Gambit Tome 3

Chapitre 3 : Le Russe

Par LaVerdure

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La pièce est à la fois austère par sa hauteur et ses fausses fenêtres peintes en perspectives, et chaleureuse grâce aux boiseries et au feu de cheminée. La peau d’un ours repose juste devant le foyer, la gueule grande ouverte. Deux fauteuils de cuir font face aux flammes, mais, en ce moment, il ne s’y trouve personne. 

 

Celui qui m’attend est dos à la fenêtre, assis à un bureau équivalent, je crois, au salaire d’un ministre. Si c’est bien lui, Le Russe n’est pas particulièrement bel homme, à première vue : des cheveux très courts, des yeux noirs et un costume sombre. Cass aurait trouvé qu’il manque de vie… Mais lorsqu’il pose les yeux sur moi, j’ai l’impression d’entrer sur un ring. Non pas devant un ennemi à détruire, plutôt devant un adversaire lors d’un vrai match. Il impose par son immobilité, par la petite étincelle qui s’allume dans son œil, par le sourire en coin qui le gagne quand j’approche, dissimulé par ses mains jointes stratégiquement, posées devant ses lèvres.

 

Derrière lui se tient un homme de ma hauteur, avec des cheveux châtains mi-longs et des yeux pâles, posés sur moi comme si j’étais l’une des pires choses qu’il ait vues de sa vie. Ou non-vie? Dans son costume d’un bleu foncé, il aurait sa place à la télévision pour annoncer les numéros gagnants au loto. 

 

À mon approche, l’homme en noir se lève. Il cherche quelque chose dans mon visage, dans mes yeux, dans ma posture. Sa main se tend tandis que l’homme derrière lui annonce d’une voix solennelle : 




 

Je lui serre la main, et je suis un peu surprise de sa fermeté. Bien sûr, elle est froide, c’est un vampire. Mais elle est énergisante, confiante. 

 

Il me désigne le fauteuil libre devant son bureau avant de se rassoir. 




 

L’homme derrière lui a une mimique sceptique.




 

Cette fois, ses mains ne sont pas devant sa bouche pour cacher le sourire qui trahit l’amusement sur son visage tandis que l’homme derrière lui semble se fâcher. 




 

C’est vrai, maintenant qu’il me le fait remarquer… 




 

Du mépris apparaît sur le visage du châtain tandis que Le Russe approuve d’un signe de la tête: 




 

Je ne démens plus les gens qui disent ça. Ça devient lassant. 

 

Il poursuit plus sérieusement : 




 

Le châtain s’avance et me tend un dossier. Une première photo me laisse perplexe : l’homme présenté me semble malade, avec le dos bossu, une langue anormalement longue et épaisse, des pustules recouvrant ses avant-bras visibles. Le genre de personne qui décroche des regards de pitié ou de dégoût dans le métro. Il est identifié “dark santa close”. 

 

J’ai le vague souvenir qu’Erika m'a déjà parlé de vampires déformés, mais elle m’a dit tellement de choses que je n’ai pas tout retenu. Une page le présente comme “Thierry Winner, originaire de Californie, arrivé au Canada en 1992, piège à Hunters”. 

 

Gab… L’espace d’un moment, je sens encore ses cheveux sous mes doigts et ses larmes contre ma joue, notre dernier secret... Son décès est donc la conséquence de cet homme… Ce n’est certainement pas le moment de me montrer vulnérable, alors je passe à l’autre sujet. 

 

Une photo montre un très bel homme aux cheveux châtains, portant une chemise entrouverte, courtisant une jeune femme dans la rue. Je me redresse un peu dans ma chaise : le visage m’est globalement inconnu mais ses lèvres… Une douleur fulgurante résonne dans ma cuisse droite, brûlante comme si on y apposait une barre de fer chauffée. Des cris, mes propres cris, me reviennent aux oreilles, lointains, comme s’ils m’appelaient du souvenir que je refuse de revisiter.  Tandis que mon visage se ferme plus qu’il ne l’est déjà, le Russe sourit calmement. Il y est écrit : “Lance Houston, entrepreneur, directeur des sewers de la métropole. Amant de Paul Fiset dit “Le Flot”. Originaire de Winnipeg, a changé de province en 2003. Goule connue : Jacob Clark.” 

 

Les images de mon père agressant Clovis me repassent sous les yeux. Mon père porte le poids de ce qu’il a fait. Mais ce qu’il m’a fait, à moi, ça lui a été appris par quelqu’un. Ce qui est arrivé aux filles, à Clovis, à chaque victime, ça vient de quelqu’un. Et maintenant, je connais son putain de visage. 

 

Je referme le dossier en pinçant les lèvres avec une grande inspiration. Le Russe déclare : 




 

Un sourire douloureux me prend : 




 

Dunn me lance un sourire défiant qui perce un peu ma brume. Je demande :  




 

Il acquiesce. 




 

Je me retiens de lui faire remarquer que ce n’est pas Gaël qui a été sous-estimé.




 

En me levant, je vois Dunn s’incliner solennellement devant lui. Une hésitation me prend : est-ce qu’il faut que je fasse ça? Trop tard, le momentum est passé. Lorsque nous sommes sortis du bureau, il a un sourire triomphant : 




 

Le gardien de la porte semble surpris de se faire ainsi impliquer dans la conversation. 








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