Je ne sais par quel miracle je réussis à retrouver mon chemin en pleine nuit. Dunn m’a dit de l’appeler si un pépin se produit, mais tout se déroule comme sur des roulettes, et nous voici devant le groupe de Maryse.
Je lance un regard de biais en direction de Lucy qui m’adresse une tonne de questions du regard. Je réponds à son inquiétude :
La petite acquiesce. Une fois la voiture immobile, Maryse nous fait signe de sortir, la mine sombre. Lucy se place à mes côtés et garde la tête basse ; elle est intimidée comme je ne l’ai encore jamais vue.
Martin me regarde de biais : il semble me redouter. Sa main n’a pas fini de pousser, de ce que je vois : elle n’est encore qu’un petit moignon de chair qui confirme, toutefois, qu’elle repousse bel et bien. C’est dégueulasse, mais pratique. À côté de lui, celui aux commentaires salaces exécute les ordres sans broncher. Pas de spectacle avec l’épée magique, pas de cri ou d’engueulade.
Cette fois-ci, un malaise passe sur son visage. Il s’approche de sa supérieure et demande à voix basse :
L’homme hoche la tête et paraît moins sûr de lui. Il vient d’abord vers moi. J’écarte les bras et la petite ouvre la bouche d’indignation :
Aucun commentaire ne sort de celui qui me fouille. Lucy hausse les épaules en répondant :
La réponse la satisfait. Lorsqu’il en a fini avec moi, il me glisse à l’oreille :
Il semble aimer se faire répondre, au sourire qu’il affiche. Au tour de Lucy, l’attitude change du tout au tout. Il ne la touche pas, lui fait vider ses poches, retirer elle-même son manteau… Il est d’un respect et d’un savoir-vivre exemplaire. Bref, il la traite comme une adolescente.
C’est quelque chose que je redoutais, à savoir si elle serait malmenée à cause de sa condition vampirique. Ça aurait pu…
À la fin, il s’incline solennellement devant Lucy :
Lucy sourit malgré elle en lui répondant d’un signe de la tête. Maryse valide nos noms et dates de naissance, puis nous laisse remonter en voiture.
Mes réponses lui sont patiemment données, et nous roulons jusqu’au bout où Jack-Dunn nous attend. Nous nous saluons et je fais les présentations. J’ignore si la couverture de “Jack” va tenir bien longtemps pour Lucy dans l’Élysée, mais je respecte ma promesse.
Dunn s’adresse ensuite directement à Lucy :
Je suis si fière de ma fille…
Le serviteur agrandit les yeux et a un énorme sourire :
Voilà, c’est le tour de Dunn. Je profite de cette petite vacance de questions pour observer Dahlia, celle qui, selon Oman, va vouloir ma mort.
À notre approche, un malaise palpable gagne son visage. Lorsqu’elle regarde Lucy, j’ai l’impression qu’elle lui en veut. Cela ne dure que quelques secondes avant qu’elle ne présente son sourire le plus professionnel et ne nous demande nos armes.
Et cette fois-ci, dame Lanceford est prête. Déjà dans l’entrée, elle nous toise toutes les deux, toujours suivie par son soldat. Cette fois-ci, la blonde demoiselle a une robe d’un jaune éclatant qui la met merveilleusement en valeur. Un pas dans notre direction avant de déclarer :
Est-ce une pique ou une tentative de blague maladroite? À défaut de pouvoir le déterminer, j’ai un très vague sourire. Elle s’incline légèrement à l’endroit de ma protégée :
Lucy fronce les sourcils, me regarde, regarde Dunn qui lui murmure quelque chose à l’oreille. L’adolescente s’incline à son tour, un peu maladroitement, et déclare :
Cela semble plaire à la jeune femme qui lui présente, maintenant, un doux sourire :
Heureuse d’avoir pu observer ses si chères traditions, dame Lanceford s’incline à nouveau et s’éloigne avec son soldat.
Lucy se penche un peu vers Dunn :
Pour toute réponse, le serviteur me regarde avec des yeux ahuris et me déclare en nous faisant signe de le suivre :
Il nous fait passer par les passages réservés aux goules en ajoutant :
Ces mots vont à Lucy. Il continue :
La mine dégoutée de l’adolescente me fait bien rire. Elle déclare sur un ton autoritaire loin d’être crédible :
Cette fois-ci, nous restons un peu plus longtemps à marcher dans le couloir des goules. Nous croisons une jeune femme aux cheveux foncés et courts, vêtue d’une jolie robe à pois noirs et blancs et d’un noeud rouge dans les cheveux. Fébrile, en voyant Lucy, elle se cache dans un couloir. Dunn sourit :
Malgré sa timidité, elle adresse un “coucou” de la main à Lucy qui lui renvoie en souriant. Audrey semble un peu plus jeune que moi de quelques années, probablement au début de la vingtaine. Ses grands yeux fixent ma protégée avec une émotion que je suis incapable de décrypter, et elle ne dit mot lorsque nous passons devant elle.
Nous débouchons sur une immense cuisine qui semble commune où un chef s’affaire à préparer un repas. Un peu plus loin, une salle de repos, avec des tables pour manger, des consoles, une boîte de chocolat à peine entamée… Dunn nous brief pendant la marche :
J’acquiesce, en me disant que ça fait du sens. Il continue :