Gambit Tome 3

Chapitre 13 : Comme une renaissance

2314 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/09/2026 12:02

Le lendemain, je suis debout avant mon réveil-matin. Sur le chemin du retour, la veille, avec Fang, nous nous sommes arrêtés dans une boutique et j’ai enfin ma poudre de protéine pour un vrai déjeuner. 

 

La bague tient sa promesse : je me sens moins accaparée de pensées ou de sentiments confus, ce matin. C’est encore là, je le sens, mais ça ne prend plus toute la place. Cette petite libération me permet de constater que j’ai sauté deux étapes cruciales dans tout bon entraînement qui se respecte : avoir un but et me faire un plan. C’est bien beau de suivre Dunn et Fang, mais concrètement, à quoi je m’attends de tout ceci?

 

Réponse facile et accessible : être assez forte pour combattre des goules. Ce genre d’adversaire, je le sais, frappe fort, est rapide et encaisse. Je me suis déjà entraînée pour répondre à ce genre de problème. 

 

Sur papier, en buvant mon indissociable shake à la table de notre appartement, ce sont donc les étapes qui m’ont mené à battre Ferguson qui sont couchées, avec quelques variantes. Plus de souplesse à acquérir, plus de déplacements à effectuer lors des combats.

 

Puis, un but plus motivant me vient : celui d’être capable de battre Jim en combat singulier. À tête reposée, je me remémore ce que j’ai vu de lui en salle, et il n’est plus aussi impressionnant. C’est un objectif atteignable. 

 

Et c’est parti. 

 

La nouvelle routine à laquelle je m’adonne me paraît moins lourde, plus accessible que ce que j’ai fait pendant toute une semaine. Pourtant, cette fois-ci, je me défonce sur les équipements d’entraînement, et on dirait que c’est toute la rage et la colère qui n’a pas pu s’exprimer ces derniers temps qui ressortent enfin de façon plus saine. Avec de la musique dans les oreilles, les railleries de Jim ne m’atteignent pas, et je me demande pourquoi je n’avais pas pensé à mes écouteurs avant cette nuit… 

 

Après l’entraînement en salle, au parcours, je remarque ce que me disait Fang : les prises sur les structures de bois. Elles sont dissimulées, çà et là, difficiles à voir à première vue. Les structures sont souvent déplacées et aucune routine ne peut être établie. Il faut s’habituer à les repérer, comme si nous faisions du parcours dans des lieux différents à chaque nuit. 

 

Ce n'est pas flagrant et je ne suis pas meilleure que la veille. Je suis juste plus engagée à tenter de repérer rapidement les prises pour éviter de tomber. 

 

Plus tard, lors de l’entraînement avec Fang, je comprends ce qu’elle voulait dire. Plusieurs coups me surprennent tandis que nous nous pratiquons au sabre. Dire que ça passait inaperçu… Toutefois, mon amie semble rassurée de me trouver plus vive et sur mes gardes. Il faut aussi admettre que, en combat singulier, de ce que j’évalue, Fang battrait Erika à plate couture, et je ne battais pas Erika… 

 

Épuisée et de retour à nos appartements, des rires m’attendent. Lucy a passé la nuit à jouer aux consoles avec Audrey. Une petite bulle se crée entre ces deux-là, et je suis contente de voir ma protégée qui prend un peu plus ses marques.

 

La bague est retirée avant la douche. Dès lors, des larmes perlent dans mes yeux et le poids du monde m’écrase, rendant la pièce un peu brumeuse. Il faut tenir le coup quelques minutes, juste le temps d’assumer le contre-coup, comme le disait Miss Tension. Désespérée, je me donne le défi de tenir au moins le temps de me laver. La première minute est la plus difficile. Les autres sont à peine plus tolérables.


Les vagues sont de retour. 

 

Devant le miroir embué, j’ai toutefois le courage de me regarder en face. Enfin. Mon front se colle à la glace, comme je le fis à Gab avant de le descendre. Nos derniers secrets me reviennent.

 

Trois petits coups à la porte. La voix de Lucy qui m’appelle encore : “Ça va, là-dedans?”

 

La pièce a eu le temps de refroidir, et je suis encore nue. Je remets la bague à mon doigt. Automatiquement, les vagues se calment et je m’habille en vitesse en répondant à ma protégée. 

 

Lorsque j’ouvre la porte, l’adolescente semble légèrement inquiète et un peu mal à l’aise. Audrey est partie.

 

J’ai passé plus d’une heure dans la douche.

 

 

Deuxième jour : même scénario. Cette fois, Ferguson, toujours sans son vampire, se joint à Dunn, Fang et moi, malgré les railleries de Jim. Celui-là, je l’ai dans le collimateur. Je réussis à agripper une prise dans les modules de bois, pendant le parcours. Je recommence. 

 

—-

 

Quatrième jour : je réussis à faire une petite partie du parcours. Bien que ce ne soit pas assez, je suis satisfaite et déterminée à me rendre plus loin. L’entraînement avec Fang porte également ses fruits : je réussis à contrer et parer certaines attaques et elle jubile. 


Jim redouble d’efforts pour tenter d’accaparer mon attention et va jusqu’à me suivre jusqu’à la porte de mon appartement, après le parcours. Je lui lance : 



  • Dégage. 
  • C’est libre de passage, ma chérie. 


Je me redresse de toute ma hauteur et fait un pas vers lui, la mine sombre. 


  • Tu pousses ta chance un peu loin, “mon chéri”.
  • Ah oui? Et tu vas faire quoi?



Il se plante juste devant moi avec un sourire carnassier, prêt à en découdre. 


Lucy sort à ce moment et nous lance un regard surpris. En la voyant, Jim baisse la tête et s’éloigne. Elle me demande : 



  • Ça va? 
  • Juste une petite compétition amicale, t’inquiète. 



Ça semble la rassurer. 



  • Abi m’a parlé du clan Ventrue, cette nuit! me dit-elle pour changer de sujet à mon entrée. Ce sont des vampires qui ne peuvent pas boire sur tout-le-monde, juste sur certains humains! Et ils ont souvent des positions de leaders, mais beaucoup plus strictes que les Brujahs…



Ma fille est si intelligente…


 

Deux semaines, que Miss m’a mise la bague au doigt : je suis courbaturée, mais quand même satisfaite de mes performances. 

 

Et je ne suis toujours pas une goule. Quoique… en comparant mes résultats à ceux de Ferguson, en salle, je n’en vois pas l’utilité. Peut-être Le Russe a-t-il remarqué la même chose que moi? 


Quoi qu’il en soit, j’ai l’impression d’avoir repris le contrôle sur ma vie, et cette impression me fait un bien immense. J’irais même jusqu’à dire que je suis presque heureuse.

 

Après l’entraînement au sabre avec Fang, cette nuit, je retrouve Lucy dans nos appartements. Elle ne s’est pas jointe à nous, cette nuit. Seule devant un film à mon entrée, elle a l’air soucieuse. 



  • Ça va, toi? 


 

Elle baisse la tête en haussant les épaules. Quelque chose la taraude et elle semble tenter de trouver des mots. 

 

Une fois assise sur le sofa, elle met son film sur pause, mais reste muette.



  • Tu veux en parler?
  • Nah. répond-elle d’abord. En fait oui. Comment on sait si on est lesbienne?

 


Houlà…



  • Est-ce que tu te sens attirée par Audrey? 
  • C’est étrange. Oui, mais non… C’est dur à expliquer. Je sais pas trop comment… C’est son odeur. Elle sent bon. Mais genre TROP bon. 

 


Ses bras se croisent, montrant que ça lui coûte de me confier ça. Je me sens le besoin de clarifier : 



  • Tu sais, ce n’est pas pour te faire la morale, loin de là, mais Audrey est majeure. 
  • Mais je suis une vampire.
  • De quinze ans d’existence globale, Lucy. Bientôt seize, certes, mais c’est quelque chose qui doit être dit. Je veux juste amener un autre angle à ta situation. Est-ce qu’elle t’a fait des avances?

 


Elle fronce les sourcils et a un signe négatif de la tête. 



  • Vous ne jouez qu’à des jeux vidéo?


 

Elle acquiesce et met les mains dans ses poches. Mes questions la dérangent, je n’aime pas ça.



  • Écoute, je veux que tu saches que je te fais confiance. Plus à toi qu’à elle, puisque je ne la connais pas. Mais peu importe tes préférences : femmes, hommes, garous… Tout ce qui fait partie de toi, je vais toujours l’accepter. Reste prudente.


 

Légèrement réconfortée, elle me fait un câlin avant de gagner sa chambre pour la journée. 

 

J’attends que sa porte se referme avant de sortir presque en trombe et de me diriger vers la chambre de Dunn, d’un pas résolu. Lorsqu’il m’ouvre, la surprise et un certain malaise passent sur son visage. Une odeur de cuivre émane de ses appartements, mais je n’y fais pas attention: 



  • Il y a des caméras de surveillance chez-moi?


 

Ma question semble délicate. Peut-être pense-t-il que je vais mal le prendre : 



  • Tu sais… C’est pas contre vous… 
  • Laisse. Est-ce que c’est Audrey, qui les regarde? Elle y a accès?
  • … Non…
  • Alors s’il te plait, fais passer le message à la personne qui regarde de garder un oeil attentif quand Audrey est avec ma fille, d’accord? J’aimerais être avisée si quelque chose de délicat se produit.

 


La discussion devient sérieuse. Dunn sort dans le couloir et referme la porte derrière lui. 



  • Quoi, tu crois qu’il pourrait y avoir des choses pas nettes?
  • Lucy est une ado qui se questionne. Et c’est bien, c’est saint, qu’elle se questionne. Mais Audrey est une adulte d’une vingtaine d’années. Je ne la connais pas. Lucy m’a parlé de sentiments confus, tout à l’heure. Et je veux être certaine que ma fille est en sécurité. 
  • … Ça fait deux fois que tu dis que c’est ta fille, Fiset. J’va commencer à l’croire. 

 


Mes épaules roulent un peu. Il déclare : 



  • C’est correct, je vais garder un oeil là-dessus. J’imagine que tu voudras pas qu’elle se nourrisse sur Audrey non plus?


 

Un soupir m’échappe. 



  • Bordel… Bah non, en fait, c’est la goule à Patty. Les vampires s’échangent leurs goules?
  • Pour la plupart non, mais y’a Lanceford…
  • Ah, come on. 
  • Je blague. Mais si Audrey offre à Lucy de boire dessus, c’est malaisant?
  • J’imagine que ça dépend du contexte… Si elle lui tend le poignet dans le corridor, c’est une chose, mais… 
  • Mais le Bruj qui faisait un cunni à la femme dans la ruelle en est une autre. Je comprends.
  • Voilà.     
  • T’inquiètes, on gère. Dis donc, quelle caméra t’a repérée? 

 


Je souris : 



  • Aucune. J’ai juste déduit.
  • T’es dangereuse.   


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Dans une semaine, je serai de retour auprès de mes gars, avec des idées pour les aider à se dépasser.  


Cette nuit, Le Russe se joint à nous pour un entraînement. Je suis forcée d’admettre qu’il en jette, en dehors de son habit à cravate qui rend ses muscles difficiles à deviner. Cette nuit, il apparaît comme un homme entraîné et dangereux dans des habits de sport très classiques. Mais son regard n’est pas celui d’un prédateur : c’est celui de quelqu’un qui observe tout. Il prend le temps de regarder chaque goule qui s’entraîne avec cette étincelle dans les yeux, évaluant chaque mouvement et veillant sur les progrès, le tout chapeauté par Juan qui garde des traces écrites et lui fait des commentaires.

 

À mon tour, il m’évalue et réclame un combat contre Jim sur le ring. 


Ça me surprend d’abord, mais j’accepte le défi. Jim semble mécontent, mais il n’a pas le choix de se plier à la volonté du vampire. Nous nous retrouvons donc face à face, avec des protège-tête. Seule consigne : suivre les règlements de la boxe classique.  

 

Quand la cloche sonne, il a le défaut de vouloir se jeter sur moi. Ça, c’est quelqu’un qui n’a vu que mon combat contre Ferguson et qui ne m’a pas évaluée. 

 

Et si Jim est un excellent combattant dans sa globalité et qu’il connaît les bases de la boxe, la stratégie n’est pas son point fort. Donc il touche le sol avant la fin du premier round. 

 

Sonné malgré son protège-tête, il se relève lourdement tandis que Dunn rit : 



  • Ben voyons, mon Jim, c’est juste une fille!  
  • Va chier… 

 


Son regard à changé, à mon endroit. Maintenant, il me hait. Quand Fang me retire mes gants, je lui dis tout bas : 



  • Je crois qu’il est fâché. 
  • T’inquiète. Il va se remettre. 


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