Roi Lion Multivers. Univers A-2026 : La destinée parralèle de Scar.
Chapitre 1 : Arc 1 : L'enfance. Chapitre 1 : Mufasa et Taka
12431 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 30/03/2026 10:18
Rafiki sautait de branches en branches au milieu d’une forêt tropicale, avant de rentrer dans le creux d’un gigantesque arbre mort. Il y retrouva une vielle mandrill qui l’accueillit avec un sourire :
— Ah, Rafiki, mon apprenti. Il est temps pour toi que je t’apprenne quel don si particulier tu possèdes et pourquoi… Tu te souviens quand je t’ai parlé du Multivers ?
— Oui. Notre Univers est l’endroit où nous vivons. Et il n’y a pas que notre Univers, il y des Univers parallèles. Et dans chacun de ces Univers il y a par exemple un autre Rafiki, avec une destinée similaire voir complètement opposé.
Sa mentore confirma d’un signe de tête. Elle lui donna un caillou ovale qui, entre les mains de Rafiki, laissa échapper un filé de lumière qui dessina une sorte d’arbre.
— Ceci, c’est le Multivers. Chaque branche représente un Univers. Des Univers parallèles où chacun a des destinées différentes. Tu es capable, via ce galet que tu es le seul à pouvoir activer, de voir le monde où l’on vit. Notre Univers. Celui-ci : le A-2026. Via ce galet, tu es capable de voir le passé, et le présent de notre Univers. Mais tu n’es pas capable d’en voir le futur. En revanche, tu peux percevoir également les multitudes de vie des autres Univers, et les destinées de chacun, et même de voir leurs futurs. Maintenant, je veux que tu te concentres. Et que tu recherches deux lionceaux, nommé Mufasa et Taka, fils d’Ahadi et d’Uru. Univers A-2026.
Rafiki ferma les yeux, avant de les rouvrir et d’instinct, il toucha une des branches de l’arbre. Celle de l’Univers A-2026. L’image se transforma. Une petite grotte sombre apparut où dormaient, l’un contre l’autre, deux petits lionceaux. Et au-dessus d’eux, deux fils de lumière s’entrelaçant telle une natte tressée.
— Les deux fils qui émanent d’eux, sont le fils de leurs destins.
— Pourquoi leurs fils s’entrelacent ?
— C’est parce que leurs destinées sont étroitement liées, en une destinée commune. Plus ils sont entrelacés, plus ils sont unis. Plus ils se détachent, plus ils se haïssent. Une donnée qui te sera très importante pour accomplir ta mission, car leur destinée est particulière. Dans tous les Univers, la destinée de ces deux lions, qu’ils soient frère de sang comme dans les Univers A, ou adoptifs comme dans les Univers B, influencera le sort de leurs mondes. Divisés, ils plongeront leur Royaume dans le chaos. Unis, il sera prospère et plus puissant que jamais. Le problème, c’est que dans la majorité de leurs Univers, ils sont tous les deux destinés à devenir Roi, chacun leurs tours. L’un en tuant l’autre, avant d’être tué également. Occasionnant la déchéance de leur Royaume. Mais il y a pire et cela concerne notre Univers. Une menace plane, j’ignore ce que c’est. Je n’arrive pas à le discerner dans mes visions, mais quelque chose va vouloir détruire notre monde. Et ne s’arrêtera pas là. Après avoir détruit le nôtre, il déferlera sur les autres Univers aussi. Les détruisant également. Et pour une raison que j’ignore, ces deux petits lionceaux, Mufasa et Taka, sont la clef de notre salut. C’est eux qui mettront fin à cette menace. Si ils sont unis, ils la vaincront, mais si ils s’entre-tuent, ce n’est pas seulement notre Univers qui sombrera, mais le Multivers tout entier.
— Alors si nous voulons que le Multivers survive…
— Tu vas devoirs aller sur la Terre des Lions, devenir le Mjuzi Royal, et veiller sur la destinée de ces deux petits Princes amenés à devenir Roi. Tu devras être attentif, car leur lien sera mis à rude épreuve et ce, à plusieurs reprises. Chaque évènement, consolidera leur lien, ou l’effilera jusqu’à ce qu’il se rompent. D’autant plus, qu’ils sont amenés à avoir des rapports conflictuels dû à la particularité de leur naissance.
— Des frères du Soleil et de la Lune ?
— Précisément. Et comme tu le sais, ce genre de fratrie en complète opposition, soit s’unissent en une paire complémentaire tel le Yin et le Yang, soit se déchirent et s’entre-tue.
Rafiki regarda le galet qui lui fit voir un monde sombre de désolation, aride, jonché de squelette. L’avenir du Multivers si il échoue à sa mission.
— Ta capacité à percevoir les autres Univers sera certainement un atout. En les observant, et en observant leurs futurs, tu pourras étudier pourquoi dans certains Univers Mufasa et Taka ont finit pas s’entre tuer, et pourquoi dans d’autres non. Ainsi tu pourras surement t’assurer qu’ils restent unis dans notre monde.
Rafiki frotta délicatement le galet, et les images disparurent. Sa mentore poursuivit :
— J’ai déjà prévenu le Roi Ahadi que tu viendras sur la Terre des Lions lorsque ta formation de Mjuzi Royal sera terminée. Lorsque tu y seras, l’avenir de notre Univers et de tout le Multivers dépendra de toi, et de ces deux lionceaux…
Le Soleil se levait à peine sur la Terre des Lions. Ses rayons rosâtres éclairant le Rocher des Lions, dont la pointe du promontoire était dirigée vers l’Est, quelques degrés vers le Nord.
Un jeune lionceau âgé de six mois était discrètement sorti de la Caverne du Rocher, où dormaient sa famille et une partie de la Fierté Royale.
Mince, le pelage roux, les yeux verts, et une mèche noire sur la tête. Il se nommait Taka. Un grand sourire apparut sur son visage lorsque le Soleil illumina ses yeux vert clair. Il se précipita dans la Caverne, tourna aussitôt à droite et s’engouffra dans un couloir descendant. Il tourna ensuite à gauche et arriva dans une petite grotte où il dormait avec son frère. Son aîné de quelques minutes. Mufasa.
Ce dernier, comme à son habitude, dormait profondément sur un rocher plat en hauteur. Il n’était pas du genre matinal. Si il n’y avait pas Taka pour le réveiller chaque matin, il dormirait surement toute la matinée.
Mufasa faisait quelques centimètres de plus que son frère, et là où ce dernier était maigre, lui était bien plus costaud. Son pelage était de la couleur de l’ocre jaune, et il avait une mèche rousse sur la tête.
— Mufasa ! Mufasa ! Réveille-toi le Soleil se lève ! s’écria aussitôt Taka.
— Hum…, grommela le lionceau qui, les yeux toujours fermés, enfouit sa tête sous ses pattes avant et se recroquevilla.
— Allé gros paresseux ! Je te rappelle qu’on a pas le droit de sortir la nuit, on peut aller jouer que durant le jour alors dépêches-toi ! fit Taka en essayant de le pousser avec ses pattes avant.
— Taka ! Laissez-moi encore quelques minutes…
— Non on y va maintenant !…
Taka attrapa une des oreilles de son frère et tira. Mufasa sortit aussitôt sa tête de ses pattes et se retourna, roulant sur le dos et repoussant son frère avec ses pattes pour le faire partir. Ce dernier lâcha prise et recula, s’attendant à ce que son frère se lève enfin. Mais au lieu de cela il reprit sa position pour se rendormir. Taka lui sauta dessus, le secouant avec ses pattes.
— Allé lève-toi !
— Takaaaaa ! Laisse-moi…
— Pas question !
Taka recula jusqu’à l’autre bout du rocher plat où ils se trouvaient, puis courra droit vers son frère qu’il poussa. Totalement surpris, Mufasa dégringola du rocher en un roulé boulé. Il atterrit sur le dos, complétement déboussolé, les yeux rivés sur Taka qui, toujours en haut du rocher, éclata de rire.
— Alors toi… ! Attends que je t’attrape ! s’exclama Mufasa qui se releva.
— Ohoh…
D’un bon Mufasa sauta sur le rocher plat, que Taka déserta aussitôt.
— Ok je m’excuse ! s’exclama le lionceau qui sortit de la grotte en courant, poursuivit par son frère.
— Trop tard !
Il le poursuivit à travers les galeries rocailleuses, passant entre les pattes des lionnes qui s’étaient levés, et notamment devant leur mère, la Reine Consort Uru. Une puissante lionne dont le pelage roux était similaire à son fils Taka, bien que plus foncé.
— Salut M’man !
— B’jour M’man !
La lionne regarda ses deux petits sortirent de la Caverne en courant.
— On dirait que Taka a encore réveillé son frère en douceur…, marmonna-t-elle l’air à la fois amusé et exaspéré, sous les rires de de Safi et d’Artémis, deux des lionnes qui secondaient la Reine dans la Fierté Royale.
Les deux lionceaux descendirent du Rocher des Lions par le petit chemin de terre et de sable à gauche du promontoire, atterrissant sur un rocher plat, pour ensuite tournée à nouveau à gauche, empruntant un ensemble d’escalier rocheux naturel. Ils s’engouffrèrent ensuite dans la Grande Prairie du Rocher des Lions qui l’entourait.
Traversant les hautes herbes de la savane, devenues vertes en pleine saison des pluies, Taka tenta de semer son frère. En vain. Il était plus rapide que lui, mais Mufasa courrait plus longtemps. Taka fatigua avant lui. Son frère le rattrapa et lui sauta dessus, enserrant ses pattes avant autour de son dos pour le faire tomber. Il le plaqua ensuite au sol tout en agrippant son cou entre ses crocs, l’empêchant de pouvoir se retourner pour mordre. Taka se débâtit quelques secondes, tentant de le repousser et se relever, puis abandonna :
— Ok ok c’est bon t’as gagné… Lâche-moi…
Mufasa lâcha le cou de son frère mais continua de le maintenir au sol, posant une patte sur l’encolure de ce dernier pour l’empêcher de relever la tête.
— Dis que c’est moi le plus fort et je te lâcherai, fit-il d’un sourire espiègle.
— Quoi ?! Hors de question…
— Ok donc tu vas rester au sol petit frère…
— Roh très bien… Mon adorable grand frère que j’adore est le plus fort de tous les lions de la Terres des Lions… Ça te va ?!
— Oui ça me va, confirma Mufasa avec un sourire satisfait.
Il ébouriffa la mèche de son frère avant de le relâcher puis se retourna, observant les alentours. Taka se releva et replaça rageusement sa mèche en arrière avant de se relever. Un sourire espiègle apparut sur son visage. Son frère lui tournait toujours le dos. Il ne manqua pas cette occasion et lui sauta dessus. Mufasa se retourna tout en tombant et agrippa son frère en l’enlaçant de ses pattes avant pour l’entrainer dans sa chute. Les deux lionceaux se retrouvèrent allongés sur le côté, face à face, se chamaillant avec leurs pattes. Ignorant complètement ce qui les entouraient.
Il faut dire qu’ils ne couraient aucun danger sur la Terres des Lions, il était strictement interdit d’attaquer ou de chasser les jeunes animaux. Qu’ils s’agissent de carnivores ou d’herbivores. Et le Royaume était bien protégé contre les attaques de carnivores étranger. A moins d’approcher des Frontières, ils ne risquaient rien. Du moins… Presque.
— Tiens tiens tiens, regarde-moi ça Taj…, fit une voix moqueuse.
Les deux lionceaux stoppèrent aussitôt leur jeu, se relevant et se rapprochant, collé l’un contre l’autre les yeux rivés sur leurs deux assaillants : Deux jeunes lions adolescents dont la crinière brune et rousse autour du visage, avait commencé à pousser sur la tête, le cou et la gorge. Les lionceaux les avaient déjà croisés : Il s’agissait de Tafarik et Taj. Deux frères vivant dans un des Clans composés de lionnes et de lions éparpillés un peu partout dans le Royaumes. Et le peu de fois qu’ils les avaient rencontrés, ils n’avaient pas été amicaux du tout.
Aussi, Mufasa et Taka adoptèrent une posture défensive, s’allongeant sur le ventre, toutes griffes dehors, les oreilles sur les côtés, la gueule ouverte prêt à mordre, tandis que les adolescents se mirent à leur tourner autour.
— Mais il s’agit de notre futur… Futur quoi déjà ? Ah oui… Roi, se moqua Tafarik, le plus grand et le plus costaud des deux.
— Regarde-les comment ils tremblent… Et ça se dit des Princes, tu parles, fit Taj.
— On ne tremble pas ! répliqua Mufasa qui, vexé, se leva d’un bon pour lui faire face. Et tu ferais mieux de nous laisser tranquille sinon…
— Sinon quoi ? stoppa Tafarik en avançant une patte menaçante vers le lionceau qui se raidit. T’appelles ton petit papa à l’aide ?
— Bouh le bébé…
— Notre Clan est dix fois plus nombreux que ta petite famille, menaça Tafarik. Alors vas-y, préviens ton petit papa. Et on en fera qu’une bouchée de ta famille…
Mufasa n’osa pas en dire davantage et recula d’un pas.
— C’est bien ce que je pensais… Tu parles d’un futur Roi… C’est nous qui devrions devenir Roi n’est-ce pas Taj ?
— Oh que oui, ils donnent vraiment ce titre à n’importe qui…
— C’est pas grave… Le moment venu on lui prendra le trône… Héhéhé…
— Vous n’avez pas le droit ! s’exclama Taka qui se leva à son tour. C’est mon frère qui va devenir Roi vous n’avez pas le droit de lui prendre ça…
— A ta place je la ramènerai pas avec un nom pareil ! répliqua Tafarik. Taka… Dans l’ancien langage ça signifie le déchet, le manqué, l’infirme… Sérieux pourquoi tes parents t’ont affublé d’un nom pareil ?
— C’est… C’est parce que j’ai une infirmité depuis la naissance, avoua Taka qui recula de quelques pas, mal à l’aise. Un problème de croissance.
En effet, depuis sa naissance il avait toujours été plus maigre et plus petits que son frère, et cela se poursuivait alors qu’il mangeait autant que lui. Ses griffes étaient également plus longues que la normale et commençaient à sortir de ses pattes, même rétractées.
— Ah c’est donc pour ça que t’es aussi maigre, se moqua l’adolescent. Je pensais que tes parents t’aimaient tellement pas qu’ils ne te nourrissaient pas… Sérieux t’es si maigre qu’on dirait une brindille.
Il donna un coup de patte aux côtes de Taka pour le faire rouler au sol. Le lionceau poussa un petit cri de surprise, se retrouvant allongé sur le dos, toutes griffes dehors, la gueule ouverte, prêt à mordre. Mufasa se leva aussitôt, se positionnant sur son frère pour le protéger, donnant un coup de griffe dans l’air en direction de Tafarik pour lui faire comprendre qu’il n’hésitera pas une seconde à le défendre si il approche.
— Oh mais c’est qu’il se rebiffe le petit Prince !
— Ouais, vient on va leur donner une bonne leçon.
Approuvant cette idée, Taj attrapa aussitôt Mufasa par la peau du cou. Taka agrippa son frère entre ses pattes mais les deux lionceaux durent lâcher prise quand Tafarik tira également le frêle Prince par le cou.
Les deux adolescents trainèrent les lionceaux jusqu’à une marre de boue non loin et les y jetèrent.
— Voilà ! C’est là qu’est votre place les minus, répliqua Taj.
— Et restez-y, ajouta Tafarik qui, de sa patte, lança de la boue sur Taka pour le recouvrir entièrement.
Ils partirent en ricanant, laissant Mufasa et Taka couvert de boue, et de honte. La menace passée, ils se regardèrent.
— Ça va Taka ? demanda son frère en s’approchant de lui.
— Oui, ça va, fit le lionceau au bord des larmes.
Mufasa frotta sa tête contre la sienne et lui lécha les yeux pour le consoler.
— Vient, on va aller à l’étang pour enlever tout ça.
Les deux lionceaux trempèrent leurs pattes pleines de boue dans leur étang préféré, non loin derrière Rocher des Lions, vers le Nord. Un rocher plat et sombre se trouvait au bord de l’eau, duquel ils aimaient sauter et plonger. Un grand Acacia leur faisait de l’ombre durant les chaudes journées.
Mais leur humeur n’était pas à la fête, essuyant encore psychologiquement l’humiliation subi par Tafarik et Taj, autant qu’ils essuyaient les tâches de boue sur leur pelage. Difficile de dire qui était le plus affecté des deux. Mufasa rageait de ne pouvoir les défendre face à ces individus, et Taka ruminait les insultes proférées à son encontre.
Cela faisait plusieurs semaines qu’ils étaient la cible de ces deux adolescents. Et plus particulièrement Taka. La première fois qu’ils les avaient croisés, Tafarik s’en était pris à Mufasa et l’avait plaqué au sol, enfonçant ses griffes. Taka avait aussitôt réagi en donnant un violent coup de griffe au visage de l’assaillant de son frère. Tafarik s’était sentit vexé et humilié qu’un lionceau aussi frêle puisse lui infliger une telle blessure. Depuis, Taka était devenue son souffre-douleur.
Les lionceaux n’avaient rien dit à leurs parents ou à leur oncle. Leurs agresseurs les ayant menacés : si ils disaient quoi que ce soit à des adultes, leur Clan risquait de s’en prendre à leur famille. Mufasa et Taka ne voulant pas risquer de voir leur famille se faire tuer, gardaient cela pour eux, dissimulant les blessures que Tafarik et Taj leur infligeaient parfois. Dernièrement, ils avaient fait passer les griffures qu’avait subi Taka pour une chute dans des ronces.
Cette fois-ci ils s’en étaient sortie sans égratignure, mais particulièrement humiliés.
— Faut qu’on se venge, finit par dire Taka, rompant le silence.
— Ok… Mais comment ?
— Je sais pas encore mais on va trouver quelque chose… Oh non la boue… Elle a séché sur ma crinière… J’arrive pas à l’enlever.
Mufasa éclata de rire.
— Rigole pas ! Regarde la tête que ça me fait…, se lamenta Taka.
— Ouais, on dirait les plumes d’une grue couronné…, se moqua son frère.
— C’est pas drôle !
Mufasa rit de plus bel, et Taka lui sauta dessus, le poussant dans l’eau. Sentant la vengeance de son frère arriver, il s’enfui aussitôt, rattrapé par ce dernier qui le fit également tomber.
— Attends je vais t’aider à retirer la boue de ta crinière, dit Mufasa avec un sourire espiègle.
Il plongea la tête de Taka dans l’eau quelques secondes avant de le relâcher et de s’enfuir.
Ils chahutèrent dans l’eau un moment, avant que Taka poursuivît par son frère, se retourne pour lui faire face. Mufasa le plaqua facilement au sol, lui mordillant doucement la fourrure de sa gorge, pendant que son frère tentait de repousser sa tête comme il pouvait.
Taka stoppa net en voyant une fleur jaune voleter au grès du vent au-dessus d’eux.
— Mufasa arrête !
— Quoi ? Tu te rends ?
— Hein ? demanda Taka la tête dans ses pensées. Non, j’ai une idée pour nous venger… Pousse-toi ! répliqua-t-il tentant de le pousser lui-même.
Son frère recula et Taka attrapa la fleur jaune entre ses pattes.
— Tu sais ce que c’est ça ?
— Euh bah… Une fleur ?
— Pas n’importe laquelle, les abeilles sont très attirées par cette fleur. Et il y a un nid d’abeille là où Tafarik et Taj dorment. Il suffit de les saupoudrer du pollen de plusieurs de ces fleurs et de détruire le nid d’abeille puis…
— J’adore ton plan, fit aussitôt Mufasa.
— Vient on va trouver d’autres fleurs…
Les deux lionceaux mirent leur plan à exécution. Une fois plusieurs fleurs entre leurs crocs, ils se dirigèrent sur le lieu où Tafarik et Taj dormaient. Sous un arbre au milieu de la savane, non loin du territoire de leurs Clans.
C’était ici qu’ils les avaient rencontrés la première fois. Ils jouaient à se poursuivre et avaient réveillés les deux adolescents sans le faire exprès. Et malgré leurs excuses, ces derniers avaient décidé de les humilier à chaque fois qu’ils avaient le malheur de les croiser.
Les lionceaux approchèrent tout doucement, à l’affut pour ne pas les réveiller. Ils dispersèrent le pollen sur eux puis se dirigèrent vers l’arbre où se trouvait toujours le nid d’abeille. Taka, très bon grimpeur, aida Mufasa à se hisser jusqu’à la branche la plus proche. Marchant prudemment, leurs griffes plantées dans l’écorce, ils arrivèrent sur le nid, se plaçant chacun de chaque côté, et entreprirent de le décrocher avec leurs griffes.
Le nid tomba, et des milliers d’abeilles en sortirent, filant droit sur Tafarik et Taj qui se réveillèrent d’un bon.
— Hé mais ! C’est quoi ça ! ?
— Aïe ça pique !
— Dégageons d’ici !
Eclatant de rire, Mufasa et Taka virent les deux adolescents s’enfuirent, poursuivit par une nué d’abeilles. Les lionceaux descendirent précautionneusement de l’arbre.
Ils s’éclaffèrent à nouveau une fois sur la terre ferme.
— Alala mais t’as vu leur tête, ria Mufasa. Je les ai jamais vu courir aussi vite.
— Ouais. Bien fait pour eux.
— Vient on va raconter ça aux autres.
Les lionceaux se mirent aussitôt en route, courant à travers la savane.
Sur la Terre des Lions, il y avait le Clan principal, celle de la famille Royale, qui vivaient au Rocher des Lions. Avec elle, assurant sa subsistance, sa protection ainsi que celle du Royaume, la Fierté Royale, composée de lionnes, majoritairement issues d’autres Clans. Choisies et dirigées par la Reine. Puis il y avait la Garde du Roi Lion, composée elle de quatre lions et de son Chef, dont la mission était d’aider la Fierté Royale à assurer la sécurité du Royaume. Et tout autours, dispersés un peu partout dans le Royaume sur les territoires qui leurs ont été attribués, se trouvaient plusieurs Clans. Ces derniers regroupaient non pas des Fiertés ou des Coalitions, mais des familles. Des lionnes, sœurs, cousines, mère, grands-mères, avec leurs petits, mais aussi des lions. Leurs pères, grands-pères, frères, cousins… Contrairement à l’extérieur du Royaumes, dans les Terres Sauvages, où les lions quittaient les Fiertés qui les avaient vu naitre pour en rejoindre une autre, les lions issus des Clans du Royaume y demeuraient toute leur vie. Ces derniers allaient voir les lionnes d’autres familles du Clans, ou des lionnes d’autres Clans, pour avoir des lionceaux. Les Clans s’étaient perpétués et développés ainsi sur de nombreuses générations depuis la naissance du Royaume.
Les quatre premiers Clans avaient vu le jour lors de la création du Royaume par celle qu’ils avaient choisi comme Souveraine : La première Reine du Royaume de la Terre des Lions, la Reine Bara. L’accord était simple : les Clans se voyaient attribuer un territoire de chasse dans le Royaume, bénéficiant de sa protection et de sa nourriture abondante, à condition qu’ils respectent les lois, reconnaissant la Souveraineté de la famille Royale, et qu’ils les aident à assurer la défense du Royaume.
C’est vers l’Est du Rocher des Lions que Mufasa et Taka se dirigèrent. S’y trouvait le territoire du Clan de la Thulite. Un des quatre Clans les plus vieux de la Terre des Lions.
Ils passèrent devant le Lac Shangaza qui se trouvait tout près du Rocher des Lions, un peu plus au Nord, avant de se diriger vers la Plaine Inondable, inondée à chaque saison pluvieuse par une branche du Fleuve Sinueux. Un fleuve venant du Nord du Royaume, qui s’éparpillaient dans une partie de la Plaine qui faisait face au Rocher, avant de continuer sa route plus au Sud. L’eau arrivait jusqu’à la moitié du corps des deux lionceaux. Ils s’amusèrent à se courser à travers les plantes semi-aquatiques qui avaient largement poussées dans la plaine, effrayant par moment des Herbivores qui broutaient tranquillement. Si certains se mettaient à rire une fois la peur passée, d’autres râlaient ou soufflait rageusement de leurs narines. Mais la majorité des animaux qu’ils croisèrent les saluèrent en inclinant la tête, comme bien souvent.
La plaine inondable franchis, ils arrivèrent aux Trois Collines. Trois collines de la plus petite à la plus grande, toutes avec un sommet pointu. Une fois de l’autre côté, ils étaient sur le territoire du Clan de la Thulite.
Mufasa et Taka ne craignaient rien en entrant sur le territoire. Ce dernier était là pour donner une zone de chasse aux Clans et un endroit où protéger les très jeunes lionceaux qui restaient dans les limites de leurs territoires, sous la surveillance des membres de leur Clan. Chaque lion était autorisé à parcourir chacun des territoires, à condition de ne pas y chasser et de ne pas approcher les zones de repos des jeunes lionceaux sans autorisation des lionnes qui y résident.
Les deux frères contournèrent le Lac Thulite par le Sud, avant de remonter vers le Nord. Ils traversèrent une petite partie de la Grande Prairie Thulite, récemment devenue verdoyante avec l’arrivé de la Saison des Pluies. Comme toutes les savanes du Royaume, elle était parsemée par endroit de petits bois plus ou moins denses. Se dirigeant un peu plus au Nord du territoire, la prairie laissa peu à peu place à un ensemble de gros rocher plat et de petite crevasse d’une teinte rose foncé et terne. De la Thulite, qui avait donné son nom au territoire. Le tout parsemé d’arbres et de grandes touffes d’herbes ici et là. Bien plus loin, au Sud-Est, les deux Princes pouvaient distinguer les Gorges de Kebah que les lionceaux n’avaient pas le droit d’approcher de trop prêt. Il s’agissait d’une immense crevasse perçant la Grande Prairie Thulite, où de nombreux troupeaux de différent herbivore venaient brouter.
Les lionceaux se mirent à grimper la Zone Rocheuse en suivant un petit cours d’eau. Ils finirent par trouver un petit groupe d’adolescents. Quatre lionnes allongées sur des rocher à l’ombres des arbres. Et un jeune lion qui jouait sur du terrain plat et terreux avec une petite lionne : Sarabi. Leur petite cousine, du même âge que les deux Princes, dont le pelage était rose foncé et terne, comme tous les membres de son Clan, et les yeux rouge sombre.
Sarabi tentait d’attraper son cousin, Kibwe. Ce dernier, aux reflexes rapides, s’amusait à esquiver sa petite cousine à chaque fois qu’elle lui sautait dessus. Tout comme elle, il avait un pelage rose foncé et terne. Agé d’un an, il avait une légère crinière couleur chocolat qui avait commencé à pousser sur son cou et sa gorge.
Il esquiva une nouvelle fois la petite lionne qui s’arrêta soudainement. Elle eue un grand sourire en voyant arriver les deux Princes.
— Mufasa ! Taka ! s’exclama-t-elle, accourant aussitôt vers ses deux camarades tandis que son cousin et ses cousines saluèrent les deux lionceaux d’un signe de tête.
Ils la connaissaient depuis tout petits. Leurs mères respectives étant amie d’enfance, elles s’étant souvent rendu mutuellement visite avec leurs lionceaux. Depuis que Mufasa et Taka furent assez grand pour être autorisés à aller jouer en dehors des limites du territoire du Rocher des Lions, ils venaient à chaque fois la chercher pour jouer ensemble.
— Salut Sarabi ! fit Mufasa.
— Salut vous deux.
— Tu viens jouer avec nous ?
— Et comment ! Je pars jouer avec eux, à tout à l’heure, dit Sarabi à ses cousines et cousins.
— Ok, amuses-toi bien et soit prudente, lui dit Kibwe.
— Promis !
Les trois lionceaux partirent en courant.
Ils reprirent leur route, tout droit vers le Nord, vers le territoire voisin. Celui du Clan Lazuli. Ici vivaient deux autres de leurs amis : Sarafina et son frère Maka.
Mufasa et Taka les avaient rencontrés pour la première fois lorsqu’ils avaient un mois et demi. Leur mère, une lionne du nom de Kitwana, était venu avec eux au Rocher du Lion, pour s’entretenir avec le Roi, accompagnée de sa Tante, Moyo, qui était la Chargée du Protocole. Mufasa et Taka connaissait très bien Kitwana car elle leur rendait régulièrement visite depuis leurs naissances et les avaient aussi allaités lorsque la Reine Consort devait s’absenter en urgence. Elle était une amie d’enfance d’Uru et Ahadi, que ce dernier avait même tendance à appeler « grande sœur », bien qu’ils aient aucun lien de parenté. Leur père leur avait expliqué plus tard qu’il l’appelait comme ça car quand il était lionceau, Kitwana, alors adolescente, avait veillé sur lui comme une grande sœur. Et d’ailleurs, Mufasa et Taka l’appelait souvent Tata Kit.
Ahadi, avait parlé quelques instants avec Sarafina et Maka, avant de proposer à ses fils de venir jouer avec eux, les laissant discuter entre adultes. Depuis, Kitwana les avait amenés quasiment tous les jours au Rocher des Lions, avec Sarabi, pour qu’ils puissent jouer ensemble, jusqu’à ce qu’ils aient l’âge de se déplacer tout seul.
Ils s’étaient rapidement bien entendus, notamment dû au fait qu’ils avaient un point en communs : ils étaient fréquemment la cible de jeunes lions qui les harcelaient.
Des bourreaux que les deux Princes finirent par croiser un jour alors qu’ils avaient proposé à leurs nouveaux amis de se retrouver au bord de leur étang préféré, pour jouer ensemble.
En arrivant sur place, ils avaient constaté que Sarafina et Maka, arrivés en avance, étaient pris pour cible par trois adolescents de leurs Clans, les chahutant, en prétextant qu’ils n’étaient pas des lionceaux fréquentables. Mufasa et Taka étaient parvenu à les faire partir, le premier leur indiquant qu’ils étaient Princes et Héritier du Trône, et le second avait donné le coup de grâce en précisant que cela signifiait qu’ils étaient sous la protection de la Garde du Roi Lion qui n’étaient pas loin d’ici et qu’ils avaient intérêt à partir si ils ne voulaient pas d’ennuis. Ce qu’ils firent. Ils avaient appris plus tard que ces trois jeunes lions qui s‘amusaient à les tourmenter étaient les cousins éloignés de Sarafina et Maka, et petits fils de la Cheffe du Clan. Leurs cousins s’en prenaient à eux et d’autres lionceaux du Clan, en toutes impunités, bénéficiant de la protection de leur grand-mère et Chef du Clan qui s’évertuait à dire que leurs victimes mentaient par jalousie.
Le petit groupe de lionceaux venaient chaque jour se retrouver pour jouer ensemble. Une solide amitié s’était vite tissée entre eux. A une exception près : Taka et Maka se chamaillaient ou se disputaient constamment. Cela avait commencé dès leur premier jeu où Taka vit que Maka, même si il faisait la même taille, était plus fort que lui et le plaquait régulièrement au sol. Ce qui le frustrait. Le rendant ainsi parfois agressif envers le lionceau qu’il n’hésitait pas à repousser, en étant souvent particulièrement arrogant, le rabaissant fréquemment, notamment sur le fait que contrairement à lui, il n’était pas un Prince.
En réponse, Maka, d’un naturel taquin sans pour autant être méchant, ne pouvait s’empêcher de faire remarquer à quel point Taka était chétif, faible et que c’était « l’avorton » de la bande. Les deux lionceaux passaient donc la moitié de leur temps à se charrier constamment. Et même si la majeure partie du temps, il s’agissait de simple chamaillerie, Mufasa intervenait souvent avant que cela ne vire à une vraie bagarre ou chacun fait mal à l’autre. Pour autant, les deux lionceaux étaient malgré tout fréquemment ensemble, ne pouvant se passer l’un de l’autre.
Ils continuèrent de grimper à travers les rochers jusqu’à arriver à la Zone Rocheuse du Sud du Clan Lazuli. Le terrain était plus plat, percé par des petites falaises par endroit, et la roche était devenue un peu plus clair. Déambulant à travers les rochers, ils finirent par trouver leurs camarades.
Comme toujours, Sarafina et Maka étaient seuls. Voulant éviter leurs cousins, ils étaient souvent à l’écart de leur Clans. Ils s’étaient tous les deux allongés sur le bord d’une petite falaise, aux bords d’un des nombreux petits cours d’eau qui traversaient leur territoire.
Sarafina et Maka avaient quelques semaines de plus que leurs camarades, mais n’était pas plus grand. Leurs pelages étaient d’une teinte beige et leurs yeux étaient bleu turquoise, propre au membre de leur Clan. Maka arborait une mèche d’un châtain terne et rêche sur la tête.
— Hé, y-a notre futur Roi qui nous rends visite, fit Maka qui se leva.
Suivit par sa sœur, il sauta du rocher et se dirigea vers leurs camarades.
— Mon Prince, fit Maka en saluant Mufasa comme le faisait les adultes avec le Roi.
Comme à son habitude, il s’amusa à ignorer complètement Taka, sauf quand ce fut pour le narguer d’un sourire narquois.
— Oh tu es là aussi ?
— Oui, désolé de te décevoir mais mon frère et moi on n’est jamais l’un sans l’autre, le nargua Taka se collant à son frère d’un sourire espiègle.
— Le pauvre, je me demande comment il fait pour te supporter…
— Et moi je me demande comment ta sœur fait pour te supporter…
— Ah non ne commencez pas vous deux…, les stoppa Mufasa. Venez avec nous, on a un truc à vous raconter.
— Baraka ne vous a pas rejoint ? demanda Maka.
— Non, Kijivu nous a dit qu’on ne va pas pouvoir le voir pendant quelques jours, venez on va vous expliquer…
Baraka était autre lionceau qui se joignaient régulièrement à leur groupe également : C’était un cousin éloigné de Mufasa et Taka. Leur grand-mère, la Reine Amani, étant la cousine du Prince Shanti, le grand-père de Baraka. Il venait les retrouver au Rocher des Lions tous les deux ou trois jours. Les deux Princes ne venaient jamais le chercher dans le territoire de son Clan comme ils le faisaient avec Sarabi, Sarafina et Maka, pour une très bonne raison : Baraka faisait partie du même Clan que Tafarik et Taj. Il était même leur cousin. Leurs deux Mamans étant sœur. Baraka les détestait aussi car les deux adolescents s’en prenaient également à lui. Il préférait donc largement quitter le territoire de son Clan pour aller jouer avec Mufasa, Taka et les autres. Il allait aussi souvent jouer avec des lionceaux du Clan de son Père, le Clan d’Argent, dont le territoire était situé de l’autre côté du Royaume.
Taka se dit qu’il avait hâte de le revoir pour lui raconter aussi ce qu’il s’était passé. La veille, le Père de Baraka, le Prince Kijivu, était venu les prévenir que leur cousin avait été blessé. Rien de grave, mais il allait devoir rester quelques jours dans le Clan de son Père et ils n’auraient pas le droit d’en quitter le territoire. Ils allaient donc devoir attendre quelques jours avant de pouvoir jouer avec lui.
Le petit groupe réunis, ils décidèrent de retourner sur le territoire du Clan Thulite, Sarafina et Maka ne voulant pas croiser leurs trois cousins sur leur territoire. Sur le chemin, Mufasa et Taka racontèrent ce qu’ils avaient fait à Tafarik et Taj. Tous se mirent à rire alors qu’ils s’installèrent sur des rochers sous l’ombre d’un arbre.
— Espérons que ça leur serve de leçon, dit Sarabi.
— Ces deux-là sont de vrais démons. Ils s’en sont pris à d’autres lionceaux dans le coin, ajouta Sarafina. Dont nous deux.
— Vraiment ? Ils n’ont pas fui devant toi Maka ? se moqua Taka, le narguant d’un sourire.
— C’est ça moque toi… Perso ce qui m’étonne c’est que tu ne sois pas tombé de l’arbre, répliqua Maka, lançant un sourire espiègle au Prince. T’es tellement maigrichon, c’est à se demander si tes griffes ne se brisent pas au moindre choc…
— Tu veux vraiment vérifier si mes griffes sont solides, rétorqua Taka qui leva et observa nonchalamment une de ses pattes dont il sortit entièrement ses longues griffes.
— Ses griffes sont aussi solides que les miennes Maka, intervint Mufasa. Arrêtez de vous chamailler tous les deux.
— Ok mon Prince…, fit Maka.
— Lèche patte, lui dit Taka à voix basse.
— Taka ! Je t’ai entendu, rétorqua Mufasa.
— Mince alors, j’en suis désolé mon frère…, s’excusa-t-il faussement en croisant ses pattes d’un air suffisant.
— Une partie de cache-cache ça vous dit ? demanda Sarabi pour mettre fin aux chamailleries.
— C’est Taka qui nous cherche, ajouta Sarafina.
— Oh non ! Il nous trouve toujours trop vite, se lamenta Mufasa.
— Mon adorable grand frère aurait-il peur de se mesurer à moi ? fit Taka avec un sourire sournois.
— Ah ? C’est un défi que tu me lances ?
— Ouais.
— Ok. Je vais trouver une cachette si bonne que tu me trouveras jamais, répliqua Mufasa qui sauta du rocher, motivé.
— Et bien je relève le défi mon frère, dit Taka qui, toujours allongé sur le rocher, le fixa de haut en posant sa tête sur l’une de ses pattes avant qu’il relevât avec un sourire espiègle.
Les lionceaux se dépêchèrent de trouver des cachettes alors que Taka, allonger sur le rocher, son regard contemplant le ciel, se mit à compter. Ceci terminé, il sauta du rocher et se mit aussitôt en route.
La Zone Rocheuse qui se trouvait à moitié sur le Clan Lazuli et le Clan Thulite était un lieu idéal pour jouer à cache-cache. Avec ses crevasses, ses rochers, ses touffes d’herbes, ses buissons, ses quelques arbres et ses nombreux terriers, ainsi que ses petites grottes, il était facile de trouver des cachettes.
Taka chercha en priorité son frère… Qu’il trouva rapidement, caché au milieu de plusieurs rocher. Il était doté d’une bonne vision et d’une ouïe très fine ce qui le rendait très doué pour trouver ses camarades. Il fit semblant de ne pas voir Mufasa, se faufilant négligemment derrière un buisson qui se trouvait dos à son frère. Puis il lui sauta dessus, le faisant rouler sur le dos, les deux pattes avant sur ses épaules.
— Trouvé ! s’exclama Taka avec un grand sourire triomphant.
Vexé, Mufasa l’agrippa avec ses pattes avant et le fit basculer sur le côté, le plaquant ensuite au sol. Taka se débattit, voulant le repousser, mais son frère, beaucoup plus fort que lui, le remit au sol.
— Laisse tomber p’tit frère, dit Mufasa alors que Taka cessa de se débattre. Face à moi, c’est toujours toi qui seras au sol…
— Ouais bah en attendant je t’ai trouvé, c’est moi qui ai gagné, répliqua Taka également vexé. Lâche-moi j’ai encore les autres à trouver, ajouta-t-il tentant de le pousser.
— J’ai pas entendu les mots magiques…, taquina Mufasa qui ne bougea pas d’un pousse.
— Oh tu m’énerves !... Peux-tu me lâcher mon grand frère adoré que j’aime de tout mon cœur, que je puisse aller trouver les autres !
— Si c’est demandé si gentiment…
Mufasa, le sourire espiègle recula, laissant Taka se relever en râlant. Il se retourna pour se mettre en route. Son frère, eu un sourire sournois, voyant là l’occasion de se venger. Il sauta sur la tête de Mufasa, le faisant tomber à plat ventre, avant de se mettre à courir. Mufasa se releva aussitôt, le sourire amusé, et se lança à sa poursuite.
Taka le distança, le semant à travers les rochers. Dans sa course, il s’engouffra dans un buisson, bousculant Maka qui s’y était caché. Le maintenant au sol, le regard espiègle, il s’écria :
— Trouvé Maka !
— Taka ! T’es pas obligé de me plaquer au sol à chaque fois l ! râla Maka en le poussant.
— Ah ? Oups, désolé, se moqua Taka qui se remit à courir.
Mufasa arriva alors que Maka se releva.
— Vient on l’attrape, fit le Prince avec un sourire espiègle.
— Avec plaisir, répondit son camarade le regard vengeur avant qu’ils ne se lancent à sa poursuite.
— Hé ! Deux contre un c’est de la triche ! répliqua Taka.
Regardant derrière lui pour voir à quelle distance ils étaient, Taka ne vit pas la branche qui était sur sa trajectoire et il tomba. Il se releva aussitôt, se remettant à courir. Mais trop tard. Ses assaillants l’avaient rattrapé. Maka en tête, plaquant les pattes arrière de son camarade tout en lui mordillant le dos. Taka tourna sa tête pour se défendre. Mais ce fut au tour de son frère d’arriver, et de l’attraper au niveau de l’encolure, plaquant sa tête au sol avant de le mordiller également. Le lionceau tenta de les repousser, durant quelques secondes. En vain.
— Ahou ! Doucement Maka avec tes crocs ! répliqua Taka qui abandonna toute résistance.
— Pardon, le lâcha aussitôt Maka.
Il passa un coup de langue là où il l’avait mordillé trop fort sans le vouloir, afin de faire passer la douleur. Puis il s’approcha ensuite du visage de son camarade pour le fixer d’un regard narquois.
— Bandes de mauvais joueur ! répliqua Taka, toujours allongé, tandis que son frère le lâcha également.
Il poussa rageusement son frère d’une patte tout en se retournant sur le ventre. Puis posa sa tête sur ses deux pattes avant qu’il avait croisé, l’air boudeur. Mufasa eu un petit rire
— Allé vient, t’as encore Sarabi et Sarafina à trouver, lui dit-il en frottant sa tête contre la sienne pour le consoler.
— Elles sont là-bas, fit Taka qui repoussa son frère d’une patte avant d’indiquer un ensemble de rocher et d’herbes hautes avec un air de dédain.
Les petites lionnes sortirent des herbes où elles s’étaient dissimulées.
Le groupe reformé, ils quittèrent la Zone Rocheuse retournant dans la savane plus au Sud. Ils décidèrent d’aller se désaltérer au Lac Thulite. Puis ils reprirent leur route, continuant de descendre vers le Sud, passant devant un ensemble de colline formant une fourche, appelé les Collines de la Langues de Serpent. Petit à petit, à mesure qu’ils continuaient vers le Sud, la savane laissa place à de petit marais éparpillés ici et là, jonché de bois et d’arbre mort. Le Marai aux Bois Morts. Plus loin toujours au Sud, s’étendaient un vaste marécage. Mais ils n’y allaient jamais. Le Grand Marécage était le territoire du Clan Grenat, celui où se trouvait Tafarik et Taj. Hors de question d’y aller. Ils se contentaient de rester aux abords, dans le Marai aux Bois Morts, d’autant que c’était leur second lieu de cache-cache favoris. Les arbres morts, devenu creux, offrant plusieurs cachettes.
Ils firent plusieurs parties avant de rejoindre à nouveaux Grande Prairie Thulite, se dirigeant vers le Nord-Est où ils finirent par atteindre une chaîne de petites collines, baptisées les Collines de Kebah.
— Sérieux comment tu fais pour me trouver aussi vite à chaque fois ? demanda Mufasa.
— Bah… T’es pas discret c’est tout, répondit simplement Taka, déclenchant les rires de ses camarades.
— A ce point-là ?
— On dirait un hippopotame qui essaie de se cacher derrière un arbre, plaisanta Taka.
— Comment ça un hippopotame ?! protesta Mufasa qui sauta sur son frère, lui ébouriffant la tête.
Les deux lionceaux se mirent à se chamailler.
— Hé regardez il y a la Garde du Roi Lion ! s’exclama Sarabi le regard tourné vers le bas de la colline où ils se trouvaient.
Mufasa et Taka arrêtèrent de se battre et les lionceaux regardèrent un peu plus bas. S’y trouvait cinq lions, semblant en grande discussion, l’un faisant face aux quatre autres. Il s’agissait d’Asante. Le Chef de la Garde du Roi Lion. Et l’oncle des deux Princes. Le frère de leur mère, Uru. C’était un lion plus petit que la moyenne, mais pas moins redoutable. Son pelage était roux, identique à Taka, et il était doté d’une crinière rouge sombre qui contrastait avec des yeux vert foncé.
— Papa a dit que quand je serai plus grand je deviendrai Chef de la Garde avant de devenir Roi, dit fièrement Mufasa. Comme lui quand il était plus jeune.
— Ton père a été Chef de la Garde ? s’étonna Maka.
— Ouais. Il a eu le Don du Rugissement des Ancêtres durant son adolescence.
— Et il a été un des plus puissants Chefs de la Garde du Roi Lion, poursuivit fièrement Taka.
— Puis quand il est devenu Roi, c’est notre oncle, Asante, qui est devenu Chef de la Garde, ajouta son frère.
Taka observa la Garde, pensif.
— T’as de la chance Mufasa, finit-il par dire, s‘allongeant à côté de son frère. J’aimerai bien faire partie de la Garde… Ça doit être génial.
— Toi ? Dans la Garde ? se moqua Maka. Avec ton gabarit ? Tu seras complètement inutile, t’as rien à faire dans la Garde…
Cette fois, Mufasa le fit tomber en lui faisant un croche patte.
— Maka ! Laisse mon frère tranquille…
— Ok ok je m’excuse. Je voulais pas être méchant c’était juste pour l’embêter, s’expliqua le lionceau en se relevant.
— En même temps il n’a pas tort, intervint Taka. Je vais pas servir à grand-chose dans la Garde…
— Dis pas n’importe quoi Taka, protesta Mufasa. Les membres de la Garde ont tous des aptitudes différentes. T’en a forcément une…
— Ouais peut être…, fit son frère, peu convaincue.
— C’est quoi les aptitudes que possèdent les membres de la Garde ? demanda Maka.
— Euh…, réfléchi Mufasa. Taka ?
— Il y a le combattant le plus féroce, qui est toujours le Chef de la Garde et qui possède le Don du Rugissement des Ancêtres. Ensuite il y a le plus courageux, le plus fort, le plus rapide et celui avec la vue la plus perçante.
— Bah voilà ! T’as une bonne vue toi, t’arrives toujours à nous trouver quand on joue à cache-cache. Tu pourras surement intégrer la Garde en tant que lion à la vue perçante.
— Mouais…, grommela Taka peu enthousiaste.
— Roh arrêtes de bouder, fit Mufasa en lui mordillant l’oreille pour le faire réagir, Taka le repoussant. Vient, on va attraper Asante, je suis sûr que cette fois on va l’avoir…
— Je te suis, fit aussitôt son frère qui se leva.
Les deux lionceaux descendirent lentement la colline, à l’affut, dissimulés dans les hautes herbes, sous le regard de leurs camarades.
— Ils vont encore terminer au sol tous les deux, prédit Sarabi d’un ton amusé.
Mufasa et Taka approchèrent doucement d’Asante, chacun de chaque côté. Les membres de la Garde les avaient repérés, mais se gardèrent bien de divulguer leurs présences à leur Chef, le sourire amusé.
Les deux frères s’échangèrent un regard puis sautèrent ensemble sur lui. Asante esquiva aussitôt en se retournant, puis d’un délicat coup de pattes, il fit tomber les deux lionceaux qui se retrouvèrent dos au sol entre les pattes avant du Chef de la Garde.
— Salut Oncle Asante…, fit Taka.
— Tiens donc… Mais c’est nos deux Princes…
— Comment t’as fait pour nous repérer ? râla Mufasa. On était silencieux et bien caché !
— A cause du vent mon neveu, expliqua le Chef de la Garde retirant ses pattes pour laisser les lionceaux se relever. Il faut se placer face au vent, sinon on vous repère à l’odeur.
— Ok. Bin la prochaine fois on t’auras !
— Quand tu veux petit Prince.
Asante fit tomber son neveu en agrippant délicatement ses épaules avec sa mâchoire et lui ébouriffa la tête.
— Hé lâche-moi ! ria Mufasa. Taka ! Aide-moi !
— Yaaaaa !
Taka sauta sur la tête de son oncle qui le fit tomber d’un mouvement de pattes. L’arrivé de Sarabi, Sarafina et Maka mit fin au jeu. Sarabi s’approcha d’un des lions dont le pelage était identique au sien. Teint rosé grisâtre, et une crinière couleur chocolat. Il s’agissait d’Uzoma, un des cousins de sa mère, qui était le lion rapide de la Garde. C’était aussi le père de Kibwe, l’adolescent avec qui elle jouait un peu plus tôt. Elle frotta affectueusement sa tête contre la sienne.
— Ne restez pas dans le coin les lionceaux, prévint Asante. Des hyènes qui n’ont pas l’autorisation de venir chasser dans le Royaume trainent près de la Frontière.
— Oh ! On peut vous vous suivre ? demanda Taka.
— Certainement pas mon neveu. C’est trop dangereux. Et je n’ose imaginer ce que ton père et ma chère sœur me feraient si il vous arrivait quelque chose…
— Oh moi j’imagine très bien, fit un lion au pelage gris taupe qui ricana.
— Ferme-là Jahi, répliqua Asante en donnant un faux coup de patte que le lion esquiva en riant. Les lionceaux, retournez vers l’intérieur des terres, vous y serez en sécurité.
— D’accord…, fit Taka d’un ton maussade.
Ils partirent alors que la Garde prit la direction de la Frontière, complètement à l’Est.
Les lionceaux traversèrent à nouveaux les Collines de Kebah, regagnant la Grande Prairie à l’Ouest. Ils contournèrent les Gorges de Kebah, avant de s’arrêter en son Nord. Puis, ils se mirent à jouer à se poursuivre à tours de rôle.
Mufasa fut rapidement rattrapé par Sarabi et Sarafina qui le firent tomber, attrapant ses pattes arrière. Il se releva aussitôt, tentant de les fuir, mais Maka lui barra le chemin. Enserrant ses pattes avant aux niveaux de ses épaules, il tenta de le faire tomber, mais, son camarade lui résista. Il lui fallut l’aide de Taka qui arriva et sauta sur Mufasa pour le plaquer au sol. Mettant fin à la course poursuite.
Les lionceaux reprirent leur souffle. Mufasa se relevant, Taka décida de narguer Maka :
— Alors Maka… Tu dis que je suis le plus faible du groupe mais t’es incapable de faire tomber mon frère sans moi…
— Oui je confirme t’es le plus faible du groupe, la preuve t’arrive toujours le dernier lors des courses poursuites. T’es toujours à la traine…
— C’est parce que j’attends le bon moment pour intervenir.
— Mais bien sûr, t’as pas d’autres excuses ? Dit tout simplement que tu cours pas assez vite, ou tu t’essouffle vite peut être… Et tu veux faire partie de la Garde ? Laisse-moi rire…
Taka, énervé, montra les crocs et lui sauta aussitôt dessus, le mordant au cou de toute ses forces tout en enfonçant profondément ses griffes. Maka se défendit, le mordant férocement à l’épaule pour le faire lâcher avant de le plaquer au sol. Il ne le lâcha pas pour autant, maintenant sa mâchoire fermée pour l’empêcher de se relever.
— Aïe ! Arrête Maka lâche-moi ! se plaignit Taka.
Mufasa intervint aussitôt. Agrippant le cou de Maka pour le faire lâcher avant de le tirer en arrière pour le faire tomber.
— Je t’ai dit de laisser mon frère tranquille ! s’exclama-t-il en se plaçant entre les deux lionceaux.
— Mais c’est lui qui m’a attaqué !
— Peut-être mais c’est pas une raison pour le mordre aussi fort ! Surtout quand il te dit d’arrêter !
— J’allais le lâcher ! Tu m’as attrapé au même moment !
— Laisse-le Mufasa…, intervint Taka qui peina à se relever, sentant encore la douleur à l’épaule. Il a raison c’est moi qui l’ai cherché et c’est moi qui l’ai attaqué le premier. Et j’ai pas retenue mes crocs et mes griffes non plus.
Mufasa dû admettre qu’il n’avait pas tort non plus. Maka se releva, massant son cou encore endolori, avant d’éviter le regard sévère que son camarade lui lança, gardant la tête basse.
Mufasa se tourna ensuite vers son frère qui, contrarié et honteux de s’être à nouveaux fait plaqué au sol si facilement, s’était éloigné du groupe, rejoignant le sommet d’une petite colline, en boitant légèrement.
— Taka ! Reviens !
Ce dernier ne répondit pas, immobile, le regard rivé sur quelque chose au-delà de la petite colline où il se trouvait. Mufasa alla le rejoindre, tandis que Sarafina s’était approché de Maka, le disputant pour son comportement.
— T’exagères Maka, t’étais pas obligé de le mordre aussi fort…
— C’est bon lâches-moi !...
Ignorant leur dispute, Mufasa s’arrêta au côté de son frère, voulant regarder ce qu’il observait. En face d’eux s’étendait en bas de la colline une savane, puis une petite colline où se trouvait un rocher plat. Le Mont Rocher Plat. Derrière lui, en contrebas d’une petite falaise, un immense désert aride et rocheux transpercé par une multitude de petite crevasse. Au loin, sur leur gauche, en regardant vers le Nord, il était possible d’y distinguer une grande et longue crevasse dont s’échappait de la fumée.
— Mais c’est…, s’inquiéta Mufasa.
— Les Terres Arides qui entourent une partie du Royaume, confirma Taka fasciné.
Mufasa s’inquiéta. Le Mont Rocher Plat se trouvait au bord de la Frontière. Et ils n’avaient pas le droit de l’approcher. Ils avaient tellement été pris par leur jeu qu’ils ne s’étaient pas rendu compte que dans leurs course poursuite ils s’étaient à nouveau rapprocher de la Frontière.
— Oulala. On est à la Frontière… On s’est trop éloigné de l’intérieur des terres, partons vite.
L’ignorant complétement, Taka descendit la colline marchant droit vers le Mont Rocher Plat.
— Mais… Taka ! Reviens ici tout de suite !
— T’as pas d’ordre à me donner…
— Je suis ton futur Roi !
— Ça veut dire que tu ne l’es pas encore…
— Taka c’est dangereux ! rappela Mufasa rejoint par leurs amis. Il y a des hyènes qui rôdent…
— Arrête un peu. Oncle Asante a dit que les hyènes étaient vers la Frontière Sud du territoire Thulite. Nous on est au Nord…
— Roh mais ce qu’il peut être têtu ! râla Mufasa qui courra vers son frère.
Il le rattrapa et le fit tomber puis se plaça en face de lui, lui barrant le passage.
— Taka on a pas le droit d’aller là-bas alors demi-tours ! Tout de suite !
— Je veux pas aller dans les Terres Arides, je veux juste les voir de plus prêt…
— Non ! C’est trop dangereux.
— Oh quoi… Mon grand frère aurait-il peur ? se moqua Taka, toujours allongé, reposant sa tête sur sa patte levée avec un air espiègle.
— Euh… Non j’ai pas peur !
— Parfaits alors allons-y, fit le lionceau qui se releva aussitôt, passant à côté de son frère et poursuivant son chemin.
— Mais… Taka… !
Comme toujours, son frère l’ignora complètement. Ne voulant pas le laisser seul, Mufasa décida de le suivre, de même que leurs amis.
Si Mufasa ne manquait pas de courage, il restait quand même le plus avisé des deux. Taka au contraire, avait toujours été le plus imprudent. Voulant toujours explorer plus loin. Et en particulier ce qui est interdit…
Suivant Taka, ils s’arrêtèrent bord de la falaise, à côté du Mont Rocher Plat, en son Nord. Mufasa était particulièrement aux aguets. Taka lui, le regard tourné vers le Nord, était fasciné par la crevasse dont il se demandait d’où pouvait venir cette fumée qui s’en dégageait.
— Oh mais c’est les Crevasse Fumante qui sont à coté de notre territoire, remarqua Sarafina.
— C’est vrai ? Tu sais d’où elle vient cette fumée ?
— Du Volcan qui est un peu plus loin au Nord.
— Un Volcan ?!
— Oui. D’ailleurs on le voit d’ici, tu vois la pointe noire qui a un peu de fumé qui sort. C’est le Volcan.
— Vous y êtes déjà allé ?
— Non on a pas le droit, c’est dans les Terres Arides. On peut juste aller aux sources chaudes où il est possible de se baigner si on est accompagné d’adultes. Un peu plus haut il y-a le Plateau des Geysers, avec des sources acides. Mais c’est interdit d’y aller. Et au pied du plateau il y a la Crevasse Fumante, puis le Volcan.
— C’est bon on s’est assez approché là, on part maintenant…, intervint Mufasa, tendu.
— Nan attends je veux voir si le Volcan va entrer en éruption et si ça va sortir de la Crevasse…, fit Taka.
— Je dois avouer que je m’attendais à quelque chose de plus effrayant, commenta Maka en observant le paysage.
— C’est pas les terres qui sont dangereuses, mais ce qui s’y trouve, rétorqua Mufasa. On ne devrait pas rester ici… Taka on y va !
— Attends, je veux rester encore juste quelques minutes.
Un léger vent tourbillonna autours des deux Princes qui entendirent une voix féminine chuchoter :
« Attention »
— T’as entendu ? s’étonna Taka.
— Oui ? répondu Mufasa. Toi aussi ?
— Ouais, confirma son frère qui sentit soudainement la peur le gagner. Je… Je crois qu’on ferait mieux de… ? commença le lionceau en se retournant.
Il ne termina pas sa phrase. Ecarquillant les yeux. Il vit arriver une dizaine de hyènes qui approchèrent, les encerclant silencieusement.
— Des hyènes ! cria-t-il.
Ses camarades se retournèrent, constatant également la présence des prédateurs. Ils se rassemblèrent, en cercle, les uns contre les autres, les yeux rivés sur les hyènes qui les avaient à présent cerné.
— Bravo Taka ! A cause de toi on va tous mourir, répliqua Maka à voix basse.
— Maka c’est pas le moment, chuchota Mufasa.
— La Garde les recherches, il faut gagner du temps, réfléchit Taka.
— Ok…
Les hyènes tournaient à présent autour d’eux, arborant un sourire maléfique.
— Tiens donc, mais qu’avons-nous là…
— Je dirais que c’est une belle brochette de lionceaux.
— Finalement, malgré cette insupportable Garde du Roi Lion, on ne va pas rentrer bredouille…
— Je vous déconseille de nous faire du mal ! s’exclama Mufasa.
— Ah oui ? Et pourquoi ?
— Je suis le Prince Mufasa, futur Roi de la Terre des Lions. Si vous vous en prenez à nous vous aurez des ennuis.
— Ohlala ! Vous avez entendu son Altesse ? Nous allons avoir des ennuis…, ria une hyène.
— Oui vous allez avoir des ennuis ! Si vous nous tuer, la Garde va vous poursuivre et vous tuer aussi, poursuivit Mufasa.
— Oh mais que j’ai peur…
— Tu devrais ! intervient Taka. Il n’y a rien de plus puissant que la Garde du Roi Lion !
— Oh t’es sûr de ça petit lionceau ?
— Bien sûr que oui. Sinon pourquoi vous les fuyez ? se moqua-t-il.
— Taka ne les provoque pas, chuchota Mufasa.
Trop tard, les hyènes étaient vexées et leurs yeux étaient rivés sur le frêle lionceaux.
— Alors toi… On peut dire que tu es bien téméraire, tu es complètement inconscient du danger.
— Tu sais quoi, c’est lui qu’on va manger en dernier… Comme ça il va voir tous ses petits amis se faire dévorer…
— Et on va commencer par le futur Roi !
La hyène attrapa Mufasa par le cou si rapidement qu’il n’eut pas le temps de se défendre, le tirant vers elle. Taka réagit à l’instinct, bondissant sur la hyène et la griffant au visage. Ses griffes étaient tellement longues et acérées qu’elles lui tailladèrent profondément la joue. Sous le coup de la douleur, elle lâcha aussitôt Mufasa qui retourna aussitôt auprès de ses camarades, Taka à ses côtés.
La hyène retira le sang qui ruisselait de sa joue d’un coup de pattes rageux avant de fixer le petit lionceau.
— Ça… Tu vas me le payer… Finalement c’est toi qu’on va manger en premier…
Mufasa se plaça devant son frère qui, effrayé se coucha, les oreilles plaquées. La hyène fit un pas vers eux et Taka, réfléchissant à toute vitesse, la stoppa :
— Non attends !
— Quoi ? Le déjeuner a une dernière volonté ?
— Euh… En fait je… Je me demandais…, expliqua Taka qui se releva, tentant de masquer sa voix tremblante. Bon ok, vous voulez nous manger. Mais nous sommes que cinq, vous êtes… onze. Nous ne sommes pas assez pour tous vous nourrir. Il y en a qui ne mangeront pas à leur faim…. Comment vous faites pour décider qui a le droit de manger ou non ?
Les hyènes s’échangèrent un regard interrogateur.
— Euh bah c’est premier arrivé, premier servit, fit un mâle.
— J’vois pas pourquoi, protesta un autre. C’est les plus méritant qui devrait être prioritaire pour manger.
— N’importe quoi ! répliqua une troisième. Ceux qui sont prioritaire ça devrait être ceux qui n’ont rien mangé depuis plus longtemps que les autres.
Sous le regard ébahit de Maka, les hyènes se mirent à se disputer, chacun allant de son avis. Certaines d’entre-elles commencèrent même à se battre. Le lionceau ne s’attendait pas à ce qu’il soit possible de semer une telle discorde dans une meute de hyène.
Malheureusement leur cheffe se reprit, comprenant ce que Taka avait en tête.
— Ça suffit ! Vous n’avez pas compris qu’il vous manipule ! s’exclama-t-elle.
Mais trop tard, sa meute n’écoutait plus, trop occuper à se chamailler pour leur futur repas. La cheffe se tourna vers les lionceaux, et en particulier Taka, montrant les crocs.
— Toi… Je dois avouer que tu es un petit bien malin pour réussir à manipuler mes semblables ainsi… Cette fois c’est décidé, tu vas être le premier à terminer entre mes crocs.
Taka s’aplatit au sol derrière son frère, paniqué.
— Mufasa…
— Je t’interdis de toucher à mon frère ! s’exclama le lionceau qui se plaça devant lui pour le protéger.
— Essai donc de m’en empêcher..., ricana la hyène.
Elle bondit. Mais aussitôt une masse rousse lui sauta dessus, roulant avec elle avant de la lancer sur d’autres hyènes qui tombèrent avec elle. C’était Asante qui se redressa, leva la tête et lança un puissant rugissement.
Taka regarda aussitôt le ciel et vit les visages des Ancêtres apparaitre dans les nuages et rugirent avec lui. Une puissante bourrasque déferla sur les Hyènes faisant face au Chef de la Garde. Les envoyant dans La crevasse, sous le regard émerveillé du lionceau.
Le Rugissement des Ancêtres. Don accordé uniquement au Chef de la Garde du Lion par les anciens Chefs de la Garde qui les ont précédés. Taka avait déjà pu observer son oncle l’utiliser, et il ne se lassait jamais d’assister à ce genre de rugissement.
Deux des membres de la Garde se ruèrent sur les hyènes restantes, pendant que les deux autres encerclaient les lionceaux pour les protéger.
Les hyènes bâtirent aussitôt en retraite, se dispersant, sous les yeux ébahit et admiratif de Mufasa, Taka et leurs camarades.
Le calme revenu, Asante se tourna vers ses neveux, à la fois effrayé et en colère :
— Mais qu’est-ce qui vous a pris de venir ici ?! Je vous ai dit de ne pas vous approcher de la Frontière…
— T’as dit que les hyènes étaient à la Frontière Sud, pas la Frontière Nord…
— Taka ! Ne joue pas avec les mots… Tu sais très bien ce que ça veut dire quand je dis de ne pas approcher de la Frontière !
— C’est marrant j’en connais un autre qui joue aussi avec les mots, ria un des Gardes derrière Asante, le plus grand et le plus costaud de tous.
Il s’agissait du lion fort de la Garde et également le Second de la Garde du Roi Lion. Il avait un pelage ocre jaune et une crinière noire avec quelques mèches rousse au niveau du torse.
— Jelani… J’ai pas besoin de tes commentaires…, s’exaspéra Asante d’un ton râleur.
Les autres membres de la Garde se mirent à rire. Leur Chef soupira avant de se tourner à nouveau vers ses neveux, leur disant d’un ton alarmé.
— Bon, dépêchez-vous de regagner l’intérieur des terres avant que votre père n’arrive car sinon…
— Trop tard, chuchota Jelani, l’air grave, en s’approchant d’Asante.
Le Chef de la Garde tourna son regard dans la direction indiqué par son camarade et vit en effet arriver Ahadi, le Roi de la Terre des Lions, d’un pas lent et majestueux.
— Et merde, fit Asante à voix basse.
Il décida d’aller à la rencontre du Roi, espérant pouvoir défendre la bêtise de ses neveux. Ces derniers s’étaient rapprochés, collé l’un contre l’autre, la tête et les oreilles basses. Les Gardes s’étaient rassemblés sur le côté.
— Sarabi, vient avec moi, vite…, chuchota Jelani, la petite lionne venant aussitôt se réfugier entre ses pattes avant. Sarafina, Maka, venez aussi…
Les deux lionceaux vinrent aussitôt le rejoindre, alors qu’Asante s’approcha du Roi.
Ahadi était un lion de taille moyenne mais puissant, doté d’une imposante crinière ondulée et noire. Ses yeux étaient fins, vert clair et perçant comme ceux de Taka. Son pelage était d’un jaune, bien plus pale que celui de Mufasa.
L’air à la fois froid et sévère, il s’arrêta face au Chef de la Garde, attendant avec curiosité ce qu’il allait lui dire.
— Tout va bien. Les lionceaux vont bien. Il n’y a eu aucun blessé. Les hyènes sont parties...
Ahadi le fixa, le regard neutre et froid, mais afficha un léger sourire en coin, visiblement amusé.
— Ai-je bien entendu que tu comptais couvrir la bêtise de mes fils en faisant comme si rien de tout cela ne s’était passé ?
— Euh… Non mon Roi, mentit le Chef de la Garde.
— Asante…
— Oui mon Roi ?
— Apprends à mentir pour changer…, répliqua Ahadi qui reprit lentement sa marche, passant à côté du lion qui baissa la tête d’un air coupable.
— Bien mon Roi…
Asante, désemparé, regarda le Roi se diriger vers les lionceaux, ne pouvant rien faire de plus pour les défendre. Ces derniers s’aplatirent, se fondant parmi les herbes sèches. Ce n’était pas leur première bêtise, ni la première fois qu’ils se faisaient disputer par leur père.
Ahadi, comme bien souvent, se mit à tourner lentement autours de ses deux fils qui évitaient soigneusement de croiser le regard toujours froid et sévère de leur père. Laissant planer un silence pesant, il finit par leur demander, d’un ton à la fois calme, lent et acéré :
— Lequel de vous deux a eu l’idée de s’approcher de la Frontière ?
Mufasa répondit avant que son frère ne le fasse, se dressant dans un élan protecteur :
— C’est moi.
Ahadi le fixa de ses yeux vert et perçant. Un regard que Mufasa ne put soutenir, détournant le sien. Son père s’arrêta face à lui, baissant la tête pour se rapprocher de celle de son fils qui recula d’un pas, les oreilles plaqués.
— Mufasa, ose me regarder et dire à nouveau ce que tu viens de me dire.
— Je… Je…
— C’est moi Papa, intervint Taka qui se plaça devant son frère. C’est… C’est ma faute. Mufasa n’y est pour rien.
— C’est bien ce que je pensais, commenta Ahadi qui releva la tête et se retourna en ajoutant : Asante…
— Oui mon Roi ? vint aussitôt le Chef de la Garde.
— Raccompagne Sarabi, Sarafina et Maka chez eux en sécurité, ordonna Ahadi avant d’ajouter d’un ton glacial : Et lorsque tu auras terminé de patrouiller, tu viendras me voir. J’ai à te parler aussi…
Le Roi lui lança un regard froid, tout en se retournant pour partir. Asante, tressaillit, comprenant qu’il allait lui aussi avoir des ennuis.
— A tes ordres, fit-il, débité, en rejoignant sa Gardes et les lionceaux.
— Mufasa, Taka, on rentre ! ajouta Ahadi d’un ton ferme sans même se retourner.
Les deux lionceaux se levèrent aussitôt et se mirent lentement en marche. Ils croisèrent leur oncle qui frotta affectueuse sa tête contre eux, leur chuchotant :
— Allé courage mes neveux.
Les deux frères se frottèrent contre les pattes de leur oncle avant de suivre leur père, d’un pas lent, gardant une certaine distance avec lui.