Nous avons définitivement plus d’objets à ramener qu’à notre arrivée. Le tout est sur la table de la cuisine, avec la consigne de laisser le soin aux serviteurs d’apporter le tout à ma TransAm. C’est un vieux réflexe, certes, mais je nettoie au possible les traces de notre passage avant le réveil de Lucy quand on frappe à la porte.
J’ouvre sur Fang qui semble particulièrement heureuse et détendue. Elle entre avec un petit sourire qui en dit long sur son bonheur d’avoir son mentor tout près.
La porte de la chambre de Lucy s’ouvre. Mon adolescente salue Fang et se dirige vers le frigo pour prendre une poche de sang. Notre amie dit à mon attention :
Fang sourit :
Elle m’arrache un petit rire et m’explique comment me rendre en ajoutant : “C’est pas le bureau en bois, mais…”
Quelques minutes plus tard, je circule dans les ailes de l’Élysée réservées aux vampires. Aucune goule ne m’arrête, comme si tout le monde avait été averti de ma venue. Et c’est fort probablement le cas : j’ai déjà vu un jeune vampire perdu se faire malmener dans ce secteur.
Oman me salue à mon approche et ouvre la porte de la chambre pour me laisser passer. Il me glisse au passage :
Quand Oman rit, c’est de tout son corps. Ses épaules sautillent joyeusement, son sourire monte à ses yeux et ça donne envie de continuer à le taquiner.
Les appartements du prince sont à l’image de son bureau : avec un plafond haut, des draperies, des toiles… Une odeur de fleurs flotte dans l’air, provenant de vases remplis et bien présentés. Personne n’est à la vue, encore. Aussi, je reste un peu dans l’entrée qui donne sur ce somptueux salon avant que Le Russe n’entre dans la pièce. Ses cheveux encore humides témoignent d’une douche récente.
Quelque chose dans son non verbal me montre qu’il semble hésiter.
Il s’approche de moi : pas de parfum surfait, pas d’eau de toilette qui prend à la gorge… Juste une odeur discrète de savon.
Maintenant, il est si près de moi que je sentirais son souffle s’il respirait.
Oh non. Mon estomac se révulse un peu à l’idée de boire son sang. Et ce, même si, depuis le début, c’est sous-entendu, que quelque chose du genre pourrait arriver. Je réalise, toutefois, que c’est ce qui le met mal à l’aise : il hésite à le faire, et ça se voit au nombre de secondes qu’il laisse en suspens et à son immobilité, comme s’il me donnait l’opportunité de m’opposer à la dernière minute.
L’image de deux adolescents anxieux me vient et me fait sourire.
À mon tour de faire un pas vers lui. Est-ce que je rêve ou il semble devenir nerveux?
Nerveux ou pas, il y a un problème. Le genre de problème que rencontrent, justement, deux adolescents anxieux qui n’ont pas d’expérience. L’un de nous deux doit le nommer à haute-voix pour briser la glace, alors je me dévoue :
Ma dernière phrase allume quelque chose. C’est un baiser passionné qu’il m’offre, d’abord sans me toucher. Ses mains gagnent ma taille seulement lorsque les miennes se nouent derrière sa nuque.
Et dans ce baiser, un goût.
Non seulement est-ce le baiser le plus expérimenté que j’aurai eu de toute ma vie, car ici, monsieur a effectivement perfectionné son art, mais en plus, un goût exquis s’y joint. Un goût qui me rend folle de désir, qui me fait tourner la tête, qui provoque un déferlement de passion semblable à celui qui m’assaillait, autrefois, au Local avec les trois masques.
Je réalise à peine d’être soulevée et entraînée vers son lit. Je ne sais même pas à quel moment nos vêtements sont retirés. Mais ses dents dans mon cou, la douleur initiale, et la jouissance que procure sa morsure et ses caresses…
Ça, je le sens.
Et c’est parce que la bague à mon doigt pulse doucement que je demeure maîtresse de mon corps. Sinon, pauvre de lui, je ne répondais pas de mes actes.
Quand mon esprit brumeux reprend un peu connaissance, je ne sais combien de temps s’est écoulé. Je gis sur son torse maintenant dénudé tandis qu’il caresse le phénix tatoué de mon dos de sa main chaude. Mes yeux trouvent les siens. Il semble amusé.
Il sourit et embrasse ma main. Je lui demande, avec une pensée pour Dunn et Dahlia :
Ma question le fait rire.
À mon tour, de rire.