lorsque, enfin, elle se sent un peu plus calme, elle prend quelques secondes supplémentaires pour se forcer à regarder le sol, les feuilles, les troncs, les insectes… Tout pour rappeler à son cerveau où elle se trouve et se rassurer. Doucement, elle se remet debout et vacille un peu. Une gorgée d’eau aide à gérer sa gorge serrée et, en tremblant, elle se met en marche vers le chalet.
Il ne lui reste que le quart du chemin du retour à effectuer quand son cellulaire sonne. Un coup d'œil lui indique que l’appel vient du procureur.
Toujours entrer dans le vif du sujet dès que possible, pour le Maître. Sujet surnaturel ou pas, criminel ou pas… D’un autre côté, lorsqu’il appelle, c’est toujours parce qu’il y a un sujet chaud à gérer. C’est difficile de lui en vouloir, surtout sachant qu’il portait le poids des dossiers surnaturels seul sur ses épaules jusqu’à présent.
Shelley cesse sa marche et regarde le chalet devant elle, comme si l’endroit était son principal interlocuteur. Elle fronce les sourcils, se met une main sur le front en réfléchissant rapidement et demande :
C’est plus fort qu’elle : un rire à la fois nerveux et découragé la prend tandis qu’elle tremble de plus belle. Après quelques secondes, elle se calme et demande :
Elle soupire et raccroche.
Raisonner un esprit…
Avec un ouija, peut-être?
Un jappement la ramène au moment présent : Brutus, le vieux malinois retraité des Forces armées, l’appelle de la fenêtre. Un soupir et un juron échappent à la policière lorsqu’elle pousse la porte du chalet.
Après une douche et une boisson énergisante, l’agent opte pour des vêtements civils et son badge d’identification, histoire de ne pas intimider les patients sur place. Le malinois du côté passager de sa voiture, elle revient vers la ville sans presse, se concentrant sur la route et caressant le vieux chien bien calme à ses côtés. Deux ans déjà que la brave bête est dans sa vie, avec son oreille déchirée et sa patte avant qui traîne un peu par temps humide. C’est une boule d’amour et de joie dans sa vie.
Une heure de route plus tard, elle stationne son véhicule devant l’hôpital en question où l’immense statue de l’Archange Saint-Michel devance la bâtisse presque bicentenaire dont les fenêtres hautes et austères sont chirurgicalement alignées. Un vieil hôpital, construit par les Soeurs de la Charité, sur les ruines d’un plus vieil hôpital qui a passé au feu. Fier de son édifice, le gouvernement se met toutefois un point d’honneur à garder l’intérieur à la fine pointe de la technologie pour une plus grande sécurité.
Elle fait descendre Brutus pour le laisser se dégourdir un peu les pattes et se soulager dans les plates bandes. Un peu plus loin, encadré par du personnel soignant, des patients fument et regardent le malinois avec une certaine crainte.
En tournant la tête, la jeune femme aperçoit le procureur qui vient dans sa direction, accompagné d’un homme en habits d’infirmiers.
Elle serre la main du nommé Jason avec un sourire courtois tandis que le regard d’un bleu perçant du procureur va vers le malinois et le fait hésiter :
Shelley lui tend la laisse avec un regard de mère poule à l’endroit du malinois qui reniflait autrefois des explosifs. Aussitôt, James lui met le dossier entre les mains en remerciant Jason et fait signe à la policière de le suivre. Une fois à l’intérieur, le décor architectural provenant du début du siècle donne une impression étrange à l’agent qui s’apprête à dialoguer avec un esprit. Moulures d’antan et images pieuses se mélangent avec les affiches plastifiées de l’hôpital. Dans l’air, une odeur de désinfectant monte à la tête.
Chemin faisant, le bruit des souliers qui se répercute aux murs jusqu’aux hauts plafonds semble assourdissant à la policière qui ouvre le dossier. Les photos des blessures infligées à la jeune demoiselle montrent la sévérité de son état, et surtout que beaucoup de force a été déployée pour la faire souffrir. Ce n’est pas qu’une gifle : c’est un très sérieux passage à tabac, voire probablement une tentative de meurtre.
Elle le frappe amicalement au bras avec le dossier, ce qui attire son attention sur les mains du procureur : il porte des gants en plein début d’automne…
L’agent accueille cette déclaration d’un hochement de tête. C’est vraiment terrible, comme problématique : les gens pris avec ce genre de troubles obsessionnels compulsifs évitent de se gratter le visage, de toucher les boutons de porte ou les objets communs, et ont de la difficulté à parler avec l’oreille collée au téléphone.
Or, tandis qu’il signe le registre des visiteurs, Shelley constate que James utilise le même crayon que tout le monde pour écrire son nom. Qui plus est, elle note que l’un des gants est élimé et que les deux portent des tâches de poussière.
Germophobe, hein?
Elle signe elle-même le registre avec un sourire à l’endroit de la préposée, se promettant de le bombarder de questions dès que l’occasion se présenterait, et le décor devient un peu plus étrange autour d’eux. Aux boiseries anciennes se mêlent désormais des portes magnétiques où aucune poignée ne figure. Seulement des boutons lisses pour recevoir les cartes magnétiques. Des vitres pare-balles permettent de voir l’intérieur des cellules.
Maître Leblanc lui indique l’une des pièces et elle détaille le jeune homme qui s’y trouve : pas de tatouage ou très peu à en juger de ses avant-bras découverts, cheveux et yeux foncés, bronzé, vêtu d’une jaquette d’hôpital classique puisqu’il est en évaluation. Son dossier indique qu’il est dans l’équipe de football de son université. Un “petit” profil pas très compliqué, à première vue. Les coudes appuyés sur la table blanche devant lui, il tient ses mains sous son menton, semblant s'ennuyer.
Un préposé vient à leur rencontre et ouvre la porte à la policière, invitant Maître Leblanc à le suivre dans une autre pièce. Grâce à une caméra, le procureur pourra suivre l’entrevue en temps réel.
Dans la cellule, l’air ambiant est d’un froid saisissant. Immédiatement, Shelley sent une chair de poule vive la percée tandis que le regard du jeune homme s’abat sur elle. Elle connaît bien ce genre de regard typique d’une personne qui a un complexe de supériorité. Peut-être a-t-il un tempérament à tendance narcissique? Elle met cette idée dans un coin de sa tête et s’avance en soutenant le regard du jeune homme sans animosité :
Le jeune homme penche la tête sur le côté tandis qu’elle présente son badge et demeure muet. La policière décide de sonder sa théorie et demande en désignant la chaise qui se trouve devant lui :
En acquiesçant, le détenu présente la chaise d’une main ouverte. Ses yeux se mettent à pétiller de malice, et Shelley comprend qu’elle n’a pas tort sur son profil. Elle prend place tranquillement devant lui, sans perdre son sourire de courtoisie, puis ouvre le dossier en prenant soin de ne pas lui donner l’occasion de voir le fruit de son labeur, histoire de voir sa réaction. Une personne normale s'écraserait sur sa chaise, déborderait de remords, ou se montrerait inquiète. Lui, il s’avance un peu sur sa chaise et tente d’apercevoir les images avec un sourire amusé.
Sociopathe? Psychopathe?
La policière garde le silence pendant près d’une minute, ce qui semble irriter le jeune homme qui dit à la rigolade :
Ses paroles font relever les yeux de l’agent sur lui. Il continue :
Il rit à sa propre blague provocatrice en observant la réaction de la policière, mais Shelley n’en est pas à son premier coup d’essai. Elle a tellement entendu de réflexions créatives de ce genre qu’elle en est à faire un décompte avec d’autres collègues. Cette réplique-ci ne figurera pas même pas dans son “Top 10” des plus dérangeantes.
En ce moment, songe-t-elle, son but est que l’esprit veuille se faire connaître, qu’il tente d’affirmer sa propre identité, plutôt que de se cacher derrière celle de Philippe
Elle lui offre un petit sourire désolé, sachant que sa réaction le poussera à tenter d’être encore plus impressionnant et fait exprès de prendre une note inutile dans le dossier pour éveiller la curiosité de l’homme devant elle. Il se laisse avoir et étire encore le cou pour tenter de voir ce qu’elle écrit.
Ça y est, il s’énerve. Ses poings se serrent et ses dents grincent. Elle a donc très peu de jeu pour le mener à déborder, note-t-elle. Il faudra y aller très doucement avec lui.
Elle continue :
Voilà, c’est déclaré. Elle le fixe un peu pour l’encourager à parler, et le jeune homme poursuit :
Shelley montre le dossier de dos, toujours sans le laisser voir ce qui y figure, en répondant :
La vitre pare-balle émet un bruit qui attire immédiatement l’attention de la policière : elle craque un peu, comme si elle se fissurait. L’espace de deux secondes, Shelley oublie de respirer et suspend son geste, chose qui, visiblement, fait plaisir au détenu.
L’air devient encore plus froid, laissant sa respiration faire une petite buée. Silencieuse, elle garde le silence, les yeux exorbités.
Le jeune homme jubile :
Rapidement, la policière se fait violence pour rebondir sur les paroles du jeune homme en s’asseyant de nouveau.
Elle note quand même maladroitement la série de noms sur la feuille devant elle, sans toutefois perdre le contact visuel avec le jeune homme.
Satisfait qu’elle emploie son véritable nom, il s’adosse à sa chaise confortablement avant de répondre :
Le regard du jeune homme devient menaçant, étouffant, à ce moment précis. L’instinct de survie de la policière lui indique qu’elle est encore en danger là, maintenant, tout de suite. Qu’il pourrait la tuer sur-le-champ. Son cœur bat la chamade et une intense sueur froide lui engourdit le bout des doigts.
Elle doit sortir de cette pièce.
Sur ce, elle se lève en reprenant le dossier avec elle et doit faire un effort titanesque pour lui tourner le dos et marcher normalement jusqu’à la porte, ses oreilles à l'affût du moindre son qui pourrait lui indiquer qu’il se lève, mais rien ne vient.
Le préposé lui ouvre la porte et la conduit à la salle où l’attend James. Lorsqu’ils sont seuls tous les deux, elle se met à trembler de tout son corps et cherche sa respiration.
Le fait d’avoir une tentative de plan lui redonne un peu de courage. Shelley se redresse et se rend à la salle de pause.
Le temps qu’elle fasse couler le café, le procureur reçoit un appel de sa secrétaire.
Maître Leblanc lui revient, avec un visage un peu contrarié :
Cette fois, elle se sent moins intimidée.
Lorsque le préposé lui ouvre la porte, Gérard/Philippe la dévore des yeux, ses lèvres tordues dans un rictus diabolique et horrifiant. L’agent hausse les sourcils malgré elle, les mains pleines des deux cafés et le dossier sous le bras.
Shelley dépose le gobelet devant lui et reprend sa place.
Le ton de la policière demeure très objectif dans sa remarque. Pourtant, son interlocuteur perd son rictus, les dents serrées par la colère :
C’est risqué, comme coup de bluff. Très risqué. Shelley le reconnaît.
Et effectivement, il tombe dans une rage folle :
La fureur du jeune homme déborde et Shelly le voit agripper la table. Les doigts de Philippe percent le plastique blanc et épais, recourbant certains ongles et en détruisant d’autres. À la vue de cette scène, la policière a une grimace et un petit haut-le-cœur. Elle tente encore :
Le visage de l’homme semble se calmer un peu. Juste un peu. Juste assez pour qu’il relâche sa prise sur la table, au grand soulagement de Shelley qui constate quelques traces de sang dans les marques qu’il a faites.
Puis il fronce les sourcils, comme si le fait de se souvenir lui demandait un véritable effort.
Il tourne un regard étonné vers l’agent et ouvre la bouche pour répondre, mais aucun son n’en sort. Puis, comme s’il recevait une gifle, il répond avec une grande fierté :
Shelley penche la tête un peu sur le côté et observe le sourire de son interlocuteur qui s’agrandit, au fur et à mesure qu’il parle, la petite goutte de salive qui perle à la commissure de ses lèvres, sa façon de parler en baissant la tête pour se donner les airs d’un prédateur, le petit rire pervers...
Elle ne mord pas à l’hameçon qu’il lui tend.
Le fait qu’elle pose tout naturellement cette question, sérieuse comme un pape, prête à noter sa réponse, déstabilise le jeune homme pendant une seconde. Orgueilleux, il se redresse un peu et déclare sur un ton défiant et gourmand à la fois :
La mine soudainement scandalisée du jeune homme, parce qu’elle a osé dire ce mot, a quelque chose de très satisfaisant pour l’agent qui note sa réponse.
L’écran du cellulaire de Shelley s’allume et laisse paraître un texto de Maître Leblanc : “DCD 1959. Accident de voiture.” L’agent arque un sourcil et lève les yeux vers Gérard qui penche la tête pour regarder.
Tout va très vite : l’instant suivant, Gérard/Philippe passe par-dessus la table et empoigne la policière par le collet de sa chemise pour la propulser vers la porte. Le souffle coupé, elle se retrouve plaquée, les bras en croix, des mains invisibles lui enserrant la gorge. Elle tente de respirer, mais l’air ne circule pas. Derrière elle, elle entend le préposé qui tambourine et tente d’entrer, mais rien à faire.
Elle est piégée.
À la merci de cet énergumène.
Gérard/Philippe s’approche d’elle, le rictus à nouveau sur ses lèvres. Toutefois, elle ne reconnaît pas le jeune qui était assis à la table : c’est bien une personne différente, vêtue à la mode des années 50 avec un manteau de cuir, un t-shirt blanc et un jeans bleu, les cheveux noirs lissés vers l’arrière, au regard malsain et dominateur. Il avance lentement vers elle, pose une main juste à côté de sa tête et murmure à son oreille :
Et l’instant d’après, comme si elle avait rêvé cette scène, elle est de retour, assise sur sa chaise, haletante, mais bel et bien vivante, frissonnante, sur le point de vomir de peur.
Le préposé ne tente pas d’entrer dans la pièce.
Absolument rien n’a bougé.
Tout s’est passé dans sa tête.
Gérard/Philippe est assis devant elle, avec le visage bronzé et la jaquette d’hôpital.
Il n’a pas remué d’un cil.
L’enfoiré… Les esprits peuvent donc faire ça?
Shelley reprend son souffle et tente de gérer le tremblement qui la secoue : cet homme est un danger public. Il ne doit en aucun cas retourner dans la société.
Jamais.
Elle prend une gorgée de café pour s’éclaircir la voix. Son cœur est affolé, et l’effort qu’elle met à gérer sa respiration est digne des Olympiques.
Elle DOIT reprendre le contrôle. Ne pas lui laisser un millimètre de plus.
Tandis qu’il s’adosse confortablement à sa chaise, elle demande :
L’écran de son cellulaire affiche un nouveau texto de la part de Maître Leblanc : “WTF U OK?”, message qu’elle voit à peine du coin de l'œil et auquel elle ne répond pas.
C’est le moment d’en finir avec cet imbécile.
Le silence tombe dans la pièce, tandis qu’elle se souvient de sa conversation avec Sergeï, le psychologue. Elle avait elle-même affirmé : “ Mentir, quand il s’agit d’un outil pour protéger autrui dans des circonstances où je ne peux pas faire autrement, ce ne sera pas mon bout préféré, mais c’est correct.” Voici le moment venu de se mettre à l’épreuve. Mais est-ce que ça compte vraiment pour un mensonge? Peu importe, elle doit être convaincante. Après quelques secondes, elle déclare :
Son interlocuteur fige encore. La mimique sur son visage laisse à penser qu’il n’y arrivera pas, puis il se met à raconter, contre toute attente :
L’homme semble chercher encore dans sa mémoire. Il pince les lèvres, fronce les sourcils et détourne le regard.
Il serre les poings et son visage se couvre de sueur.
Puis, il ouvre grand les yeux, comme si quelque chose lui revenait.
Shelley ne dit mot, le laisse se souvenir. Il continue :
L’agent laisse passer quelques secondes de silence avant de le compléter :
Tranquillement, elle sort du dossier une photo de la jeune femme qui est présentement hospitalisée pour la lui glisser sur la table. Quelque chose se brise dans le regard de Gérard/Philippe :
Shelley a toujours détesté dire des choses qu’elle ne sait pas “exactes”. Ici, elle présume que c’est le cas, présomption légitime après ce que vient de lui révéler l’esprit, mais elle n’a aucune certitude. Toutefois, après la démonstration de force que vient de lui faire l’énergumène, sa seule arme consiste à le mettre, lui, au pied du mur, en frappant là où ça fait mal, c’est-à-dire son orgueil.
Cette fois, l’agent perçoit une petite lueur malicieuse dans le regard de l’esprit. Il éclate d’un rire aussi glacial que l’air autour d’eux :
Puis, presque en un battement de cil, la policière sent l’atmosphère de la pièce changer d’un seul coup. L’air froid se réchauffe, et le poids sur ses épaules s’allège.
Devant elle, Philippe bat des cils et regarde autour de lui, étonné. Étonné, puis un éclaire de douleur le traverse tandis qu’il baisse les yeux sur ses mains, lui arrachant une petite expression de douleur :
Sentant l’adrénaline retomber, l’agent sourit au détenu :
L’agent baisse les yeux sur la photo de la jeune femme hospitalisée et analyse immédiatement une détresse profonde chez le jeune homme.
Plus d’une heure plus tard, lorsqu’elle ressort de la pièce, elle laisse derrière elle un jeune homme confus, en pleure, qui se couvre la tête de honte et de désespoir. Le pauvre, n’ayant aucun souvenir de ce qui s’est produit, est incapable de subir plus pour le moment.
Soucieuse, elle se demande ce qu’ils pourront bien faire pour tenter de corriger sa situation, escortée par le préposé qui la ramène à la salle où se trouve Maître Leblanc. Ce dernier l’accueille en brandissant une tasse de café en porcelaine blanche. James déclare :
Le procureur pousse un soupir et lève un sourcil, visiblement un peu embêté.
Les deux se mettent en marche vers la sortie de l’hôpital. Les rayons de soleil filtrés par les trop hautes fenêtres et l’écho de leur pas qui se répercute sur les murs de l’hôpital semblent moins intimidants à la policière qui se sent plus légère. Bien sûr, elle tremble encore. Toutefois, le sentiment du devoir accompli lui donne des ailes et les endorphines lui amènent un coup de fatigue incroyable.
James rigole en regardant la porcelaine dans sa main gantée.
Une fois les portes automatiques passées, il lui demande sur ton intéressé:
Shelley hausse les sourcils de surprise.
James lui lance un sourire en coin en la regardant de biais. Shelley sourit un peu malicieusement tandis que l’infirmier, accompagné d’une jolie jeune femme auburn, avancent vers eux, Brutus tirant sur la laisse pour retrouver sa maîtresse.