Ce sont d’abord ses lèvres qui se font sentir dans mon dos. Puis une langue qui parcourt mon tatouage. Ça chatouille délicieusement. Des doigts caressent ma hanche, s’aventurent près de mon fessier tandis que la douce et fiévreuse voix de Candide m’appelle : “Bon matin…”
Quelle belle façon de se faire réveiller…
En souriant, je roule sur le côté et accueille un baiser des plus épicés. Son corps qui se blottit contre le mien m’appelle, me réclame, se cambre sous mes caresses. À nos côtés, Jason s’extirpe doucement d’un rêve agréable, semble-t-il, et se joint à nous.
Chaque moment passé en leur compagnie me témoigne un peu plus d’amour et de beauté. Et si Le Russe réussit à m’enivrer de désir lors de nos rendez-vous mensuels afin de maintenir son fameux lien de sang protecteur, jamais il n’arrivera à la cheville de mes amoureux. Avec eux, il n’y a pas de défense, pas de “devoir”. Non pas que les bras du prince ne soient pas délicieux, au contraire. Mais s’il me fallait choisir… Il n’aurait aucune chance. Car au-delà de la lascivité des moments, il y a l’authenticité.
Candide est la première à frissonner longuement, un sourire comblé sur ses jolies lèvres. Son mari est un excellent collègue, au moment de combler la jolie rousse. Jason dépose un baiser sur son sourire et la laisse déguster son plaisir avant de se retourner vers moi.
J’adore lorsqu’il me tire les cheveux pour me dégager la nuque. Lorsqu’il me mordille, je perds complètement la tête et mon corps tremble si fort qu’il m’arrache un long gémissement de bonheur.
La sonnerie d’un cellulaire nous calme un peu et Candide regarde le numéro. Elle se redresse un peu sur ses coudes, les yeux soudainement un peu plus ronds et se met une main sur le front.
Elle répond, ce qui nous laisse un peu pantois et sur le point d’éclater de rire. Sa voix se veut plus assurée quand elle déclare au cellulaire:
Notre beauté raccroche et quitte le lit d’un petit bond.
Elle nous embrasse et se rend à la salle de bain au pas de course.
Notre homme rit en laissant sa tête retomber sur l’oreiller une seconde avant de se lever pour s’habiller. Je l’imite tandis qu’il me lance :
Ça me fait bien rire. Une question déboule dans mon esprit un peu au hasard :
Jason semble surpris de ma surprise, et grave, selon l'expression sur son visage.
En prononçant le nom de la magnifique demoiselle, un sourire me gagne. Jason rit un peu sans toutefois se décrisper :
Il me regarde de haut en bas, me plaque à peine un peu brusquement contre le mur en immobilisant mes mains au-dessus de ma tête. Je pourrais me déprendre, il le sait. Et il sait aussi que j’adore quand il fait ça.
Ses lèvres gagnent les miennes. Ce baiser est tendre, délicieux. Une signature de départ et une promesse de nos prochains rendez-vous.
Encore enivrée d’une passion déferlante, je gagne ma voiture en saluant le gardien de l’immeuble au passage. C’est une belle journée : il fait soleil, le vent est doux et je suis heureuse. Très heureuse. Un appel fait vibrer mon téléphone : Fang. En décrochant, sa voix joviale remplit le silence :
Sa voix est préoccupée. Quand elle raccroche, j’appelle Ti-Poe pour qu’il prépare l’un des appartements encore libres et je me charge d’une épicerie de base en passant par le hangar à bateau où les gars s’entraînent, désormais. Ça rit, ça se bouscule, ça se donne des défis… De vrais gamins. De nuit, Lola et Lucy performent mieux qu’eux, sans avoir de cardio à gérer, mais Patrick est clairement le roi du parcours. Il m’a rapidement rattrapé sur ce volet et se montre incroyablement motivé aux pirouettes et cascades.
D’ailleurs, je crois qu’il en pince pour Lola et que ça le motive à se donner à son meilleur.
En deux mois, nous avons pu remonter la piste des nouveaux vendeurs de drogue jusqu’à la métropole, sans surprise. Le Russe m’a confirmé que ce réseau est gardé par un vampire Sabbat, et je suis prête à parier que ce chacal ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi difficile de faire percer son commerce sur mon terrain. Chaque nouveau vendeur qui a plus de dix-huit ans est attrapé, battu et renvoyé avec le mot “DICK” gravé sur le front au scalpel. Les plus jeunes sont interceptés et refilés au département de la protection de la jeunesse.
Plus aucune trace de Nic “Poulet” Smith : il semble s’être volatilisé depuis que je suis à la tête des Boys. Bien que ses connaissances sur nos agissements consistent à ce qu’il a vu il y a quelques mois déjà, je n’aime pas ça. Cet homme a prouvé à plus d’une reprise, du temps du règne de mon père, qu’il n’avait aucun scrupule à planter des poignards dans le dos. Aussi, tous mes gars ont la consigne de m’avertir dès qu’il sera aperçu.
Toujours pas de nouvelles de la Camarilla de la ville. Rien ne bouge. Je soupçonne que le “prince paranoïaque” nous observe sans toutefois pouvoir le prouver formellement. Lui ou un autre finira bien par se montrer le bout du nez.
Je ne suis pas pressée.
Mais je suis alerte.
En après-midi, Ti-Poe est tiré à quatre épingles : cheveux lissés, t-shirt propre, la barbe taillée… Il a fière allure. Ajoutons qu’il a perdu un peu de poids dans les derniers mois et que quelques muscles sont maintenant perceptibles à ses épaules, ce qui lui va bien. Derrière ses lunettes de soleil qui lui donnent l’air d’un dur à cuir, je le sens un peu fébrile. Jamais il ne ferait d’avances à Fang : ce serait tout à fait déplacé. Mais il a à cœur de bien paraître un minimum, et c’est d’un mignon…
Lorsque la Honda Noire se stationne à côté de Ma TransAm, c’est dur de retenir un sourire. Fang et Dunn sortent chacun leur tour. Mon amie a un superbe sourire sur les lèvres et me fait une chaleureuse accolade. Mais lui semble plus… protocolaire? Sa démarche est un peu raide. Et je devine du mécontentement, sur son visage…
Une fois installé dans l’appartement juste sous le nôtre, Dunn s’excuse et s’enferme dans sa chambre. Ti-Poe tire également sa révérence en expliquant :
Il nous salue avant de sortir, et, une fois seule, Fang soupire :
Elle hésite. Ou elle formule ses phrases pour qu’une humaine puisse saisir le propos?
Mon cellulaire s’illumine sur un numéro que je n’ai pas vu depuis des mois : Cass. Un peu étonnée, je m’excuse auprès de Fang pour répondre depuis une autre pièce tandis qu’elle va défaire ses valises dans sa chambre.
Un silence accueille ma salutation. Puis, un sanglot jaillit à l’autre bout de la ligne. Ça y est, je suis inquiète.
Et elle s’effondre en larmes. Mon cœur se déchire un peu et ma bague pulse à mon doigt tandis que je me dirige vers la fenêtre du salon.
Ma gorge se serre.
Une voix derrière elle lui demande si elle est à l’aise de lui passer le cellulaire.
Et je reconnais la douce voix de Candide lorsqu’elle prend l’appareil:
Je me concentre avant de devenir grave en me souvenant : la jeune femme qui doit sortir de l’hôpital psychiatrique qui a agressé son copain avec une arme blanche… L’essence chaotique de la relation entre Cass et l’ex que nous avons en commun me revient, et aussitôt, je comprends. C’est allé beaucoup trop loin.
Le cellulaire change encore de main et la voix mouillée de Cassandra me revient :
Nous raccrochons.
Derrière moi, la voix de Fang me sort de mes pensées :
Fang devient soupçonneuse et prend le temps de réfléchir :
Je la dévisage, étonnée.
Elle me tend un dossier dans une chemise beige. En l’ouvrant, des photos de Cassandra défilent, certaines en compagnie de la merveilleuse blonde qui accompagnait Jacob Clark à la commémoration de monsieur Dubé, et un rapport tapé présente : “(...) La cible est soupçonnée d’être liée à Lloyd Torrès, le tueur de goules. Le lien aurait été établi par la servante de Torrès, Cristina Lamonde.(...)”
La bague pulse à mon doigt à nouveau, cette fois presque douloureusement.
Plus loin, dans le dossier, des photos de Max, l’ex que j’ai en commun avec Cass. Fang déclare:
Je deviens sombre.